Higashino, Keigo « La prophétie de l’abeille » (2013)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015)La Fleur de l’illusion (2016)

Résumé : Un matin d’été, la voiture de l’ingénieur Yuhara pénètre dans le complexe de Nishiki Heavy Industries. C’est aujourd’hui que l’hélicoptère sur lequel il travaille depuis des années doit être livré à son commanditaire, l’Agence de défense du Japon. Sa femme et son fils l’accompagnent pour assister à la démonstration de vol. Yuhara se rend dans son bureau tandis que sa famille l’attend à la cafétéria en compagnie de l’épouse d’un collègue et de son petit garçon. Les deux enfants vont jouer dehors et réussissent à se glisser dans le hangar où se trouve l’hélicoptère, et même à bord de l’appareil. L’un des deux est encore dedans lorsque celui-ci se met à bouger. Bientôt, sous les yeux terrifiés de son compagnon de jeu, l’hélicoptère prend son envol. D’abord stupéfaits, les ingénieurs comprennent bientôt que l’appareil a été manipulé à distance. Moins d’une heure plus tard, l’hélicoptère s’immobilise au-dessus d’un réacteur nucléaire. Les autorités reçoivent un message signé de « l’Abeille du ciel » : l’appareil, chargé d’explosifs, s’écrasera sur le réacteur quand il aura épuisé son carburant si toutes les centrales du Japon ne sont pas mises immédiatement hors d’état de fonctionner… Dans ce thriller magistral publié pour la première fois au Japon en 1998, Keigo Higashino décrit en temps réel la menace d’une catastrophe nucléaire. Alliant l’art du rebondissement à l’intelligence des situations, il compose une intrigue imparable, portée par la prescience du désastre à venir.

Mon avis : Une fois encore j’ai apprécié l’écriture de cet auteur, tout en finesse. Toujours intelligent et sans violence, tout est fondé sur le savoir, les connaissances et l’analyse des situations. Les personnages sont intéressants, les motivations se dévoilent ; ä la fin du livre, j’ai pourtant une petite indigestion de technique ! Très documenté, et pour moi trop documenté. Un peu moins d’informations sur le nucléaire et un peu plus d’enquête ne m’aurait pas déplu. Mais en cette période ou le débat sur le danger des centrales est au centre des préoccupations c’est intéressant de se documenter en lisant un roman.

Extraits :

le Japon, malgré son expertise technologique, n’est pas un pays avancé sur le plan de l’aéronautique, une situation due en grande partie au mémorandum du Commandement suprême des forces alliées qui interdisait au Japon, pendant une période déterminée, de développer, tester ou produire des avions.

Il comprenait que la situation était grave sans arriver à se persuader de la réalité du problème.

Son état d’esprit l’inquiétait.

Rien ne justifiait son optimisme. Il était fondé sur une illusion : « Si tout allait bien jusqu’à hier, il n’y a aucune raison que cela change aujourd’hui et demain. » Il s’en rendait compte et cela le troublait.

Ressentir de l’inquiétude vis-à-vis d’une situation imprévue lui paraissait indigne d’un esprit scientifique.

Le bâtiment réacteur de forme ronde, où se trouvait l’enceinte de confinement, était entouré de plusieurs constructions, les bâtiments annexes, qui composaient un rectangle autour de lui. L’ensemble faisait penser au drapeau japonais, avec son point rouge au centre.

Les hommes, à la différence des femmes, n’oublient jamais leur ancien métier.

Si personne ne veut du nucléaire, il faut arrêter les centrales nucléaires. Et accepter de vivre en utilisant moins d’électricité.

Il appartenait à ces gens qu’enthousiasme l’idée de devenir plus fort en surmontant la souffrance et la peur, un tempérament commun à tous les sauveteurs

Son sentiment était que les choses entre eux avaient suivi leur cours naturellement. Et qu’ils étaient devenus amants parce qu’il ne lui avait posé aucune question indiscrète. Elle en avait fait autant. C’était un peu triste, mais confortable.

« Il existe dans la vie des choses dont tout le monde a besoin mais que personne n’aime voir. L’énergie nucléaire en fait partie. »

McCoy, Sarah «Un parfum d’encre et de liberté» (2016)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

Résumé : 1859. La jeune et impétueuse Sarah apprend qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Mais comment trouver un sens à sa vie dans ce monde régi par les hommes ? Comment trouver sa place quand on est la fille de John Brown, célèbre abolitionniste qui aide des esclaves à fuir ?
« 2014 »Eden et son mari emménagent dans la banlieue de Washington dans l’espoir de sauver leur mariage et fonder enfin une famille. En explorant sa nouvelle demeure, la jeune femme découvre une tête de poupée ancienne. Que signifient les mystérieuses lignes qui la recouvrent ?
Plus de cent cinquante ans séparent Eden de Sarah, mais sur la grande carte du monde et de l’Histoire, les destins de ces deux femmes se rejoignent en plus d’un point.
Un voyage exaltant, à la redécouverte du courage, de la famille, de l’amour et de l’héritage.

