Malfatto, Emilienne « Les serpents viendront pour toi » (2021 ) 128 pages
Autrice: Émilienne Malfatto est une auteure, photo-journaliste et photographe documentaire indépendante française née en 1989. Émilienne Malfatto nait en 1989 d’origine algérienne qui aime le couscous kabyle. Elle étudie en Colombie et en France où elle est diplômée de l’école de journalisme de l’Institut d’Etudes politiques de Paris.
Romans/ Récits : « Les serpents viendront pour toi » (Prix Albert Londres 2021) « Que sur toi se lamente le Tigre » (Prix Goncourt du premier roman) 2021 – « Le colonel ne dort pas » (2022) – « L’absence est une femme aux cheveux noirs », avec Rafaël Roa pour les photographies, Éditions du sous-sol, 2024, 192 p.
Les Arènes – 03.06.2021 – 135 pages Cartographe Donatien Cassan-Blanc / J’ai lu – 17.08.2022 – 128 pages
Prix Albert-Londres
Essai d’investigation, Les serpents viendront pour toi : une histoire colombienne, dans lequel elle s’intéresse aux disparitions de leaders sociaux en Colombie en enquêtant sur l’assassinat de Maritza, mère de six enfants qui habitait une ferme de montagne
Résumé:
C’est une guerre qui ne dit pas son nom. En Colombie, chaque année, des centaines de « leaders sociaux » sont tués dans l’indifférence générale. Syndicalistes, responsables associatifs, simples citoyens faisant valoir leurs droits… L’une de ces figures s’appelait Maritza, mère de six enfants, assassinée dans sa ferme isolée au coeur d’une région où se mêlent groupes armés, narcotrafic et enjeux touristiques.
Pourquoi cette mort ? Emilienne Malfatto décide de tirer le fil. Des Andes aux Caraïbes, ce récit est la quête d’une vérité qui se dérobe comme dans un jeu de miroirs, au milieu des menteurs et des hommes violents. Au pays du réalisme magique, cette enquête littéraire d’une puissance fulgurante prouve que l’écriture détient encore le pouvoir de traquer les bourreaux pour faire entendre la voix des victimes.
L’éditeur en parle
Emilienne Malfatto décide de tirer le fil de son histoire. Des Andes aux Caraïbes, ce récit est la quête d’une vérité qui ne cesse de se dérober, comme dans un jeu de miroirs, au milieu des menteurs et des hommes violents. Une enquête sensible et un livre puissant sur la part d’ombre de la Colombie.
Mon avis:
Un témoignage fort.
Il se lit comme un roman mais c’est un essai, une enquête sur un meurtre non élucidé dans une ambiance qui fait froid dans le dos. En même temps on est au courant de la violence qui régne en Colombie et de l’omerta qui musèle le pays.
Maritza est assassinée de 4 balles dans le corps en janvier 2019 dans le Nord de la Colombie. Elle est mère de 6 enfants et habite dans une maison très isolée. C’est le 5ème assassinant de leader social depuis le début du mois, en une semaine. Est-ce du fait qu’elle est un leader social, à savoir une personne qui défend les droits des personnes? Ou alors dérange-elle pour une autre raison ? Un rapport avec les FARC?
Ce livre est l’enquête sur ce meurtre. La journaliste/écrivaine se rend sur place. Elle nous raconte le contexte historique et social, le contrôle des FARC dans les années 90 sur le commerce de la drogue, le contrôle des lieux stratégiques, et se fonde sur les souvenirs des enfants de Maritza pour dérouler le fil des événements. La mort du père, le déplacement forcé de la famille, la mort de la mère, l’absence de la famille ( sauf une tante) , la faim, la peur…
Comme le dit l’autrice dans la postface « CE RÉCIT EST LE RÉSULTAT D’UNE ENQUÊTE menée à l’automne 2019. 310 leaders sociaux ont été assassinés en Colombie en 2020.
Extraits:
Seules les femmes grimpent à l’arrière des deux-roues : depuis 2013, et par décret officiel, cette place est interdite aux hommes, pour tenter de limiter l’action des sicarios, les tueurs à gages, qui ont la coutume de tirer sur des cibles immobiles depuis des motos en mouvement.
Tous, ils avaient senti l’odeur. Ils savaient que quelque chose allait arriver, que quelqu’un allait venir – un groupe armé, mais lequel ? La guerre battait son plein entre paramilitaires, guérillas et une armée régulière rendue toute-puissante par la politique du président Uribe. Les hélicoptères de l’armée bombardaient parfois ces villages posés sur des crêtes de montagnes où les FARC allaient et venaient librement, ayant remplacé de facto un État qui n’avait jamais été très présent.
« Quand je les ai rencontrés, en décembre 2019, soit après onze mois d’investigations, ils avaient toujours trois hypothèses de travail. Premièrement : on t’a assassinée en raison de tes activités de leader sociale. Deuxièmement : pour prendre possession de ta parcelle, la meilleure de la ferme. Troisièmement: à cause de ce laboratoire de cocaïne découvert à El Diviso et signalé aux autorités il y a des années. »
Image : la pierre de Donama (pétroglyphe plein de mystère qu’auraient gravé les Indiens tayronas avant l’arrivée des Espagnols)