Fil… rouge …

Vous me suivez dans ce délire ? A la recherche du point commun entre …

Cela fait un moment que je souris en trouvant un fil rouge qui relie les lectures qui se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois je lis à la suite des livres qui parlent de brumes et de phares ; parfois en un mois trois héroïnes ont le même prénom. Parfois les histoires ont des points communs…

Alors j’ai fait un peu attention.. mais sans jamais choisir les lectures en fonction… et je vous livre mon petit

Fil rouge Octobre 2016

Lectures du mois :

«L’Ile enchantée» de Mendoza

«La Fenêtre de Dieu» de Blondelot,

« Mortelle fricassée» de Balen,

«Satan était un ange» de Giebel, Karine,

«Les Pigeons de Paris» de Victor del Árbol,

«Possédées» de Frédéric Gros,

«Le mystère Henri Pick»  de Foenkinos ,

«Beaux rivages» de Nina Bouraoui,

«Born to Run» de Bruce Springsteen,

«Madame la Marquise et les Gentlemen cambrioleurs» de Frédéric Lenormand,

«L’Équation de plein été» de Higashino, Keigo

 

Et bien il y a un fil rouge qui les relie presque tous…

Les livres de Mendoza, Blondelot, Giebel, del Arbol, Bouraoui, Foenkinos  et Higashino évoquent la remise en question d’hommes face à la solitude, au néant, à la mort, à des vies qui ont été bouleversées par des changements soudains et incontrôlés.

Octobre est aussi le mois des anges de toutes les couleurs … Kurt Cobain, « l’ange blond » est évoqué par Blondelot et par Foenkinos ; « l’ange » Giebel nous en parle aussi… mais il a changé de couleur :il est devenu noir… Satan qui relie Giebel au livre de Frédéric Gros « Posssédées ». Je reconnais…je n’ai pas trouvé comment le relier spontanément la virée gastronomique en Périgord … Quoique … Les cèpes… Le bolet de Satan.. Il a la forme des cèpes, mais pas la couleur. Et Satan et Cobain sont aussi présents dans « Born to Run » … Dans le livre de Frédéric Lenormand, Satan est bien présent « à l’intérieur du lévrier noir au collier d’argent » de La Casati, mais le roman se déroulant dans les années 1920. Cobain n’y est pas …

Entre le Foenkinos et le Bouraoui… un lien à un moment donné suite à un petit échange au sujet de l’envie d’être publiée et d’être toujours refusée 😉 damned !!

Ah le fil rouge semble totalement coupé avec le livre de Higashino… Mais cette petite digression était juste là pour le plaisir… rien de bien sérieux…

L’avenir nous dira si vous trouvez des liens complémentaires et si Novembre se prêtera au jeu…

 

 

 

Higashino, Keigo «L’Équation de plein été» (2014)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015) – La Fleur de l’illusion (2016)

 

Résumé : Le physicien Yukawa entame pour des raisons professionnelles un séjour dans la station balnéaire de Hari-plage. Le soir de son arrivée, l’autre client de l’auberge, un ancien policier de Tokyo, disparaît. Son cadavre est retrouvé le lendemain sur des rochers en bord de mer. Kusanagi, l’ami policier de Yukawa, et sa collègue Utsumi, sont chargés de mener discrètement l’enquête, parallèlement à la police locale. En renouant avec le couple d’enquêteurs déjà aperçu dans Un café maison, Keigo Higashino livre une de ces intrigues subtiles et complexes dont il a le secret.

Mon avis : J’avais découvert cet auteur avec « La Maison où je suis mort autrefois». .Après « Un café maison » (2012) je retrouve avec plaisir cet auteur et son duo atypique, l’inspecteur Kusanagi et Yukawa, professeur de physique à l’université de Tokyo. Ce sont des romans très intelligents, qui avancent pas à pas. L’enquête va se dérouler en parallèle dans deux lieux, et les deux enquêteurs vont suivre des pistes en se rendant compte (ou pas) de leurs avancées … Dans ce roman le prof de physique va nous distiller des informations au compte-goutte, à travers des discours et des expériences. Ils ne seront pas les seuls à mener l’enquête. Un roman tout en finesse et avec beaucoup d’humanité : un suspense qui va durer jusqu’à la dernière page… Ce que j’aime tout particulièrement dans cette manière de mener les enquêtes c’est que l’auteur nous donne des indices et que chaque petite information, anodine à première vue, a sa place dans la résolution finale de l’énigme. Et pas de sang inutile, pas de descriptions violentes… tout en finesse… Et je ne vais pas tarder à lire le premier de la série… Le Dévouement du suspect X

Extraits :

— Je ne fais pas confiance aux taxis d’ici. J’en vois beaucoup quand je n’en ai pas besoin, et aucun quand j’en cherche.

Exiger de quelqu’un quelque chose qui n’existe pas revient à lui chercher noise.

Des étincelles colorées commencèrent immédiatement à en jaillir. Leurs couleurs changeaient au fur et à mesure.

— Le bleu vient du cuivre, le vert du baryum, le rouge du strontium, le jaune, du sodium. Ce sont tous des métaux. Tous ces métaux ou composés métalliques brûlent en émettant une lumière colorée propre à leur nature.

— Intriguer, cela peut vouloir dire exciter la curiosité intellectuelle. Ne pas faire cas de sa curiosité est criminel. C’est d’abord elle qui nous pousse à apprendre.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que vous avez dû avoir des doutes. Vous ne pouvez pas être entièrement convaincue. Mais je peux imaginer deux raisons qui vous ont conduite à le croire. La première, c’est que vous lui faites confiance. La seconde, c’est que vous voulez le croire. Ou les deux à la fois.

Lenormand, Frédéric «Madame la Marquise et les Gentlemen Cambrioleurs» (2016)

Une série policière dans le Paris du début du XXe siècle par l’auteur de Voltaire mène l’enquête.

Résumé : À l’automne 1908, l’extravagante marquise Casati s’installe au Ritz avec son léopard, ses lévriers, son perroquet, ses singes et son boa. Rien que de très normal. Mais son séjour est ensuite troublé par une série de vols et d’assassinats. Les riches hôtels particuliers de la place Vendôme sont méthodiquement cambriolés. Quant à la boutique Van Cleef & Arpels, elle a été pillée au nez et à la barbe des bijoutiers ! Sans parler de l’homme assassiné sur le toit du Ritz… La marquise Casati, sorte de Hercule Poirot qui aurait troqué le chapeau melon pour une crinière écarlate, et les bonnes manières pour l’exubérance d’une Italienne indomptable, mène l’enquête. Et elle ne tarde pas à contrarier les projets d’Alfred Lupin, ennemi public numéro 2 et frère du célèbre gentleman cambrioleur…

Mon avis : Alors figurez-vous que j’ai gagné le livre (dédicacé en prime) en participant à un concours organisé par l’auteur. Sympa non ? Comme en plus « La Casati » est un personnage qui me fascine, j’adore Erté, la « Belle Epoque », j’étais toute contente 😉 et je le suis encore plus après avoir lu le livre 😉

Une fois encore ce n’est pas l’intrique qui est importante mais le contexte, les personnages, les descriptions historiques, savoureuses, l’humour… On atterrit à pieds joints dans le Paris de la Belle Epoque et de ses extravagances ! La mode se décorsette sous les mains de Poiret… Madame la Marquise nous sert de guide dans le Paris du début du siècle, avec ses soirées, ses repas, son lévrier, son guépard et ses folies, sans oublier le coté historique, l’histoire de Paris, des immeubles qui entourent la Place Vendôme, les artistes du moment qui ont « la Casati «  comme muse, amie, amante… … Ah que j’aime ce tourbillon de folie et de gaité . Merci une fois encore à cet auteur de nous faire aborder les romans historiques avec intelligence, verve, humour …

Extraits : ( il y a des tas de mots d’esprit à découvrir encore … juste un petit florilège)

Mon cher, il ne faut pas croire ce qui est dans les journaux, il faut croire ce qui est dans les romans : c’est le seul endroit où l’on tolère la vérité.

Le seul plat qu’elle désirait vraiment cuisiner était assis en face d’elle et se nommait Alfred Lupin.

– Madame, c’est le marquis
– Quel marquis ? Mon marquis ? Ciel, mon marquis !

