Carrisi, Donato « L’Éducation des papillons» (2024) 487 pages
L’auteur : Né le 25 mars 1973, à Martina Franca, romancier, journaliste, dramaturge, réalisateur et scénariste italien, auteur de romans policiers. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le Chuchoteur Il suggeritore (2009) – L’Ecorchée L’ipotesi del male (2013)– L’égarée L’uomo del labirinto (2017)– Le jeu du chuchoteur Il gioco del suggeritore (2018)
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Il tribunale delle anime (2011) – Malefico Il cacciatore del buio (2014) – Tenebra Roma Il maestro delle ombre (2016)
Série Pietro Gerber : La maison des voix (2020) La casa delle voci (2019) – La maison sans souvenirs (2022) La casa senza ricordi (2021) – La Maison aux lumières (2023) La casa delle luci (2022) – La maison des silences (2025) La casa dei silenzi (2024)
– Autres romans : La Femme aux fleurs de papier (2015) La donna dei fiori di carta (2012)– La Fille dans le brouillard(2016) La ragazza nella nebbia (2015) – Je suis l’abysse (2020) Io sono l’abisso (2020) – L’Éducation des papillons (2024) L’educazione delle farfalle (2023) –
Adaptés au cinéma : La fille des le brouillard – L’homme du labyrinthe – Je suis l’abysse
Calmann-Levy Noir – 02.10.2024 – 487 pages / Le livre de poche – 01.10.2025 – 544 pages (L’educazione delle farfalle (2023) traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza)
Résumé:
DANS LE SILENCE DES CHUTES DE NEIGE, SEUL LE RUGISSEMENT DU FEU SE FAIT ENTENDRE. ET LORSQUE LA MAISON EN BOIS S’EFFONDRE, IL NE RESTE QUE LES MURMURES EFFRAYÉS DE CEUX QUI ONT RÉUSSI À S’ÉCHAPPER.
Grâce à sa détermination et son sang-froid, Serena, une redoutable femme d’affaires, va de réussite en réussite. Elle vit de manière opulente à Milan sous le règne de l’ordre et du contrôle. Mais lorsqu’elle tombe accidentellement enceinte d’Aurora, Serena doit endosser une responsabilité qu’elle n’avait jamais imaginée : celle de mère.
Six ans plus tard, dans une colonie de vacances nichée au cœur des montagnes suisses, un incendie ravageur menace la vie des douze petites pensionnaires. Pendant un instant, les équipes de secours croient avoir retrouvé toutes les enfants – mais il en manque une : Aurora. Aucune trace de son corps n’est trouvée dans les décombres.
Tandis que Serena cherche à faire son deuil, une personne anonyme la contacte et affirme que sa fille est toujours vivante. Pire encore, elle serait en danger… C’est alors que commence la plus grande mission de la vie de Serena : retrouver Aurora et la délivrer du mal.
EST-CE QUE MÊME LA PLUS COURAGEUSE DES MÈRES EST CAPABLE DE TOUT ?
Mon avis: 🖤🖤🖤🖤🖤
A recommander à toutes celles et ceux qui aiment un thriller psychologique non sanglant. Gros coup de coeur pour moi, comme c’est généralement le cas avec les romans de cet auteur.
Quoi de pire pour une mère que de recevoir un coup de téléphone en pleine nuit pour lui dire que le chalet dans lequel sa fillette de 6 ans passait ses vacances a été détruit par les flammes et ne pas pouvoir parler à l’enfant ? Il est évident qu’on a beau lui dire qu’elle est saine et sauve, il va falloir aller sur place pour en être certaine.. Et cela même si la mère en question est loin de la mère idéale… Une mère par accident qui aurait tout fait pour se débarrasser de l’enfant si il n’y avait pas eu plusieurs concours de circonstances… une mère qui va enfin devenir mère à cet instant. Mais quand Serena arrive sur place, il manque une fillette à l’appel : sa fille, Aurora.. D’après la police le corps n’ayant pas été retrouvé, elle est portée disparue…
Quand Serena retourne à Milan, elle est comme déconnectée du monde. Elle sombre dans l’alcool et les médicaments, perd pied professionnellement alors que c’était une cadre de la finance. Elle s’imagine tenir tout le monde à distance alors que c’est son monde qui s’éloigne d’elle.
Mais un an plus tard elle va retourner sur les lieux du drame, car elle ne peut admettre que sa fille est morte. Pour elle, elle est vivante quelque part. La police essaie de la dissuader de mener une enquête, ne comprend pas pourquoi elle veut s’impliquer elle-même, tente de la faire repartir à Milan mais elle s’accroche.
Dans sa quête de vérité elle va rencontrer Adone Sterli, un personnage hors-norme, amoureux des livres et relieur des livres perdus, un ancien pyromane assigné à résidence, qui vit tout seul dans un chalet en pleine montagne. Un homme fasciné par le feu, qu’il considère comme une créature vivante, une créature intelligente. Drôle de couple que ce pyromane avec cette alcoolique droguée aux médicaments.. Celui-ci va lui faire découvrir le multivers, et elle va imaginer sa fille Aurora en vie dans uhh autre espace-temps…
Cette rencontre va d’ailleurs lui être utile quand elle va perdre son travail … elle va se réfugier dans le monde des livres, de l’édition plus particulièrement. Elle va abandonner les mondanités , l’argent et les paillettes pour le monde de la tranquillité, de la solitude, du calme.
Et…. Je sous laisse découvrir la suite…
Extraits:
Elle ne savait pas combien de temps son foie tolérerait ce traitement mais l’idée d’arrêter la terrorisait au moins autant que celle de tomber malade. En revanche, mourir lui importait peu, même si elle soupçonnait que la mort lui avait déjà assez joué des tours et que la faucheuse s’amusait maintenant à la faire survivre très longtemps.