Mon avis : Deux héroïnes principales, Sarah en 1859 et Eden en 2014 : leur point commun : elles ne pourront pas avoir d’enfant. Le lien… une histoire de poupée… Mais je vous laisse le découvrir. Comme dans le précédent roman « Un goût de cannelle et d’espoir », la romancière va nous raconter en parallèle la vie de ces deux femmes dont les destins se ressemblent et se rejoignent. Sarah est Sarah Brown, fille du célèbre abolitionniste John Brown ( mais ici c’est une héroïne de roman) et nous baignions ici dans l’Histoire avec un grand H et le livre est bien documenté . On vit avec elle et toutes les personnes qui se sont engagées dans le combat pour aider les esclaves ou les noirs non esclaves à fuir et à gagner le droit de vivre libres. J’ai beaucoup aimé ce personnage et la suivre dans sa lutte/vie fut palpitant et émouvant. Sa relation avec Freddy est juste magnifique et poignante… Et la jeune Alice est aussi un personnage qui m’a beaucoup touché. Tous les personnages secondaires ont une vie propre et cela donne du corps au roman.

J’ai moins aimé Eden, qui ne m’a pas touché au cœur, même si elle est devenue plus sympathique à la fin. Par contre j’ai bien aimé le personnage de la fillette Cléo et la relation avec Criquet, le petit chien. Les deux femmes nous offrent une jolie leçon de vie : mettons le bonheur d’aimer et d’être aimés au-dessus de tout. Même si mon vrai coup de cœur fut pour le précédent j’ai beaucoup aimé celui-ci. Romantisme et Histoire… Lecture agréable ; j’aime ces écrivains qui donnent vie aux objets et aux maisons.. J’ai aussi beaucoup aimé les rapports avec la nature, la peinture. Une fois encore un roman qui met en valeur des femmes.

( Je pense que Marie devrait aimer cette romancière)

Extraits :

C’est une vieille bâtisse magnifique ! protesta la femme en posant sa main nue sur la rampe de l’escalier.

Sa voix et son contact réchauffèrent les os de la maison, qui frémit sous sa caresse.

L’atmosphère autour d’eux se craquela.

La maison percevait les palpitations de son cœur, tels les sabots des chevaux qui autrefois galopaient jusqu’à son seuil. Les colombes dans le grenier enfouirent leurs têtes sous leurs ailes.

Seuls les murs en étaient témoins, incapables de raconter son histoire à sa place.

Petit à petit, le lieu apparut sur la feuille blanche tel un mirage. Elle ne s’était jamais imaginée artiste avant cela. Elle n’avait jamais eu l’occasion ou l’envie d’essayer. À présent, le dessin lui venait aussi aisément qu’un sourire et lui procurait deux fois plus de plaisir.

La douleur était trop vive, sa compassion lui faisait le même effet que de l’alcool à brûler sur une plaie ouverte. Elle ne la supportait pas, même si cela aurait pu favoriser la cicatrisation.

Elle se comportait en adolescente, plus encore que pendant son adolescence même : des éclats incontrôlés, des coups. Irrationnelle, hystérique… Les choses devaient être faites à sa façon, sinon rien. Elle détestait cela. Elle se détestait, et pourtant elle n’arrivait pas à empêcher son cœur de s’emballer.

À son agence de communication, elle pouvait convaincre un buisson d’acheter une robe verte ; mais quand il s’agissait d’émotions sincères, elle était perdue.

Elle n’aimait pas l’idée d’être une roue. Tourner sur soi-même sans jamais aller nulle part.

Elle avait investi du temps dans ses enfants. Et d’une certaine façon, c’était de l’amour.

– Un arc-en-ciel, c’est beau, mais si on essaye de l’attraper, on comprend vite qu’c’est que d’la buée dans les mains.

Les secrets unissent les gens bien plus que les liens du sang, l’amour ou la foi.

« Si la vie t’offre des citrons, au moins t’as des citrons ! »

On dit que Dieu a envoyé à Adam et Ève des perce-neige pour les consoler après les avoir chassés du Paradis. Elles symbolisent l’espoir et le réconfort,

Les histoires de fantômes ne sont que des mystères irrésolus.

Mais la vengeance ressemble à une plante grimpante de Virginie : impossible à déraciner.

Voir cette réalité se jouer sous ses yeux lui fit l’effet d’une pierre qui se libérait de la digue de son cœur. La rivière menaçait de déborder.

Le meilleur moyen de transmettre un message est une question aussi subjective que le meilleur moyen de manger un œuf, je suppose. Mais sur un point, nous ne pouvons que nous entendre : le message doit passer.

L’art, c’est un conte de fées pour les yeux.

Une recette n’est rien de plus qu’une formule à suivre. Ce qui compte, c’est comment toi, tu la fais. Le produit fini ne sera pas exactement le même pour tout le monde, et pas toujours pareil à chaque fois,

L’âge est pareil à une plante grimpante qui étend peu à peu ses feuilles dans toutes les directions.

Dans la clandestinité, la retenue était tout aussi importante que l’action.

Les fantômes n’existent pas. C’est juste de mauvais souvenirs qu’on ferait mieux d’enterrer dans le passé.

Ce que les légendes et l’histoire ont en commun, c’est que tout le monde court vers son avenir, quel qu’il puisse être.

Elle s’était laissée dévorer par le chagrin, avait passé bien trop de temps à s’apitoyer sur son sort. Cela avait assez duré. Comme dans l’histoire de Jonas et de la baleine, il était temps de sortir du ventre de la bête.

Leurs doigts s’entrelacèrent, et ils continuèrent leur route main dans la main, comme ils le faisaient à l’époque où ils flirtaient. Un geste d’adolescents amoureux, pas de gens de leur âge. Mais elle aimait ça, la sécurité de leurs paumes jointes.

La peur est un amant trompeur, et elle en avait assez de partager son lit avec.

Les mots sur sa langue sonnaient plus lourd que des balles de plomb, mais ils ne frappèrent pas de la même façon.