Elle avait beau miser sur les apparences et la superficialité, c’était toujours la profondeur qui l’emportait, parfois même sa propre profondeur. La bêtise était le seul luxe qu’elle ne parvenait pas à s’offrir.

Vous savez ce que signifie « décorum » ? dit Poiret en lui jetant sur le dos quelques étoffes pour juger de l’effet. « Ce qui convient » ! Une robe, comme un reflet, reflète un état d’âme.

Qu’est-ce que c’est, la « brigade scientifique » ? Vous faites la circulation dans les éprouvettes ? Vous verbalisez les paramécies ?

La mode, c’est ce qui permet aux gens sans imagination d’avoir du style, dit la Casati.

 

Image : La Casati par Erté

En savoir plus sur la marquise Luisa Casati: http://www.letteraturaalfemminile.it/luisa_casati.htm

 

Springsteen, Bruce «Born to run» (RL2016)

Résumé : En 2009, Bruce Springsteen et le E Street Band jouent à la mi-temps du Super Bowl. L’expérience est tellement grisante que Bruce décide d’écrire à ce sujet. C’est ainsi qu’a commencé cette extraordinaire autobiographie.

Au cours des sept années écoulées, Bruce Springsteen s’est, en secret, consacré à l’écriture de l’histoire de sa vie, apportant à ces pages l’honnêteté, l’humour et l’originalité qu’on retrouve dans ses chansons.

Il décrit son enfance, dans l’atmosphère catholique de Freehold, New Jersey, la poésie, le danger et les forces sombres qui alimentaient son imagination, jusqu’au moment qu’il appelle le Big Bang : la première fois qu’Elvis Presley passe à la télévision, au Ed Sullivan Show. Il raconte d’une manière saisissante l’énergie implacable qu’il a déployée pour devenir musicien, ses débuts dans des groupes de bars à Asbury Park et la naissance du E Street Band. Avec une sincérité désarmante, il raconte aussi pour la première fois les luttes personnelles qui ont inspiré le meilleur de son œuvre et nous montre que la chanson Born to Run dévoile bien plus que ce qu’on croyait.

Comme le dit l’éditeur sur sa page : Born to Run sera une révélation pour qui apprécie Bruce Springsteen, mais ce n’est pas seulement le témoignage d’une rock star légendaire. C’est un livre pour les travailleurs et les rêveurs, les parents et les enfants, les amoureux et les solitaires, les artistes, les dingues et tous ceux qui ont un jour voulu être baptisés dans les eaux bénies du rock’n’roll.

http://www.albin-michel.fr/auteurs/bruce-springsteen-51731 ( il y a des vidéos aussi de l’auteur en train de lire son texte)

et la bande son qui va avec … « Chapter and Verse » (avec 5 titres inédits)

Mon avis : Avant toutes choses je vous dis que j’adore Bruce Springsteen et que le top des tops de ses chansons est pour moi la chanson « The River ». A part ça—que la taille du livre ne vous fasse pas peur. C’est passionnant. C’est comme ces textes de chansons… en direct du cœur et de l’âme. C’est l’histoire du chanteur mais c’est surtout (comme ses disques) l’histoire de l’Amérique. C’est aussi la volonté de réussir, l’histoire des amitiés, de sa famille, des tournées, de ses peurs et de ses angoisses… C’est juste comme s’il nous donnait les clés de ses pensées… Ceux qui l’aiment l’aimeront encore davantage et ceux qui ne le connaissent que peu ou pas peuvent sans aucun souci se plonger dans l’histoire de l’Amérique vue par un homme qui est le reflet de son époque.

Extraits :

Un monde où les hommes se métamorphosent en dieux et les dieux en diables – pour de vrai. J’avais vu des dieux se transformer en diables à la maison, j’avais vu le visage possessif de Satan. Quand mon pauvre paternel, dans une furie alimentée par l’alcool, cassait tout à la maison au milieu de la nuit, nous collant à tous une trouille bleue, j’avais senti cette force ultime des ténèbres nous rendre visite sous la forme d’un père aux abois… menace physique, chaos affectif et pouvoir de ne pas aimer.

 J’en suis arrivé à comprendre avec regret et perplexité qu’à partir du moment où l’on a été catholique, on le restera toujours. Alors j’ai cessé de me faire des illusions. Je pratique rarement, mais je sais que quelque part – au fond de moi – je fais encore partie de l’équipe.

Dans le catholicisme existaient la poésie, le danger et les ténèbres qui reflétaient mon imagination et mon moi intérieur.

Ma grand-mère, dans sa confusion mentale, ne se rendait pas compte que son amour brut exclusif détruisait les hommes qu’elle élevait. 

Ma mère et ses deux sœurs ont gardé une foi totale dans l’humanité ; ce sont des créatures sociables qui seraient capables de tenir une joyeuse conversation avec un manche à balai. 

 « Mesdames-messieurs… Elvis Presley. » Soixante-dix millions d’Américains ce soir-là ont été exposés à ce tremblement de terre humain qui se déhanchait.

 Le monde adolescent c’était celui des 45 tours. Une galette de cire avec au milieu un trou d’un demi-dollar de diamètre qui nécessitait un adaptateur en plastique spécial que l’on enfilait sur l’axe central des 33 tours.

 J’ai rencontré des mômes racistes, des mômes qui avaient appris ça chez eux, près de chez moi, mais il a fallu que je fraye avec la classe moyenne et la classe moyenne supérieure pour rencontrer des gamins qui refusaient de jouer avec des Noirs. 

Entre Steve et moi, dès le début, ça a été cœur à cœur et âme à âme.

Steve et moi, on a vu Neil Young faire la promotion de son premier album solo, sa fameuse Gibson noire branchée sur un minuscule ampli Fender à faire trembler les murs du Bitter End.

Un soir, un gamin qui en connaissait un rayon question guitares m’a fait comprendre le « miracle » de ma Gibson. Il s’est approché, et m’a félicité d’avoir eu l’idée géniale de mettre des cordes de guitare sur une basse six cordes pour m’en servir comme d’un instrument solo. J’ai hoché la tête avec un air entendu tout en me disant : « Eh merde… c’est une basse six cordes ! » Je faisais des solos de dingue depuis des mois sur une basse ! Pas étonnant que le son soit si épais et les frettes si dures à atteindre. N’empêche, ça marchait !

Si vous êtes meilleur que moi, vous avez droit à mon respect et mon admiration et vous me donnez envie de me dépasser.

En pionnier, Dylan a planté un drapeau, il a écrit des chansons et chanté les paroles qui ont été essentielles, à l’époque, à la survie affective et spirituelle de tant de jeunes Américains.

 Je voulais être une voix qui soit le reflet de mon expérience et du monde dans lequel je vivais.

J’étais un enfant de l’Amérique à l’ère de la guerre du Vietnam, des assassinats de Kennedy, Martin Luther King et Malcolm X

Keith Moon, Janis Joplin, Kurt Cobain et tous ceux qui sont morts trop tôt, tous ceux-là ont volé quelque chose à la musique que j’adore ; j’aurais voulu qu’ils vivent, qu’ils profitent du talent qui était le leur et du respect de leur public.

Les gens ne vont pas voir des concerts de rock pour apprendre quelque chose, ils y vont pour qu’on leur rappelle ce qu’ils savent déjà, ce qu’ils sentent au fond d’eux. 

La plupart de mes textes sont des autobiographies émotionnelles.

On a du mal à atteindre une cible mouvante, on n’attrape pas l’éclair. L’éclair frappe, laisse une cicatrice, puis disparaît, gone, baby, gone. Pour ça la route était idéale ; l’éphémère, le détachement, c’était la règle du jeu. 

Mes disques font toujours entendre un personnage qui s’efforce de comprendre où placer son esprit et son cœur. J’imagine une vie, je la teste, puis je vois comment ça se passe. Je me mets à la place de quelqu’un, j’emprunte les chemins de lumière et d’ombre que je suis forcé de prendre avec lui mais que je n’aurais peut-être pas envie de suivre jusqu’au bout. Un pied dans la lumière, un pied dans les ténèbres, en route vers demain.

son visage était une carte attendrie de toutes nos peines et de nos épreuves.

j’ai levé la tête et chanté « Promised Land » pour ceux à qui la chanson était destinée : les jeunes, les vieux, les Blacks, les Blancs, les basanés, de toutes religions et de toutes classes sociales. Je chante pour eux aujourd’hui.

