Desjours, Ingrid «Echo» (2009)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

 

Résumé : Edité chez Plon (320 pages) et chez Pocket (2010)

Profiler chargée d’élucider la mort de deux vedettes du PAF, Garance Hermosa devine peu à peu que, loin d’être un tueur ordinaire, son adversaire a toutes les caractéristiques du mal absolu.
« Pervers polymorphe insaisissable, caméléon génial se métamorphosant à l’infini pour coller à un environnement en sables mouvants, je traque, j’épuise, je flatte et je frappe. »
Le star-system est en deuil depuis que les frères Vaillant, présentateurs adulés de l’émission du moment, ont été sauvagement assassinés. Appelée en renfort auprès du commandant Vivier, l’experte en sexo-criminologie Garance Hermosa établit vite que le crime, obéissant à un obscur rituel, est l’œuvre d’un esprit particulièrement sadique et torturé. Mais dans cet univers de strass et paillettes ou les volontés de nuire sont légion, tous ceux que croisent le policier et sa collaboratrice ont une personnalité assez perverse pour être suspects. Afin de démasquer le meurtrier, la jeune profiler à la vie chaotique devra s’en faire le miroir. Au risque d’épouser sa folie et de plonger au cœur du mal…

Mon avis : Après avoir fait connaissance de Garance Hermosa dans «Potens» , je remonte le fils du temps et je vis son entrée en scène. Voici donc le premier roman de cette romancière de thrillers psychologiques. Je trouve passionnant d’apprendre des choses sur la psychologie des tueurs (en série ou pas) et des psychologues « profilers ». Mais je suis contente de ne pas avoir commencé par celui-ci même si c’est bien de faire connaissance des personnages par le début. Je l’ai trouvé moins fluide et surtout j’ai moins aimé le contexte, trop pervers pour moi. Mais alors coté manipulation et mensonges… elle est forte ! Et le dénouement est extrêmement bien amené… je n’avais rien vu venir… Ingrid Desjours est une nouvelle fois la reine des fausses pistes ! J’aime bien sa façon d’écrire qui mêle humour et angoisse, et Garance devient de plus en plus attachante … Patrik aussi… La duplicité des personnages me plait bien. On découvre les failles et la force des deux enquêteurs et cela donne de l’humanité au roman. J’ai aussi apprécié le style qui change en fonction des supports et des médias les mails, le journal intime, les discussions). Et en plus le livre est aussi intelligent. J’ai toujours aimé les clins d’œil littéraires… Et comme j’ai toujours adoré la mythologie, j’aime bien le rapprochement fait entre l’enquête et la nymphe… Je vais continuer à me faire peur en découvrant les livres de cette auteure de thrillers machiavéliques…

Extraits :

Il n’était pas pour autant manichéen – il avait assisté à trop de drames pour cela – mais aimait à se dire qu’en se basant sur de mauvaises fondations, on construit un édifice peu solide.

Ils s’appréciaient beaucoup, au point de faire jaser leurs collègues, ce qui les faisait bien rire puisqu’elle se savait trop peu féminine pour lui et qu’il avait cru comprendre être trop masculin pour elle !

Mais comment échapper à la réalité juchée sur des talons de huit centimètres ? Elle se maudit d’avoir choisi ces chaussures. Elle maudit sa coquetterie, elle maudit sa taille, et elle maudit tous les chausseurs du monde entier.

Après tout, n’est-il pas préférable de prendre les compliments au premier degré et les insultes au second ?

On ne devient pas le roi des loups sans sacrifier d’agneaux.

C’est comme si y avait deux moi, ou même trois. Y a ce que les autres ils veulent que je sois et puis ma véritable identité comme les superhéros.

Elle était une glace sans tain, un miroir magique détectant instinctivement la vraie nature des gens, miroir sur lequel chacun projetait allègrement ses intentions, ses fantasmes. Et tandis que ses interlocuteurs croyaient découvrir en elle un alter ego, ils ne faisaient que s’abîmer dans la contemplation de leur propre reflet.

Le monde du show-business est un univers glauque et marécageux, lisse et brillant à la surface mais grouillant de vermine.

De toute façon « neutre et bienveillant » c’est antinomique. La neutralité c’est rester figé, immobile, c’est le contraire de la vie.

Calomniez, Calomniez, il en restera toujours quelque chose ! » (Beaumarchais)

En général j’accole plus facilement spiritueux que spirituel au mot flic !

Elle avait autant de charisme que les serpillières qu’elle tordait à longueur de journée.

D’où venait la résignation des esprits étriqués ? Comment se satisfaire d’une vie de télévision et de défis ménagers alors que le monde est si vaste ? Alors que l’on peut échanger, apprendre, évoluer. Alors que l’art existe pour transporter les âmes !

Prêter de fausses intentions à quelqu’un pour ensuite le culpabiliser, c’est très typique d’une personnalité perverse.

Garance piqua un sprint jusqu’à la station de taxi la plus proche, pria le saint patron des femmes en escarpins que les chauffeurs ne soient pas en grève, manqua se faire une triple entorse en accrochant un talon à une grille d’aération de métro, mais parvint finalement à se glisser sur la banquette arrière d’un véhicule qui n’attendait qu’elle.

[…]mademoiselle ?…
— Hermosa. Garance Hermosa.
Voilà que je me prends pour James Bond !
— Hum ! Tout un programme… qui me fait hésiter entre Bons baisers de Paris et La Psy qui m’aimait, plaisanta-t-il.

Le charme s’aiguise comme un outil et s’affûte comme une arme.

La mythologie m’en a aussi beaucoup appris. Les histoires sont non seulement très belles, mais elles sont également riches de sens. J’aime particulièrement celle d’Éros – Cupid en anglais… c’est tellement plus pertinent ! – et Psyché, cette âme maudite qui connaît mille tourments lorsqu’elle ouvre les yeux sur la beauté de son amant.

Qu’est-ce qu’un bouc émissaire, si ce n’est un élément si atypique qu’il met l’harmonie du troupeau en danger ?

Un sourire s’entend toujours au téléphone.

… un certain Nietzsche a dit un jour que tout esprit profond avance masqué !

Piacentini, Elena «Un Corse à Lille» (2008)

Série : Pierre-Arsène Leoni – 1ère enquête

Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

 

Résumé : Pierre-Arsène Léoni vient d’intégrer la P.J. de Lille, après s’être forgé une réputation de dur à cuire à Marseille. A peine est-il installé qu’une drôle d’affaire se présente : Stanislas Bailleul, chef d’entreprise, a été retrouvé mort dans son bureau après avoir disparu pendant une dizaine de jours. Le tueur a tracé une croix sur le torse de sa victime et dessiné un sourire au marqueur rouge. Cette mise en scène laisse le commandant et ses adjoints perplexes. Stanislas Bailleul ne semblait pas très apprécié de ses employés. Mais quand d’autres chefs d’entreprises sont enlevés, torturés et assassinés, Léoni s’interroge : rackets, crimes mystiques ou règlements de compte ? Pour ses premiers pas à la P.J. de Lille, Pierre-Arsène Léoni est entraîné sur les traces d’un justicier rédempteur qui kidnappe des chefs d’entreprise, leur fait subir un lavage de cerveau, puis les tue et leur trace une croix sur le torse. Vengeance ou crimes mystiques ?

Mon avis : Petit retour en arrière pour apprendre (enfin) comment Leoni a atterri à Lille avec sa grand-mère. Sympa de reprendre depuis le début et de voir la prise de contact avec la Ville et son équipe..Et c’est effectivement un plus ! Je vous conseille de commencer par le début et vous allez voir la montée en puissance de la romancière au fur et à mesure des enquêtes. En parlant d’enquête… la victime est sacrément détestée et il est plus facile de trouver des personnes qui la détestent que des gens qui l’apprécient. Mais bien vite les victimes se multiplient… et l’équipe de Léoni va se diviser pour enquêter sur deux cas en parallèle … D’une part le meurtre d’une jeune prostituée et de l’autre le meurtre et la disparition de chefs d’entreprise de la région. Au programme un réseau de prostitution international qui relie Lille et la Belgique… des entrepreneurs, des sociétés de coaching en développement personnel… et le petit monde qui entourera Léoni dans les enquêtes à suivre Léoni … avec en tête de distribution la grand-mère, mémé Angèle . Et je dis tout de go que l’ambiance me plait… et que l’humanité est présente depuis le début;  et comme j’ai lu les suivants… je sais que je ne vais pas être déçue par la suite.. bien au contraire…

Extraits :

« Dors, mon ange, je te souhaite les rêves qui sauront dessiner des sourires à tes nuits. »

Quelles étaient ses occupations en dehors du travail ?

