Lynch, Paul « Un ciel rouge, le matin » (03.2014)

Résumé : (paru chez Albin Michel) Tableau âpre et ténébreux de l’Irlande du XIXe siècle et de sa brutale réalité sociale, Un ciel rouge, le matin possède la puissance d’évocation des paysages du Donegal où il se déroule en partie. Le lyrisme sombre et poétique de Paul Lynch, qui signe là un remarquable premier roman, en exprime la force autant que les nuances, entre ombre et lumière.

Printemps 1832. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il est expulsé avec femme et enfants de la terre qu’il exploite. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller voir l’héritier de la famille, qui règne désormais en maître. Mais la confrontation tourne au drame : Coll Coyle n’a d’autre choix que de fuir. C’est le début d’une véritable chasse à l’homme, qui va le mener de la péninsule d’Inishowen à Londonderry puis aux États-Unis, en Pennsylvanie. Pleine de rage et d’espoirs déçus, son odyssée tragique parle d’oppression et de vengeance, du lien viscéral qui unit les hommes à leur terre. Paul Lynch, pour Un ciel rouge, le matin, a fait partie de la selection pour le prix du meilleur livre étranger 2014 (catégorie « romans »).

« Paul Lynch possède un talent sensationnel, hérité d’écrivains tels que Cormac McCarthy ou Sebastian Barry. Consacrez-lui toute votre attention, car il est en train de créer son propre territoire littéraire. » Colum McCann

Mon avis : Magnifiquement écrit (et très bien traduit). Une phrase à elle seule décrit ce roman puissant «Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible.» Roman sur la dureté de l’existence, la sauvagerie des hommes et des éléments… Toutes les tonalités du noir et du gris de l’existence et de la nature qui est en adéquation avec la misère et le désespoir. Une chasse à l’homme qui commence en Irlande et qui se termine aux Etats unis. Un monde dur, qui va au-delà des limites du supportable, de l’inhumain, qui va au bout de la peur, de la méchanceté humaine. Une descente aux enfers pour un homme coupable … de ne pas avoir oté sa casquette pour saluer…..Une description de l’Irlande du XIXème siècle et des conditions d’existence de ceux qui débarquent aux Etats Unis sans un sous en poche.. Parfois une magnifique lumière et des couleurs, qui toujours vient de la nature… Et l’humanité est quand même là, aux travers de l’amitié qui va lier deux compagnons d’infortune. Lisez le !

Extraits :

D’abord il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance.

Sur les murs, la paresseuse retraite des ombres

Ses poings se ferment, il monte en lui une espèce de tumulte, un bouillonnement écumeux de rivière enfiévrée, jusqu’à ce que la colère le submerge

Surgies de l’abîme nocturne, les ramures tendent leurs doigts décharnés pour s’agriffer à son visage tandis qu’il se sauve loin de l’horreur qu’il vient de voir, les ronces ont des mains crochues de sorcière qui lui tailladent la chair, il lutte avec une fureur aveugle. Chaque goulée d’air est une écharde de verre qui rugine ses poumons

Les jacinthes des bois penchent la tête, comme pour déplorer en silence la fugacité de leur existence

Il ouvre les yeux sur un monde opaque et uniforme, et déjà le souvenir de ses rêves s’est perdu.

Le brouillard s’enroule à lui et colle comme une peau, la route s’achève là où se porte son regard

L’air imprégné d’humidité, une mer maussade sous un linceul de brume. Dans le silence irréel il ne perçoit que l’écho de ses propres pas

il se tourne alors vers la mer et sa vacuité insondable, la poitrine oppressée, son regard se perd dans le lointain où le temps et l’espace semblent figés. Aucune vie ne paraît l’animer, un vide qui ne connaît ni l’amour ni l’épreuve, une puissante marée sans mémoire, inchangée, éternelle

Ils cherchent à toute force les chemins du repos, mais leur cœur est aussi agité que les vagues de la mer.

La suite indistincte des jours qui se ressemblent. La pluie s’installe, le crépitement de sa chute ne leur laisse pas de repos

son regard se voile, il parcourt en pensée la distance qui le sépare de chez lui, et son sourire s’évanouit en silence

Un grand ciel plombé où le soleil se cache, c’est tout ce qui reste du monde en train de sombrer

Le soir embrasse l’obscurité brûlante. Venu du trouble brasier du couchant, un brouillard rampant s’avance vers eux. Il regarde se former la nappe qui s’installe au-dessus du bateau, impalpable drap mortuaire qui ternit le ciel nocturne et étouffe la rumeur de l’océan.

L’orbe d’un soleil rouge vogue au-dessus des buttes noires, semant dans le ciel ses copeaux de lumière.

Dans la vallée, le déclin du soleil fait naître auprès des hommes leurs jumeaux tissés d’ombre, de noires répliques qui miment inutilement les mouvements de leur besogne

Nos vies, nos destinées, nos histoires englouties par des forces plus vastes. Mon histoire qui se mêle désormais à la vôtre, et celle-ci qui ira le moment venu se nouer à une autre. Et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Il n’y a rien de plus à ajouter.

L’homme laisse ses paroles suspendues en l’air, un mur de silence les sépare, puis il réplique

La joie qui éclate en lui comme une flambée de lumière prête à déborder

Rien à faire !!!! Ces livres et/ou ces auteurs qui ne passent pas….

Vous je ne sais pas mais il y a des livres (parfois des auteurs) qui ne passent pas.. Rien à faire.. J’ai beau essayer à intervalles réguliers … je peux pas..