« We Are Alive ». Écoutons les âmes et les esprits qui nous ont précédés et entendons ce qu’ils ont à nous apprendre.

Comme dit Clint Eastwood : « Un homme doit connaître ses limites. » Ensuite, il faut les oublier et avancer.

 

Photo : prise par moi le 3 juillet 2013 – Stade de Genève.

Bouraoui, Nina « Beaux rivages » (RL2016)

Auteur : Nina Bouraoui est une écrivaine française née le 31 juillet 1967 à Rennes, d’un père algérien (originaire de Jijel, dans le pays des Kotama) et d’une mère bretonne.
Le déracinement, la nostalgie de l’enfance, le désir, l’homosexualité, l’écriture et l’identité sont les thèmes majeurs de son travail. Elle est officier de l’ordre des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues.
Résumé : C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation. Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour. Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
Beaux rivages a été écrit pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance. (252 pages, paru chez JC Lattès)

Mon avis : Premier livre que je lis de cette romancière. Une quadra abandonnée après une relation de 8 ans… Elle qui accordait sa confiance et croyait en la liberté est totalement sonnée par la rupture SMS… C’est un livre qui pointe la difficulté de l’amour à distance et le mal que peuvent faire les nouveaux modes de communication. Dans ce roman – écrit à l’imparfait – où les hommes ont des prénoms et les femmes apparaissent comme A. et l’Autre la narratrice, A… s’enfonce dans le chagrin d’amour.  A. laisse sous-entendre que la facilité de rompre une relation non contraignante a favorisé cette possibilité de jouer sur les deux tableaux (le lien aurait été plus difficile à rompre en cas de lien du mariage). Elle s’accompagne ( et se noie) de chansons tristes et romantiques, et c’est totalement du vécu. Quand on a mal, on se repasse en boucle de type de chansons, on lit des poèmes sombres et on regarde des films de rupture. Je pense que toutes les filles ont eu cette tentation ; en tous cas moi oui… Ce livre est la descente aux enfers par étapes… comment faire son deuil : on passe par plusieurs phases, l’incompréhension, la tristesse, la rage, la haine, le désespoir, l’envie de tout planter là, les problèmes de santé, l’errance… Le fait d’avoir été abandonnée devient un problème obsessionnel et tout ce que les autres pourront nous dire lui glissera dessus comme de l’eau sur un parapluie. A. va se faire mal… elle va tout vouloir connaître de sa rivale et en prendre plein la tête. En effet l’Autre tient un blog et A. va s’y rendre pour essayer d’en savoir plus sur la relation entre l’Autre et son ex. Et comme l’Autre est mauvaise, la situation va être encore pire car elle prend son pied en ridiculisant et martyrisant la pauvre abandonnée. Notre époque, celle des réseaux sociaux et d’internet permet de savoir ce qui se passe en temps réel et au lieu de se cacher et d’apaiser la douleur dans le silence et l’oubli, voir son histoire étalée aux yeux de tous dans un blog – dont elle devient accro – va faire l’effet du sel sur une plaie ouverte. En allant plus loin, elle fait remonter toutes les blessures depuis l’enfance…

Ecrit dans une langue qui m’a beaucoup plu, l’écriture de Nina Bouraoui épouse le rythme de la rupture et de la lente remontée. Car c’est un livre sur le deuil d’un amour mais aussi sur la reconstruction… Un livre universel dans une société où on finit par vivre dans l’urgence et le présent (l’espace temps de ce roman se situe entre les attentats de janvier et ceux de novembre 2015) .

Extraits :

Je ne crois pas que l’on puisse mourir d’amour, mais sa perte nous éteint et nous devenons sans lui des pierres sèches, grises

Il faisait froid et nuit comme si un trou dans le ciel avait aspiré la lumière pour ne plus jamais la rendre

Les choses que l’on n’énonce pas n’existent pas

Dans mon cas, les chemins tracés menaient à une impasse.

L’amour à chaque fois qu’il se perd rejoint le cimetière des amours mortes, et son deuil est impossible à envisager

À chaque fois que je pleurais, c’était rare, je retrouvais un chagrin plus ancien que celui que j’étais en train de vivre, enfoui dans les plis de la petite enfance et dont l’empreinte demeurait ; ma mémoire fossile ne m’aidait pas

en flottement entre la réalité et ce qui semble ne pas exister, que l’on a inventé et qui disparaîtra dès que l’on aura recouvré ses esprits

On en veut toujours à celui qui s’empare plutôt qu’à celui qui s’en va

Constatant mon inquiétude et mon épuisement, je ne dormais plus, il me prescrivit une série de tests sanguins à effectuer au plus vite, non à cause de la gravité du mal secret qui me frappait, mais pour me soulager d’une souffrance que j’étais en train de fabriquer

Ma vie explosait. Son nouveau désordre me rappelait la multitude d’étincelles que font les bâtonnets de Noël que j’allumais enfant et qui finissaient par me brûler les doigts

Je maigrissais un peu plus chaque jour, de cent grammes en cent grammes, comme une bougie fondant à la chaleur de son feu

si les êtres échouent à se relier par la douceur, ils partagent un territoire commun : celui de la défaite amoureuse

Seule la beauté de la nature parvenait à me divertir de mes pensées, me reconnectant à mes souvenirs d’enfant

l’amour passe avant tout par la connaissance des autres, la haine et la violence, elles, étant le produit de l’ignorance

Je n’étais jamais ivre, ne perdais jamais le fil de mes idées, la nuit avançant je me sentais enveloppée par le champagne comme si je m’étais enroulée dans un doux sari qui, je le savais par expérience, toutes mes nuits se ressemblaient, disparaîtrait une fois seule dans mon lit

Une femme se désolait de ne pas être reconnue en tant qu’écrivain, elle avait du talent pourtant, elle en était convaincue, la preuve, elle ne cessait d’écrire, ne se décourageait pas, même si aucun éditeur ne lui avait accordé sa confiance, cinq manuscrits déjà, envoyés par la poste

« J’ai fait mon choix », quand je dépassais les limites – mais de quelles limites s’agissait-il ? La tristesse est sans cadre

il voulait encore partager des choses avec moi, mais je n’avais plus rien à lui donner

Je retrouvais en lui une part de moi, peut-être la plus obscure, mais aussi la plus attachante : nous n’avions jamais vraiment aimé

j’ai des plis et des surplis de protection, plus rien ne peut m’atteindre, plus rien

c’était comme un trait tiré sur mon hiver, même si on ne tire jamais de traits définitifs, on le sait, le passé est un serpent qui mord, un léger trait alors

il m’avait choisie et j’étais en train de le choisir

il est apparu dans ma vie ainsi, il est survenu, alors que je ne le voulais pas, que je ne m’y attendais pas, d’ailleurs c’est comme ça que ça arrive, dès l’instant où l’on ne veut plus que cela arrive, quand on a mis la clé sous la porte, que l’on part, s’efface, bye bye tout le monde, au revoir et merci, ne m’appelez pas, je ne répondrai pas, les abonnés absents ça veut dire ça

« On va dans le mur, mais je ne sais pas à quelle vitesse »

j’occupe mon temps, dans le sens où je suis vraiment à l’intérieur, comme si c’était un territoire, c’est ça, le temps est devenu un lieu pour moi, c’est une sensation étrange, et pourtant c’est ainsi que j’envisage mon avenir : un endroit vierge que je foulerai plus tard, mais qui pour l’instant n’existe pas

on manque d’illusion, c’est ça la vraie vieillesse, ce ne sont ni la peau changée ni les rides, c’est de ne plus croire

on n’apprend rien de ses erreurs, on les cumule

En aimant, j’ai appris à aimer. En perdant, j’ai appris à reconquérir, non l’autre, un autre, mais toutes les parts de mon cœur pulvérisé

Foenkinos, David « Le mystère Henri Pick » (2016)

Collection Blanche, Gallimard (Parution : 01-04-2016)

Résumé : En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination ? Récit d’une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu’un roman peut bouleverser l’existence de ses lecteurs.