Mais mon cœur s’est glacé, plus dur à présent que les pierres des rivières. Il pèse comme un poids mort dans ma poitrine. Plus aucune chaleur, plus de rythme.

 Sa voix s’éteignit telle une flamme qu’on souffle, et elle pleura en silence dans le noir.

On ne peut pas forcer la vie à faire ce qu’on veut quand on le veut. On ne peut pas changer le passé, ni contrôler l’avenir. On peut juste vivre le présent le mieux possible. Et avec un peu de chance, il nous sourit.

– Aucune peinture ne peut vous rassasier. Ce n’est pas réel, juste l’empreinte d’un instant. Un souvenir pour quand ce ne sera plus la saison des pêches.

 

Infos :

John Brown : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Brown

Sarah Brown : (en anglais) : http://www.saratogahistory.com/History/sarah_brown.htm

Photo : John Brown (daguerrotype )

Gallay, Claudie «Les années cerise» (2004)

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010) , Une part de ciel (2013).

Résumé : A l’école, on l’appelle l’Anéanti. Pas seulement parce qu’il collectionne les zéros : sa maison est menacée d’être engloutie par une falaise qui s’effrite peu à peu. Et alors que tous conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s’accrochent à leur chez-eux.

Mon avis: Une fois encore j’ai beaucoup aimé. J’avais déjà lu « Les déferlantes », « Seule Venise », « Dans l’or du temps ». J’apprécie de plus en plus. Cette fois, une plume totalement différente. C’est un enfant qui parle, un enfant qui a un peu de mal à se fondre avec les autres… un parler simple et vrai. Il n’y a pas que la maison qui est au bord du gouffre… Toute la vie du petit garçon est aussi en train de basculer. Et les rapports avec les parents ne sont pas simples. Problèmes de communication et impression de ne pas être à sa place dans son monde. Un livre empreint d’émotion, de tendresse, de nostalgie. Une fois de plus, le paysage est en complète osmose avec les personnages. L’enfant va-t-il se laisser basculer dans le gouffre ? ou va-t-il être sauvé ? Des personnages simples et une histoire émouvante, au rythme de la nature, des orages, de la terre qui s’effrite sous les pas… Des moments lumineux, l’amour pour ses grands-parents, les animaux, et … la grande sœur de son petit copain…

Un joli roman pour les adolescents aussi …

Extraits :

Elle dit « les produits du terroir », même que pendant longtemps j’ai cru que c’était un pays. Comme les produits du Japon ou du Maghreb.

elle portait un pantalon bleu avec un pull très court pour qu’on lui voie le nombril. Tout le reste était en peau.

Je suis au bord. Impossible d’aller plus loin. Impossible de respirer. J’ai du mal à avaler. Je me mets à trembler des jambes et puis des dents. Il suffirait d’écarter les bras pour devenir un papillon.
Un enfant, ça ne s’envole pas, ça tombe. Ça s’écrase et après ça se met dans un trou.

C’est que du silence. Le silence, c’est quelque chose de grand, de rond, on peut s’enfoncer. Je lui montre avec mes mains. Je n’ai pas besoin de mots.

les fades, c’est comme des petits lutins mais en filles. Elles portent des habits de lumière. Si on attend la nuit, on les voit briller.

Quand on fait quelque chose, il faut comprendre pourquoi on le fait. C’est une question de liberté

Sûr, je suis le préféré, mais parfois d’être le préféré, ça étouffe.

Je n’y vois plus rien. C’est les larmes qui font ça. J’en ai plein les yeux. Je renverse la tête pour qu’elles repassent dans mon cerveau. Il y en a trop. Ça fait une épaisseur d’eau qui ne sait plus où aller.

Tant qu’il n’a pas vu de docteur, il allait bien et quand il en a vu un, il est mort.
Maintenant, quand pépé veut lui parler, il va au cimetière.
— Tu parles d’une conversation !

— On a tous quelqu’un… il dit, et il met dans sa voix tellement d’espoir que je commence à réfléchir.

McCoy, Sarah «Un goût de cannelle et d’espoir» (2014)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

 

Résumé : Une boulangerie allemande prise dans les tourments de l’histoire., une famille déchirée par les horreurs de la guerre, l’innocence confrontée à un choix terrible… Bouleversant d’émotion, un roman porteur d’une magnifique leçon de vie et de tolérance. Garmisch, 1944. Elsie Schmidt, seize ans, traverse la guerre à l’abri dans la boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi qui la courtise. Mais, quand un petit garçon juif frappe à sa porte, la suppliant de le cacher, la jeune fille doit choisir son camp… Soixante ans plus tard. A El Paso, près de la frontière mexicaine, la journaliste Reba Adams réalise un reportage sur la boulangerie tenue par Elsie. Peu à peu, elle comprend que la vieille dame a beaucoup plus à révéler qu’elle ne veut bien le dire. Comment la jeune Allemande est-elle arrivée au Texas ? Quels drames elle et les siens ont-ils traversés ? Qui a pu être sauvé ?