Impossible de lire

« A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust
« Le nom de la rose » de Umberto Eco (et pourtant j’aime beaucoup cet auteur)
« Les versets sataniques » de Salman Rushdie.. jamais pu lire au delà des cent premières pages (et pourtant j’aime beaucoup cet auteur)
Flaubert … va savoir pourquoi, moi qui adore les classiques… mais alors son « Education sentimentale » étudiée au lycée.. pitié pour les jeunes!!!
Tolkien (pourtant j’aime beaucoup  les films)
Alain  Robbe-Grillet  ( le souvenir d’une dissert… en classe de première me fait froid dans le dos … comparer la description chez Balzac et chez Robbe-Grillet)
Michel Tournier et son  « Vendredi ou les Limbes du Pacifique ».. paix à son âme, lui qui vient de décéder.. cela me fait penser que ce livre n’a jamais passé… J’ai été contrainte de le lire pour des raisons scolaires.. mais autrement je ne crois pas que je serais allée au bout..
Jari Tervo : « Bienvenue à Rovaniemi »…. : pas pu lire plus de 50 pages.. le style, le contenu me dérange.. grossier, vulgaire…

Louis, Edouard : ” En finir avec Eddy Bellegueule” (2014)  (commenté)
Ravey, Yves – La Fille de mon meilleur ami (2014)  (commenté)
Ravey, Yves – Un notaire peu ordinaire (2013)  (commenté)

 

 

Auteur Coup de coeur : Mia Couto

Mia Couto, né sous le nom de António Emílio Leite Couto à Beira  le 5 juillet 1955) est un écrivain mozambicain, fils de Portugais. À 14 ans, il avait déjà publié quelques poèmes dans le journal Noticias da Beira et trois ans plus tard, en 1971, il déménagea dans la capitale Maputo (anciennement Lourenço MarquesIl commença des études de médecine mais abandonna au bout de trois ans et débuta la profession de journaliste après le 25 avril 1974 (date de la Révolution des Œillets au Portugal)

En 1983, il publie son premier recueil de poésie Raiz de Orvalho,

Après son expérience journalistique, il reprend ses études universitaires dans le domaine de la biologie.

En plus d’être considéré comme l’un des auteurs les plus importants du Mozambique, Mia Couto est aussi l’écrivain le plus traduit (allemand, français, anglais, espagnol, catalan, italien). Dans plusieurs de ces œuvres, il tente de recréer la langue portugaise avec l’influence mozambicaine, utilisant le lexique et le vocabulaire des diverses régions du pays, produisant ainsi un nouveau modèle d’écriture africaine.

Son premier roman « Terre somnambule » est publié en 1992 et reçoit le prix national de la fiction de l’association des écrivains mozambicains en 1995. Ce roman est considéré comme un des douze meilleurs livres africains du XXe siècle par un jury constitué lors de la Foire Internationale du Livre (Zimbabwe)

Actuellement, Mia Couto est biologiste dans le parc du Limpopo. . Sans doute l’un des écrivains les plus célèbres de son pays, son œuvre est traduite dans plusieurs langues. Dans beaucoup de ses ouvrages, Mia Couto recrée une langue portugaise poétique et influencée par le Mozambique. Il produit ainsi un nouveau modèle narratif africain.

Mia Couto reçoit en 2013  le Prix Camões, plus haute distinction attribuée à un auteur de langue portugaise pour l’ensemble de son œuvre.

  • Terre somnambule (Terra sonâmbula), Albin Michel, 1994
  • Les baleines de Quissico, Albin Michel, 1996
  • La Véranda au frangipanier (A Varanda do frangipani), Albin Michel, 2000
  • Chronique des jours de cendre, Albin Michel, 2003
  • Le Chat et le Noir, Dessins de Stanislas Bouvier, (O gato e o escuro), Editions Chandeigne, 2004
  • Tombe, tombe au fond de l’eau (Mar me quer), Editions Chandeigne, 2005
  • Un fleuve appelé temps, une maison appelée terre, Albin Michel, 2008
  • Le dernier vol du flamant, Editions Chandeigne, 2009
  • Et si Obama était africain, Editions Chandeigne, 2010
  • Le fil des missangas, Editions Chandeigne, 2010
  • L’accordeur de silences (Jesusalem), Editions Métailié, 2011
  • Poisons de dieu, remèdes du diable : les vies incurables de Vila Cacimba , Editions Métailié, 2013
Livres lus en commentés:

Bousquet, Patrick « Félin pour l’autre » « Même les souris ont du chagrin »

et le chat, Scot  (réédition 02/2011)

(192 pages pour les deux)

Félin pour l’autre (tome 1) : un matin de Noël, Patrick découvre un CD empaqueté sur son bureau. Il l’ouvre, glisse le disque dans l’ordinateur et lit… le journal que son chat Scot a, nuit après nuit, secrètement rédigé à son intention, journal dans lequel il évoque de façon tour à tour tendre et facétieuse le récit de son adoption et les premières années de sa vie chez ses nouveaux maîtres. La nuit, les autres chats dorment, font les poubelles ou sortent en discothèque… Pas moi ! La nuit, j’écris. C’est comme ça… Et puis, pirater l’ordinateur de mes maîtres, c’est un peu LEUR montrer mon affection, partager LEURS pensées et LEURS rêves… LES aimer à ma façon… D’une autre façon… En secret…. Félin pour l’autre ! L’histoire d’un chat qui aime aussi les croquettes et… Ennio Morricone !