Mon avis : Contrairement à tout le monde, je n’avais pas totalement adhéré à son «Charlotte» (voir article sur le blog). Là j’ai retrouvé le Foenkinos de « La Délicatesse ». Ce livre, construit comme un polar littéraire et un livre plein de charme et de « pétillance » … sur les jardins secrets, sur la part cachée des individus, sur l’amour des livres, des auteurs, des représentants, des éditeurs, des mots…. Le point de départ : une vraie bibliothèque de livres refusés née dans l’imaginaire de l’écrivain américain Richard Brautigan et ouverte après sa mort aux Etats-Unis avant de déménager à Vancouver. Je trouve d’ailleurs l’idée de Foenkinos magnifique. il la situe au bout de la terre… C’est le refuge des livres orphelins, un lieu caritatif en quelques sortes ou on accueille les rejetés et les incompris. La quête du « père » de ce livre orphelin va constituer la trame de ce roman. Une jeune éditrice, chercheuse de talents, va mettre toute son énergie à essayer de rendre le livre à son géniteur et va partir sur ses traces. Elle ne sera d’ailleurs pas la seule. Mais sortir de l’ombre et remuer les non-dits ne se fait pas sans bouleverser les vies de ceux qui sont de près ou de plus loin proches du livre. Ce livre, c’est la révélation des artistes de l’ombre. Et il a également été inspiré par l’histoire d’une photographe de talent dont on a retrouvé les photos après son décès. On pourrait d’ailleurs penser à son roman précédent « Charlotte » … en effet la peintre a été mise en lumière du fait de la popularité qu’elle a acquise grâce au livre de Foenkinos. Avant son succès était plus que discret et elle est passée de l’ombre à la lumière.

C’est aussi un clin d’œil à ceux qui n’arrivent pas à atteindre le succès, à ceux qui sont soudainement mis sous la lumière des projecteurs, à ceux qui quittent la lumière… L’auteur met aussi l’accent sur l’importance du contexte… L’importance du roman du roman, de la personnalité de l’auteur. Fouiller dans la vie des gens ne se fait pas sans dommages collatéraux… La vie de la femme et de la fille du présumé auteur vont être bouleversées ; ce qui était certitude va devenir question… L’argent et la gloire vont venir s’inviter à la danse. J’ai beaucoup aimé ce livre, plein de tendresse, d’humanité et qui dissimule sous une enveloppe facétieuse des questionnements sur le monde intime de la création, la personnalité de ceux qui écrivent, leurs motivations …

Extraits :

Jorge Luis Borges : « Prendre un livre dans une bibliothèque et le remettre, c’est fatiguer les rayonnages. »

Il allait même de temps à autre boire une bière au bistrot du bout de la rue, bavarder de tout et de rien avec d’autres hommes, bavarder surtout de rien, pensait-il,

Il y avait ainsi une grande valeur symbolique à parcourir des centaines de kilomètres pour mettre un terme à la frustration de ne pas être publié. C’était une route vers l’effacement des mots.

Les auteurs suisses sont souvent les meilleurs pour parler de l’ennui et de la solitude. Il y a de ça dans votre livre : vous rendez palpitant le vide.

Bien plus que pour tous les autres arts, qui sont figuratifs, il y a une traque incessante de l’intime dans la littérature.

Mais c’était une preuve tangible que notre époque mutait vers une domination totale de la forme sur le fond.

Le succès de ce livre, retrouvé au cœur des refusés, parlait à toute une population désireuse d’être lue.

Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir.

Quant à la partie sensuelle, imaginaire, elle pensa qu’il avait écrit ce qu’il avait désiré vivre. Elle qui était plongée dans l’obscurité depuis de si nombreuses années pouvait comprendre cette démarche mieux que quiconque. Elle créait sans cesse des histoires, pour vivre en quelque sorte tout ce qu’elle ne pouvait pas voir. Elle avait développé une vie parallèle finalement proche de celle des romanciers.

 

Gros, Frédéric «Possédées» (RL2016)

Auteur : Frédéric Gros est professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris. Essayiste, philosophe, grand connaisseur de l’œuvre de Michel Foucault qu’il a éditée pour la Bibliothèque de la Pléiade, il est déjà l’auteur de nombreux livres. On lui doit notamment : Etats de violence (Gallimard, 2005), Le principe Sécurité (Gallimard, 2012), et surtout Marcher, une philosophie (Carnets Nord, 2009), succès de librairie, qui a été traduit dans de très nombreuses langues.

Possédées est son premier roman. Il figure dans la première et la deuxième sélection du Prix Goncourt.

Résumé :

En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d’hallucinations. Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Eglise les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent bientôt leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes. Frédéric Gros en fait le roman d’un homme : Urbain Grandier, brillant serviteur de l’Eglise, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouvée de la Contre-Réforme. Récit d’une possession collective, le texte étonne par sa modernité, tant les fanatismes d’hier ressemblent à ceux d’aujourd’hui.

Mon avis:

La mise en lumière d’un fait d’histoire avec comme personnages des gens qui ont réellement existé et été au cœur de l’affaire des possédées de Loudun. L’Histoire avec un grand « H » sous forme romancée. A cette époque, la ville de Loudun fut frappée par une épidémie de peste qui tue un quart de sa population. C’est à la fois un roman sur le prêtre de l’endroit et sur les nonnes du couvent des Ursulines. C’est aussi le roman de la manipulation, de la création du délire collectif qui dépassera largement le cadre local au moment où la politique s’en emparera. La possession des nonnes va se dérouler en deux phases ; la première va se tasser rapidement et le politique va réveiller le processus pour s’en servir pour arriver à ses fins.  Cette possession sera de fait un levier politique démoniaque (c’est le cas de le dire). L’instrumentalisation politique prend son essor. Ce qui aurait pu passer pour de la folie ou de l’hystérie sera instrumentalisé et recadré en histoire religieuse. Nous sommes en 1632 sous le règne de Louis XIII. Ce fait divers religieux va mettre le feu aux poudres ; les jeunes Ursulines vont accuser un prêtre de les posséder, en faisant entrer des diables dans leur corps. Bienvenue dans le délire érotico-religieux, dans les règlements de comptes des habitants de la ville. Maintenant il convient aussi de se demander si les jeunes Ursulines enfermées, qui sont en manque charnel et s’ennuient, sont bien possédées ou jouent une sorte de pièce de théâtre grandeur nature qui va les entrainer plus loin que ce qu’elles avaient imaginé et les rendre hystériques .. C’est la naissance de la « raison d’Etat » en France qui permet de faire tout et n’importe quoi. Richelieu est tout puissant ; à ses côtés son éminence grise, un fanatique religieux, le « Père Joseph ». Un ennemi : les protestants. En face, un prêtre tolérant, mais qui est beau, charismatique, qui aime les femmes et qui va s’opposer à Richelieu qui souhaite détruire les murailles de la ville. De plus, il est excellent orateur et est favorable à la fin du célibat des prêtres. Il écrira un pamphlet et un traité qui se retourneront contre lui. A un moment de l’histoire où la religion catholique se radicalise contre une autre religion – le Protestantisme –  (ce qui n’est pas sans faire écho à l’époque à laquelle nous vivons et où des délires religieux conduisent à la paranoïa et à la violence collective) cela fait scandale ! Le roman dénonce aussi les méfaits de la frustration sexuelle. L’importance du sexe, même chez les gens d’église. Je ne vous raconte pas l’histoire mais l’amour de Dieu et des hommes rayonne malgré les manœuvres sauvages des fanatiques religieux catholiques et la corruption qui règne à cette époque. Attention à la manipulation… C’est facile de pousser à haïr… Mais ce n’est pas la solution…

Ce qui m’a intéressé c’est de voir ce sujet traité d’un point de vue politique, ce qui est assez normal au vu de la profession de l’auteur. J’ai également été très réceptive à la description des personnages, des lieux, de la réalité historique. Deux catégories : les beaux qui sont nobles d’âme et purs de cœur et agissent à la lumière. Et les moches, envieux, qui sont noirs à l’intérieur et œuvrent dans l’ombre. Les scènes de torture, d’exorcisme, de folie des religieuses sont fortes, percutantes. Et la description de la petite bourgeoisie, des luttes de pouvoir fait froid dans le dos.

J’ai beaucoup aimé ce roman historique, le premier de cet auteur et j’espère qu’il en fera d’autres.

Extraits :

Loudun la superbe, Loudun l’arrogante se croyait réformée, elle affichait avec morgue sa dissidence, Loudun devenue la proie des huguenots. Les royalistes voulaient mater sa suffisance.

