De Clermont-Tonnerre, Adélaïde « Je voulais vivre » (2025) 480 pages

De Clermont-Tonnerre, Adélaïde « Je voulais vivre » (2025) 480 pages

Autrice: Adélaïde de Clermont-Tonnerre, née le 20 mars 1976 à Neuilly-sur-Seine, est une journaliste et romancière française,  ancienne élève de l’École normale supérieure. 

Romans:

« Fourrure » (2010 – Stock) a été récompensé par cinq prix littéraires, dont le prix des Maisons de la Presse et le prix Sagan – « Le Dernier des nôtres » ( 2016 – Grasset), Grand Prix du roman de l’Académie française 2016 – « Les Jours heureux » (Grasset, 2021), prix Cabourg du roman – « Je voulais vivre » (Grasset, 2025) Prix Renaudot – 

Grasset – 20.08.2025 –  480 pages –  Prix Renaudot 2025 

Résumé:

Milady n’est pas une femme qui pleure… Elle est de celles qui se vengent

Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom  : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature  : elle se nomme Milady.

Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires.

Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️

Ah que j’ai adoré ce roman! Flamboyant ! Ce roman m’a entrainé dans la vie rêvée aventureuse de la belle Milady, a un rythme trépidant et m’a fait vibrer avec elle.  Il faut dire que j’ai toujours aimé les romans de cape et d’épée, les romans d’Alexandre Dumas, les trois mousquetaires, et j’ai été ravie de faire plus ample connaissance avec la mystérieuse Charlotte Backson, Anne de Breuil, Milady de Winter connue sous le nom de Milady.
Au fil des pages je me suis vraiment à cette femme qui traine derrière elle  une réputation de sorcière machiavélique et méchante. A la fois aventurière, libre et espionne, elle se bat contre la domination masculine, une femme forte, mystérieuse qui traine un passé bien lourd, si présente et si vivante que par moment j’oubliais que ce n’est pas un personnage qui a réellement existé.
Milady déchaine tous les sentiments : passion, rage, haine, amour.. Elle est tout : sorcière, amoureuse, botaniste passionnée par les plantes et leurs propriétés, empoisonneuse à ses heures, extrêmement cultivée, belle, forte et faible. Elle va exceller dans le maniement des armes (poignard, épée…) , devenir une cavalière hors-pair. Il ne faut jamais oublier que Milady incarne la fougue, la rébellion, la liberté… et que son appétit de vivre ne correspond pas vraiment avec le voile ou le mariage… Portée par le désir de vengeance et pour préserver les gens qui lui sont chers, elle est capable de déplacer les montagnes…
Recueillie toute petite, à 6 ans, par le père Lamandre, elle étudiera ensuite au couvent des bénédictines. Certes elle n’y sera pas heureuse car bridée dans son caractère énergique et volcanique mais fera des rencontres heureuses comme la Soeur Aimée-Joseph qui lui enseignera la botanique, la soeur Mary grâce à qui elle apprendra l’anglais – ou plutôt l’écossais –  et Mme de Rolland, l’abbesse et directrice du couvent qui essaiera de tout faire pour lui faciliter la vie et lui procurer des appuis haut-placés au moment de sa mort. Hélas, une nouvelle mère abbesse, inflexible et dictatoriale risquera bien de la pousser au suicide… Le successeur du Père Lamandre , le Père Sanson parviendra-t-il à tisser des liens avec elle, à améliorer sa condition dans le couvent? Et quelle sera sa vie ? Sa beauté attise les passions et la jalousie, ce qui entraînera bien des excès.
Coté historique, on va croiser des personnages tels que Vauban, Richelieu, le duc de Buckingham…
Je laisse la parole à d’Artagnan, qui va nous parler de la vie de Milady, et aussi de sa mort… ou devrais-je dire de « ses » morts ? Mais surtout je suis tellement contente que l’autrice aie donné la parole à Milady…

Extraits:

Elle était toutes les femmes. Anglaise ou Française, sainte ou diablesse, grande dame ou catin, Milady faisait partie de ces créatures qui incarnent vos rêves avant de peupler vos cauchemars.

La lune se voilait et se dévoilait au mouvement lent des nuages, comme la certitude et l’incertitude de Dieu dans le cœur de la fillette.

« Toute ville assiégée par Vauban, ville prise, toute ville défendue par Vauban, ville imprenable. »

« Baise la main que tu ne peux pas couper. » Cette incitation à la souplesse l’ayant frappée, Anne avait renoncé à se révolter.

« Un monastère sans bibliothèque, c’est comme une citadelle sans munitions. » (règle de saint Benoît)

Rappelez-vous enfin que les hommes ne pardonnent rien aux femmes et que leurs sentiments varient autant que les saisons. 

J’avais jamais rencontré une petite pareille ! Et pourtant bien mignonne, bien douce, si vous saviez l’amadouer. Elle était un peu comme mes jeunes chevaux, voyez-vous. Faut pas y aller durement. Sinon ça se cabre, ça se révolte, ça mord, ça s’enfuit. Faut parler velours. Observer. Être patient.

Les recommandations de Mme de Rolland lui reviennent. Le couvent ou le mariage, il n’y a pas de troisième voie.

Elle n’est pas de ces âmes qui ne savent ni se taire ni porter en solitaire le poids de leurs fautes. Elle n’a pas besoin de se confier. Elle n’a pas besoin de se plaindre. Anne est d’un autre bois. Elle résiste.

Ce monde intérieur que je sens palpiter en toi et sur lequel je n’ai pas de prise me rappelle à quel point je ne possède qu’une minuscule partie de toi quand ta personne entière, au fond, m’échappe.

À force d’aimer trop, tu ne m’aimes plus. Ton amour se transforme en furie. Sans cesse tu m’importunes, et sans cesse tu m’assièges. Tu vois ce qui n’est pas. Tu me reproches mes regards, mes joies, mes paroles, mes silences, mes rêves. Que voudrais-tu que je devienne ? Une statue de marbre ?

Lord Clarick avait un esprit vif comme un fleuret et bientôt nous croisions le fer avec un amusement délicieux.

Très vite, j’ai compris qu’elle était à part. J’ai admiré son courage. Un courage inouï. Oui, Milady était une femme dangereuse, mais dangereuse pour qui l’offensait.

La vengeance est une corrosion de toute votre personne. Elle vous change à jamais. C’est une passion funeste. Ceux qui pardonnent le font-ils par esprit d’amour ou de guerre lasse ? Comment se contraindre à l’oubli quand chaque parcelle de votre être porte la marque de l’offense ? Longtemps j’ai vu, dans le pardon, non de la grandeur mais du renoncement, une pitoyable tentative de se sauver soi-même. 

— Une mère n’est pas une meurtrière.
— Une mère est une lionne quand son petit est attaqué. Quand son mari a été assassiné. Quand elle est seule et menacée.

Image : Mylène Demongeot

One Reply to “De Clermont-Tonnerre, Adélaïde « Je voulais vivre » (2025) 480 pages”

  1. Un énorme merci à ma soeurette N@n de ne pss avoir oublié qu’il figurait dans ma Wish-list depuis que j’avais lu son commentaire sur « la page de N@n »

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