Guillaume, Laurent «Là où vivent les loups» (2018)

Guillaume, Laurent «Là où vivent les loups» (2018)

Auteur : Laurent Guillaume est né le 11 mai 1967 à Mont-Saint-Martin en Meurthe-et-Moselle.
Après une enfance passée dans la région genevoise, il se rend à Lyon pour y suivre des études de droit qui l’amènent, en 1993, à l’école de police de laquelle il sort avec le grade de lieutenant de police. Pour sa première affectation, il est nommé commandant d’une unité mobile de sécurité dans le Val de Marne, spécialisée dans l’anticriminalité et les violences urbaines. C’est de ce passage dans cette unité particulièrement difficile qu’il s’inspira pour écrire son premier roman Mako. Après quelques années aux stups en tant que chef de groupe, il part au Mali en 2007, dans le cadre de la coopération, comme conseiller du directeur général de la police local pour les affaires de lutte contre le trafic de stupéfiants. Revenu en 2011 à Annecy, il est affecté à la brigade financière. En 2012, il quitte la police pour se consacrer à l’écriture de romans policiers et de scénarios.
Tout jeune, il a découvert la littérature avec Jack London et James Oliver Curwood. Ce n’est que plus tard qu’il vint au polar, en lisant Nécropolis d’Herbert Lieberman. Ce fut un choc, une révélation. Il poursuivit l’expérience avec les romans de David Goodis, Dashiell Hammet, Raymond Chandler et l’écrivain anglais Robin Cook.

Denoël – 07/06/2018 – 304 pages

Résumé : Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante. Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes.

Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé. Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet. Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace.

La victime était-elle un simple migrant ? Qui avait intérêt à la faire disparaître ? Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne ? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.

Mon avis : Du tout bon ! Un enquêteur hors normes… Voici un personnage qui devrait plaire à ceux qui aiment les « Gialli » italiens d’auteurs tels que Valerio Varesi, Giorgio Scerbanenco, De Giovanni, Antonio Manzini…

J’espère retrouver très prochainement cet homme bourru, qui semble ne rien aimer et qui petit à petit commence à s’ouvrir … La nature, les gens de la montagne, la jeune policière qu’il désigne volontaire pour travailler avec lui… Je vous laisse partir à la chasse à l’homme dans ce village de montagne où tous les habitants semblent soudés les uns aux autres, pour des motifs plus ou moins avouables.

Bien aimé les clins d’œil à Paul Colize, qui devient commissaire divisionnaire 😉 et à sir Conan Doyle et son « l’anti-Sherlock Holmes »

Par le plus grand des hasards cette lecture fait suite à celle du livre de Valerio Varesi «Les ombres de Montelupo» et j’ai comme par moments une impression de resucée. Mais c’est juste la faute à pas de chance pour cet auteur d’être sorti de la pile juste à ce moment-là… et place à la cueillette des champignons…

Extraits :

Il avait toujours été prévoyant. L’hypothèse du pire est souvent la bonne, comme disait ce vieux Murphy.

Il n’en avait rien à foutre des honneurs et il n’avait que peu de besoins, honneurs et il n’avait que peu de besoins, hormis s’offrir un bon resto de temps à autre et s’approvisionner en romans noirs chez son bouquiniste.

Chez moi, les arbres sont prisonniers dans des parcs et des squares pour être bien certain qu’ils ne vont pas s’évader et semer la mort et la désolation parmi les Parigots. Ici, il y en a tellement en liberté que j’ai l’impression de faire un safari.

je déteste cette saloperie de forêt. Je déteste la montagne et je déteste cette putain de nature.

Et, comme disait mon vieux, « ce qui commence mal finit rarement bien ».

Jamais vu d’Hannibal Lecter. Non, ce qui tue ou qui assassine la plupart des gens, c’est la connerie humaine, la médiocrité, la jalousie, la rancœur, les frustrations, bref toute la merde inhérente à la condition humaine. Y a rien de glamour là-dedans.

Son visage, parcouru par un réseau de rides profondes et taché par l’âge et la vie en extérieur, était comme l’écorce d’un vieux chêne, rugueux et crevassé.

Ils avaient parlé de Romain Gary, de Kessel, de Blaise Cendrars. À les avoir tant lus, il les connaissait presque comme de vieux amis, des compagnons de route.

S’il y avait un condensateur à sa capacité de déduction, c’était Paris, sa ville, son nord magnétique. Plus il s’en éloignait et plus il devenait con, un peu comme ces flics du terroir. Il souffla une fumée sombre comme un corbeau.
La province c’était sa kryptonite à lui. Son exil en faisait un flicard moyen, sans talent.

Monet n’était pas doué pour exprimer ses sentiments, mis à part la colère et le cynisme.

Les flics, les journalistes et les chiens ont ceci de commun, les bons j’entends, qu’ils sont guidés par ce besoin irrépressible d’aller fourrer leur truffe là où ça sent pas bon. C’est une seconde nature.

Vous voulez peut-être qu’on en parle à une heure plus chrétienne ?
— Allez-y, je suis athée.

le désespoir, au lieu de souder, éloigne les gens qui s’aiment.

 

Image : girolles

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