Et quand, le jour, on avait trouvé un intérêt de culture ou d’histoire, on se promettait : Je le dirai ce soir au cercle de Sainte-Marthe. On le gardait comme une provision d’écureuil.

Elle doit là peser, réfléchir, mesurer, méditer, apprécier, décider. L’engagement à prendre est définitif, irréversible, il est irrévocable. Elle aime ce mot là surtout : « irrévocable ».

Il flottait un air qui faisait tout entrer en suspension, portait les cœurs facilement aux lèvres

Elle avait lu d’une voix appliquée et très douce. Il a de son côté pris une voix plus lente et pénétrante. Il est debout et sa main, en expliquant, semble dessiner dans l’air une caresse.

On l’aimait secrètement, sachant que ce qu’on aimait le plus chez elle allait précisément dresser un rempart contre toute autre tentative. On ne pouvait que l’aimer impossiblement.

Le diable les Turcs, le diable les protestants, le diable les complices des huguenots et des Turcs.

Richelieu, avec ses complices dans Loudun, joue la carte catholique, loyaliste, nationale : ces murs, c’est la morgue protestante, une provocation permanente, une manière de narguer continûment le roi. Mais le cardinal recherche autre chose.

Eh bien, quand elle erre, le bleu des yeux devient intense, fixe, et cette flèche transperce. Chez elle le bleu est accueillant, avec ce vague et comme une transparence mouillée dès qu’elle est absolument décidée, sans concession. Et elle peut laisser ses yeux flotter comme des mouchoirs perdus. Mais là, elle reste debout les mains jointes, et le bleu catégorique hurle son trouble, les yeux écarquillés.

Si le corps des vierges abrite des démons, c’est qu’elles deviennent sorcières ?

– Nous interrogeons le diable en anglais. Vous savez comme moi que la connaissance des langues étrangères est sa marque.

Mais enfin, qui irait jamais prendre au sérieux des accusations démentes, est-ce qu’on fait crédit aux fous ? Mais il fallait se rendre à l’évidence : cela avait un peu pris quand même

On tient mieux dans la haine que dans l’amour. La haine se nourrit du temps qui passe, l’amour s’y use.

– La vérité, monsieur, celle des tribunaux, est une domestique. Elle se donne au plus offrant. Si vous n’avez pour vous que la vérité vraie, celle que reconnaît Dieu, monsieur, vous n’avez pas grand-chose.

Le temps use l’amitié, il décuple les haines. Le temps est contre vous,

Les vérités avec lesquelles nous gouvernons, monsieur, ne se tiennent pas dans l’intimité muette des consciences. Ce sont des spectacles.

Elle se répétait ces idées, une chose l’avait impressionnée : qu’une abstinence forcée ne pouvait que conduire aux pires excès, comme un fleuve retenu trop longtemps. Et la parole surtout, la parole de saint Paul : « Il vaut mieux se marier que de brûler. »

Je vous rappelle la parole de saint Thomas : « Il ne faut jamais croire le diable, même quand il dit la vérité. »

Elle ne le verrait plus sur terre, plus jamais. Qu’était-elle sans lui, à qui parler, comment savoir, comment penser demain sans lui ?

Image : Le prétendu pacte de Grandier avec le Diable

En savoir plus : https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2015/09/02/panique-au-couvent-les-vierges-folles-de-loudun/.

del Árbol, Victor «Les Pigeons de Paris» (2016)

Petit livre publié aux : Editions la Contre Allée – La collection « Fictions d’Europe » – Petite collection : Ce que l’Europe évoque dans l’imaginaire – Les autres titres de cette petite collection (Berlin, Bucarest-Budapest : Budapest-Bucarest de l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares – Les Enfants verts d’Olga Tokarczuk, Terre de colère du grec Christos Chryssopoulos – Des lions comme des danseuses du français Arno Bertina ) , Claude Bleton (traducteur)

Résumé : Dans un village isolé d’Espagne, Juan attend sur le pas de sa porte celles et ceux qui viennent pour exproprier le vieil homme de là où il a vécu et grandi. Ils sont jeunes et ambitieux, pressés de faire table rase du passé. Ce sont les enfants de Clio fille d’émigrés à Paris revenus au village le temps d’un été durant l’enfance de Juan. C’était alors les années 60, Clio rencontrait Juan, lui apprenait à lire et lui faisait découvrir un monde vaste et diversifié. Elle incarnait la promesse d’un avenir meilleur…

De la petite à la grande Histoire, un texte sur le fil.

Si la nostalgie sous-tend le texte, c’est dans le contexte d’un enjeu mémoriel, incarné par les destinées de Juan et Clio (Muse de l’Histoire). L’histoire de Juan témoigne que depuis l’après-guerre, la confrontation des valeurs s’est faite au détriment de celles d’une politique qui prônerait une Europe dite sociale. Quant à Clio, elle reflète une Europe malade, en perte de sens, dont la promesse d’un monde meilleur à vivre échoue. On connaît bien Victor del Arbol pour son art du scénario. Une fois encore, il excelle ici, dans une forme pour autant beaucoup plus courte qu’à son accoutumée.  Un texte d’une grande force métaphorique –

Mon avis : Du « del Árbol » comme je le ressens :  le passé et le présent qui s’entrelacent, avec la petite phrase sur les idéaux des révolutionnaires en fin de récit…. La vie de Juan pourrait presque se résumer à un olivier, qui plante ses racines dans le sol aride et lève ses branches vers le ciel. A l’aube de sa vie, son chien y trouvera la paix… et au crépuscule… il y sera rejoint par l’amour de sa jeunesse qui n’aura jamais quitté son cœur. Un arbre, une vie

Il y a bien longtemps, l’Espagne c’était comme l’Afrique… une contrée éloignée, épargnée par la course du temps. Puis les habitants sont partis, ils sont allés vers la civilisation.: ils y ont perdu leur âme, troqué l’être contre l’avoir, le vrai contre le paraître ; ils ont ramené une fois par an dans leurs valises de quoi faire naitre la suspicion et l’envie . Dans le temps, on vivait le lieu et l’instant. Et l’Europe « clinquante » s’est infiltrée comme un poison : la modernité et le progrès ont changé la donne. Le temps de vivre, de rêver, de ne rien faire…tout cela est mal perçu. Maintenant il faut courir après le temps, après l’argent… Ne rien faire est un péché. Le progrès a certes créé le confort mais il a aussi créé des besoins, tracé des fissures et éloigné les êtres les uns des autres. Le futile a remplacé l’essentiel et les hommes en sont venus à considérer essentiel ce qui est superflu. Les bonheurs simples s’en sont allés, remplacés par la technologie. la solidarité et la cohésion ont laissé place à l’indifférence et au silence. On passe sa vie à vouloir gagner (du temps, de l’argent) et à la fin on perd tout (la mémoire, les souvenirs, la vie). Dans cette nouvelle, l’auteur remet l’essentiel au centre de la vie… l’amour, la confiance, l’espoir… Juan, resté en marge des turbulences incarne la force tranquille et Clio, qui est partie, s’est brulée les ailes.

Del Árbol prouve une fois encore qu’il est un tout grand. Au-delà des romans noirs, des fresques historiques, celui qui a remporté cette année le Prix Nadal (l’équivalent du Goncourt espagnol) nous distille une prose à la fois puissante et poétique, empreinte de tendresse et d’émotion, qui fait la part belle à la nature, à la mémoire, aux sentiments …

Comme le chantait Georges Brassens … Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre…
 

Extraits :

[…] je ne pourrais rester éternellement au bord de l’oubli, même si je voulais me rendre le plus invisible possible. Tout a une fin, nous le savons depuis le début.

[…] car le temps ne s’écrit pas sur les aiguilles, mai dans le ciel.

Le temps transforme tout en ruines si on a la patience d’attendre.

La mémoire est ainsi : les vieilles choses entrent et on oublie les nouvelles, comme si on marchait à reculons au lieu d’aller de l’avant.

[…] être vieux, c’est avoir une accumulation de vie.

La tumeur qui me tue, c’est le souvenir. Le souvenir des choses comme elles étaient ou comme je pensais qu’elles étaient, car avant, bien avant, les choses étaient comme on voulait qu’elles soient […]

Tout est une métaphore de quelque chose, si nous laissons de la place à l’irréel, si nous nous éloignons suffisamment pour que les mots soient d’abord des images et ensuite du silence.