Mon Avis : tout petit, tout mimi. Pas grand-chose à en dire. Il m’est passé dans les mains, j’aime les chats, et voilà. Un grand sourire attendri..

Extraits :

J’ai alors planté gentiment mes griffes du côté de SON cœur et je me suis mis à ronronner très fort. Un vrai moteur de « 747 », au moment du décollage !

Dès qu’il a prononcé le mot souris, j’ai tout de suite trouvé ça passionnant l’ordinateur… et je me suis approché

Une île de tendresse au milieu d’un océan où la tempête fait rage, Une île dans les bras de laquelle j’aime me réfugier quand la vie m’a griffé le cœur, Une île dont je tairai l’adresse de peur d’y voir débarquer un matin des touristes sans pudeur, des promoteurs sans cœur ou des marchands de hamburgers… … Afin qu’elle reste mon… IL

les éclairs sont faits par le flash de l’appareil numérique du Bon Dieu

Bon, il me reste à mettre le seul mot que je déteste et dont j’ai un peu peur, parce que je trouve qu’il a un goût d’inachevé… Le mot FIN !   Alors je vais l’écrire à ma façon… d’autant plus qu’il reflète l’urgence et la réalité du moment…     FAIM !

Même les souris ont du chagrin (tome 2) : A tous les maîtres qui ont perdu un animal, A tous les animaux qui ont perdu leur maître… Un matin de septembre, je fis la connaissance d’un chat fragile et déjà cabossé par la vie. Grâce à lui, je réappris la beauté, la patience, la témérité, la sagesse et la musique du silence. Par la magie d’un chaton noir, je réappris pour mon plus grand bonheur, à devenir en quelque sorte… moins humain ! Et puis, de longues années plus tard, j’appris le chagrin. Un chagrin XXXL avant de comprendre que les chats avaient plus d’une vie !

Mon Avis : Alors si le premier c’était sourire attendri, là c’est les larmes.. Quand on a vu une petite peluche qui prenait une très grande place dans notre vie s’éteindre, impossible de ne pas avoir les larmes qui coulent en lisant ce dialogue d’amour entre un ronronneur qui se sent partir et ceux qui l’aiment si fort…

Extraits :

il trimbalait en plus dans ses yeux, un peu de cette tristesse retenue qui se remarque d’autant mieux qu’elle tente de se cacher

Car les mots, qu’ils soient moches ou beaux, c’est notre défense à nous, notre digue, notre remblai, enfin tout ce qui peut nous protéger d’un désastre qui nous ravage

Une petite peluche noire à coussinets rosés et yeux dorés, un Bandido – son surnom canaille – dont l’absence aujourd’hui pèse affreusement sur le quotidien, l’appartement déserté, le fauteuil lacéré, la moquette tachée, le moindre souvenir qui traîne

JE veux bien de toi… Et à partir de cet instant, pour moi, rien ne fut plus pareil…

Par la magie d’un chaton noir, je réappris pour mon plus grand bonheur, à devenir en quelque sorte… MOINS humain !

Une sorte de « tumeur » ( !) au nom hélas si prédestiné…

le tunnel », c’était bien… Et surtout, surtout, il y avait toujours la lumière de tes grands yeux dorés pour l’éclairer comme en plein jour…

Même l’agneau ou le colin, mes plats préférés me laissent indifférent. Jamais l’expression « Je ne suis pas dans mon assiette » n’a été aussi juste !

Il fait un temps épouvantable… Ciel bas, nuages réglisse, rafales de vents, température en chute libre, une météo de fin du monde (?).

Le désert… Ça commence au bout de mes doigts Dès que tu t’éloignes de moi…

Faire comme si », voilà, mon petit programme pour les jours à venir (avenir ?).

Elle ne pleure pas et son calme comme son chagrin « sec » sont très impressionnants.

Nous avons l’impression que plus rien n’a vraiment d’importance. Nous sommes comme coupés du monde. Retranchés dans notre chagrin.

c’est pas vrai, tu me surveilles, maintenant ? – Je veille sur… Toi ! Nuance ! C’est ma façon d’être encore et toujours à tes côtés. Tu m’en veux ?

Il y a le chagrin et les larmes, la tristesse et encore les larmes, la peine et toujours les larmes… Les jours sans toi qui se ressemblent et s’additionnent. Les bouts de nuits passés devant la télé à zapper comme un dément pour essayer en vain d’oublier ton « absence ».

 

 

Auteur coup de coeur : Víctor del Árbol

Victor del Arbol est né à Barcelone en 1968, de parents venus dans les années 60 d’Andalousie et d’Extrémadure.

Tour à tour soudeur, garçon de café et séminariste, il commença sans les terminer des études d’histoire, de droit et de théologie. Il est depuis vingt ans membre de la police catalane (Mossos d’Esquadra). Il a travaillé comme speaker et rédacteur pour le programme radio « Cataluña sin Fronteras ». Mais surtout il est, et a toujours été écrivain. Les endroits clos l’asphyxient, il n’aime pas les salles de classe et a toujours préféré les livres. Son premier roman El Peso de los Muertos publié en 2006 a reçu le prix Tiflos. La Tristeza del Samurái (La tristesse du samouraï) a été traduit dans de nombreuses langues et lui a valu en 2012 le prix du meilleur polar européen décerné par Le Point.

Comment définir le style littéraire de Del Arbol..