Elle se sentait comme une fugitive traquée par la souffrance.
La colère et la souffrance ne doivent jamais entrer en contact, c’est un mélange trop dangereux.
Elle avait donc trouvé un compromis acceptable en construisant une figure paternelle qui regroupait les principales caractéristiques de ses trois amants d’un soir balinais.
Le surfeur, l’informaticien et le négociant en pierres précieuses.
Elle avait ainsi créé un personnage extraordinaire. Un génie mathématique passionné par les vagues, qui parcourait le monde à la recherche de pierres précieuses.
Comme il était difficile de la lever, elle avait trouvé le moyen de la réveiller, quand elles devaient prendre un avion très tôt. Elle lui avait raconté que les guerriers de la Rome antique buvaient beaucoup d’eau quand ils devaient combattre à l’aube. De cette façon, ils n’étaient pas obligés de passer une nuit blanche en attendant l’aube, ils se réveillaient très tôt pour faire pipi.
— Les livres sont comme les gens, poursuivit le relieur. Il faut se méfier des apparences. Parfois ils cachent des secrets.
— Généralement, « maman » et « papa » sont les premiers mots que l’on apprend à prononcer. Mais souvent ce sont aussi les premiers à mourir, avec nos parents, déclara la docteure Nowak à la petite assemblée. Les mots maman et papa ne sortent pas de notre vocabulaire mais, à partir du moment où les personnes à qui ils se réfèrent disparaissent, ils perdent leur sens originel. Nous pouvons encore dire « ma mère » ou « mon père », mais ce ne sera plus jamais la même chose. Pourtant, nous pouvons nous demander si le contraire vaut aussi… à savoir si on continue à employer les termes « maman » et « papa » même quand plus personne ne nous appelle ainsi.
La cause de leur séparation n’avait pas été la mort de leur fils unique, Edoardo, mais le vide qui avait suivi. Un vide qu’ils ne pouvaient fuir. Même avec toute la volonté du monde. Un vide qu’on ne peut pas éviter ensemble, mais seul, oui.
Dans le jargon du jeu vidéo, un glitch est une anomalie du software qui permet aux joueurs d’obtenir un gain inattendu. Le glitch est souvent caché dans le système et, quand on le trouve, on peut facilement franchir des niveaux et obtenir plus de points.
Serena savait que le glitch dépendait d’une erreur de programmation ou d’un bug, et elle se sentait effectivement comme une machine défectueuse.
À Milan, les gratte-ciel modernes semblaient veiller sur les bâtiments anciens, comme s’ils voulaient protéger le précieux passé qui continuait d’exister à leurs pieds.
Ainsi, deux mondes parallèles se côtoyaient.
Dans celui du dessus, il y avait les affaires, la vitesse et la vue panoramique. En dessous, la vie ralentie où tout semblait plus petit et évoquait le rythme d’autrefois. Le primeur, le fleuriste, le boulanger, les petites boutiques de quartier. Les caisses d’oranges, l’odeur des fleurs et du pain frais, les voix familières et les bonjours des passants.
Pour passer de l’un à l’autre, il suffisait de prendre l’ascenseur.
Serena évaluait généralement un texte selon trois critères. Le premier était le plaisir de lecture : quand l’écriture était fluide, elle assignait un point. Le deuxième concernait l’autrice ou l’auteur, qui selon elle devait « disparaître » du récit. Or elle voyait souvent passer d’ennuyeux romans autobiographiques ou autofictifs. Comme disait son chef, « à moins que tu ne sois Hemingway, on se fiche de ta vie ». En même temps, Serena détestait les auteurs ayant une prétention intellectuelle, qui voulaient donner des leçons de vie au lecteur ou catéchiser le monde. Son troisième critère d’évaluation était le plus important de tous. Serena détestait les fins fermées : comme après un bon repas, elle voulait rester sur sa faim.
La faim faisait toute la différence.
Le secret des bons livres est qu’ils ne s’achèvent pas à la dernière page. Ils résonnent dans nos têtes comme une musique envoûtante.
Rien n’arrive par hasard. Chaque événement est le fruit d’une chaîne d’événements qui l’ont précédé. On peut croire que les grands choix de la vie sont déterminants, mais les petites choses le sont encore plus.
Les gens pensent au risque de mourir, mais ils ignorent à quel point il est dangereux de vivre.
— Tu as peur de le perdre en taisant la vérité, mais aussi qu’il prenne la fuite si tu la lui racontes
Le fait est que nous sommes notre passé, c’est inévitable, intervint la docteure Nowak. Mais pour avoir un avenir, il faut surtout investir dans le présent.
— Je sais que tu voudrais me poser beaucoup de questions, dit-elle d’un trait. Mon passé est comme un paquebot qui aurait coulé au beau milieu de l’océan. Il est plein de fantômes et je ne sais pas si j’ai envie de plonger jusque-là avec toi.
c’est ce genre d’événements qui fait de deux personnes une famille : quand chacun sait quelle est sa place à table, ou dans le lit, ou sur le canapé. Après la première fois, cela ne change plus. Et quand l’autre, pour une raison quelconque, s’absente pour quelques jours ou pour toujours, cela reste tout de même sa place.
— Dans le passé, les légendes avaient une fonction éducative : elles enseignaient aux enfants comment éviter le danger. Avec le temps, les histoires ont été édulcorées pour ne pas faire trop peur aux petits lecteurs.
Pour survivre, un processus d’adaptation se déclenche. Pour ne pas devenir fous, on crée une sorte de normalité. Et pour éliminer la souffrance, on oublie le passé.