Il y a des silences qui soignent, d’autres qui blessent et d’autres sur lesquels il vaut mieux passer sur la pointe des pieds.

Comme il est doux le mensonge qu’on boit avec un désir de vérité.

Tant d’années à accumuler des images et des moments, et voilà qu’ils s’effacent à une vitesse impressionnante. Il est évident que l’avarice des instants ne sert à rien.

Ici, nous avons toujours été habitués à vivre plus qu’à raconter.

Aucun révolutionnaire ne défendra ses idéaux avec la férocité qu’un vieux mettra à protéger ses souvenirs.

Partir, comme s’il y avait des patries où aller en dehors des souvenirs.

 

 

Ecouter : http://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-des-libraires/le-temps-des-libraires-lundi-13-juin-2016La mémoire d’un homme qui a vécu les guerres, la fermeture des frontières, la réouverture et les esprits qui se ferment au fur et à mesure que les frontières s’ouvrent. Souvenirs d’une Espagne, pays pauvre et sale qui est devenu au fil des ans un pays attractif.

 

 

 

Giebel, Karine «Satan était un ange» (2014)

Auteur : Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond.

 (Maîtres du jeu : nouvelles. : contient 2 nouvelles : Post mortem suivi de J’aime votre peur – Pocket Thriller n° 15671, septembre 2013)

et des nouvelles dans les Pockets  « 13 à table «  en vente pour  les restos du Cœur en chaque fin d’année ( dès novembre 2014-2015-2016)

 

Résumé :
Tu sais Paul, Satan était un ange… Et il le redeviendra.
Rouler, droit devant. Doubler ceux qui ont le temps. Ne pas les regarder.
Mettre la musique à fond pour ne plus entendre.
Tic tac…
Bientôt, tu seras mort.
Hier encore, François était quelqu’un. Un homme qu’on regardait avec admiration, avec envie.
Aujourd’hui, il n’est plus qu’un fugitif qui tente d’échapper à son assassin. Qui le rattrapera, où qu’il aille. Quoi qu’il fasse.
La mort est certaine. L’issue, forcément fatale.
Ce n’est plus qu’une question de temps.
Il vient à peine de le comprendre.
Paul regarde derrière lui ; il voit la cohorte des victimes qui hurlent vengeance.
Il paye le prix de ses fautes.
Ne pas pleurer. Ne pas perdre de temps. Accélérer.
L’échéance approche.
Je vais mourir.
Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents.
Rouler droit devant, admirer la mer. Faire ce qu’ils n’ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout…
Car après tout, pourquoi tenter sans cesse de trouver des explications ?

Mon avis : Une fois surprise et happée par les écrits de cette romancière. Toujours des thrillers psychologiques mais si différents les uns des autres qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre. Quoique… le thème de la rédemption avait déjà fait l’objet de son livre « Meurtres pour rédemption » Maintenant je ne lis plus les résumés et je me lance à l’aveuglette dans les galères concoctées par Karine Giebel ! Deux hommes en fuite, deux courses contre la montre… Deux individus que tout oppose et comme le dit l’adage populaire … les opposés s’attirent… Et comme dans tous ses livres, toujours l’horreur et l’humain… Les apparences peuvent être trompeuses.… Que se cache-t-il derrière une gueule d’ange… Quels sont les motifs et les circonstances qui poussent à agir, à tuer, à aider, à faire confiance… L’amitié a ses raisons… que la raison ignore… Avec en prime une mise en avant d’un scandale écologique qui détruit la planète et que tout le monde enfouit bien profond, au même titre que les déchets. Et une question subsiste à la fin du livre : faut-il faire face au passé, comment passer outre, comment accepter et d’une certaine manière tenter de justifier l’horreur ?…

Extraits :

Rouler, encore et encore, même s’il ne sait pas où il va.
Si, il sait.
Droit dans le mur. Droit vers la mort.

Il fuit, s’enfuit, laissant dans son rétroviseur un décor qui s’effondre, kilomètre après kilomètre.
Ce décor qu’il avait patiemment construit pour y tourner le film de son existence.
Ce décor qu’il pensait solide et qui pourtant s’écroule, tel un pitoyable château de cartes.
Tout est si fragile. La vie, surtout.
Il vient à peine de le comprendre.
Parce que bientôt, il sera mort.

Un glioblastome. Voilà l’assassin qu’il fuit depuis deux jours.
Assassin qui le rattrapera, où qu’il aille. Qui le tuera, c’est certain.

Elle comprenait toujours tout. Ce qu’il ne disait pas, surtout.

Toujours cette fascination pour l’argent. C’est souvent comme ça chez ceux qui en manquent. Comme lui, avant.
Non, lui ce n’était pas le fric qui le fascinait. Plutôt le pouvoir, la réussite. L’ascension de l’Himalaya social. Changer de milieu, devenir quelqu’un.
Au fait, ça veut dire quoi, devenir quelqu’un ?

Profiter des derniers moments avec ceux que j’aime ou… faire le tour du monde. Vivre des choses insensées. Faire ce qu’il n’a jamais fait.

Étrange de se sentir libre quand on est condamné.
En définitive, ce n’est pas la mort qui enchaîne. C’est la vie.

Il a pourtant l’impression d’être sur une barque à la dérive, malmenée par un océan en furie. Avec la nausée qui va avec.

Son présent, c’est cette fuite. Celle-là même qui hante ses nuits. Chaque rêve est une course contre la montre, une chute vertigineuse.

Une pâle lumière inonde la pièce, mais elle n’est pas suffisante. Pas suffisante pour oublier le noir qui le cerne. Le noir qui le grignote déjà.

… un enfant à qui on a oublié d’apprendre l’amour.
Un enfant devenu un homme.
Un homme dangereux.

Jusqu’à ce que sa vue se brouille. Que son cœur se vide par les yeux.
Il y va franchement. Oubliant ses grands principes, il fond littéralement en larmes.

Complices, ils se nourrissaient l’un de l’autre ; comptaient l’un sur l’autre, l’un pour l’autre.

Pardonner, il ne peut pas. Pas plus qu’il ne peut condamner.
Accepter l’inacceptable, c’est déjà beaucoup.

 

 

Balen, Noël – Barrot, Vanessa «Mortelle fricassée» (2016)

Série : « Crimes gourmands » 04

Les auteurs : Noël Balen, écrivain et musicien, partage son temps entre sa table d’écriture, les studios d’enregistrement et les fourneaux de la cuisine familiale.

Vanessa Barrot, avocate d’affaires, avoue un goût immodéré pour les saveurs du palais et confesse un appétit peu raisonnable pour les nourritures livresques.

Résumé : L’Auberge de la Tante Adèle est une des tables incontournables du Périgord. Après plusieurs décennies passées devant ses fourneaux, la vénérable Adèle Calmette a rendu son tablier et confié à sa nièce Adeline tous ses secrets de cuisine, à l’exception du petit carnet qu’elle porte toujours sur elle et dont on ne sait quel mystère il recèle.

A l’occasion d’un reportage en Dordogne, Laure Grenadier, rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table, accompagnée de son photographe Paco Alvarez, entend bien rendre visite à cette institution de la gastronomie locale. Mais le destin en aura voulu autrement…

Entre une communauté à l’ésotérisme douteux et quelques militants en croisade contre le foie gras, entre d’étranges recettes médiévales et des potions d’apothicaire, de vieilles rumeurs paysannes et des malveillances forestières, Laure et Paco finiront par dévoiler certaines des énigmes du pays sarladais.

Mon avis : Le tour de France continue… De quoi vous émoustiller les papilles …  Après Lyon, la Normandie et Paris, cap sur le Périgord Noir. L’origine des expressions, les vertus de l’ikebana, la cuisine du Moyen Age, la différence entre les châtaignes et les marrons, les spécificités des noix… La découverte des produits, foie gras, truffes, cèpes, châtaignes, noix, des recettes… Une petite mise au point sur le gavage des animaux… Vous savez, vous, ce que c’est que l’hypocras ? un vin … mais encore… Un petit tour sur les marchés… Comme les trois premières fois, la découverte du tueur est la chose la moins importante de l’échappée gastronomique… Alors on embarque dans le « pot de yaourt » et direction le Périgord noir, la Dordogne, Sarlat pour visiter chambres d’hôtes et restaurants et faire un reportage photo sur la région. Aucun temps noir et une virée qui donne envie de partir sur les traces de Laure et Paco…

Extraits :

Le bois travaille en cette saison, la maison respire à nouveau. Les premières froidures apaisent les feux de l’été. La charpente s’étire, le plancher se détend, les huisseries trop sèches s’amollissent.