– La chasse. Les animaux, les femmes, pour lui c’était du pareil au même.

L’enquête venait à peine de démarrer et les suspects se multipliaient tels des foulards qu’un magicien facétieux ferait surgir d’une poche sans fond.

je classe les religions, leurs institutions et leurs émissaires dans la catégorie des choses nuisibles. Cela me semble irréaliste que l’on puisse aujourd’hui encore croire à de telles légendes, tuer et se faire tuer pour elles.

Sa vie lui apparaissait à présent comme un palace construit sur une immense décharge dont les détritus remontaient inexorablement à la surface.

Il avait comme cela quelques tableaux tatoués dans son cœur avec la perfection de ce qui a été et ne sera jamais plus.

Certaines personnes sont fanas d’Égypte ancienne, elles ne tuent pas pour autant des gens pour les momifier ensuite.

Les vieux potes, c’est comme les mauvaises habitudes, on n’arrive jamais à s’en débarrasser complètement !

Dans la réalité c’est manger ou être mangé et moi, je préfère être mariée à un carnivore plutôt qu’à une gentille petite souris.

Ici, tout est gris et terne, comme si les couleurs avaient été lavées par des millions de pluies. Tout mon corps en appelle au tien, et je me sens engourdi, seule la chaleur de ton sourire pourrait me ramener à la vie

 Pour la première fois, il avait dit la vérité nue, et elle lui sautait à la figure, un vrai fauve enragé par des années de captivité.

Cuissardes noires, minijupe et bustier au décolleté suggestif, cheveux à la diable et rouge à lèvres carmin, elle avait subi une opération de relookage qui aurait rendu fou le loup de Tex Avery.

Cela lui semblait irréaliste de constater à quel point quelques centimètres en moins sur une jupe, quelques centimètres en plus sur des bottes et l’échancrure d’un pull, le tout agrémenté d’un peu de maquillage, pouvait changer son rapport au monde.

Tout dans cet homme était alternance de noir et de blanc, superposition d’ombres et de lumières. Elle était bien consciente d’un fait cependant : si elle restait trop longtemps en sa compagnie, elle ne serait plus capable de distinguer les contrastes.

 

Barton, Fiona «La veuve» (2017)

Auteur : Fiona Barton, née à Cambridge, est journaliste et a travaillé au Daily Mail, au Daily Telegraph et au Mail on Sunday. Elle a remporté le prix de « Reporter de l’année » aux British Press Awards. Elle vit aujourd’hui dans le sud-ouest de la France. La Veuve est son premier roman. ( Fleuve – 416 pages)

Résumé : La vie de Jane Taylor a toujours été ordinaire. Un travail sans histoire, une jolie maison, un mari attentionné, en somme tout ce dont elle pouvait rêver, ou presque. Jusqu’au jour où une petite fille disparaît et où les médias désignent Glen, son époux, comme LE suspect principal de cet acte. Depuis, plus rien n’a été pareil. Jane devient l’épouse d’un criminel aux yeux de tous. Les quatre années suivantes ressemblent à une descente aux enfers : accusée par la justice, assaillie par les médias, abandonnée par les amis, elle ne connaît plus le bonheur ni la tranquillité, même après un acquittement. Mais aujourd’hui, Glen est mort. Fauché par un bus. Ne reste que Jane, celle qui a tout subi, qui pourtant n’est jamais partie. Traquée par un policier en quête de vérité et une journaliste sans scrupule, la veuve va-t-elle enfin livrer sa version de l’histoire ?

Mon avis : Un récit à 3 voix : Jane, la veuve, Kate, la journaliste et le policier, Bob Sparkes. Il y a aussi trois autres personnages secondaires, le mari (Glen… qui entre donc en scène après sa mort), Bella (la fillette disparue) et Dawn, la mère de Bella…

C’est machiavélique… l’auteur est une journaliste spécialisée en procès criminologues. Elle s’est toujours demandé ce que les femmes des criminels pensaient et savaient. Elle a transposé ses doutes en roman.

Ce livre n’est pas ce que je qualifie à proprement parler de thriller… C’est une enquête qui se déroule sur 4 ans et qui commence au moment où le suspect principal décède. Mais après 4 années de traque obsessionnelle du coupable de cet enlèvement de la fillette, cela ne convient pas du tout à la journaliste et à l’officier de police… C’est un récit flash-back/présent et on y décortique un crime non élucidé. Une fillette a disparu… un pédophile est soupçonné… Mais soupçons ne signifient pas preuve… On est face à deux personnages mais on a du mal à savoir qui se cache derrière… Le couple est pas net dès le départ… bien avant le crime… La petite coiffeuse de 17 ans et son mari aux apparences bien comme il faut. Dès le début… le couple semble anormal. Est-il possible que la jeune femme soit aussi nunuche qu’elle le paraît. Tous les couples ont des secrets ; il faut toujours se méfier des autres et de ses proches. Et en même temps, on en viendrait même à soupçonner la jeune femme… est-elle naïve, est-elle complice, est-elle à l’origine du drame ? Sait-elle quelque chose ? se doute-t-elle ?

Les méthodes des médias sont contestables : forcer la porte et proposer de l’argent pour le « scoop » … c’est visiblement la méthode des tabloïds britanniques… On va assister à la traque de la femme du monstre… Les personnages sont remarquablement dépeints, on est au cœur de l’action… A la fois voyeur et enquêteur, le lecteur est partie prenante. On remarque aussi à quel point les affaires de pédophilie font vendre la presse … malgré le malaise qui se dégage du livre (ou à cause ?) j’ai suivi cette quête de la vérité avec beaucoup d’intérêt… Un « page-turner » comme on dit maintenant. Et il faudra aller au bout pour savoir si oui ou non l’épouse (la veuve) était complice ou victime.

Extraits :

Je me suis demandé s’il cherchait des raisons d’être en colère.

une fois seuls, ils découvrirent que cette nouvelle liberté les contraignait à se considérer vraiment l’un l’autre, à se regarder comme ils ne le faisaient plus depuis des années.

Glen ne fait pas vraiment partie de mes projets – il n’approuverait pas et je n’ai aucune envie de voir sa moue réprobatrice gâcher mes rêveries. Glen fait partie de ma réalité.

Il était là sans être là, si vous voyez ce que je veux dire. L’ordinateur était davantage une épouse que moi.

Quoi qu’il en soit, il me répétait : « Ce sont nos affaires, Janie, pas celles des autres. » C’est pour ça que le coup a été si dur quand nos affaires sont devenues celles de tout le monde.

J’essayais de ne pas m’en faire mais j’avais le sentiment que notre vie nous échappait.

Les femmes tueuses d’enfants sont rares, et celles qui passent à l’acte le font presque exclusivement avec leur propre progéniture, à en croire les statistiques. Il arrive cependant qu’elles kidnappent des enfants.

Le Net offrait un monde imaginaire sûr et très excitant, un moyen de créer un espace privé dans lequel on pouvait se laisser aller à toutes les dérives.

Ce n’est pas en montant à bord d’un avion pour une destination lointaine que je supprimerai les pensées. Je ne les contrôle pas – je ne contrôle plus rien. Je suis passagère pas conductrice, ai-je envie de répliquer.

J’ai l’impression que tout le monde me regarde même s’ils ne me voient pas. Je me sens mise à nue.

j’ai appris à ne jamais revenir sur les choses que nous avions oubliées. Ça ne signifie pas que je n’y pensais pas, mais il était entendu que je ne lui en parlerais plus.

Sortir lui donnait l’impression d’avoir dix-sept ans pour toujours.

Il était là sans être là, si vous voyez ce que je veux dire. L’ordinateur était davantage une épouse que moi.

