McConaghy, Charlotte « Les Fantômes de Shearwater » (2026) 384 pages
Autrice : née le 8 octobre 1988 à Darwin (Australie), est une autrice australienne. Ses romans traitent d’écologie, de nature et de la place des humains parmi les autres êtres vivants. Ils sont traduits dans le monde entier.
Scénariste de formation, Charlotte McConaghy est l’autrice d’un précédent titre, Migrations (Lattès, 2021), traduit dans une vingtaine de langues. Elle vit à Sydney, en Australie. Je pleure encore la beauté du monde a figuré dans les classements des meilleures ventes du New York Times, du Washington Post et du Los Angeles Times.
Romans:
Migrations 2021 (The Last Migration », 2020) – Je pleure encore la beauté du monde » 2024 (Once There Were Wolves, 2023 ) – Les Fantômes de Shearwater 2026 (Wild Dark Shore », 2025)
Actes-Sud / Gaïa – 14.01.2026 – 384 pages ((Wild Dark Shore – 03.2025 – traduit par Marie Chabin)
Prix des Libraires – Roman étranger – 2026 – Grand Prix des lectrices ELLE – 2026 – Prix Babelio 2026 –
Résumé:
Dominic Salt et ses trois enfants sont les gardiens de Shearwater, une île perdue au milieu de l’océan Austral. Abritant la plus grande banque de graines au monde, le site accueillait jusqu’à il y a peu de nombreux chercheurs que la montée des eaux a contraints à partir. C’est aux Salt, désormais seuls sous la menace inexorable des éléments, qu’il revient de choisir les semences qui seront sauvées et dont l’avenir de l’humanité pourrait bien dépendre.
Un soir de tempête, une femme s’échoue sur le rivage, miraculeusement en vie. D’où vient-elle ? Et que cherche-t-elle ?
Bientôt, des secrets enfouis referont surface. Et chacun devra affronter ses fantômes.
Mêlant suspense, réflexion écologique et tragédies familiales, Charlotte McConaghy signe un thriller polyphonique addictif sur la quête de communion et de beauté dans un monde au bord du précipice.
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Huis-clos sur une petite île de Tasmanie, au milieu de l’océan Austral, un coin tout sauf touristique par un temps épouvantable! Petite île qui accueillait un centre scientifique jusqu’à peu. Mais en raison de la montée des eaux, l’équipe scientifique a déserté les lieux et il ne reste plus que le gardien de l’île – Dominic Salt – et ses trois enfants – Raff, Fen et Orly – pour finir de mettre dans des petites boites les graines à sauvegarder et à transporter ailleurs, car l’île qui abritait la plus grande banque de graines au monde est sur le point d’être submergée par la montée des eaux.
Une course contre la montre face aux éléments pour sauver un maximum de graines en attendant que le bateau arrive pour les récupérer. Sans contact radio, avec le bâtiment qui s’effondre, les réserves de nourriture qui s’amenuisent, les conditions météorologiques qui empirent, le niveau de la mer qui monte de manière à engloutir le bas de l’île…
Cette petite île est le territoire des phoques , des otaries à fourrure, des otaries, des éléphants de mer, des pingouins, des cormorans, des albatros .. été des baleines . Des baleines à dents et à fanons, des baleines pilotes, les baleine de Minke, les baleines à bosse, des orques,
Pour arranger la situation, une femme aux trois-quart morte – Rowan – s’échoue sur l’île, leur vie va en être bouleversée.
Et le roman est tellement plein de suspense et de rebondissements que je vous laisse la surprise.
Sachez simplement que les personnages sont complexes et plus attachants les uns que les autres, qu’ils sont tous habités par leurs fantômes du passé, que l’amour est omniprésent, de doute, la souffrance aussi. Le tout en immersion avec la nature.
Information sur le site du roman: ( à la fin du roman)
Shearwater soit une île fictive, il faut savoir qu’elle ressemble beaucoup à Macquarie, une île subantarctique située à mi-chemin entre la Tasmanie et l’Antarctique. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, l’île de trente-quatre kilomètres de long et cinq kilomètres de large abrite plus de quatre millions de phoques et d’otaries, de manchots et d’oiseaux marins.
La station d’étude de Shearwater s’inspire librement de la station installée sur l’île Macquarie par le gouvernement australien (Australian Subantarctic Macquarie Island Research Station). Située sur l’isthme reliant le nord et le sud de l’île, elle accueille généralement entre vingt et quarante scientifiques.
Extraits:
En général, c’est calme, ici. Une vie de tâches simples, de routines journalières, d’herbe et de collines, de mer et de ciel. Une vie de vent, de pluie et de brouillard, de sourires blottis autour d’un radiateur et de livres lus chaque soir. De mains serrant une tasse de chocolat chaud ou de têtes courbées face aux bourrasques, de vêtements mouillés accrochés vite fait à la porte et de séances d’observation pour tenter de faire la différence, de loin, entre un pétrel géant et un albatros.
La Réserve mondiale de semences de Shearwater a été construite pour résister à toutes les sortes d’attaques du monde extérieur ; sa fonction était de survivre à l’espèce humaine, de continuer d’exister au cas où un groupe d’individus devrait un jour recréer à partir de zéro la chaîne alimentaire qui nous nourrit. D’infimes grains, pour l’essentiel.
La douleur vous emporte vers un lieu précis. Je ne connaissais pas ce lieu, avant. C’est un privilège, non ? Mais je le connais bien désormais. Il est à la fois immense et minuscule. Il est aussi étendu que les distances parcourues par mon esprit et aussi condensé que les brins d’herbe sous mes pieds. Ce lieu, c’est mon corps. Il n’est pas facile de déchiffrer sa fragilité.
Comment écarter les plantes, les arbres, les fleurs et les arbustes, comment écarter les plus délicates, les plus singulières, comment laisser mourir la biodiversité au profit de ce que mangent les humains. Non seulement je ressens ce poids mais je vois aussi le futur étalé devant moi. Une immense étendue de cultures intensives et rien d’autre, rien de sauvage ni de naturel, et tous ces rangs impeccablement alignés, eux-mêmes menacés de toutes parts par les feux et les inondations. La terre entière, stérile.
Et j’ai compris peu à peu que le boulot d’un gardien de phare consistait essentiellement à attendre et à guetter, à tenir des vies humaines entre ses mains.
Vivre pour ses enfants semble être une chose normale, respectable ; vivre grâce à ses enfants en est une autre.
Les gens trouveront toujours le moyen de survivre, on se débrouillera pour manger, on se débrouille toujours, mais les plantes, non, elles disparaîtront, et les animaux qui ont besoin d’elles disparaîtront aussi, alors il faut les aider.”
Peut-être est-ce ça, être parent. Grandir pour être plus. Exiger davantage de soi, pour eux.
Vocabulaire:
La limérence est un concept de psychologie qui désigne un état d’obsession amoureuse involontaire et intense envers une autre personne, un état psychologique par lequel la personne ressent une véritable obsession pour l’être aimé. Les personnes atteintes de limérence ressentent une sorte de trop plein d’émotions; leurs pensées tournent en permanence autour de l’être aimé.
La limérence ou limerence est un état d’esprit qui résulte d’une obsession involontaire pour une autre personne et qui comprend généralement des pensées et des fantasmes obsessionnels, mélancoliques et un souci tragique pour cette personne. Il peut également se produire un désir de mener ou de maintenir une relation avec l’objet de son attirance et de voir ses émotions devenir multipliées lorsqu’un contact est établi. La limérence est aussi définie comme un état de désir intense et involontaire pour quelqu’un marqué par des pensées intrusives et une idolâtrie sur le long terme.