– « Si les Anglais peuvent survivre à leur cuisine, ils peuvent survivre à tout. »

 Il y a bien sûr l’origine du mot « copain », la personne avec qui on partageait le pain,    ( je vous laisse découvrir la suite dans le livre )

  La noix est un mélange de fragilité et de robustesse. Avez-vous remarqué la forme si particulière de ce fruit ? On dirait la réplique du cerveau humain.

Un petit progrès après une grande douleur peut sembler une oasis. Mais ce n’est que le premier pas et la route est longue, très longue.

Ils s’accrochent encore à des bribes de lumière, mais n’ont pas la force de regarder le soleil en face.

– Le châtaignier, poursuivit la journaliste, donne des châtaignes et des marrons. On les distingue en ouvrant la bogue… tu sais, la boule qui pique. S’il y a trois fruits à l’intérieur, c’est une châtaigne. S’il n’y en a qu’un, c’est un marron

L’œil vissé à son appareil, il travailla consciencieusement chacune des nuances dorées de la végétation, tour à tour irisées, diaprées ou moirées.

Le miel augmente le degré d’alcool et, à jeun, ce ne serait pas raisonnable.

vous pouvez aussi utiliser du savon à main liquide, en enduire un coton et le poser sur la tique quinze à vingt secondes. L’insecte va spontanément se détacher et se coller au coton quand vous le retirerez. Et surtout pas d’alcool ou d’éther !

 

Tome 1 « Petits meurtres à l’étouffée » 2014 (Série : »Crimes gourmands)
Tome 3  » Un cadavre en toque » 2015 (Série : »Crimes gourmands)
Tome 4 « Mortelle fricassée » 2015 (Série : »Crimes gourmands)

 

 

 

 

 

 

 

 

Blondelot, Cédric «La fenêtre de Dieu» (2016)

Auteur : Nationalité : France – Né(e) à : Seine et Marne , 1976 – Scénariste pour la télévision et le cinéma. « La Fenêtre de Dieu » est son premier roman.

Résumé :

De l’autre côté de l’Atlantique, à Chicago, une femme meurt dans l’incendie de son appartement.
Deux ans plus tard, le 31 Juillet 1979, rue de Tolbiac, en plein Paris, un nouveau-né est abandonné dans un kiosque à Journaux. Alors qu’il chiait sur Le Monde et pissait sur L’humanité, un couple le trouva et l’adopta.
Il fut appelé : Tolbiac Juillet.
Adulte, Tolbiac devient magicien. Ne lui demandez jamais de tour avec des colombes, il les déteste. Quant à son lapin, il n’en a plus. Il l’a bouffé la veille. Mais Tolbiac n’est pas seulement doué pour la prestidigitation, il est aussi un pickpocket de génie.
Sa vie bascule tandis qu’il fume une cigarette dans les toilettes d’une piscine. Il n’en sortira jamais.
Aspiré par la cuvette. Oui, aspiré !
L’impensable se produit alors. Dans le monde où il émerge, Tolbiac découvre la vie qu’il aurait eue s’il n’avait pas été abandonné.

Mon avis :

L’auteur est venu « me chercher » et c’est ainsi que j’ai découvert ce livre. « Tolbiac Juillet » m’a contacté pour me proposer de s’inviter dans ma bibliothèque. Trouvant la démarche très sympa de la part d’un auteur premier roman, j’ai joué le jeu et j’ai reçu un exemplaire dédicacé en échange… je ne l’ai pas regretté. De l’humour, décalé, déjanté. J’adore… La façon d’écrire est imagée, pleine de fantaisie, d’imagination, de tendresse et de gouaille, très imagée, vivante, et on veut savoir la suite de ce conte qui intrigue . Tolbiac, c’est le genre Titi parisien : dégourdi, farceur, savonnette… Et  les personnages, surtout Tolbiac sont super attachants.. j’ai plongé à la suite de Tolbiac… ( mais non pas dans les wc de la piscine 😉

Alors tout est question de style vestimentaire … une histoire de cuir … êtes- vous plutôt perfecto ou blouson de cuir BCBG ?

1ère partie : Où l’on suit les tribulations d’une vachette nommé « Mirabelle », transformée en perfecto, d’aventures en aventures, ses changements de propriétaires, ses abandons multiples et ses repêchages variés, depuis un ranch du Texas jusqu’à Paris…

2ème partie : Ou l’on apprend qu’un enfant trouvé, tout comme le cuir de la vachette transformée en perfecto qui va le recouvrir après son accident, doit avoir un nom pour exister et avoir plus d’importance qu’un caillou… Et  ce nom sera en rapport avec l’endroit où il a été trouvé ( un nom de bataille qui lui va comme un gant) .  Et comme il suit les traces de ses parents… il prendra le relai… magicien, artiste escamoteur de profession… en spectacle au Club Med puis prolongement des activités… dans le métro… Et l’enfant trouvé est rempli de tendresse pour les deux phénomènes qui l’ont trouvé et adopté.

3ème partie : Perdu le perfecto… Tolbiac est devenu Zéphyr, malheureux proprio d’une veste en cuir BCBG. Evidemment ça ne va pas coller… Le Zéphyr, vent doux, frais, léger, tiède et agréable:  ça va avec le brave petit cadre avec son petit blouson en cuir, sa petite fiancée, son petit mariage à l’église et sa maisonnette de banlieue mais  ça clashe avec Tolbiac, petit gars des rues qui a un nom de bataille, qui tire des morlingues, fait des tours de magie et qui la joue façon Mistral ou vent d’Autan…

4ème partie : A la recherche des origines et de sa vie… Un parallèle entre le sens de la vie et la survie du Zéphyr… Je ne vais pas vous dévoiler l’histoire mais elle est belle, originale… et j’ai beaucoup aimé ! Et en toile de fond … la problématique grave de l’abandon des enfants et ce qui se cache derrière…

Merci à Cédric d’être venue me proposer d’emprunter le vortex de la Fenêtre de Dieu…

Extraits :

Définitivement, rien ne justifiait le fait de ne pas avoir de prénom. Peu importe la durée et les vicissitudes de l’existence, sans prénom, l’âme se fossilise. Sans prénom on quitte le monde organique pour devenir minéral.

… l’amour prit la première à droite, direction la lune, et ses cratères en forme de cicatrices, tellement bien assorties aux leurs.

Il était seul avec son propre poison : le doute

Persuadé que toutes les vieilles frusques recelaient une âme, il prétendait créer des liens sibyllins entre clients et vêtements.

Entre deux vins, il se confiait ; s’excusant de puer autant. Mais les gens propres lui faisaient peur. Ils étaient trop sales dans leur tête. Lâches, corrompus et surtout complices.

Juste un Merci, prononcé d’une voix plus enrayée qu’un pistolet de la Grande Guerre.

Si la vie l’avait privé de la parole, c’est qu’elle ne voulait plus l’entendre. Fin de la discussion.

Avec lui, j’avais gouté au sirop de la rue et mûri la certitude d’aimer la liberté du dehors, son âpreté et sa vérité.

Le gosse avait à peine une semaine qu’il pissait déjà sur Le Monde et chiait sur l’Humanité. Ça promettait. Du coup on l’a gardé.

L’idée lui vint de me donner un prénom. Il était devenu rébarbatif de m’appeler petit bonhomme ou garçon. On nommait bien les animaux. Sinon, autant me ranger parmi les cailloux.

…c’était ce genre de mec trop doué, sur lequel les haineux se cassent les dents. Il était impossible de le déchiffrer et inconcevable de le détester.

Au fond, je n’en sais rien. Mais en surface, l’idée me botte. Elle me gante même !

Le brun rougeoyant de ses iris me fit penser à deux châtaignes fraîches, nappées d’un mystère aussi épineux qu’une bogue.

Mais c’est bien à cela que servent les petites voies, non ? Nous entraîner exactement là où elles nous déconseillent d’aller.

Je chutai lourdement sur les fesses regrettant que la couche de neige ne soit pas plus importante. Compote de coccyx, sur son lit d’hématomes. Bonne dégustation.

Un coup de mou. Les souvenirs : ils tapent à la porte, ils s’entassent, mais mon cerveau leur refuse l’accès.

Même une pendule cassée a raison deux fois par jour.

Chaque virage pris est définitif et conditionne les suivants, comme si à chaque seconde un algorithme aux possibilités infinies recalculait notre destinée.

Ma vie prenait l’apparence d’un château de sable érigé face à la marée montante.

Si l’on considère le destin comme un gigantesque métier à tisser, dont on ignore les règles du filage, alors c’est une foutaise de vouloir à tout prix s’asseoir aux commandes.

Le mensonge est un glouton, il phagocyte la vérité, se substitue lentement à elle et emporte l’auditoire, jusqu’à votre propre perception, dans un nouveau conte aux délicieux parfums de sincérité.

le site pour commander directement le livre à Cédric :   http://cblondelot.wixsite.com/auteur  ( ah.. j’allais oublier …  le livre est recommandé par Amélie Nothomb… )

Photo : Kurt Cobain

Mendoza, Eduardo «L’Ile enchantée» (1991)

Résumé : Décidant un beau matin que seul le rêve mérite d’être vécu, Fabregas, un industriel catalan, fait sa valise, claque la porte et abandonne les siens aux lois de la routine barcelonaise.

Mais ce qui ne semblait être qu’une parenthèse se transforme peu à peu en un égarement absurde dans le labyrinthe mystérieux et cruel d’une Venise livrée à la décadence et à la décomposition : la vie de Fabregas devient soudain la proie d’une logique impénétrable dont le sens lui échappe. Inexorablement captivé par une jeune fille qui le fuit, il s’enfonce dans un dédale de rencontres fortuites, d’événements insolites, de situations cocasses où se bousculent, tantôt rêves, tantôt récits, les légendes citadines et les allégories lacustres.

Avec la verve, l’humour et le brio désinvolte qui l’ont rendu internationalement célèbre, Eduardo Mendoza nous entraîne cette fois dans un surprenant voyage sentimental, à la fois poétique et pittoresque, où l’histoire et fantaisie, rêve et réalité, conspirent pour brosser le portrait d’un personnage fantasque, envouté par le charme ténébreux des palais et des mythes vénitiens.

Mon avis : Mendoza est un écrivain que j’aime beaucoup et j’adore Venise ! Ce livre et moi étions donc faits pour nous rencontrer… mais la rencontre n’a pas été ce que j’espérais..

Un homme largue les amarres pour échapper à ses problèmes. Il fuit, quitte Barcelone et ses soucis pour se réfugier à Venise. Il fuit une vie bien réglée pour plonger dans l’imprévu, l’irrationnel, le monde des songes, des souvenirs, des légendes… De fait il se fuit lui-même et va errer sans but dans la cité des Doges. Il y fera des rencontres, et tous les personnages seront mystérieux et insaisissables ; une jeune fille et sa famille, une ancienne artiste, un docteur… Le tout dans une Venise obscure et brumeuse, à l’image de l’état d’esprit des personnages. Tous fuient leur vie et leur réalité et sont déconnectés de la vie réelle… Il y a la façade, les apparences, mais l’envers du décor et des visages est loin de faire illusion… On nage dans l’autodestruction, dans le refus de vivre sa vie, dans la folie … mais on ne sait pas trop où l’on va… Tous les intervenants sont totalement à la masse, mais malheureusement ils sont loin d’être attachants. L’auteur nous emmène dans une Venise en décrépitude, à l’image de ses personnages… Très belle écriture poétique pour cette description de la solitude intérieure dans un décor magnifiquement rendu. Une Venise intemporelle et irréelle… il manque quelque chose pour que j’adhère totalement … un manque évident d’attachement aux personnages.. je suis restée en marge, en spectatrice… et je ne suis jamais entrée dans l’histoire…

Extraits :

Rêver. Au fond, toute ma vie, je n’ai su faire que ça : rêver

— Franchement, je n’ai pas à me plaindre et je ne me plains pas, dit-il en guise de conclusion, mais parfois je peux difficilement empêcher une insurmontable mélancolie de s’emparer de moi. La réalité m’apparaît alors bien plus irréelle que les rêves.

Pourquoi ce souvenir revenait-il ? Il lui aurait suffi d’allumer sa lampe de chevet pour que s’évanouissent aussitôt personnages et paysage.

La vie semblait ne plus être pour elle qu’une succession de maux qu’elle s’efforçait toujours de surmonter : à la merci des fatigues et de la maladie, elle était celle qui dormait le moins ou qui perdait le plus facilement l’appétit. Si quelqu’un se plaignait ou semblait souffrir en sa présence, elle s’emportait, comme si la souffrance était une prérogative que l’on tentait de lui usurper.

Rien ne l’intéressait vraiment ; les choses n’éveillaient en elle qu’une curiosité passagère et superficielle.

Toute une vie pouvait-elle se résumer à n’être qu’un cas identique à beaucoup d’autres, banal et dénué de toute originalité ? Oui, se dit-il, les êtres humains sont sans doute prédestinés à se fondre dans une seule masse, dans un magma d’où n’en émerge qu’un parmi des dizaines de millions.

Il se souvint des portraits de ces saints à l’existence incertaine dont les prouesses, fruits de l’imagination populaire, étaient à jamais immortalisées dans les églises et les musées. Tout est si arbitraire, se dit-il une fois de plus.

les miracles sont une partie essentielle de la religion

Divaguant parmi les souvenirs tantôt récents, tantôt lointains qui l’assaillaient pêle-mêle, il avait le sentiment que sa vie n’avait été que vide et absurdité.

C’était, tout simplement, que l’évocation de son enfance n’apportait à sa mémoire que des images d’emprunt, illustrations de livres, photographies, scènes de films qui jadis l’avaient particulièrement impressionné. Ces réminiscences le contrariaient parce qu’elles se rapportaient non pas à des événements qu’il avait lui-même vécus, mais à des images représentant des épisodes vécus par d’autres, qui les avaient déformés en les lui racontant. Alors, convaincu qu’il n’avait pas vécu sa vie, il enviait ceux qui avaient eu un contact direct avec ces visions et ces aventures.

Comme les touristes qui appuyaient sur le bouton de leur appareil photo devant les monuments et les canaux de la ville, ces gens avaient vécu par l’intermédiaire de la photographie dans un monde limité, encadré par la technique de leurs professions respectives.

la vive impression de se trouver devant un portrait qui, soudain détaché de la toile, aurait pénétré d’un pas irréel dans l’espace des vivants.

Savez-vous que certaines étoiles, là-haut, sont en réalité éteintes depuis des milliers d’années mais qu’en raison de leur éloignement nous continuons à voir leur lumière et donc à admirer ce qui n’existe plus ? Cela montre à quel point les sens sont trompeurs et combien il est facile de leurrer les autres et de se leurrer soi-même. Et pourtant, quelle importance nous accordons à la vérité ! N’est-ce pas ?

Personne ne sait ce que les autres pensent. Tout au plus pouvons-nous entrevoir les mobiles immédiats de certains actes, et encore, sans en être sûrs. Croyez moi : ça ne vaut pas la peine de se faire du mauvais sang ni de souffrir inutilement. Personne ne vous donnera l’occasion de vivre une autre vie.

personne ne connaît les limites de la ruine, sauf ceux qui s’arrêtent, par fatigue ou par lassitude. Vivre ruiné, c’est comme voyager dans le cosmos : c’est sans fin.

Croyez-vous que la beauté est une friandise qui disparaît à mesure qu’on la consomme ? Allons, allons, vous confondez le beau et le nouveau. Montrez-vous intelligent : on peut toujours aller plus loin dans la contemplation de la beauté. Il suffit de le vouloir. Essayez et vous verrez que vous m’en saurez gré. Ne perdez pas de temps : vivez votre vie, réfléchissez, et, si après vous avez encore du temps libre, lisez.

En dépit de ses efforts, il ne parvenait pas à se concevoir comme une somme d’attributs mis bout à bout pour composer son identité. Il avait de lui-même l’image d’un être que des contradictions, tombées du ciel comme des extraterrestres, avaient choisi au hasard pour champ de bataille.