« Un dilemme passionnant, un roman déchirant à dévorer d’une traite. »ELLE

« Un bijou de roman, aussi beau que déchirant, écrit juste comme je les aime : le passé qui revient hanter le présent, des héroïnes attachantes, une fin lumineuse pleine d’espoir. »Tatiana de Rosnay

 Mon avis : Le vrai page-turner féminin… Sur fond de guerre en Allemagne. Les habitants font ce qu’il faut pour survivre, certains croient en Hitler et en la grandeur de l’Allemagne ou font semblant d’y croire, d’autres font selon leur cœur et leur conscience, en secret et dans la peur.
Au XXIème siècle, ce ne sont pas les juifs qui sont chassés quand ils tentent de quitter l’Allemagne mais les chicanos quand ils essaient de venir en Amérique pour avoir une vie meilleure..
Un roman feministe ; les femmes ont la vedette . Il y a les fortes et les faibles, la solidarité, la peur d’aimer, de se lancer et la question : carrière ou amour ? Le poids des non-dits, des secrets, des mensonges… et pour être heureux.. il faut s’accepter tel qu’on est et accepter les autres tels qu’ils sont.
Jolie histoire avec des personnages attachants sur fond de pâtisserie… A la fin les recettes : je retiens celle du crumble épicé… qui doit être dans mes compétences…

 Extraits:

Tant que le monde tournera, les hommes continueront à se réveiller affamés le matin.

Elle ne reconnut pas les battements de son cœur, comme si quelqu’un d’autre s’était introduit en elle pour marteler cérémonieusement, alors que le reste de son corps gisait inerte et froid.

C’est une ville frontalière, ça, c’est sûr, un endroit de transit, de passage, mais certains y restent pour de bon. Coincés entre là où ils étaient et là où ils se rendaient. Et après quelques années, on ne se souvient plus de sa destination, de toute façon. Alors, on s’installe.

Ce n’est pas parce que vous êtes née quelque part que vous êtes chez vous,

C’était comme se rappeler le goût d’un fruit qu’on aurait vu seulement en peinture, mais jamais mangé.

Ça faisait du bien de faire comme si le monde était merveilleux ; avaler les peurs, engloutir les souvenirs, baisser la garde et profiter, ne serait-ce que l’espace de quelques heures.

La tristesse l’avait frappée de plein fouet ce soir-là, la rongeant de l’intérieur.

Le mensonge semblait pourtant la voie la plus simple vers la réinvention

Elle avait espéré qu’en parlant d’amour elle échapperait à ses démons. Comme ce ne fut pas le cas, elle se mit à se demander si l’amour suffisait.

Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, des choses qui ont été, mais ne sont plus.

Dans l’obscurité, la vapeur de la bouilloire s’éleva tel un fantôme en colère.

Être nazi est un positionnement politique, pas une ethnie. Le fait que je sois allemande ne fait pas de moi une nazie.

Il avait compris qu’on pouvait influencer son prochain par le discours bien plus que par n’importe quelle autre force.

Plus il vieillissait, plus il avait l’impression que tout le monde rajeunissait autour de lui.

Il voyait la vie en noir et blanc, et elle avait toujours trouvé cela rassurant. Qu’il parte explorer les différentes teintes de gris la dérangeait.

— Ce n’est qu’une tempête, l’avait-il rassurée.
— Oui, mais ça me rappelle qu’elles peuvent encore éclater.

  Baisse la tête, fais ce que tu as à faire, ne pose pas de questions et tu seras récompensé au bout du compte

les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson.

la vérité peut être une chose incroyablement difficile à saisir. Elle est embrouillée par le temps et l’humanité, et par la façon dont chacun vit sa propre expérience.

Elle en avait assez de faire semblant de croire ce qu’elle ne croyait pas et d’être ce qu’elle n’était pas.

Sors la tête de l’eau. Souviens-toi de ce que je t’ai dit : lève la tête, ma belle, ou tu vas rater l’arc-en-ciel !

on ne peut pas forcer quelqu’un à voir notre vérité

c’est ma tête qui mentait à mon cœur

Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants.

Elle avait appris que le passé était une mosaïque floue faite de bon et de mauvais. Il fallait admettre sa part dans les deux et s’en souvenir. Si on essayait d’oublier, de fuir ses peurs, ses regrets et ses fautes, ils finissaient par vous retrouver et vous consumer

Sansal, Boualem « Petit éloge de la mémoire »

« Petit éloge de la mémoire. Quatre mille et une années de nostalgie »

Collection Folio 2 € (n° 4486), Gallimard – Parution : 04-01-2007

Série : « Petit éloge » : voir page sur le blog

Résumé : « C’est le plus lointain, celui que j’aime à explorer, qui me donne le plus de frissons. Écoutez-moi raconter mon pays, l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

Jadis, en ces temps fort lointains, avant la Malédiction, j’ai vécu en Égypte au temps de Pharaon. J’y suis né et c’est là que je suis mort, bien avancé en âge… »

Mon avis : J’ai découvert Boualem Sansal en lisant «2084. La fin du monde» comme beaucoup de personnes je pense mais je suis un peu passée à coté de l’engouement général… . Comme j’aime cette série « Petite éloge », j’ai continué ma découverte de l’auteur. Et puis, quand on me parle d’Egypte… je lis… Sa nostalgie est segmentée en trois périodes de l’histoire : L’Egypte, la Numidie, l’Algérie. Trop factuel, trop de références, qui s’enchainent en toute logique certes mais sont trop livre d’histoire/géo ; Alors oui, le thème est passionnant ; le passé et le coté historique très instructifs ; je comprends le chemin pour nous amener à sa conclusion mais un peu indigeste quand même. A part ça, très bien écrit et nombre de phrases/citations parlantes. Une fois encore, pas convaincue. Intéressée mais pas accrochée.

