Jääskeläinen, Pasi Ilmari «Lumikko» (2017)

Jääskeläinen, Pasi Ilmari «Lumikko» (2017)

Auteur : Pasi Ilmari Jääskeläinen est né en 1966 en Finlande. Il a grandi à Jyväskylä, au coeur du pays, à côté d’un vieux cimetière. Il est l’un des auteurs fantastiques finlandais les plus renommés parmi ceux qui sont apparus ces dix dernières années. Outre Lumikko (2006), il a publié deux recueils de nouvelles (Là où les trains tournent et Le Zoo tombé du ciel) et, en 2010, un nouveau roman (La Vie cinématique) publié chez Atena.

10/18 – 19.10. 2017 – 405 pages – Martin Carayol (Traducteur)

Résumé : Au sein d’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finnois aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration.

Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement s’altérer… Avec une écriture pleine d’ironie, Pasi Ilmari Jääskeläinen nous invite dans un univers trouble, progressivement étouffant, qui n’est pas sans rappeler celui déployé dans la série Twin Peaks de David Lynch, et réussit la gageure de créer une atmosphère à la fois drôle et inquiétante.

A la fois conte initiatique, hommage à la mythologie finnoise et thriller sombre et angoissant, ce roman polymorphe constitue avant tout une réflexion acérée sur la position de l’écrivain dans la société et sur la nature de l’inspiration.

Mon avis : Laura Lumikko est une auteure talentueuse de livres pour la jeunesse qui a créé dans son village une société littéraire qui comptera au final 10 membres. Cela fait bien longtemps que la dernière place n’a pas été attribuée. Et au moment où elle vient de l’être, Laura Lumikko est emportée par une tempête de neige pendant une fête donnée dans sa maison… Quelles répercussions cela va-t-il avoir sur la suite de la carrière de la dixième membre ? Quel va être l’avenir de celle qui venait d’être désignée. L’admission dans cette société littéraire était pour ainsi dire la garantie de future réussite. Une société littéraire va s’avérer loin d’être transparente : les membres semblent bien spéciaux, les procédures bien étranges et il va falloir apprendre les règles du Jeu.

Dans un environnement fantastique où les éléments du folklore finlandais sont bien présents, cette jeune professeure de finnois va mener son enquête pour en savoir davantage sur cette société et sa créatrice disparue ; elle va se plonger dans le passé des membres, faire ressurgir le passé par le biais d’interviews, interrogatoires, recoupements, photos. Nous allons découvrir le processus de création des auteurs, la façon dont ils se nourrissent de la vie et des expériences des autres pour les régurgiter dans leurs pages… Nous allons explorer les rapports entre les membres de cette société, leurs forces et leurs faiblesses, leur vie intérieure, fouiller au plus profond de leur âme et de leur vie.

Ce livre est original et j’ai passé un excellent moment sans pour autant le qualifier de coup de coeur : j’aime bien une petite touche de mystère et de fantastique, de mythologie et de fantaisie. J’ai été attirée par la magnifique couverture du livre, c’est elle qui m’a donné envie de le lire… mais je me demande encore le rapport entre l’intérieur et l’extérieur, à moins que le contenu du livre se soit modifié entre le moment où il a été écrit et celui où je l’ai lu… et je n’en dis pas … mis a part que les livres vivent…

 

Extraits :

elle était devenue une femme qui au plus profond d’elle-même avait quelque chose de froid et de déficient. Dehors pourtant, il faisait toujours beau et ensoleillé.

Mais à parler franchement, ma vie n’est pas tout à fait aussi riche. C’est triste à dire, mais nous autres, écrivains, sommes parfois aussi obligés de nous servir d’autres gens.

D’ailleurs je ne comprends pas les gens qui lisent des livres pour leur plaisir et qui ensuite se mettent à ressasser les idées qui y sont contenues. Après tout, le papier a justement été inventé pour que l’homme n’ait pas à s’encombrer la tête d’idées innombrables.

Quand la vie t’offre des prunes, mieux vaut recracher les noyaux.

Ella hocha la tête, qu’elle avait si lourde de pensées encombrantes qu’elle n’arrivait plus à parler.

Elle venait de se rendre compte en plein sommeil que l’homme n’était pas constitué que de ses composantes physiques et de ses souvenirs, mais également de son avenir.

L’avenir était ancré en l’être humain au même titre que bras, jambes et organes génitaux. Cela dit, l’avenir était une partie chronologiquement si considérable de l’être humain qu’on ne pouvait pas le voir en entier depuis un instant donné, et que de ce fait les gens, en l’absence d’informations fiables, en étaient réduits à essayer de deviner la véritable substance de leur avenir.

on pouvait même considérer l’avenir d’un homme comme une sorte d’âme, qui déterminait la forme définitive de l’être sur l’axe chronologique.

Ingrid Kissala empoigna ses idées noires, les fourra dans un sac-poubelle imaginaire qu’elle jeta loin de son crâne.

j’en profiterai pour m’aérer la tête, elle est pleine de poussière de livre.

Se rappeler les choses avec précision est particulièrement compliqué. Je me rappelle cette journée d’une certaine façon, mais bien sûr dans ma tête ce n’est pas comme un film, complet et intact, que je pourrais tout simplement dérouler devant toi. La pellicule est cassée par endroits, une partie du matériau n’est qu’une espèce de crasse noire, certains détails sont en mille morceaux, des passages ont pâli et sont presque invisibles. Il y a plusieurs versions de certains épisodes. Les jours se confondent. Je me souviens de sensations, mais sont-elles d’origine ou est-ce qu’elles surgissent en même temps que je me remémore ?

Nous nous habillons tous d’histoires.

il s’agit d’une sorte de petit arbre qui est contraint d’être toujours en mouvement, afin de ne s’enraciner nulle part et de ne pas oublier le monde qui l’entoure.

Elle avait réussi à le relier à plusieurs mythologies finno-ougriennes, mais également à des récits mythiques de cultures plus lointaines, japonaise entre autres.

Un ondin est un choix singulier comme personnage de livre pour enfants, car selon les croyances des anciens, les ondins sont les fantômes des noyés et ils sont jaloux des vivants.

Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d’autant qu’on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on n’y gagne que du malheur.

L’alcool rendait la pensée humaine encore plus profonde et ténébreuse, quoiqu’il procurât également de brefs instants d’apparent soulagement.

les choses dont on ne parle pas tendent à s’effacer de la mémoire.

un écrivain doit savoir faire des observations sur deux choses : les détails sans importance, et l’Univers.

L’univers est un puzzle constitué d’un centillion de pièces.

Toute cette saleté de littérature, avec son cortège d’excités et de flagorneurs, c’est rien d’autre que des cerveaux dérangés qui crachent de l’encre.

La littérature est éternelle, les êtres humains sont des épiphénomènes

Ses mots étaient légers comme des flocons de neige, mais leur amoncellement se faisait de plus en plus lourd.

je me force chaque jour à me rappeler que même si nous, les hommes, sommes éduqués, cultivés, et que nous nous imaginons être des dieux omniscients, les choses en réalité vont leur propre chemin, sans se soucier outre mesure de nous, de nos petites pensées, nos petites présomptions.

les mots peuvent être des rasoirs, quand on évoque des questions délicates.

 

 

Info : Les nixes : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Nixe

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