Bien qu’il soit pour le moment catalogué comme auteur de « thriller ou roman noir », je trouve que la littérature est très présente dans les livres de Del Arbol, ainsi que les références littéraires (le poète Maïakovski) . Je ne sais plus où j’avais lu qu’il y a des romans qui racontent une histoire, qu’il y a des romans qui sont importants par le style, et qu’il y a des romans qui te racontent une histoire avec en plus un style impeccable. Del Arbol, c’est à la fois une fresque historique, un roman noir, une histoire humaine…

Son écriture prend aux tripes, ce n’est pas une écriture neutre et je trouve qu’elle suit le déroulement de l’histoire… Parfois violente et étouffante, parfois nostalgique quand elle parle tragédies intériorisées et dépassées, recherchée, avec les mots justes, jamais vulgaire.

Le titre parle de lui-même «  Un million de gouttes » dans la version originale.. Car en espagnol, Victor del Arbol a le sens de l’image… « la première goutte qui tombe est celle qui commence à éroder la pierre ». Il y a des images, des couleurs, des nuances, des odeurs et des réminiscences, une connaissance profonde de l’Histoire qui créent une ambiance documenté. Toujours la description, le mot juste.

Ce que l’on peut aussi dire c’est que de nombreuses phrases sont des thèmes de réflexions. Il y a des cotés philosophiques qui pourraient être explorés, et surtout le sens profond des racines de l’être humain, de la recherche de l’identité de chacun ; il fouille dans l’âme de ses personnages et je pense que si ses auteurs de référence sont ou ont été Hermann Hesse, Tolstoï, Hemingway ou Camus, on le ressent. C’est une écriture qui pose beaucoup de questions .

5 romans à son actif pour le moment.

El peso de los muertos (2006) ( pas traduit en français) ( cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire )

Esta es una historia sobre la memoria y sobre el modo en que construimos el pasado según nos conviene.

Noviembre 1945: Nahum Márquez va a morir en el patíbulo. Noviembre 1975: Lucía regresa a Barcelona desde el exilio con las cenizas de su padre y con los fantasmas que la esclavizan. Franco agoniza, y con él una España que encarna el comisario Ulises, dispuesto a una última batalla con su propia decrepitud, a manos de una España emergente, la de Gilda y sus amigos que nada le deben al pasado excepto, quizá, una pátina de romanticismo. El encuentro entre Lucía y el comisario, temido pero inevitable, enfrentará dos mundos, el de los vivos y el de los muertos que viven a lomos de estos. Durante treinta años cada personaje que tuvo que ver en la muerte de Nahum Márquez ha inventado sus propios recuerdos de cómo fue aquella historia de amor y tormento. Es una ficción que les permite vivir más allá de lo que realmente ocurrió y que les pone a salvo del dolor y de su propia responsabilidad. Pero Lucía está cansada de huir y de mentirse. Ya no puede con el peso de los muertos. Quiere la verdad, pero la verdad es como un espejo lanzado contra el suelo: rompe la realidad en mil pedazos. Y los demás no están dispuestos a permitirlo. No pueden hacerlo porque eso sería aceptar lo inaceptable: que durante treinta años han vivido una mentira sin darse cuenta de que el Mundo ha pasado de largo y los ha dejado en el andén. Y si una muerte se cubre con otra muerte, el silencio se convierte en el mejor de los pasados.

La Tristesse du Samouraï  ( cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire )
Résumé de l’éditeur (Actes Sud) : Mise élégante et port altier, une femme arpente les quais de la gare de Mérida au petit matin. Des passagers apeurés n’osent croire que la guerre est finie, mais Isabel fait partie de la caste des vainqueurs et n’a rien à redouter des phalangistes arrogants qui battent le pavé en ce rude hiver 1941. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l’aîne, qu’elle s’apprête à abandonner, les raisons de sa fuite. Le train pour Lisbonne partira sans elle. L’enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu’un homme vient de lui promettre. Il n’est encore qu’un petit garçon vulnérable, très attaché à sa mère. Et Isabel disparaît pour toujours.

La maison des chagrins ( 09/2013)  (cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire)

Résumé de l’éditeur (Actes Sud) : Une violoniste virtuose commande à un peintre brisé le portrait du magnat des finances qui a tué son fils. Elle veut déchiffrer sur son visage la marque de l’assassin. Pour cautériser ses propres blessures, elle ouvre grand la porte de la maison des chagrins dont personne ne sort indemne. Un thriller viscéral qui conduit chaque être vers ses confins les plus obscurs.

Toutes les vagues de l’océan / Un millón de gotas   (cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire)

lu en espagnol (Editorial: Destino/  mai 2014) – la version française n’est pas encore disponible. 700 pages quand même…
Résumé : Gonzalo est un quelqu’un de bien. Il aime sa famille, c’est un avocat travailleur, une personne qui n’a rien à cacher. Mais personne n’est vraiment transparent dans un monde où l’innocence n’existe pas. En apprenant le suicide de sa sœur Laura dont il était très proche pendant son enfance mais que la vie a séparés au point de perdre tout contact, Gonzalo va devoir se pencher sur son passé, sur le passé de son père Elias, de sa famille. Une descente en enfer dans l’Union Soviétique des années 30, en Sibérie, une plongée dans la guerre civile espagnole, dans les camps de réfugiés du Sud de la France, dans la Deuxième guerre mondiale, dans la résistance interne contre Franco.

Mais Gonzalo nous entrainera bien plus loin ; il nous amènera à tracer une carte exhaustive de la condition humaine, à vivre une histoire d’amour incroyable, la trahison, la culpabilité et pour terminer à explorer un monde ou la mémoire est une invention qui est loin d’être fiable.