Lire aussi ce commentaire : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-24146958.html

Extraits :

la nostalgie, le mal du pays comme on dit, est une richesse, un formidable gisement. Le tout est de savoir où est son pays, ce qu’il a été, ce qu’il est devenu, comment et pourquoi on s’en est éloigné, et par quel fil on s’y rattache encore. C’est tout le problème. Cela fait que souvent la nostalgie mène à l’errance, à l’apathie, à la colère, au renoncement. Au mieux, on s’invente un mythe et l’on s’y réfugie comme dans une prison.

La nostalgie est comme la spéléologie, une démarche risquée, on entre en soi, on avance pas à pas dans les profondeurs de son âme, de sa mémoire, de son histoire, avec toujours l’espoir d’atteindre le fond et de pouvoir retrouver le chemin du retour.

l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

je faisais l’apprentissage de la nostalgie et découvrais combien elle aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à se construire un avenir commun.

le temps est avant tout une illusion et la mémoire une sensation fugitive.

Ainsi vont les choses, on palabre pour s’aider à passer les jours, à se reposer de ses peines, puis on échange des rêves et des amabilités et l’on se construit un avenir commun.

Pourquoi, comment, je ne le sais pas, l’histoire donne peut-être la direction mais la géographie a le dernier mot.

Si le Nil, l’Euphrate, le Gange furent sacralisés, c’est bien que la civilisation sur leurs rives a atteint des cimes et donné le vertige aux hommes.

L’histoire a deux portes, la monumentale par laquelle s’invitent les conquérants et les bâtisseurs d’empires, et une petite, dérobée et branlante, par laquelle disparaissent les perdants et les oisifs.

La légende commence où s’arrête l’histoire.

Comme le roulement de tonnerre survient après l’éclair, le mal arrive après le choc et parfois si longtemps après qu’on y voit un nouveau coup des dieux.

C’est par le rêve et l’imagination que l’on peut sonder le passé lointain et c’est bien ainsi, nos lointains descendants oublieront nos misères et nos mesquineries et nous verront avec des yeux pleins d’enthousiasme.

C’est la nostalgie que j’ai de ce temps qui m’a permis de combler les trous et de mettre de la vie là où tout me semblait mort et de la lumière là où nos oublis avaient installé l’obscurité.

Lire l’histoire ne suffit pas, il faut chercher en soi et imaginer.

Les dieux qui font et défont le monde, les héros qui font et défont les empires, comptent moins que les résistants dans le cœur des hommes. Ceux-là sont au plus près de notre nostalgie, ils disent le combat éternel pour la liberté.

Les princes et les notables se rendaient à Rome ou à Athènes comme aujourd’hui nos raïs et nos vizirs vont à Paris ou à Genève se soigner, faire des affaires, leur marché, visiter des proches, mener grande vie.

Les Berbères ne sont jamais plus imprévisibles que lorsqu’ils se montrent infiniment patients.

Je le disais, la nostalgie ouvre parfois sur des gouffres insondables, des contradictions mortelles.

Nous connûmes les premiers schismes et pareillement nous fûmes sommés de choisir. Des conciles se tinrent dans la précipitation, on condamnait, on consacrait, sans parvenir à la paix. Tous voulaient la paix, leur paix, et c’était le problème.

Il n’y a pas mieux que les poètes pour voir clair quand règnent l’obscurité et le désordre. Mais qui comprend les poètes sinon les poètes eux-mêmes et les rebelles ?

« L’Algérie est terre, l’Algérie est soleil, l’Algérie est mère, cruelle et adulée, souffrante et passionnelle, caillouteuse et nourricière. Plus que dans nos zones tempérées, s’y vérifient l’imbrication du bien et du mal, la dialectique inextricable de l’amour et de la haine, la fusion des contraires qui se partagent l’humanité », dira Camus deux mille ans plus tard.

La Numidie entrait dans une ère nouvelle, elle était le Maghreb, le couchant, l’occident de l’Arabie, et peu à peu les Berbères perdirent ce qui faisait d’eux des Berbères, ils s’arabisèrent et se proclamèrent Arabes. Le zèle poussa certains à se croire plus authentiques que les vrais, ils détruisirent tout ce qui pouvait rappeler leurs origines et leurs croyances passées. Il en est ainsi, le reniement de ce qu’on a été est le premier acte de foi.

Les  peuples devraient toujours pouvoir suivre leur voie, en elle est leur génie et leur substance vitale. C’est triste de les voir dérailler parce que quelque part un étranger, un mage, un roi, un empereur, un calife, un président, l’a décidé.

Les civilisations doivent-elles toujours s’affronter, faut-il que l’une disparaisse pour que l’autre s’épanouisse sur ses cendres ? Il en a été ainsi depuis les origines mais on aimerait maintenant que ça cesse.

Les usages étaient formés, les sillons tracés, les rêves bornés, il suffisait de régler son sablier et de suivre le cours lancinant des choses. La baraka pourvoyait au reste et le mektoub passait le tout aux pertes et profits de l’histoire.

On ne sait pas toujours où mène la nostalgie, il suffit de rien, un air qui passe, un mot, une idée, et on part là plutôt que là.

ma nostalgie se nourrit d’événements précis, de choses concrètes, de chiffres honnêtes, l’imagination à partir de la fumée je m’en méfie.

nous avions perdu la force de marcher vers le futur, ce lieu unique, qui n’est ni du nord ni du sud, ni de l’est ni de l’ouest, ni chrétien ni musulman ni athée ni païen, où Dieu et la vérité des vérités attendent l’humanité depuis le commencement des temps.

Eux n’avaient pas de rêves, la réalité leur appartenait.