« Envisager le pire ne sert à rien », répétait mon père à ma mère quand elle se mettait dans tous ses états, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Surtout quand le pire était tout près, juste de l’autre côté de la porte.

Quel sentiment formidable de pouvoir discuter de sa propre vie plutôt que de celle des autres.

 

Raufast, Pierre «La variante chilienne» (08. 2015)

L’Auteur : Pierre Raufast est né à Marseille en 1973. –  Il est ingénieur diplômé de l’Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand. Après « La fractale des raviolis » il publie en 2015 «La variante chilienne» et en 2017 « La baleine thébaïde » (qui figure parmi les dix finalistes du Prix du Public du Salon de Genève 2017)

264 p. Alma Editions

Résumé : Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux.

Chaque caillou qu’il y dépose correspond à un évènement de sa vie. Deux vacanciers, réfugiés pour l’été au fond d’une vallée, le rencontrent par hasard. Rapidement des liens d’amitiés se tissent au fur et à mesure que Florin puise ses petits cailloux dans les bocaux. À Margaux, l’adolescente éprise de poésie et à Pascal le professeur revenu de tout, il raconte. L’histoire du village noyé de pluie pendant des années, celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase, celle de la piscine transformée en potager ou encore des pieds nickelés qui se servaient d’un cimetière pour trafiquer.

Mon avis : Encore une fois, après « La fractale des raviolis » je viens de passer un moment de lecture magnifique. Mis à part le fait que j’adore ranger aussi mes souvenirs dans des bocaux (mais pas que des cailloux, aussi les sables des lieux visités) : trois vies, trois personnages atypiques – Un vieux sans mémoire, un jeune professeur, une mineure – et si attachants ; trois solitudes qui vont se rencontrer et s’apprivoiser… Beaucoup d’émotion, de tendresse… Raufast est un romancier mais c’est aussi et surtout un conteur ; au travers de ce roman on apprend aussi… Tout comme dans fractales, on vit des aventures extraordinaires, au gré des chapitres. Le diamant, le village sous la pluie, le chat roux et le cimetière… On s’évade, on rêve, on rit aussi …. en visualisant par exemple la scène des lucioles, on est émus des conséquences de la voiture qui s’encastre… Encore un jolie pépite que je vous conseille vivement. Emotion, fantaisie, humour, créativité, humanité, poésie : tout est au rendez-vous pour vous mettre des étoiles dans les yeux…

( je vais revenir étoffer ce premier jet 😉

Extraits :

Je survis avec des gamins nés au XXIème siècle, du genre à confondre Russell Crowe et Bertrand Russell !

Petit carnet, je viens d’avoir mon bac avec mention bien. Je devrais être satisfaite, mais je n’y arrive pas. D’ailleurs, serai-je un jour contente de moi ? Ai-je le gène du bonheur ? J’en doute.

Je continue à lire. À chercher. J’ai lu des dizaines de livres sans me trouver.

Je sens que nous allons faire une cure de lecture : côté livres, il est encore pire que moi ! Sa vie est un gigantesque patchwork de ses lectures. Impossible pour lui de lever le petit doigt sans ressusciter des mots et des phrases. Sa culture fait écran entre lui et le monde réel.

Je ne suis qu’un modeste fumeur de pipe. Il y a belle lurette, ma fiancée m’en offrait une à chaque anniversaire, jusqu’à ce qu’elle comprenne que fumer est un plaisir solitaire, incompatible avec les babillages. Vexée, elle m’acheta des pulls.

Le choix ! Vivre, c’est choisir.

– Désolé, ma cave est très modeste. Le vin, je le bois. C’est dans mes globules qu’il se conserve le mieux.

Il bourra une belle pipe à fourneau rond (certainement une Ramsès) et lentement commença son récit.

Il voguait sur la vie par mer d’huile, insensible à l’hystérie des cours de récréation.

Là, dans cette bibliothèque, il apprit donc le monde des adultes. À la manière des livres.

Nous avions en commun l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Certaines amitiés sont moins charnues.

Sans émotion, pas de souvenir. La mémoire obéit à cet implacable mécanisme.

Du coup, comme la pellicule photosensible abîmée d’un appareil photo, il n’y a plus d’émotions pour imprimer vos souvenirs.

Il m’avait raconté l’histoire d’Orion, ce chasseur extraordinaire, capable de tuer toutes les bêtes légendaires et qui mourut piqué par un petit scorpion… Je m’en souviens très bien. Des fois, je me dis qu’il y a beaucoup trop de scorpions dans ce monde et cela me rend triste.

C’était comme avoir un 357 Magnum sans les balles. Frustrant.

Les si sont des carrefours invisibles dont l’importance se manifeste trop tard.

Dehors, la voûte est pleine d’étoiles, mais aucune n’est là pour m’indiquer la bonne direction.

D’habitude, nos souvenirs sont invisibles, nos secrets bien gardés au fond de notre cerveau.

– J’ai pas envie de sécher et de ressembler à pépé !

Un jour, je partirai très loin et j’irai dans un monde coloré. Ici, tout est gris ou vert. J’irai dans un endroit avec du rouge, du jaune, du bleu.
– Si tu trouves un arbre bleu, tu m’apporteras une feuille ?

l’ascenseur social de l’école de la République était un idéal humain à la mode qui flattait sa grandeur d’âme.

Rien ne raye le diamant, rien ne peut le détruire. C’est bien la preuve que la richesse et le beau ne font qu’un !

– Comment écrire de la poésie si l’on n’est pas contrarié ?

Quand un corps est mis en bière, on enterre surtout des secrets inavouables, des anecdotes savoureuses, des drames personnels, des passions fugaces, bref toute une vie. Depuis, quand je visite un cimetière, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces histoires enfouies et oubliées.

Dans une voiture, l’important est la ceinture de sécurité. Elle se porte en bandoulière comme les cartouchières des pistoleros mexicains,

Je vis au jour le jour dans une grande sérénité : sans regret ni remord. Je vis ici et maintenant : les deux pieds bien au sol.

 

 

 

 

Desjours, Ingrid «Potens» (2010)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

Résumé : Sexo-criminologue surdouée, Garance Hermosa est confrontée à un meurtrier d’une intelligence hors du commun ! Qui sortira vainqueur de cette partie d’échec pleine de perversité et de noirceur… ?
Trop d’intelligence rendrait-il inhumain ? Potens fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de sang aussi.
A la suite du meurtre barbare de Charlotte, une de ses membres les plus dépravées, Potens se retrouve dans la ligne de mire de la psycho-criminologue, Garance Hermosa. Club pour ses surdoués, Potens est souvent décrit comme un repaire de génies asociaux et névrosés, parfois décrié et accusé de véhiculer des idéaux eugénistes.
Infiltrée dans le club, la jeune femme défie un assassin aussi habile que manipulateur. Exercice d’autant plus périlleux qu’un évènement tragique la renvoie à un passé qu’elle aurait préféré oublier…
Potens : l’intelligence, c’est d’en sortir. Vivant.

Mon avis : Bienvenue dans le monde des surdoués ! La Belle Garance (comme son nom l’indique), surdouée elle-même va faire une mission d’infiltration dans un club au Q.I élevé pour tenter de démasquer un tueur. Mais elle qui nage en eaux troubles car elle cache un passé qui l’empêche de vivre va devoir se mêler à une clique de gens dérangés et méprisants, plus instables les uns que les autres, qui prennent les gens de haut et affichent une supériorité malsaine et déplacée. Des adultes qui ont tous un passé bien lourd à porter, des enfants difficiles, des chemins de vie hors normes, un manque d’amour et d’équilibre psychologique effrayants. Au milieu de membres plus manipulateurs les uns que les autres, à l’intelligence élevée mais au mode de pensée inadapté, Garance va promener sa fragilité et tacher d’approcher à ses risques et périls le meurtrier potentiel. Entre la procréation pour s’assurer des pensions alimentaires, le désir de procréer l’être parfait en associant des gênes exceptionnels, des pistes et des fausses pistes, des rapports humains faussés et des manipulateurs de toutes sortes, la vérité sera difficile à atteindre… Magnifique thriller psychologique de cette romancière psycho criminologue. Plus je lis cette romancière et plus elle m’impressionne en alliant psychologie et connaissance des êtres humains.