Une grande épopée : passé et présent se confondent, s’entrecroisent dans une histoire extraordinaire dont personne ne sortira indemne.

La veille de presque tout / La vispera de casi todo ( Prix Nadal de littérature 2016)  (cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire)

lu en espagnol (Editorial: Destino/  février 2016) – la version française janvier 2017. Prix Transfuge de la rentrée littéraire d’hiver catégorie polar étranger – 2017

L’inspecteur Ibarra a été transféré depuis trois ans dans un commissariat de sa Galice natale après avoir brillamment résolu l’affaire de la petite disparue de Málaga. Le 20 août 2010, 0 h 15, il est appelé par l’hôpital de La Corogne au chevet d’une femme grièvement blessée. Elle ne veut parler qu’à lui. Dans un sombre compte à rebours, le récit des événements qui l’ont conduite à ce triste état fait écho à l’urgence, au pressentiment qu’il pourrait être encore temps d’éviter un autre drame.
À mesure que l’auteur tire l’écheveau emmêlé de ces deux vies, leurs histoires – tragiques et sublimes – se percutent de plein fouet sur une côte galicienne âpre et sauvage.
Une fillette fantasque qui se rêvait oiseau marin survolant les récifs, un garçon craintif qui, pour n’avoir su la suivre, vit au rythme de sa voix, un vieux chapelier argentin qui attend patiemment l’heure du châtiment, un vétéran des Malouines amateur de narcisses blancs…
Aucun personnage n’est ici secondaire et l’affliction du passé ne saurait réduire quiconque au désespoir. Chacun est convaincu que le bonheur reste à venir, ou tente pour le moins de s’inventer des raisons de vivre. C’est ainsi que, dans ce saisissant roman choral, l’auteur parvient à nimber de beauté l’abjection des actes, et de poésie la noirceur des âmes.

Les Pigeons de Paris (2016)  (cliquer sur le titre pour aller sur le commentaire)

Editions la Contre Allée – La collection « Fictions d’Europe » – Petite collection : Ce que l’Europe évoque dans l’imaginaire
Résumé : Dans un village isolé d’Espagne, Juan attend sur le pas de sa porte celles et ceux qui viennent pour exproprier le vieil homme de là où il a vécu et grandi. Ils sont jeunes et ambitieux, pressés de faire table rase du passé. Ce sont les enfants de Clio fille d’émigrés à Paris revenus au village le temps d’un été durant l’enfance de Juan. C’était alors les années 60, Clio rencontrait Juan, lui apprenait à lire et lui faisait découvrir un monde vaste et diversifié. Elle incarnait la promesse d’un avenir meilleur…
De la petite à la grande Histoire, un texte sur le fil
Si la nostalgie sous-tend le texte, c’est dans le contexte d’un enjeu mémoriel, incarné par les destinées de Juan et Clio (Muse de l’Histoire). L’histoire de Juan témoigne que depuis l’après-guerre, la confrontation des valeurs s’est faite au détriment de celles d’une politique qui prônerait une Europe dite sociale. Quant à Clio, elle reflète une Europe malade, en perte de sens, dont la promesse d’un monde meilleur à vivre échoue. On connaît bien Victor del Arbol pour son art du scénario. Une fois encore, il excelle ici, dans une forme pour autant beaucoup plus courte qu’à son accoutumée.

 

Tres relatos en negro.

Un petit livre avec trois récits, un de Víctor del Árbol  (El caimán) , un de César Pérez Gellida et le troisième de Edgar Allan Poe

del Árbol, Víctor « Un millón de gotas » « Toutes les vagues de l’océan »

lu en espagnol (Editorial: Destino – mai 2014) – la version française : février 2015

Résumé : Gonzalo est un quelqu’un de bien. Il aime sa famille, c’est un avocat travailleur, une personne qui n’a rien à cacher. Mais personne n’est vraiment transparent dans un monde où l’innocence n’existe pas. En apprenant le suicide de sa sœur Laura dont il était très proche pendant son enfance mais que la vie a séparés au point de perdre tout contact, Gonzalo va devoir se pencher sur son passé, sur le passé de son père Elias, de sa famille. Une descente en enfer dans l’Union Soviétique des années 30, en Sibérie, une plongée dans la guerre civile espagnole, dans les camps de réfugiés du Sud de la France, dans la Deuxième guerre mondiale, dans la résistance interne contre Franco. Mais Gonzalo nous entrainera bien plus loin ; il nous amènera à tracer une carte exhaustive de la condition humaine, à vivre une histoire d’amour incroyable, la trahison, la culpabilité et pour terminer à explorer un monde ou la mémoire est une invention qui est loin d’être fiable. Une grande épopée : passé et présent se confondent, s’entrecroisent dans une histoire extraordinaire dont personne ne sortira indemne.