Ce qui reste lorsque tout est passé, c’est bien la pierre.

la nostalgie même parcellaire aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à imaginer un avenir meilleur.

Si longue soit l’absence, le présent nous attend, il nous requiert. Le présent c’est aussi de l’histoire, ma foi, de l’histoire en marche.

Photo : Abou-Simbel

Les « Petit éloge » de Folio à 2 Euros…

Une série d’inédits complète le catalogue de la collection Folio 2 Euros: des «petits éloges» signés par des auteurs contemporains. J’aime beaucoup cette petite série.

Aissaoui, Mohammed «Petit éloge des souvenirs» (2014)

Appanah Nathacha «Petit éloge des fantômes» (2016)

Astier, Ingrid « Petit éloge de la nuit » (2014)

Sansal, Boualem « Petit éloge de la mémoire. Quatre mille et une années de nostalgie  (2007)

 

Slimani, Leïla «Chanson douce» (2016)

Collection Blanche, Gallimard – 240 pages – Prix Goncourt 2016

Résumé : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

 

Mon avis : Je ne le lis que maintenant car j’en ai tellement entendu parler que je ne voulais pas m’y aventurer. Et bien c’est un bon livre ! Excellent même. J’ai découvert le style de Leïla Slimani et j’ai apprécié. Et le sujet n’est pas tant le meurtre de ces deux enfants que le rapport entre les différents protagonistes et la description du monde dans lequel on vit. Metro, boulot, dodo ; importance de la réussite sociale, manque d’intérêt et d’empathie pour les êtres qui nous entourent. Les autres ont une vie ? un passé ? des soucis ? … mais pourtant ils sont là pour s’occuper de nous, de nos enfants… et on leur donne nos restes, nos vieilles frusques, on les prend en vacances pour nous décharger de nos enfants… On les traite tellement bien… Juste un petit souci : on parle « matériel » et non « affectif » C’est aussi la difficulté de faire partie d’un monde qui n’est pas le nôtre. Et même à plusieurs niveaux : une nounou blanche ne fait partie ni du monde des patrons ni du monde des nounous, le plus souvent étrangères. Roman de l’exclusion d’une certaine manière, roman sur les rapports humains ; au final, une nounou n’est pas une personne ; cela devient un bien matériel utile, qui se fond dans le décor mais qui cristallise aussi la culpabilité et est témoin de notre vie, ce qui finit par nous exaspérer. Très beau moment de lecture ou le meurtre des enfants est finalement juste la première phrase…

Extraits :

Cette vie de cocon, loin du monde et des autres, les protégeait de tout.

À quel point elle se sentait mourir de n’avoir rien d’autre à raconter que les pitreries des enfants et les conversations entre des inconnus qu’elle épiait au supermarché. Elle s’est mise à refuser toutes les invitations à dîner, à ne plus répondre aux appels de ses amis.

Plus que tout, elle craignait les inconnus. Ceux qui demandaient innocemment ce qu’elle faisait comme métier et qui se détournaient à l’évocation d’une vie au foyer.

Elle semble imperturbable. Elle a le regard d’une femme qui peut tout entendre et tout pardonner. Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses.

D’où viennent ces histoires ? Elles émanent d’elle, en flot continu, sans qu’elle y pense, sans qu’elle fasse le moindre effort de mémoire ou d’imagination. Mais dans quel lac noir, dans quelle forêt profonde est-elle allée pêcher ces contes cruels où les gentils meurent à la fin, non sans avoir sauvé le monde ?

« Si vous saviez ! C’est le mal du siècle. Tous ces pauvres enfants sont livrés à eux-mêmes, pendant que les deux parents sont dévorés par la même ambition. C’est simple, ils courent tout le temps. Vous savez quelle est la phrase que les parents disent le plus souvent à leurs enfants ? “Dépêche-toi !”

La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir le décor sur la scène.

C’est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut pas advenir. Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial.

Une fête pour la lune, pleine et rousse, dont ils ont toute la soirée commenté la beauté. Elle n’avait jamais vu une lune pareille, si belle qu’elle vaille la peine d’être décrochée. Une lune pas froide et grise, comme les lunes de son enfance.

Elle avait fini par développer un don pour l’invisible et logiquement, sans éclats, sans prévenir, comme si elle y était évidemment destinée, elle avait disparu.

Jacques adorait lui dire de se taire. Il ne supportait pas sa voix, qui lui râpait les nerfs. « Tu vas la fermer, oui ? » Dans la voiture, elle ne pouvait pas s’empêcher de bavarder. Elle avait peur de la route et parler la calmait.

La solitude, qui collait à sa chair, à ses vêtements, a commencé à modeler ses traits et lui a donné des gestes de petite vieille. La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l’on vit à plusieurs.

Elle marchait dans la rue comme dans un décor de cinéma dont elle aurait été absente, spectatrice invisible du mouvement des hommes.

Les squares, les après-midi d’hiver, sont hantés par les vagabonds, les clochards, les chômeurs et les vieux, les malades, les errants, les précaires. Ceux qui ne travaillent pas, ceux qui ne produisent rien. Ceux qui ne font pas d’argent.

Chez nous, on propose toujours à manger aux inconnus. Il n’y a qu’ici que j’ai vu des gens manger tout seuls.

Vous ne devriez pas chercher à tout comprendre. Les enfants, c’est comme les adultes. Il n’y a rien à comprendre. »

Ils réagissent comme des enfants gâtés, des chats domestiques.

Elle a dormi de ce sommeil si lourd qu’on en sort triste, désorienté, le ventre plein de larmes. Un sommeil si profond, si noir, qu’on s’est vu mourir, qu’on est trempé d’une sueur glacée, paradoxalement épuisé.

Elle boit et l’inconfort de vivre, la timidité de respirer, toute cette peine fond dans les verres qu’elle sirote, du bout des lèvres.

Elle émerge du sommeil comme on remonte des profondeurs, quand on a nagé trop loin, que l’oxygène manque, que l’eau n’est plus qu’un magma noir et gluant et qu’on prie pour avoir assez d’air encore, assez de force pour regagner la surface et prendre une vorace inspiration.

Pour la première fois, elle pense à la vieillesse. Au corps qui se met à dérailler, aux gestes qui font mal jusqu’au fond des os

Une mythologie liée à l’enfance, au monde d’avant les repas surgelés devant l’écran de son ordinateur.

Elle n’a qu’une envie : faire monde avec eux, trouver sa place, s’y loger, creuser une niche, un terrier, un coin chaud. Elle se sent prête parfois à revendiquer sa portion de terre puis l’élan retombe, le chagrin la saisit et elle a honte même d’avoir cru à quelque chose.

Des langues du bout du monde contaminent le babil des enfants qui en apprennent des bribes que leurs parents, enchantés, leur font répéter.

elle n’est que débris de verre, son âme est lestée de cailloux.

Son cœur s’est endurci. Les années l’ont recouvert d’une écorce épaisse et froide et elle l’entend à peine battre. Plus rien ne parvient à l’émouvoir. Elle doit admettre qu’elle ne sait plus aimer. Elle a épuisé tout ce que son cœur contenait de tendresse, ses mains n’ont plus rien à frôler.

un personnage qui se serait trompé d’histoire et se retrouverait dans un monde étranger, condamné à errer pour toujours.

les reconstitutions agissent parfois comme un révélateur, comme ces cérémonies vaudoues où la transe fait jaillir une vérité dans la douleur, où le passé s’éclaire d’une lumière nouvelle.

 

 

 

Mey, Louise «Les Ravagé(e)s» (2016)

Auteur : Après Les Ravagé(e)s (2016), elle vient de publier son deuxième roman Embruns (voir article) . La suite de « Les Ravag(é)es est prévue pour 2018
Fleuvenoir 432 pages (2016) Pocket (2017) 448 pages

Résumé : Andréa est une silhouette chancelante après un énième samedi soir alcoolisé. Ses amies ont prolongé la fête, les taxis ont déserté la place, le vide a empli l’espace et on a qu’une envie, ici et maintenant : faire passer le temps plus vite. Mais pas le choix. Il s’agit d’être pragmatique : mettre un pied devant l’autre, entendre le bruit de ses pas en triple exemplaire et trouver ça normal, fixer la lumière, un point de civilisation. Ne pas tomber.
Pourtant, cette nuit-là ne ressemble pas aux autres. La tête collée au bitume, dans l’urine et la poussière, Andréa a mal.
Alex est flic et mère célibataire. Elle officie aux crimes et délits sexuels d’un commissariat du nord de Paris. Chaque jour, elle voit défiler les plaintes pour viol, harcèlement, atteinte à la pudeur. L’ambiance est à l’anesthésie générale et il faut parfois lutter pour continuer à compatir. Ses parades pour éviter de sombrer : la bière, sa fille et les statistiques.
Sauf quand deux affaires viennent perturber la donne.

Contexte social : le Conseil constitutionnel venait d’annuler la loi sur le harcèlement sexuel. Ce qui invalidait de facto les procédures en cours et laissait des dizaines de victimes désemparées.

Mon avis : Premier opus d’une future série de cette équipe de flics parisiens. Beaucoup aimé. J’avais lu juste avant le deuxième livre de cette jeune auteure, qui est un huis clos « Embruns » (voir article) et donc n’est pas dans la lignée de celui-ci. Bluffée par les deux romans. Ici on entre dans le quotidien d’une inspectrice de police Alex, confrontée au sordide et au machisme. Une enquête qui vous colle à la peau dans le monde du viol, de la violence urbaine. Au fil de l’enquête, on va évoquer plusieurs volets de la traque : les fausses pistes, le rôle des médias, le machisme, le refus de coopérer, le manque de moyens, l’envie – ou pas – de mener à bien certaines enquêtes, l’alcoolisme, la collaboration entre polices. Suspense jusqu’au bout. J’ai eu à plusieurs reprises des fausses intuitions… je me suis fait mener en bateau avec maestria. Dans une ambiance grise et noire comme l’hiver pluvieux et venteux en région parisienne. De plus, j’ai aimé les personnages, les dialogues, l’humour et le sens de la répartie. Vivement la suite de cette équipe.
Seule petite remarque : pour qui ne vit pas en France, il est parfois difficile de connaître la signification des sigles utilisés..

Extraits :

C’est quoi, un zeugma ? demanda Martin.
— Quand tu utilises le même verbe ou le même adjectif pour relier deux idées qui n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre,

Elle gardait son énergie pour les choses qui lui semblaient en valoir la peine – et il y en avait peu.

Des fois j’ai l’impression que tu t’en fous.
— Ne dis pas de conneries. C’est juste ça ; je mets de la distance
À petits coups de pinceau, elle étalait le mélange couleur cyan tout en diluant sa journée dans l’oubli.

L’avantage des zones résidentielles, personne ne t’entend hurler…

Alex se demanda si c’était la personnalité qui appelait la profession ou la profession qui modelait la personnalité.

