Lynch, Paul « Un ciel rouge, le matin » (03.2014)

Lynch, Paul « Un ciel rouge, le matin » (03.2014)

Auteur : Paul Lynch est né en 1977 dans le Donegal et vit aujourd’hui à Dublin. Son premier roman, « Un ciel rouge, le matin » (Albin Michel, 2014), a été unanimement salué par la presse comme une révélation et finaliste du Prix du Meilleur Livre étranger. A suivi « La Neige noire » (Albin Michel, 2015), récompensé par le Prix Libr’à Nous et largement plébiscité par les lecteurs. Il publie « Grace » en 2019

Résumé : (paru chez Albin Michel) Tableau âpre et ténébreux de l’Irlande du XIXe siècle et de sa brutale réalité sociale, Un ciel rouge, le matin possède la puissance d’évocation des paysages du Donegal où il se déroule en partie. Le lyrisme sombre et poétique de Paul Lynch, qui signe là un remarquable premier roman, en exprime la force autant que les nuances, entre ombre et lumière.

Printemps 1832. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il est expulsé avec femme et enfants de la terre qu’il exploite. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller voir l’héritier de la famille, qui règne désormais en maître. Mais la confrontation tourne au drame : Coll Coyle n’a d’autre choix que de fuir. C’est le début d’une véritable chasse à l’homme, qui va le mener de la péninsule d’Inishowen à Londonderry puis aux États-Unis, en Pennsylvanie. Pleine de rage et d’espoirs déçus, son odyssée tragique parle d’oppression et de vengeance, du lien viscéral qui unit les hommes à leur terre. Paul Lynch, pour Un ciel rouge, le matin, a fait partie de la selection pour le prix du meilleur livre étranger 2014 (catégorie « romans »).

« Paul Lynch possède un talent sensationnel, hérité d’écrivains tels que Cormac McCarthy ou Sebastian Barry. Consacrez-lui toute votre attention, car il est en train de créer son propre territoire littéraire. » Colum McCann

Mon avis : Magnifiquement écrit (et très bien traduit). Une phrase à elle seule décrit ce roman puissant «Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible.» Roman sur la dureté de l’existence, la sauvagerie des hommes et des éléments… Toutes les tonalités du noir et du gris de l’existence et de la nature qui est en adéquation avec la misère et le désespoir. Une chasse à l’homme qui commence en Irlande et qui se termine aux Etats unis. Un monde dur, qui va au-delà des limites du supportable, de l’inhumain, qui va au bout de la peur, de la méchanceté humaine. Une descente aux enfers pour un homme coupable … de ne pas avoir oté sa casquette pour saluer…..Une description de l’Irlande du XIXème siècle et des conditions d’existence de ceux qui débarquent aux Etats Unis sans un sous en poche.. Parfois une magnifique lumière et des couleurs, qui toujours vient de la nature… Et l’humanité est quand même là, aux travers de l’amitié qui va lier deux compagnons d’infortune. Lisez le !

Extraits :

D’abord il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance.

Sur les murs, la paresseuse retraite des ombres

Ses poings se ferment, il monte en lui une espèce de tumulte, un bouillonnement écumeux de rivière enfiévrée, jusqu’à ce que la colère le submerge

Surgies de l’abîme nocturne, les ramures tendent leurs doigts décharnés pour s’agriffer à son visage tandis qu’il se sauve loin de l’horreur qu’il vient de voir, les ronces ont des mains crochues de sorcière qui lui tailladent la chair, il lutte avec une fureur aveugle. Chaque goulée d’air est une écharde de verre qui rugine ses poumons

Les jacinthes des bois penchent la tête, comme pour déplorer en silence la fugacité de leur existence

Il ouvre les yeux sur un monde opaque et uniforme, et déjà le souvenir de ses rêves s’est perdu.

Le brouillard s’enroule à lui et colle comme une peau, la route s’achève là où se porte son regard

L’air imprégné d’humidité, une mer maussade sous un linceul de brume. Dans le silence irréel il ne perçoit que l’écho de ses propres pas

il se tourne alors vers la mer et sa vacuité insondable, la poitrine oppressée, son regard se perd dans le lointain où le temps et l’espace semblent figés. Aucune vie ne paraît l’animer, un vide qui ne connaît ni l’amour ni l’épreuve, une puissante marée sans mémoire, inchangée, éternelle

Ils cherchent à toute force les chemins du repos, mais leur cœur est aussi agité que les vagues de la mer.

La suite indistincte des jours qui se ressemblent. La pluie s’installe, le crépitement de sa chute ne leur laisse pas de repos

son regard se voile, il parcourt en pensée la distance qui le sépare de chez lui, et son sourire s’évanouit en silence

Un grand ciel plombé où le soleil se cache, c’est tout ce qui reste du monde en train de sombrer

Le soir embrasse l’obscurité brûlante. Venu du trouble brasier du couchant, un brouillard rampant s’avance vers eux. Il regarde se former la nappe qui s’installe au-dessus du bateau, impalpable drap mortuaire qui ternit le ciel nocturne et étouffe la rumeur de l’océan.

L’orbe d’un soleil rouge vogue au-dessus des buttes noires, semant dans le ciel ses copeaux de lumière.

Dans la vallée, le déclin du soleil fait naître auprès des hommes leurs jumeaux tissés d’ombre, de noires répliques qui miment inutilement les mouvements de leur besogne

Nos vies, nos destinées, nos histoires englouties par des forces plus vastes. Mon histoire qui se mêle désormais à la vôtre, et celle-ci qui ira le moment venu se nouer à une autre. Et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Il n’y a rien de plus à ajouter.

L’homme laisse ses paroles suspendues en l’air, un mur de silence les sépare, puis il réplique

La joie qui éclate en lui comme une flambée de lumière prête à déborder

5 Replies to “Lynch, Paul « Un ciel rouge, le matin » (03.2014)”

  1. Lu mais pas vraiment convaincue ! C’est vraiment trop noir pour moi.

    Une chasse à l’homme débute en Irlande puis pousse le principal protagoniste à se lancer dans une interminable traversée pour tenter de disparaître aux Etats-Unis. La misère est omniprésente dans cette histoire sombre et pessimiste où on cherche en vain une petite lueur d’espoir.

    Pour ce qui est du style, je vous laisse apprécier :

    « Le temps s’enroule voluptueusement autour d’eux, et le monde changeant mène allègrement sa danse tandis que leurs jours s’écoulent, tous égaux. La traversée risque de durer quatre semaines, à moins que ce ne soit huit, il y a comme une langueur dans les nuits ; une nuit semblable aux autres, Coyle est tiré du sommeil. L’obscurité d’un noir de poix vibre des ronflements des dormeurs et du rugissement de la mer. Il dresse l’oreille, alerté par un frottement furtif, des mouvements menus comme une sarabande de rats. » p.83

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *