Vagner, Yana «Vongozero» (2014)

Vagner, Yana «Vongozero» (2014)

 Autrice : Yana Vagner, née en 1973, a grandi au sein d’une famille russo-tchèque. Elle a travaillé comme interprète, animatrice radio, responsable logistique. Elle vit à Zvenigorod, près de Moscou. Vongozero est son premier roman. Initialement publiée peu à peu sur le blog de l’auteur, cette histoire de survie magistrale a suscité un tel enthousiasme qu’elle a fait l’objet d’une enchère entre éditeurs. Elle a depuis été nominée au Prix National Bestseller, vendue au cinéma et traduite dans de nombreux pays. Mirobole a publié en 2016 le deuxième volet de cette duologie, « Le Lac », puis en 2017 un polar en huis-clos, « L’Hôtel ».

Mirobole éditions – 19.9.2014 – 482 pages / Pocket – 10.03.2016 – 540 pages – Raphaëlle Pache (Traducteur) – Prix Bob Morane 2015 (prix littérature fantastique) catégorie meilleur roman étranger – Prix Russophonie meilleure traduction du russe vers le français – Finaliste Grand Prix des lectrices ELLE

Voir entretien avec Yana Vagner

Résumé : Moscou ne répond plus. À quelques kilomètres de la capitale, mise en quarantaine, le village d’Anna et Sergueï s’attend au pire. Bientôt, les pillards, bientôt, le chaos… L’épidémie qui a frappé les grandes villes et paralysé le monde marche droit sur eux. Il faut fuir, le plus vite possible. Avec une poignée de voisins et l’ex-femme de Sergueï, le convoi s’organise : vivres, essence… Rester soudés, malgré les dissensions, l’égoïsme, la panique, et l’instinct de survie qui reprend ses droits et lève les masques.

En ligne de mire, un lac perdu et un refuge coupé du monde : Vongozero… « Yana Vagner conte l’exode d’une dizaine d’individus, entre jalousie et paranoïa. Et sonde avec finesse les rapports psychologiques entre ces alliés de circonstance. » Le Monde des livres « Entre huis clos et road-movie, un thriller psychologique glaçant où l’homme sauve sa peau au prix de son humanité. » Madame Figaro

Mon avis : C’est parti pour la fin du monde ! Et je vous jure que 540 pages … c’est long.. de nuit, l’hiver, dans la Russie profonde, à la lumière des phares..
C’est un road-movie qui nous emmène de Moscou jusqu’en Carélie, Le lac existe, l’île et la maison aussi. Un lieu que l’autrice décrit comme « un endroit à vous couper le souffle, immense et sous-peuplé, une terre sauvage à seulement douze heures de route au nord de Saint Pétersbourg. On y voit la taïga, d’innombrables lacs grouillant de poissons, quelques petites villes et une poignée de villages ici et là. Des tas d’endroits où vous pouvez aller passer quelques heures ou quelques jours sans rencontrer qui que ce soit. Où votre téléphone n’a pas de réseau… J’y suis allée une fois et je ne l’oublierai jamais» 
Heureusement qu’elle la décrit comme ça : au moins on saura que c’est beau ! Mais quel calvaire que ce voyage : tellement bien décrit que le calvaire a été partagé. En route pour un road-trip psychologique, telle était la promesse. J’ai donc bouclé ma valise en même temps que la narratrice, Anna, avec l’espoir de penser avec elle, de ressentir ce qu’elle éprouve. Les phrases sont longues et elles donnent le rythme de la réflexion, de l’hésitation, du cheminement de la pensée et des sentiments. Ce n’est pas tant le périple qui m’a angoissé. Ok il y a bien 4 voitures qui voyagent en convoi et qui sont confrontés à des problèmes :  Va-t-on mourir ? va-t-on trouver de l’essence ? de quoi se nourrir ? C’est surtout qu’on se traine lamentablement et qu’il n’y a pas un personnage pour rattraper l’autre : des phrases interminables rendent bien la longueur de ce trajet. C’est sombre, c’est gris, c’est interminable, et coté psychologique… c’est une sorte de huis-clos juste 11 personnes qui voyagent ensemble, réunies par le besoin de fuir. Des personnes qui ne s’entendent pas et voilà. Va falloir juste tenter de s’adapter et de faire avec ; et on verra bien si on arrivera au bout.
Ahhhhhh … Il y a une suite… sans moi ! Comme les personnages du roman, j’ai pris la fuite… C’est bien fait.. mais j’ai pas croché du tout.. Mais l’ambiance pour une fuite dans un univers post-apocalyptique est bien rendue.. Sauf que si je n’aime aucun des personnages.. j’ai du mal..