Extraits :

Un calme tel un grand vide, lèvres serrées sur un sourire figé qui ne s’éteignait pas.

L’intelligence fait peur, car c’est une notion abstraite qui induit une idée de supériorité imbattable, place les autres en position basse, déséquilibre les relations

Un regard qui détaille, scanne, fouille et jauge. Un regard qui cherche l’emprise, qui interroge.

Mais elle ne devait pas oublier qu’elle avait affaire à des surdoués. Potentiellement infoutus de gérer leurs émotions correctement. Potentiellement manipulateurs au point de feindre la maladresse ou le détachement.

Elle se sentait trahie. Était-ce de la jalousie, ou bien de la possessivité ?

Il n’était pas rare qu’un enfant de remplacement porte le même ou un dérivé de celui du défunt. Dans une vaine tentative de faire revivre le mort à travers le vivant…

Elle ne savait pas comment faire face à tous ces éléments qui la renvoyaient brutalement à un passé si effroyable qu’elle aurait voulu s’arracher un morceau de cerveau pour ne plus s’en souvenir.

Alors elle secoua la tête bien fort, se vida l’esprit comme elle put, s’engouffra dans le métro et se noya dans la masse en priant que les souvenirs ne sachent pas nager.

Il y a eu Van Gogh, Dali, Beethoven, Didier Anzieu. Des génies, des visionnaires qui ont su transcender leur souffrance, sublimer leur mal-être, dépasser le fantôme, enterrer la négation de soi pour s’élever dans la création.

minable petite comptable qui a passé sa vie à calculer sans que quiconque compte vraiment.

Malgré les apparences trompeuses qu’elle cultivait comme des ronces,

elle, d’habitude si loquace, voire un peu fanfaronne, peinait à trouver des mots qui avaient désormais perdu de leur couleur.

Sauf que, la souffrance, elle finit par vous bouffer, y a plus que ça. L’injustice, aussi. L’envie d’en finir parce que, putain, c’est pas une vie, que vous n’avez pas rêvé ça.

La nuit enfin, et ses secrets, ses inconnus. La nuit et ses drôles de coïncidences, révélées dans le bain d’une chambre noire !

La cyclothymie, c’est-à-dire l’enchaînement de phases de calme et d’accès de rage, la fuite de la réalité par la musique ou les jeux vidéo, et la toxicomanie, sont symptomatiques d’un état limite. Les personnalités dites “border line” oscillent entre une organisation névrotique et une organisation psychotique de la personnalité.

Le noir qui s’installe, l’esprit qui se protège et l’entraîne loin, dans l’inconscience, vers des rêves qui l’extirpent de tout ce sordide.

On ne condamne pas quelqu’un sur un « peut-être »…, répondit-il, sibyllin.

On préfère parfois couler seul plutôt que de montrer ses faiblesses et appeler à l’aide.

Piacentini, Elena «Des forêts et des âmes» (2014)

Série : Pierre-Arsène Leoni – 6ème enquête

Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

Résumé : Dans le coma, l’agent Aglaé Cimonard, dite Fée en raison de ses superpouvoirs numériques, n’est plus reliée à la vie que par la main et la voix de mémé Angèle, la grand-mère du commandant Leoni. Retraçant les derniers jours avant l’accident du plus jeune flic de son équipe, Leoni part dans les Vosges interroger une de ses amies standardiste dans une centre de soins psy pour adolescents. Le Corse doit trouver le lien entre le destin de son agent et celui de trois jeunes pensionnaires de cette clinique financée par un laboratoire pharmaceutique leader sur le marché des antidépresseurs. L’épaisse forêt vosgienne étouffe-t-elle seulement le bruit de la folie des hommes ? Ou aussi celui du scandale ? Leoni pourrait-il porter secours aux âmes qui s’y sont perdues ? Sa langue coincée entre ses lèvres gourmandes, Beaudouin nota les deux 06 que le standardiste lui transmit en chevrotant, ému et effrayé de transgresser, sous la menace, une consigne pourtant explicite de sa hiérarchie.

Mon avis : « Fée », la spécialiste informatique de la brigade criminelle de Lille est renversée lors de son jogging. Bien vite l’équipe du Commissaire Léoni comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple accident. Et tout se bouscule… Avec l’aide de ses proches (la famille, la brigade) il va faire une recherche sur le passé de « Fée » et mener l’enquête. Il va prendre quelques jours de vacances et direction les Vosges avec sa chère et tendre Eliane. Et c’est là que tout se corse… Il va mettre les pieds dans de drôles de magouilles et il va falloir faire face à bien des dangers… En plus les Vosges, c’est comme la Corse… les étrangers c’est pas trop bien vu… En abordant des sujets de société d’actualité avec finesse et intelligence, l’auteur devient de plus en plus passionnant. Et comme elle rend les personnages attachants, que ce soit l’équipe de flics ou les autres… je ne peux que me ruer sur le prochain très prochainement… Plus les enquêtes passent et plus elle prend de l’ampleur. Mais un conseil… commencez par le début de cette série car les personnages s’étoffent et prennent e plus en plus de place…

Extraits :

Des émotions-lames de rasoir qui la tailladaient et lui emportaient des bouts de cœur. Elle les sentait s’enfoncer.

Le vacarme de l’absence. La preuve qu’il n’y a rien de juste, de logique ou d’acquis.

Le malheur, il le savait pour en avoir fait l’expérience, est semblable à l’eau : on a beau dresser des digues, empiler les sacs de sable, ériger des barrages, il se fraie toujours un passage.

Je sais que vous ne vous sentez pas à l’aise avec les gens, que vous les évitez. Mais les gens, c’est la vie et la vie, on a beau faire, on peut pas l’éviter.

Les livres, c’est fidèle. Et il y a des mots et des pensées qui ont besoin de la solitude pour éclore.

Il était ivre. D’air, de vin, de vie. Dans la trouée des ramures, le scintillement de quelques étoiles. Il ralentit le pas pour prendre la mesure de la chanson des branches qui se frottent. Des milliers d’archets sur autant de violons.

Moi je pense que la valeur des choses, elle se mesure au temps qu’on passe pour les faire. Au soin et à l’amour qu’on y met.

Une seule certitude : le passé mal digéré qui finit par vous bouffer. Les morts d’hier creusent les ornières du présent où trébuchent les vivants.

C’est magique, non ? la manière dont l’esprit peut lâcher prise quand les mains sont occupées.

Et c’est pour cette raison que je suis parti, pour laisser mon passé derrière moi.
– Et vous être convaincu que c’est possible, ça ?
– Je viens de me rendre compte que je l’ai traîné jusqu’ici, aussi sûrement que ma putain d’ombre et que je suis en train de me prendre les pieds dedans.

Au bal des faux-culs, elle était la première sur la piste.

Elle n’avait pas besoin de s’agiter pour se sentir exister. Elle aimait lire, et écrire aussi

Ce n’est pas la santé qui est devenue un business, c’est la maladie.

« Quelqu’un meurt, et c’est comme des pas qui s’arrêtent ; mais si c’était un départ pour un nouveau voyage ?»

Des images affleurèrent par bribes à sa conscience, exhumées des caves de sa mémoire.

« Quelqu’un meurt, et c’est comme un silence qui hurle ; mais s’il nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ?»

Parmi les plus troublantes, une confusion du corps et de l’esprit, ces deux moitiés de lui qui avaient jusqu’alors fait chambre à part.

Les quatre blockbusters que sont le Prozac, le Deroxat, l’Effexor et le Serzone, antidépresseurs les plus consommés au monde, ne seraient pas plus performants qu’un placebo.

