Buck, Pearl « Vent d’Est, vent d’Ouest » (1930) 247 pages
Autrice: Pearl Sydenstricker (épouse Buck), connue aussi sous son nom chinois Sai Zhenzhu (est née à Hillsboro (Virginie-Occidentale) le 26 juin 1892, et morte le 6 mars 1973 à Danby (Vermont). Elle est une femme de lettres américaine et a obtenu le prix Nobel de littérature en 1938.
Elle publie aussi sous le nom de John Sedges.
Romans:
– Vent d’Est, Vent d’Ouest (1930)
– Trilogie : La terre Chinoise (1931 – Prix Pulitzer) – Les Fils de Wang Lung (1932) – La Famille dispersée (1935) – La Mère (1933) – Un cœur fier (1938)- Le Patriote (1939) – Les Nouveaux Dieux – Fils de Dragon (1942) – La Promesse (1943) – Histoire d’un Mariage, (1945) – Pavillon de femmes (1946) – Liens de sang (1948) – Pivoine (1948) – Le Pain des hommes (1951) – La Fleur cachée (1952) – Viens, mon bien-aimé, (1953) – Impératrice de Chine (1956) – La Lettre de Pékin (1957) – Es-tu le maître de l’aube ? (1959) – Une histoire de Chine (1962) – Terre coréenne (1963) – Le Roi fantôme (1965) – La vie n’attend pas (1966) – L’Histoire de Kim Christopher (1968) – Les Trois Filles de Madame Liang (1969) – Mandala (1970) – L’amour demeure (1972) – L’Arc-en-ciel (1974)
Vent d’Est, Vent d’Ouest (1930) ,« East Wind: West Wind » traduit par Germaine Delamain, Paris, Stock, « Le Cabinet cosmopolite », 1932 / Livre de poche, 1965 – 247 pages / Livre de poche 2012 – 211 pages
Résumé:
Kwei-Lan « vient d’être mariée », sans le connaître, à un jeune Chinois auquel elle a été promise avant même sa naissance. Ce Chinois revient d’Europe, il a oublié la loi de ses ancêtres, il ne respecte ni les coutumes ni les rites…
Le frère de Kwei-Lan, l’héritier mâle, dépositaire du nom et des vertus de la race, qui vient de passer trois ans en Amérique, annonce son mariage avec une étrangère ; il revient avec elle…
À travers les réactions des membres de cette famille de haute condition où l’attachement aux traditions, le culte des ancêtres, l’autorité du père et de la mère n’avaient encore subi aucune atteinte, la grande romancière Pearl Buck nous fait vivre intensément le conflit souvent dramatique entre la jeune et la vieille Chine.
Mon avis:
Dans la préface on nous rappelle que Pearl Buck, non seulement parle et écrit le chinois – c’est sa seconde langue maternelle – mais pense en chinois. C’est à mon avis important dans ce roman qui est aussi un témoignage de l’opposition Orient-Occident au début du XXème siècle.
Culte des ancêtres, affrontement de la vieille de la jeune Chine, famille de haute condition sociale, importance des traditions, fêtes chinoises (la fête du Dragon, la fête des lanternes, la fête de la huitième lune), traditions, couleurs, éducation ancienne…Comment concilier les deux mondes… les différences sautent aux yeux : en occident le blanc est la couleur de la pureté, en Orient c’est la couleur de la tristesse, du deuil et de la mort. Si on ne le sait pas… cela ne s’invente pas. Si on ne connait pas les références qui changent d’un monde à l’autre, on ne peut qu’être choqués et ne pas se comprendre.
Deux mondes s’opposent et la vieille Chine, encore presque coupée du monde, accrochée à ses traditions, refuse d’admettre les changements. Quand les jeunes hommes partent étudier à l’étranger – déjà quand ils quittent campagne pour la ville cela fait un grand changement – ils reviennent changés et leur ouverture d’esprit choque les parents en transformant les enfants qui reviennent rétifs aux traditions millénaires et ouverts à la science, à la liberté, à l’étranger.
La jeune mariée va avoir l’impression d’avoir épousé un étranger. Elle a été élevée pour être belle et obéissante en silence. Mais son mari, qui a passé des années en Occident semble s’ennuyer en sa présence. De plus il réprouve les traditions comme les pieds bandés ou le manque d’instruction. Le fait qu’il souhaite la considérer comme son égale l’épouvante. De plus il décide de rompre avec la tradition et de déménager dans une maison moderne qui n’a rien à voir avec ce à quoi elle a été habituée. Il lui parle de sciences et lui ouvre les yeux sur le monde, lui fait comprendre qu’en dehors de la Chine, il y a des gens civilisés, des peuples anciens tout aussi respectables que le anciennes dynasties chinoises, qu’il ne faut pas croire aux superstitions. Il lui conseille d’apprendre ce que les étrangers ont de bon et à rejeter ce qui ne lui convient pas.
Pour gagner son amour elle va commencer à changer et petit à petit elle se rendra compte que le monde dans lequel elle a été élevée n’est pas le seul et surtout qu’il y a beaucoup de bon dans le monde qui s’ouvre à elle. Elle va aussi découvrir ce que veut dire « aimer »
Outre les relations de couple, il faut aussi relever les relations mère-fille et parents-enfants. Les enfants qui se voient rejetés car ils s’émancipent et placent l’amour au-dessus de tout.
Un roman magnifique qui m’avait marquée dans ma jeunesse, que j’ai redécouvert avec tout autant de plaisir.
Extraits:
Ce Chinois n’est plus un Chinois, il a oublié la loi des ancêtres, il ne reconnaît, ne respecte ni les coutumes ni les rites ; aux douceurs et délicatesses de la tradition il préfère les mœurs expéditives des « barbares »
Je vous le demande, ma sœur, comment, formée par de telles années, puis-je m’être préparée à l’homme qu’est mon mari ? Tous mes talents ne me servent à rien.
On nous a obligés, l’un comme l’autre, à ce mariage. Jusqu’ici, nous étions sans défense. Mais à présent nous voilà seuls ; nous sommes libres de nous créer une vie selon nos désirs. Quant à moi, je veux suivre les voies nouvelles. Je veux vous considérer, en toutes choses, comme mon égale. Je n’userai jamais de la contrainte. Vous n’êtes pas mon bien, un objet en ma possession. Vous pouvez être mon amie, si vous voulez.
À l’avance j’avais choisi mes mots comme un prétendant choisit des bijoux pour sa fiancée.
Qu’est-ce donc qui me sépare de ma mère ? Nous crions tout haut, mais nous ne nous entendons pas. Nous parlons, mais sans nous comprendre. Je suis changée et c’est l’amour, je le sais, qui m’a transformée.
Je suis comme un pont fragile, reliant à travers l’infini le passé et le présent.
Dans mon cœur, on dirait qu’une corde de harpe, trop tendue pendant plusieurs jours, vient soudain de se relâcher, si bien que toute musique est morte en moi.
J’ai été habituée à la franchise, à la gaieté spontanée, et ici, tout est silence, courbettes et regards en coulisse. Je supporterais qu’on m’enlève ma liberté, si je comprenais ce qu’il y a derrière.
Quelle chose terrible que l’amour, s’il ne peut couler d’un cœur à l’autre, librement, dans toute sa fraîcheur !
Tout enfants nous apprenions dans les Édits Sacrés qu’un homme ne doit pas aimer sa femme plus qu’il n’aime ses parents. Ce serait un péché devant les tablettes ancestrales et les dieux. Mais quel est le faible cœur humain qui sait résister à l’afflux de l’amour ? Que ce cœur le veuille ou non, l’amour le remplit. Comment se fait-il que les Anciens, dans toute leur sagesse, aient ignoré cela ?