Mon avis : MAGISTRAL ! Un roman noir, certes. Mais aussi et surtout un magnifique roman historique, sur près de 70 ans qui démarre en 1933 et nous amène jusqu’à nos jours, une fresque dont le point de départ est l’idéalisme des jeunes européens communistes partis à Moscou avec une bourse d’étude pour aider la Russie à se développer et qui ont découvert un pays qui n’avait pas grand-chose avec ce qu’ils s’attendaient à trouver.. Une histoire à deux voix, celle du passé et celle du présent qui rappelle la construction du roman « la tristesse du samouraï ». Et une fois encore, les actes du passé génèrent haine et vengeance qui impliquent des acteurs qui ne savent pas quels sont les fondements sur lesquels ils ont bâti leur vie. Les secrets des anciens pèsent lourd.. très lourd.. et même si ils sont morts ou si les survivants ont scellé à jamais leurs souvenirs et leurs blessures au fond de l’oubli ou de leur mémoire, les actes ne s’effacent jamais et leurs conséquences finissent toujours par remonter à la surface… Le passé, ici, c’est la figure du père, Elias. Le présent, c’est Gonzalo. Et autour des personnages qui sont rattachés, soit à l’un soit à l’autre, et de fait aux deux par les fils qui se tissent entre les histoires du passé et du présent. Pour le reste, c’est un voyage entre deux époques et plusieurs générations des mêmes familles, dont les vies se croisent et s’imbriquent. Une fois encore l’importance des racines, de l’endroit d’où l’on vient, du passé est un thème primordial pour l’auteur. Il faut regarder en arrière, chercher pourquoi et comment on en est arrivé là. Retrouver les racines des haines et des rancœurs qui lient les êtres, pénétrer au cœur de la souffrance et de la douleur, aller au-delà des apparences, faire fi des actes pour pénétrer au plus profond des motivations cachées et des blessures enfouies. Casser la gangue pour arriver au noyau. Un livre qui nous montre qu’il ne faut pas se fier aux apparences, qui nous montre à quel point il est facile de se faire manipuler, et combien patience et ténacité sont importantes pour remonter le cours du temps et tenter d’entrevoir la vérité. Et aussi l’importance d’être acteur et non spectateur de sa propre vie. Un vrai héro ne subit pas ; il agit, prend des décisions, au risque de se tromper. Un exemple parfait de ce type de personne est un personnage fascinant dans le livre, Igor Stern, parti de rien et qui devient un des rouages les plus importants du pouvoir soviétique, à la tête d’un empire fondé sur la peur et la haine. C’est aussi un roman de société ; sur l’évolution des personnages et la progression de la société. Un roman sur les utopies et la lutte, la lutte pour survivre, sur les convictions. C’est aussi une peinture des années « paraitre », le fossé entre les gens qui ont de l’argent et du pouvoir et ceux qui privilégies les vraies valeurs et la culture. Et une fois encore l’auteur nous présente ses personnages de telle manière qu’on a l’impression de faire leur connaissance ; il les rend vivants avec un soin du détail qui permet de les recentrer dans un contexte ; l’auteur met un tel soin à décrire l’environnement affectif des personnages qu’on jure qu’ils sont réels et non inventés. Nous sommes dans du concret et pas dans de la reconstitution. On pourrait croire qu’il y était ; qu’il décrit des situations qu’il a vécues et de ce fait qu’on y est aussi. Que ce soit les deux personnages « clés » ou les autres (morts ou vivants) ils ont tous une vie propre, un caractère, qui les rend attachants ou détestables – (même si ils sont détestables il leur reste toujours une petite étincelle d’humanité salvatrice qui fait que leur vie nous intéresse.) J’ai beaucoup aimé que Catherine change son prénom pour prendre celui d’Esperanza le jour où elle quitte la Russie pour commencer une nouvelle vie. (le choix du prénom de Catherine comme héroïne du roman ne peut pas me laisser indifférente  😉 et de plus -petite note personnelle – il semble que l’héroïne du premier roman de l’auteur se prénomme Gilda, comme ma Maman) J’ajoute que j’aime aussi le style de l’auteur. C’est un roman historique extrêmement bien documenté, un roman noir, mais mâtiné de poésie. (le poète Maïakovski entre autres) Dans une interview, l’auteur a dit que la phrase qu’il préfère est la suivante : “Il m’a dit qu’on ne peut pas aimer une personne qu’on ne connait pas, que le véritable amour dépend de la vérité, et que le silence ne sert qu’à tromper».

Extraits : Je me permets de citer ci-après quelques phrases qui m’ont interpellée. Mais en espagnol., le livre n’ayant pas été traduit. ( difficile de choisir.. mais je ne vais pas vous recopier les 700 pages du livre… )

Ya estaba muerta hace mucho. Ahora solo hay que enterrarla

Se tapó la boca con los dedos y miró a su hijo con un brillo de nostalgia que solo llega al final de una vida vivida.

Me dijo que no puede amarse a quien no se conoce, que el verdadero amor es solo el resultado de la verdad, y que el silencio solo sirve como engaño

Eso era hacerse adulto, ocultarse de los demás. lo único que contaba, la única cosa que merecía su respeto era la voluntad de ser uno mismo: poco le importaba si ángel o demonio; ser fiel a la naturaleza propia, hasta las últimas consecuencias

Tú no eres lo que otros te obligaron a hacer. Ellos son las aberraciones, no tú. Al evocar el pasado o pensar en el futuro se debilitaban para afrontar el presente Las palabras mienten, pero la mentira puede ser el único consuelo posible. todo lo que hacemos queda grabado a fuego para siempre. Da igual lo que hagamos en el futuro; lo que hemos hecho aquí nos acompañará siempre ciertas personas se encontraban en espacios que no les correspondían, como si hubieran ido a parar por error a vidas que no eran suyas

 Pero entre el cariño y el amor hay matices muy delicados. La ternura se puede confundir con compasión, la pasión con el desahogo, la necesidad con el hábito

La memoria es algo prodigioso. Inventa como quiere el relato de una vida, utiliza lo que le conviene y desecha lo que le estorba, y es como si nada hubiese existido

Una gota entre un millón de gotas, nos fundiremos en esa inmensidad llamada humanidad.