Merle, Claude «L’ange sanglant» (2014)

239 pages

Résumé : Hollande, XVIe siècle. Dans la petite ville d’Hertogenbosch, une jeune fille est découverte morte, assassinée de la pire manière. Le bailli chargé de l’enquête ne tarde pas à découvrir qu’il s’agit de Katje, la servante de Jacob, chirurgien et alchimiste. D’autres meurtres sont commis par celui que l’on surnomme désormais l’Ange sanglant. Ses mises en scène macabres semblent tout droit sorties des tableaux de Jérôme Bosch, peintre réputé et célébrité locale, dont les œuvres énigmatiques fascinent et interrogent. Qui se cache derrière l’Ange sanglant, son imitateur démoniaque ? Jérôme Bosch lui-même ? L’un de ses ennemis envieux de son génie ? Ou bien encore Jacob qui, en approchant de la vérité, va subir le vertige du mal ?

Mon avis : Nous sommes à l’aube du XVIe siècle. Bienvenue dans un roman policier médiéval, à la poursuite d’un tueur en série (et oui déjà) dans le monde de l’art… Belle idée d’associer les visions démoniaques de Jérôme Bosch à la traque d’un monstre… Soulevons le voile de la création du Jardin des délices… une vision de ce que le monde pourrait être, s’il n’avait été corrompu par le mal. Nous sommes au Moyen Age, la religion joue un rôle prépondérant dans l’œuvre du peintre. Jacob, le « docteur » est un personnage qui est quelque peu en marge, suspect, qui inquiète la population car il est en avance sur son époque. Le bailli chargé de l’enquête est quant à lui tiraillé entre son amitié de base pour le docteur et sa suspicion. Il va falloir aller au-delà des apparences, décoder les symboles, pour mener l’enquête. Le roman est aussi violent que l’œuvre de Bosch, mais les personnages sont bien campés et attachants ou intéressants. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le monde torturé des artistes de l’époque.

Extraits :

Il imaginait déjà des tableaux représentant l’éventration de la servante, la sodomisation du chevalier. Des visions infernales.

Tu ne chercheras pas le plaisir comme le frelon qui se pose sur la fleur des orties ou sur celle du chardon… Saint Augustin. L’ortie, brûlante, évoque le plaisir charnel. La fleur du chardon, éphémère, symbolise la recherche des biens terrestres, illusoires et périssables.

Les lésions se refermeront sans laisser de traces. Vous verrez : la peau oublie plus vite que la mémoire.

Tout, dans ce personnage, évoquait un serpent : les paupières lourdes, les lèvres étroites et allongées, jusqu’au sifflement qui accompagnait ses paroles.

Je crois même qu’ils tourmentent leurs victimes pour les peindre au paroxysme de leurs souffrances.

un homme capable d’associer son art à ces scènes sanglantes. Un peintre.
— Oui, mais lequel ?
— Le génie qui peint si bien l’abomination des enfers : Jérôme Bosch.
— Tu veux dire Jérôme Van Aken ?

j’ai reconnu aussitôt les bêtes fantastiques de Van Aken : le poisson-scorpion de La Tentation, l’oiseau chauve, le rat féroce aux dents d’acier…

La huppe est un animal magnifique et répugnant.
— Pourquoi cet oiseau ?
— C’est un symbole, celui de l’impureté. La huppe passe pour être conçue et couvée dans la merde. […]
La huppe. Il l’a représentée dans le triptyque du Jardin des délices.
— Ce n’est pas une preuve !
— J’en conviens, mais cet oiseau personnifie ce que nous regardons. Il n’a pas été choisi au hasard. Il ne manque que sa puanteur.

Vos représentations me fascinent, cette splendeur, cette laideur. Le bien et le mal qui se mêlent l’un à l’autre insidieusement comme nos propres pensées.

Il y a de la démesure dans ses tableaux, une démesure qui me met quelquefois mal à l’aise, je le confesse. Je l’admire et j’ai peur de ce qu’il révèle en moi…

— Sais-tu ce qui distingue Bosch de tous les peintres des Flandres ? Non ? Les autres peignent les êtres tels qu’on les voit. Bosch, lui, les peint tels qu’ils sont en profondeur.

Il est plus facile d’imiter que de créer.

Une fois que le patient sera débarrassé de ce qui l’obsède, cette folie pesante comme un caillou, ses pensées seront innocentes, ou bien il mourra, ce qui revient au même. Dans son cas, la mort représente la guérison suprême.

Il avait besoin d’elle comme d’une drogue qui apaise la souffrance, sa fleur de pavot. Il mourait du manque.

Il voulait me brimer. Quelle erreur ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le laisse galoper en liberté, on ne l’enferme pas à l’écurie !

Higashino, Keigo «Le Dévouement du suspect X» (11.2011)

Prix Naoki en 2006

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015) – La Fleur de l’illusion (2016)

 

Résumé : Ishigami, un professeur de mathématiques, est amoureux de sa voisine, Yasuko Hanaoka, une divorcée qui élève seule sa fille. Mais son ex-mari a retrouvé sa trace et la harcèle. Elle le tue en cherchant à protéger sa fille qu’il a attaquée. Ishigami, qui a tout entendu, y voit l’occasion de se rapprocher d’elle et lui propose son aide. Il entreprend alors de maquiller le crime en le considérant comme un problème de mathématiques à résoudre… Un roman noir sur la folle logique de la passion.

 

Mon avis: Subtil, fin, intelligent… Mais que j’aime cet auteur et ses énigmes. Tout dans l’intelligence et la déduction. Un professeur de mathématiques est amoureux fou de sa voisine, une femme divorcée qui élève seule sa fille. Suite à un crime, ce Professeur va renouer contact avec un ancien camarade d’Université, le Physicien Yukawa lui-même ami d’un inspecteur de police. Non seulement ce roman est un un superbe roman sur l’amour fou et total mais c’est aussi un roman sur les limites et les difficultés de l’amitié. Une fois encore sous le charme de ces romans pas comme les autres.

 

Extraits :

Il se souvient aussi de la fameuse aporie mathématique qui les captivait tous deux : est-il plus difficile de chercher la solution d’un problème que de vérifier sa solution ?

Lorsqu’il l’avait demandée en mariage, elle s’était sentie comme Julia Roberts dans Pretty Woman.

Paul Erdös est un mathématicien hongrois, qui voyageait à travers le monde et collaborait partout où il allait avec d’autres chercheurs. Il avait la conviction que les bons théorèmes doivent pouvoir être démontrés de façon belle et claire.

A ses yeux, les mathématiques étaient semblables à une chasse au trésor. Il fallait commencer par définir un angle d’attaque puis réfléchir à un chemin pour déterrer le trésor, autrement dit qui mène à la réponse. Accumuler les calculs conformément à ce plan devait permettre de découvrir de nouveaux indices. Si on ne trouvait rien, il fallait changer de route. A condition de faire cela avec obstination, patience et résolution, on pouvait parvenir au trésor, une solution exacte que personne n’avait encore trouvée.

La même métaphore permettait de penser qu’il était plus simple de vérifier la solution de quelqu’un d’autre que de trouver soi-même une nouvelle route. Mais en réalité, ce n’était pas le cas. Suivre une route erronée et arriver à un faux trésor, autrement dit démontrer que ce trésor est faux, est parfois plus difficile que de chercher le vrai trésor.

Je ne mets pas en doute la capacité de la police à ne pas se tromper !

Ishigami avait l’impression que d’année en année, les lycéens utilisaient de plus en plus mal leur cerveau.

— De moins en moins de gens équipent leur vélo d’une plaque avec leur nom. Probablement parce qu’ils pensent qu’annoncer son nom et son adresse peut être dangereux pour eux. Autrefois, presque tout le monde le faisait, mais les temps changent.

Les hommes de sciences sont toujours suspects aux yeux de leurs contemporains

Questionner la nécessité de ce qui est enseigné est sain. Ce n’est qu’après avoir dissipé ce genre d’incertitude que l’on peut véritablement étudier. Ce questionnement était indispensable pour trouver le chemin qui menait à la compréhension de la véritable nature des mathématiques.

Pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, il avait l’impression qu’un mur les séparait. Parce qu’il était policier, son ami refusait de lui dire la raison de sa souffrance.