Extraits :

«Mieux vaut se passer de vie sociale que de subir ces simagrées sinistres »

 la surface du lac, grise et brillante comme une flaque de mercure, les herbes en fleurs, translucides, qui poussaient directement dans l’eau, les éminences isolées que formaient les îlots plantés de forêts sombres : tel était le morose septembre carélien, d’un gris de plomb, que j’avais découvert sur les photos rapportées par Sergueï et qui m’avait durablement épouvantée, tant il m’avait semblé froid, voire hostile, par comparaison avec notre automne chaleureux, tout en bleus et en orange ensoleillés.

Et quand on sera arrivés à bon port, on s’assiéra tous les deux et on pleurera tout notre soûl sur ce qu’on a perdu. D’accord ?

c’est comme une vague : elle arrive derrière nous, plus vite nous progressons et plus nous avons de chances de ne pas être submergés. Nous n’avons ni le temps ni le carburant pour nous balader sur les chemins de campagne, d’autant qu’on n’a aucune certitude qu’ils soient plus sûrs.

la neige cessa de tomber, subitement, sans prévenir, et l’obscurité redevint transparente

Quelle somme d’émotions un être humain pouvait-il supporter d’affilée ? Combien de fois son cœur pouvait-il bondir, sa respiration se couper avant qu’il ne devienne indifférent à tout et que les événements alentour ne se transforment en un décor dépourvu de sens, sans vraie réalité ?

Cette fois-là, je ne me réveillai pas sur-le-champ ; il est des réveils, surtout si la journée ne promet rien de bon, où l’on ne parvient plus à se protéger les oreilles des sons et les yeux de la lumière mais où l’on cherche pourtant à replonger dans le sommeil à tout prix… Je ne suis pas là, je dors, je n’entends rien, et mes paupières sont fermées.

nous restions sans rien dire, tels deux centenaires ayant vécu tant d’années côte à côte qu’ils n’avaient plus rien à se dire. Nous ressemblions tellement peu à ceux que nous avions été avant – un tel silence n’était probablement jamais survenu durant tout le temps que nous avions passé ensemble – que parfois l’un de nous entamait une discussion sur un sujet sans importance, une broutille, dans le simple but de faire cesser ce mutisme ; c’étaient des conversations étranges, truffées de pauses embarrassantes et de tentatives malhabiles pour changer brusquement de thème parce que, quel qu’il soit, maintenant que nous disposions d’un temps infini et que nous n’avions plus aucune obligation pressante, nous finissions toujours par nous cogner au même mur, sourd et infranchissable, qui nous obligeait à laisser un mot en suspens et à détourner le regard.

il était étonnant qu’autant de gens massés dans une pièce aussi petite puissent se taire en créant une telle tension.

on ne voyait toujours personne dehors, mais les fenêtres avaient maintenant l’air de braquer sur nous des yeux fixes et méfiants, dont les regards invisibles, qui pouvaient tout aussi bien ne pas exister, nous mettaient particulièrement mal à l’aise.

depuis qu’il était entré dans ma vie, le reste du monde avait perdu ses couleurs et son intérêt, était devenu insignifiant, comme si quelqu’un avait séparé de moi tous ceux que je fréquentais auparavant – amis, connaissances, collègues – à l’aide d’une cloche transparente qui émoussait les sons et les odeurs, et tous ceux qui étaient restés en dehors s’étaient transformés en ombres sur le mur, connues certes mais dénuées de la moindre signification.

le problème, comme toujours, c’est qu’ils ont tous minimisé la gravité de la situation afin d’éviter la panique, et ensuite il était trop tard

Ce sont des militaires, leur cerveau ne fonctionne pas comme le nôtre. Ni pire ni mieux, simplement pas pareil.

La chichiga est un personnage du folklore russe, assimilable au gobelin, mais le terme désigne aussi un camion tout terrain, le GAZ-66.

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