Todo se convierte en polvo y en olvido si se tiene la paciencia para esperar La primera gota es la que empieza a romper la piedra.

La primera gota es la que empieza a ser océano.

* image : ce n’est pas la couverture du livre mais une image trouvée sur le web qui ne fait penser au livre ( comme toujours)

Delalande, Arnaud « Le piège de Lovecraft » (04/2014)

Résumé de l’éditeur (Grasset) : « J’ai lu le livre qui rend fou. Le Necronomicon. Et aujourd’hui ils m’ont enfermé. Qui que vous soyez, où que vous soyez, si vous tombez sur un exemplaire de ce livre démoniaque, croyez-moi : fuyez-le, brûlez-le – même si cela ne suffira pas à le détruire – mais par pitié : ne l’ouvrez pas…. »

David cherche à comprendre les raisons qui ont poussé un de ses camarades à perpétrer un carnage abominable sur le campus de Laval, au Québec. Retrouvant les œuvres récemment empruntées par cet étudiant, David se voit piégé à son tour par les livres maudits, dont le fameux Necronomicon de l’écrivain H.P. Lovecraft … Pris dans l’univers du romancier, il bascule à son tour…

Dans la lignée du Piège de Dante, traduit dans près de vingt pays, Arnaud Delalande revient avec un thriller angoissant et fantastique, qui est aussi une méditation sur le pouvoir des livres sur notre imaginaire.

Mon avis : A la recherche du livre disparu, j’ai plongé avec frissons dans l’univers du fantastique, entre réel et fiction, en compagnie de Lovecraft, Stephen King, Borges et quelques autres invités glauques et mysterieux… J’ai suivi un homme qui se sent devenir fou, dépassé par les événements, qui ne sait plus où se situe la frontière entre réel et imaginaire… J’ai adoré ce voyage en compagnie d’un auteur qui rend un hommage passionné à Lovecraft. Le livre est diaboliquement bien construit, un voyage entre horreur, épouvante et fantastique… Thriller psychologique où un homme tente de ne pas basculer dans la folie (mais il y est peut-être déjà ?) dans un environnement angoissant … des vieilles maisons abandonnées, des vols d’oiseaux, des portes dérobées, des arbres effrayants… tout est là pour distiller peur et angoisse. Et la peur est engendrée par l’imagination, par ce qui pourrait arriver, par la représentation que l’on se fait de la peur.. Impossible de faire confiance dans ce monde … Qui se cache derrière les personnes que l’on fréquente ? Peut-on leur parler ? Est-ce le mal personnifié ? Et c’est parti pour mener une quête sur des tueurs pas comme les autres… qui ont été poussés à tuer par un livre maudit…

Je ne m’en sors plus ! entre ma lecture récente du livre de Pierre-Yves Tinguely « Codex Lethalis » et ce livre, l’univers du mal virtuel est tout autour de moi. Jamais plus je ne vais regarder les ordinateurs et les livres de la même façon..

J’ai adoré ! Un  thriller fantastique et ésotérique qui tient en haleine d’un bout à l’autre!  Et comme le dit l’auteur, je me suis fait absorber par le livre,« enlivrer vivante»…

Mais si cela avait été un film.. je crois que j’aurais eu peur de regarder ! J’avais déjà beaucoup aimé d’autres livres de cet auteur (« la lance de la destinée » et surtout « Les Fables de sang » ); cela me donne envie de partir à la découverte de Venise en compagnie du « piège de Dante » et de me promener en pays cathare en visitant son « Eglise de Satan ».. à suivre donc…

Extraits :

Qu’est-ce que le Mal ? Telle était la question que je me posais alors. N’était-ce qu’un manque, selon la définition de la philosophie classique ? Fallait-il le réduire à la souffrance

Dans cette révélation de l’essence du fantastique, miroir de l’angoisse liée à l’incertitude cruciale de notre condition, Lovecraft avait porté la cagoule de la littérature populaire, mais s’était employé à développer des visions essentielles qui, selon certains exégètes, devaient alimenter par la suite le moulin des existentialistes.

Et lorsque je tenais ces livres entre les mains, éprouvant leur simple poids, leur réalité inerte, faisant de ces assemblages de papier des amis, il me paraissait bien absurde de voir dans ces éditions très officielles le vecteur de je ne sais quelle indicible malédiction dont Spencer aurait été l’objet. Après tout, ce n’étaient que des livres, n’est-ce pas ?

Une fois de plus, mon esprit mélangeait les impressions et les faits, le passé et le futur, au point de reconstituer ce ballet sans plus savoir ce qui relevait du réel et du songe – ou de ces livres

Je cherchais mes mots, ne sachant jusqu’où pousser mes confidences, craignant moi-même de me retrouver trop exposé à ces souvenirs qui, à mesure que je les formulais, revenaient avec une acuité déconcertante.

Et pour quelqu’un comme votre serviteur, chercheur et jeune écrivain, cette postérité, qui a priori ne reposait sur rien, sinon du vent – ou du moins, sur le seul pouvoir de l’imagination – était

une inépuisable source d’étonnement. Lovecraft avait inventé un livre si monstrueux qu’il faisait irruption malgré lui dans la réalité. Dès lors, l’idée de percer le secret obscur de cette création ne cessa de me tarauder.