 

Kerninon, Julia «Le dernier amour d’Attila Kiss» (2016)

Auteur : Auteur : Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015. Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016. En 2017 elle publie un court récit « Une activité respectable »

Editions du Rouergue – janvier 2016 – 128 pages

Résumé : «Par la suite, il se demanderait souvent s’il devait voir quelque chose d’extraordinaire dans leur rencontre – cette fille venant à lui sur la terrasse d’un café qui n’était même pas son préféré, qu’il ne fréquentait que rarement. Si elle était passée par là la veille, ou simplement une heure plus tôt ou plus tard, elle l’aurait manqué – il ne l’aurait jamais connue, il serait resté seul avec ses poussins et sa peinture et sa tristesse et sa dureté. Mais elle était venue, et il avait poussé doucement la lourde chaise de métal pour qu’elle puisse s’installer, et c’était comme ça que tout avait commencé.»

À Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité dans son deuxième roman.

Mon avis : Un prolétaire peintre le jour et trieur de canetons à foie gras la nuit, amoureux de son pays et de sa ville (Buda) et détestant les hordes de touristes qui viennent se faire prendre en photo sans prendre le temps de comprendre son pays, seul depuis plus de dix ans rencontre une jeune viennoise riche, sa cadette de 25 ans. C’est le début d’une histoire d’amour, la stratégie de la guerre amoureuse ,  un rapport étoit avec l’histoire du pays et la géopolitique. Histoire d’amour dans ce cas : Histoire et Amour…

Reprenons : deux êtres que tout sépare… mais…

Lui : hongrois, il a 51 ans, il est prolo et déteste viscéralement les étrangers et en particulier les autrichiens qui ont laissé tomber son pays. Il a un nom et un prénom très usités en Hongrie. Kiss est un patronyme typique et Attila, Nom du roi des Huns, un prénom qui signifie «puissant»… Bien que ce prénom évoque la violence, cet Attila-là ne l’est pas. C’est un homme qui se trompe, qui va d’échec en échec, qui rate sa vie, qui laisse tout derrière lui par peur d’affronter, qui fuit, se terre, s’isole, qui se soutient par son être intérieur, ses lectures, ses monologues intérieurs, jusqu’au moment où il va décider de réagir car il est trop jeune pour mourir et va quitter la plaine ou il végétait pour la ville, la civilisation. C’est un «suiveur» qui se réfugie dans la solitude et la peinture.

Elle : autrichienne, 25 ans, noble, célèbre et riche. Théodora signifie « don de Dieu ». Elle est en colère contre sa vie et tout comme lui a un lourd passif, une relation difficile avec son père, un « Dieu » de l’opéra qui a toujours fait passer son art avant sa famille. Elle a un caractère fort en surface et refuse de se laisser manipuler

Ce livre va mélanger la petite et la Grande Histoire, c’est une histoire d’amour géo-politique … . Attila est en train de se reconstruire – il s’est fait, défait et est en train de se refaire – quand il va voir Théodora « l’ennemie historique » faire irruption dans sa vie ; elle croit en l’avenir et lui s’accroche au passé . Il est local, elle est l’envahisseuse. Il aime viscéralement son pays/ et Budapest et ne supporte pas les touristes qui ne la comprennent pas et ne la méritent pas.  Ce livre est un livre de sentiments… qui est axé sur le passé, tant celui des pays que de personnes. Tout ce qui est étranger l’agresse.

Deux êtres sur la défensive qui devront aller l’un vers l’autre, faire tomber leurs défenses

L’auteur joue aussi remarquablement avec les mots et j’ai beaucoup apprécié son écriture. Une très jolie découverte et je vais lire le précédent et le prochain…

Extraits :

En réalité, l’histoire d’un amour repose sur les défaillances et les concessions, les enclaves protégées, les coups d’État, les caresses, les victoires, les amnisties, les biscuits de survie, la température extérieure, les boycotts, les alliances, les revanches, les mutineries, les tempêtes, les ciels dégagés, la mousson, les paysages, les ponts, les fleuves, les collines, les exécutions exemplaires, l’optimisme, les remises de médailles, les guerres de tranchées, les guerres éclairs, les réconciliations, les guerres froides, les bonnes paix et les mauvaises, les défilés victorieux, la chance et la géographie.

que l’on choisisse de voler des tableaux de maître ou des pneus, l’important demeure toujours le même : savoir bien en amont à qui l’on va revendre son butin.

Son travail était une suite de mouvements dont la cohérence lui échappait, il ne voyait que l’action, la frénésie, qui lui rappelaient agréablement les exigences de la pâtisserie, la vivacité et la précision qu’il fallait pour livrer un gâteau de mariage compliqué en temps et en heure. Couper des pommes en tranches et couper court à une conversation au moment où seul le poids du silence la ferait basculer du bon côté. Saupoudrer la pâte de graines de pavot et arroser de billets les représentants municipaux quand il le fallait. Rouler les fruits secs dans le sucre et les gens dans la farine.

Des frontières, nous en avons plus qu’assez, mais des limites, aucune,

Disons que je ne suis pas perdu, ni seul, mais que je suis à présent simplifié.

Parfois, il allait à la bibliothèque Ervin Szabó emprunter des livres d’histoire – parce que je ne parvenais pas à envisager le futur, comprendrait-il plus tard. J’avais besoin de me rattacher à quelque chose.

un fleuve d’amour grondant qui m’appelait, qui réclamait une baigneuse téméraire.

l’amour est la forme la plus haute de la curiosité et je suis tombée amoureuse de toi.

Elle avait deux téléphones qu’elle rangeait dans ses poches, des livres écrits dans six langues différentes, et apparemment, elle les lisait vraiment, des valises entières de vêtements qu’il regarda entrer sur son territoire réservé comme autant de régiments. Est-ce que ce sont des armes ou des matériaux de construction qu’elle apporte avec elle ? se demandait-il. Est-ce que c’est une forme nouvelle de colonisation ?

je prends toujours, à bras ouverts, comme on ouvre la bouche pour boire la neige. Je suis comme ça. Mon prénom est Attila.

la vérité ne se répartit pas exclusivement entre la parole et le silence, entre ce qui est dit et ce qui est tu, mais qu’elle occupe d’abord et surtout les territoires immenses et sans nom qui les séparent.

Non, non, non, pas du tout, tout est grave, rien n’est pareil, et rien n’est égal. C’est bien de vous, les Autrichiens, d’avoir une expression comme celle-là pour enterrer les situations, prétendre qu’il ne se passe rien, qu’il ne s’est jamais rien passé, comme si les mots suffisaient à effacer la vérité – mais aucun mot ne peut faire ça.

Acheter, ça, c’était son rayon, acheter tous les rayons, oui, pour ça elle était bonne, pour ça elle était extraordinaire, magistrale, aucune inquiétude à avoir pour ces affaires-là,

Il pensait qu’elle était folle, inconséquente, dépensière, ignorant que ces tenues étaient les armures et les casques qu’elle revêtait sciemment pour aller affronter ses rendez-vous professionnels

il recolla tous les morceaux jusqu’à arriver au panorama qui lui avait échappé depuis le début, le territoire immense qui était elle, avec ses chutes d’eau, ses glaciers, ses jeunes montagnes, ses vallées.

Lorsque nous rencontrons quelqu’un, et que nous tentons de lui résumer les années vécues auparavant afin d’expliquer qui nous sommes, ce que nous disons aboutit toujours à une construction, une fable, une histoire – mais, comme toutes les histoires, notre récit n’atteint sa pleine ampleur que lorsqu’il est lu par le bon lecteur.

 

 

 

Evanovich, Janet «Dix de retrouvés» (03.2015)

Série : Stéphanie Plum : 10ème enquête

Résumé : Fâcheuse coïncidence ! Alors que Stéphanie Plum et sa partenaire Lula s’arrêtent à l’épicerie pour acheter des nachos, la boutique se fait braquer par le Diable rouge, membre des Exterminateurs de Comstock Street. La situation dégénère et, bien vite, la tête de Stéphanie est mise à prix. Elle n’a qu’une solution : se cacher dans le mystérieux appartement de Ranger, le chasseur de primes le plus sexy de Trenton. Ce qui n’est évidemment pas pour plaire à son petit ami par intermittence, Joe Morelli. Le compte à rebours a commencé, mais Stéphanie n’est pas du genre à se laisser abattre…

Mon avis : rien de tel pour se vider la tête après le traumatisant David Vann… la Miss Plum, sa partenaire , sa famille et tout particulièrement sa grand-mère sont toujours aussi déjantés et loufoques… Je dois dire que ce n’est pas le meilleur de la série, loin de là.. Stéphanie a toujours ses soucis de régime, ses problèmes de cœur, ses soucis de bagnoles, l’art de se mettre dans les gonfles les plus improbables… mais je l’aime bien…

Extraits :

Le niveau économique moyen semblait juste un cheveu au-dessus du désespoir total.

Il était gentil, mais ressemblait plus à un animal de compagnie qu’à un futur beau-frère.

J’ai encore un peu roulé sur Broad et je me suis arrêtée devant une sandwicherie Subway.

— J’adore cet endroit pour déjeuner, a décrété Lula. Ils ont des sandwichs pauvres en glucides et d’autres pauvres en graisse. On peut perdre pas mal de poids en mangeant ici. Plus tu bouffes, plus tu maigris.

Le problème, c’est que Lula et moi, on est un peu les Laurel et Hardy du cautionnement judiciaire. Il nous arrive toujours des tuiles pas possibles

Même si je suis à moitié italienne, personne dans ma famille n’est capable de jeter le mauvais œil. Le truc, chez moi, c’était plutôt le doigt d’honneur.

Tout le monde a fait le signe de croix à l’évocation du contrôle fiscal. Les gangs et la mafia n’étaient rien, comparés aux impôts

Comment ne pas avoir de sympathie pour quelqu’un qui dévalise une fourgonnette de chips et engloutit toutes les preuves ?

Son visage était impassible, mais ses yeux ressemblaient aux eaux dormantes du Styx : noirs, sans fond et terrifiants.

Rien : ni la pluie, ni la grêle, ni la neige, ni même les soldes au rayon chaussures de Macy’s, ne pouvait me dépêtrer du traditionnel dîner du samedi soir chez mes parents. Comme un saumon qui fraie, je devais sans cesse revenir à mon lieu de naissance. Contrairement au poisson, je ne mourais pas à la fin du trajet, même si je le souhaitais parfois ardemment, et ma migration était hebdomadaire.

— Je fais mon travail.
— Tu es un appeau à catastrophes…

— C’est quoi, le dessert ?
— Du gâteau au chocolat avec de la glace à la vanille.
Si Dieu avait voulu que je perde du poids, il se serait arrangé pour qu’on mange des épinards à la crème pour le dessert.

Et si tu te faisais renverser par un camion demain et que tu mourais ? Hein ? Tu aurais fait un régime pour rien. Régale-toi !

Page sur la série : « Série : Stéphanie Plum »

Vann, David «Dernier jour sur terre» (2014)

Auteur : David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne tous les automnes la littérature. Il publie « Aquarium » en 2016

Éditions Gallmeister, 2014, 256 p.

Résumé : 14 février 2008. Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15 h 04 et 15 h 07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. À 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quel itinéraire a suivi le premier avant de se faire l’auteur de ce massacre ? Quel parcours le second devra-t-il emprunter pour se libérer de cet héritage ? L’écrivain retrace ici l’histoire de Kazmierczak, paria solitaire, comme tant d’autres. Comme lui, par exemple, qui, enfant, se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

Dans une mise en regard fascinante, l’auteur plonge dans la vie d’un tueur pour éclairer son propre passé, illuminant les coins obscurs de cette Amérique où l’on pallie ses faiblesses une arme à la main.

Dans le presse : Entre fiction et non-fiction, ce diptyque sonde une violence intime comme collective. Refuse la barrière confortable du tueur considéré comme un monstre, un autre que soi. David Vann nous oblige à plonger en nous, à interroger cette pulsion de violence en chacun, il montre comment une culture, des héritages et traditions produisent des tueurs. Christine Marcandier, MÉDIAPART

On n’avait pas lu une enquête littéraire aussi glaçante et fascinante depuis le pionnier De sang-froid (1965), de Truman Capote. […] David Vann plonge dans le cerveau dérangé d’un paria, tout en analysant les névroses collectives d’une Amérique qui refuse d’admettre sa dépendance aux armes. Thomas Malher, LE POINT

Mon avis :

Cet auteur et un auteur que j’estime de plus en plus. C’est le troisième livre que je lis de lui après « Sukkwan Island » et « Aquarium » et il me fascine dans son approche des personnages. J’ai également fait plus ample connaissance avec l’auteur dans son interview publiée dans le livre de Thiltges et Bertini : « Amérique des écrivains en liberté » (paru chez Albin Michel)

Encore une fois l’auteur qui a eu une enfance et une adolescence très perturbée et difficile écrit un roman avec de larges parties qui intègrent sa propre expérience de vie. Dans ce livre il cherche à comprendre s’il aurait pu lui-même suivre le même chemin que le tueur du roman / du campus (Le tireur était un ancien étudiant en sociologie de La Northern Illinois University, où s’est produit le drame, située à DeKalb, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Chicago. Bilan : six étudiants tués et une vingtaine de blessés, avant de retourner son arme contre lui.)

En se penchant sur la trajectoire de Steven, David Vann décrit en fait sa propre adolescence, et ce qui aurait bien pu se produire plus tard… Il est né dans un monde de violence et son père lui a laissé des armes en héritage après s’être suicidé, lui laissant porter une partie du fardeau de la culpabilité de ce geste ( la ressemblance s’arrête là semble-t-il) Il dénonce la facilité de se procurer des armes, la violence latente qui existe dans certains adolescents qui se renferment sur eux-mêmes et parle de l’interaction entre les jeux vidéo violents, la prise de médicaments, les tendances suicidaires, la fascination des meurtres et des massacres, le choix de visionner des films violents, de lire certains auteurs en particulier (Orwell et Nietzsche) le racisme et le passage à l’acte en tant que tueur de masse qui débouche sur un suicide réussi. Il insiste aussi sur les particularités de comportement : effacé, extrêmement timide, peu sur de soi, à se dévaloriser, manque de confiance en soi, problèmes liés à la sexualité et difficultés de communication, troubles obsessionnels et compulsifs (Toujours vérifier – troubles bipolaires des l’enfance). Et enfin l’importance de n’avoir rien à perdre et de ne pas se sentir à la hauteur, d’avoir l’impression de ne pas « mériter » un bel avenir. Ce livre est une dénonciation de l’état de fait qui permet à tous les américains, normaux ou dérangés psychologiquement, d’acquérir des armes pour ensuite en faire ce que bon leur semble, sans justification et surveillance). Il décrit brillamment le parcours de personnes qui sont particulièrement intelligentes et très mal dans leur peau, leurs caractéristiques et tout ce qui devrait attirer l’attention et faire résonner le signal « Attention danger potentiel ». Enfin c’est un livre qui ne descend pas en flèche mais cherche à comprendre et ne cloue pas au pilori ceux qui n’ont jamais vu en ce tueur un être dangereux et qui, le considérant comme un ami, ont souhaité faire leur deuil de cette personne qui est à la fois victime et bourreau.

Extraits :

Le monde s’était vidé, mais l’arme conservait une présence, une puissance indéniables.

parfois, le pire de nous-mêmes finit par l’emporter.

un garçon cherchant à atteindre le Rêve américain, qui ne se résume pas à l’argent, mais qui consiste à se reconstruire.

Je crois que j’étais juste un solitaire, un paria menant une existence si vide que j’avais simplement besoin de regarder ce qui peuplait la vie des autres, de voir et de ressentir de quoi ils étaient faits.

J’adore l’école parce que j’adore étudier. Mais je déteste l’école à cause de tous ceux qui sont avec moi en cours. Je déteste tout le monde.

Je voulais des amis et je voulais éprouver un sentiment d’appartenance.

la classe sociale n’est pas qu’une affaire d’argent. C’est aussi une question d’instruction.

Plus d’inquiétude quant à ce que les autres pourront penser de lui. Personne ne pense rien de lui. Pas besoin de lire dans les pensées, car les pensées sont réduites à néant.

Mais il a juste dit que l’armée désensibilisait. Genre, il disait : ‘On m’a appris à tuer quelqu’un sans éprouver de contrecoup psychologique. On ne les perçoit pas comme des êtres humains.’