On pouvait fouiller toutes les caves, tous les greniers, les chapelles obscures, les châteaux en ruine, les bibliothèques oubliées, les égouts putrides, les vestiges de civilisations immémoriales, à la recherche de sinistres révélations et de manifestations terrifiantes des Grands Anciens : le Necronomicon n’existait que sous une forme métaphorique, celle d’une œuvre littéraire, un prodige ensorcelant de la littérature fantastique, un fantôme immense et tenace dans la forêt de notre imaginaire collectif. Et c’était bien cela, d’ailleurs, cela et rien d’autre, qui le rendait si réel.

L’imagination a parfois plus de réalité que la réalité elle-même, pour qui se laisse piéger…

le fantastique traite de beaucoup de choses qui existent ou qui n’existent pas. C’est même le principe, en littérature fantastique : soit c’est cela… soit c’est cela. Mais la notion d’existence n’a pas de signification

Le réel est une image recomposée par nous, en fonction de nos sens, de nos présupposés, de notre vision du monde

— L’important est moins ce qui est que ce que nous croyons être. Et cette réalité peut être plus réelle que le réel

N’était-ce pas l’objectif, le point culminant de toute son œuvre, son but inavoué et inavouable, parce que impossible, le fantasme ultime de l’écrivain – écrire un Livre définitif, le Livre impossible, englobant le Tout, existant Partout et pourtant Nulle Part ? L’absolu de la confluence entre le réel et le virtuel. Le numérique avant la lettre !

Juste une question. Tu ne crois tout de même pas… qu’un livre puisse rendre fou ? Qu’un livre puisse… tuer, par la seule force de son contenu ? Sa seule… puissance ? Comme un feu nucléaire ?

Les œuvres ont une fonction… Elles servent d’exutoire, d’exorcisme ! La violence n’est pas une conséquence, c’est une donnée de départ de notre nature – non ? On peut aussi bien dire que c’est un moyen de la contrôler, au contraire. Pour qu’elle reste du domaine des fantasmes !

il devait être midi et pourtant, le ciel bas, les nuages noirs et l’air épais donnaient aux environs des allures crépusculaires

Un océan de feuilles mortes et balayées par le vent se déroulait sous mes pieds. Les conifères montaient vers le ciel, leurs troncs oppressants se faisaient plus impénétrables encore, le vent chuchotait dans ces profondeurs, et l’odeur pernicieuse qui commençait de me parvenir me suggéra que je touchais au but

son discours sur l’imagination plus réelle que le réel, aux représentations qui nous gouvernent. Tout, disait-il, est affaire de point de vue – et ce point de vue, ce nombre d’or n’était plus pour moi qu’un nœud fuyant, le point de fuite, oui, d’un tableau impossible, expressionniste et biscornu, qui paraissait violer toutes les lois de la perspective. J’étais en face d’une figure hallucinatoire et d’un motif géométrique impossible et abstrait ruinant les vieux édifices euclidiens, en face d’un vortex entortillé qui…

Comme si les deux univers coexistaient, celui familier et normal où mes pas m’avaient conduit le matin même, et celui où je me trouvais à présent ; comme s’ils pouvaient communiquer, dimensions juxtaposées reliées par un passage inconnu, miroir à deux faces d’une même réalité

De tout temps, on a su instrumentaliser les superstitions

Un virus, comme un virus informatique géant, une souche numérique qui se propage. A la mesure de la mondialisation et de l’interconnexion.

Un gigantesque livre, un arbre mondial ! La folie Lovecraft…, me contentai-je de murmurer. La technique rejoignant la mystique du Livre.

Lovecraft est né « un jour où le ciel a explosé », comme l’a dit joliment un de ses commentateurs, en une fin de siècle, au carrefour des craintes et des espoirs de l’humanité

Tous figuraient dans ce bestiaire, dans ma bibliothèque-musée imaginaire, cet arbre à l’efflorescence putride ; et ils composaient dans mon esprit une sorte de longue, d’infinie Chaîne du Mal, une chaîne dont les maillons survolaient l’abîme du temps ! Une image assez fidèle de l’ADN même de ce Mal, comme si tous étaient porteurs du gène impie, ou du virus qui n’avait cessé de se répandre à travers toutes les époques, sur tous les territoires. Ce bréviaire immonde se déroulait en moi avec une minutie absurde et glaçante.

Déambulant dans l’univers de Lovecraft, de King, de Borges, de Houellebecq, dans celui des livres qui n’existaient pas. Un « Libermaléficonaute » – un voyageur, un navigateur parmi les Livres maudits. Avec la faculté de basculer à volonté d’un livre fou à un autre, dans les méandres de la littérature fantastique

Prisonnier d’un livre ! Enlivré vivant

Pourrais-je jamais revenir en arrière, retrouver mon chemin dans le dédale que j’avais traversé ? Et ces monstres qui me suivaient… Etaient-ils là, toujours, en gardiens tapis dans l’ombre ? Qui étaient-ils ?

Les mots avançaient en cadence, en bons petits soldats, avec leurs ronds, leurs pleins et leurs déliés, leurs barres et leurs casques à pointe, une-deux, une-deux, petites flammèches de sens déroulant leur fanfare, et dans ce défilé, ils semblaient sauter un à un à mon regard.

Sa mémoire, comme la nôtre, était une infinie bibliothèque ; les tiroirs s’ouvraient lentement, certains s’obstinaient à rester fermés

Nous autres écrivains, nous ne sommes que des pilleurs de tombes… Nous nous repaissons comme des vers des influences des autres… N’est-ce pas ?

Si vous lisez ces lignes, c’est qu’il est déjà trop tard ! Le virus de la lecture, de l’écriture est déjà en vous