La sociologie est un havre de sécurité.

Acheter un Glock 19, quelques chargeurs supplémentaires, entrer dans une salle de classe et tirer sur les gens. Nous n’avons encore rien mis en place pour empêcher quelqu’un de commettre un tel acte. C’est un droit américain.

Il est comme un poing serré, en boule.

l’intelligence acquise dans les livres ne se transforme pas automatiquement en bon sens quotidien.

il y a eu des études menées sur la violence dans les jeux vidéo, et peut-être que les gens atteints de maladies mentales finissent par se détacher sur le plan émotionnel ?

le timing et un contrôle précis de ses gestes permettront à Steve d’instiller de l’ordre dans cet acte de folie.

Parler avec toi, c’est comme traverser un champ de mines, je marche toujours sur des œufs quand je suis avec toi, de peur de déclencher une réaction négative de ta part.

Les tueurs de masse s’observent mutuellement, ils s’enseignent des astuces et des trucs, ils contribuent chacun à repousser les limites des autres.

Il a contrôlé la durée de son action, il a contrôlé la salle entière, pour la plupart, hein, il a contrôlé tout le monde dans la salle, et puis il a contrôlé son ultime destinée, sa destinée à lui. Si on regarde ça d’un point de vue philosophique, il s’agit d’exercer un contrôle sur soi, sur son destin, parce que vous n’êtes pas heureux.

Au début, le suicide semble être l’acte le plus égoïste qui soit, j’éprouvais de la rage et de la honte. À présent, je n’en suis plus aussi certain.

Je lui ai répété un million de fois que son passé était derrière lui, que je ne lui en voudrais jamais pour rien, mais il pensait que ça le hanterait à jamais. Il avait le sentiment d’être un fardeau pour moi, il pensait que je pouvais faire mieux, il ne comprenait pas pourquoi je l’aimais après tout ce qu’on avait traversé.

puis il doit revenir une fois encore et vérifier, juste pour être sûr. Toujours vérifier.

Les médias partent du principe que “C’est la vérité pour l’instant, et demain la vérité sera peut-être différente”.

Je disais toujours en plaisantant qu’il était un tueur de masse en devenir, il était si coincé.

Colize, Paul «Concerto pour 4 mains» (10/2015)

Colize, Paul « Concerto pour 4 mains » (10/2015)

Fleuve Editions 363 pages – Prix Arsène Lupin en 2016 – (annoncé en Poche Pocket 09/03/2017)

Résumé : « Cinq bandits de haut vol, deux femmes d’exception, un avocat mythique et… de la musique avant toute chose.

D’un côté Jean Villemont, avocat pénaliste amoureux des sommets et sa consoeur Leila Naciri. De l’autre, Franck Jammet, braqueur virtuose et sa compagne Julie Narmon, aussi discrète qu’efficace. Entre eux, un homme et une affaire. Où se trouvait Franck Jammet la nuit du 18 au 19 février 2013 ? Pourquoi Jean Villemont ne se contente-t-il pas de la version officielle ? Qui a réalisé le casse du siècle ? »

Mon avis : C’est le deuxième livre que je lis de lui. Ma première expérience fut « Back Up » (Prix Saint-Maur en poche 2013), un livre que j’avais trouvé excellent (Un plongeon en arrière, le monde de la musique rock, une intrigue haletante…).

Le début de ce « Concerto » ne m’a pas emballée. Factuel, descriptif, froid, la procédure est très présente et très instructive … aucune émotion juste un compte rendu super documenté et détaillé … Je n’ai pas croché de suite car j’avais l’impression de lire une chronique judiciaire : la construction du casse, minutée, impeccable et les personnages dans leurs rôles de braqueurs. Quelques réflexions frappées au coin du bon sens sur les jeunes et les raisons pour lesquelles ils tournent mal.

C’est une étude de l’implication de l’avocat qui va mener une enquête pour tenter de déterminer ce qui se passe derrière les faits. C’est l’étude de l’itinéraire d’un braqueur de haut vol. C’est l’avancée de la police dans l’enquête. Il faut noter que la trame du roman mêle des braquages avérés et des braquages inventés.. Le réel et la fiction s’imbriquent donc.

Heureusement, en deuxième partie de roman, les personnages se dévoilent et le livre devient plus personnel, l’émotion entre en scène, l’empathie se crée avec l’avocat, le braqueur principal. Des anecdotes et des rencontres se mêlent au roman. Cela se lit très facilement, on ne le lâche pas. La partition est bien jouée, la musique bien choisie, les notes justes et le petit je ne sais quoi qui fait vibrer… ou pas… s’invite au fur et à mesure de la lecture. Donc après un petit bémol au démarrage, je recommande.

(Le romancier s’est inspiré de la vie d’un ancien ennemi public N°1 belge reconverti François Troukens : https://romainhubaut.wordpress.com/2014/11/14/portrait-francois-troukens-de-lombre-a-la-lumiere/ – Son film « Tueurs, la stratégie de la tension » est attendu pour 2017 : http://www.versusproduction.be/films/tueurs-la-strategie-de-la-tension )

Extraits :

Avant, les flics, ils te respectaient. Ils te disaient vous. Les nouveaux, maintenant, ils te parlent comme si tu étais un chien. Ils savent à peine écrire, mais ils se prennent pour des ministres parce qu’ils ont un uniforme et un flingue.

Ils sont de plus en plus jeunes. Quand serons-nous débarrassés de cette racaille ?
Il ne m’en veut pas d’avoir défendu ses agresseurs, mais il voue une haine féroce aux braqueurs, surtout s’ils font usage de leur arme.
— Quand nous mettrons en place des structures qui leur permettront de s’épanouir, de donner un sens à leur vie et d’être fiers d’eux.

Ils se retrouvent à la rue, livrés à eux-mêmes, laissés-pour-compte. Autour d’eux papillonnent des jeunes de leur âge qui portent le blouson ou les chaussures dont ils rêvent, qui utilisent le Smartphone dernier cri dont ils rêvent, qui exhibent leur richesse comme ils cachent leur misère. Ils se regroupent, envisagent un petit coup, puis un autre. C’est l’escalade.

Je salue ceux qui parviennent à sortir de ce cercle infernal, ou à ne pas y entrer. En règle générale, ils ont un projet, des objectifs. Ils ont trouvé un sens à leur vie.

J’ai pris une grande respiration et je suis parti en guerre contre ma moyenneté.

Dès ma première année d’études, le droit pénal me faisait de l’œil. Le pénal a des relents de perversion. Le pénal sent le soufre, l’argent sale, le sexe, le crime, le sang.

Les avocats pénalistes sont comme les urgentistes. En cas de besoin, ils ne posent pas de questions, ils ne tergiversent pas, ils n’évoquent pas la distance, leur jour de congé ou leurs états d’âmes. Ils foncent. Ils réfléchiront ensuite.

Jamais. Toujours. Jamais. Autant de signaux d’alerte que j’ai ignorés. Ils m’apparaissent à présent lumineux.

Ici, vous n’aurez jamais qu’une seule porte ouverte à la fois.
La phrase m’était restée en mémoire.
La privation de liberté se résume à ces quelques mots.

En prison, la liberté se mesure à l’intervalle qui sépare deux portes closes.

la différence entre un avocat qui réussit et celui qui végète est en bonne partie due à la maîtrise d’une science inexacte qui n’est pas enseignée à l’université.
Elle s’appelle le feeling, le flair ou l’intuition.

La seule maîtresse que j’ai connue est mon travail. Je ne sais pas si je suis un amant passionné ou une catastrophe horizontale.

J’ouvre les yeux.
Un sentiment de plénitude m’envahit. Je me raccroche au rêve qui s’effiloche.

En musique, un concerto est une forme de dialogue entre un soliste et un orchestre. L’idée m’est venue d’écrire un concerto pour quatre mains. Un piano qui dialogue avec un piano.

Après ces quelques échanges, l’orage gronda, une cascade d’accords déferla et les spectateurs se figèrent.
Le premier tiers de la pièce était rageur, chargé de hargne et de révolte. Le vent soufflait, les flots se fracassaient contre les rochers, la tempête se déchaînait.
Ensuite vint l’accalmie.