Alex se demanda soudain comment, au fin fond du deuil, au fin fond de la détresse, au fin fond du malheur, les gens continuaient à offrir aux visiteurs l’apparence d’une bienséance cordiale. Distanciation ? Préservation ?

Tu sais bien qu’il va nous appeler en panique le 24 au matin en expliquant qu’il ne savait pas que Noël tombait à cette date-là cette année et qu’il lui faut absolument une idée de cadeau

Si je devais faire un foin à chaque fois qu’un Parisien me met une main aux fesses, il me resterait très peu de temps pour le reste.

Tu m’étonnes qu’il organise les trucs. Si quand c’est trop le bordel il tue des gens, moi aussi à sa place je mettrais tout sous classeur, en ordre alphabétique.

… avait la quarantaine, des lunettes, les cheveux blonds, un pull en grosse laine roulé aux manches qui devait coûter cher et un paquet de récriminations.

Le préfet actuel était connu pour avoir deux centres d’intérêt exclusifs. En premier : lui ; et immédiatement derrière : ce qui pouvait lui être utile.

Et puis ils étaient intervenus dans ce que l’on continuait d’appeler pudiquement des « différends familiaux », comme si la violence conjugale n’était qu’un léger malentendu.

Mais il est 11 h 30, tu déjeunes déjà ?
— Je reviens… tiens-toi à quelque chose : je reviens du sport.
— L’apocalypse est proche.

Elle était à la limite exacte entre la tête légère et l’ivresse profonde ; entre l’envie d’aimer la Terre entière, de faire confiance et de croire en tout, et celle de sombrer et de mâcher son dégoût de l’espèce humaine. Danseuse, équilibriste, elle aimait ce moment où elle pouvait savourer l’illusion du choix.

Ce moment d’attente, ce moment où ce que l’on désire est si proche. La tarte fumante posée sur la table ; le gratin que sa mère laissait dans le four en annonçant « Encore cinq petites minutes »

Elle referma doucement la porte d’entrée derrière lui, et alla se coucher. Sans prendre de douche. Gardant sur elle son odeur, comme un drap supplémentaire, une couche en plus entre elle et le monde. Protégée.

Le jour était déjà tombé, mais elle doutait maintenant qu’il se soit levé aujourd’hui.

Selon un de ces principes de réalité tordus qui président parfois aux sociétés humaines, les femmes, c’était une chose. Les mères, une autre. Il avait protégé la sienne et gagné le droit de s’appuyer sur un mur compact de témoins muets.

Je ne suis jamais sûre de ce que tu sous-entends quand tu dis qu’une femme a du caractère, mais j’ai rarement l’impression que c’est un compliment…

— Je vais chercher à manger ?
— Tu auras ma reconnaissance éternelle.
— Tu veux quoi ?
— Un sandwich au paracétamol.

Apparemment, l’amour aussi était pavé de bonnes intentions.

Ils se demandèrent pourquoi on leur fourrait dans les pattes un expert de gens morts depuis des siècles pour démêler des agressions de gens abîmés, mais bien vivants.

« Ah oui ? Tu veux me montrer la Musulmanie sur une carte […] ? »

J’ai cinq solutions face au conflit, […] : la fuite, la soumission, l’affrontement, le dialogue, et la métacommunication. Ou l’art de faire passer son message de manière détournée.

Elle passait assez de temps à décortiquer ce qui n’allait pas ; elle n’allait pas en plus se mettre à décortiquer ce qui allait bien.

[…] un mois de janvier en « -el » : bilans annuels, analyses prévisionnelles et perspectives trimestrielles.

C’est drôle comme certaines phrases veulent dire le contraire de ce qu’on dit. « T’inquiète. » « Pas de problème. » « Barre-toi, je m’en fous. »

Je me murge responsable, moi, madame, je vais finir avec une cirrhose certifiée Écolabel, je suis AB, Alcoolique et Bio.

Comme chaque année, le froid en hiver était une énorme surprise. RER, trains et bus déclaraient forfait. De l’autre côté de l’Atlantique, les Québécois et leurs moins quarante-cinq degrés se marraient.

Je déteste le mois de mars. Ça n’en finit pas, il fait toujours un temps pourri… On a l’impression que l’hiver va s’étirer pour toujours.

N’importe quel abruti connaissait la règle pour faire oublier une affaire bancale : profil bas et patience. La roue tournait, les catastrophes se succédaient ; une une dramatique chassant l’autre.

Internet, c’est comme dehors, mais avec la protection de l’anonymat. Il y en a que ça excite un peu.

Il a cette espèce de truc bizarre des vrais machos : quelque part, il est tellement persuadé que les femmes, et par extension, les victimes, sont des êtres diminués qui ont besoin de protection, qu’il se révèle extrêmement attentionné.

— … Entre.
— Non. Je ne veux pas entrer chez toi. J’en ai marre. J’en peux plus. J’en peux plus de rester sur le bord. De rien avoir. D’être personne. J’en peux plus de rentrer chez toi. Je veux entrer dedans, dans ta vie.

Mey, Louise «Embruns» (2017)

Auteur : Après Les Ravagé(e)s (2016), elle vient de publier son deuxième roman Embruns (voir article) . La suite de « Les Ravag(é)es est prévue pour 2018
Paru chez Fleuvenoir – 336 pages

Résumé : Béa, Chris et leurs deux rejetons de presque vingt ans sont charmants, sportifs, talentueux et, surtout, ils forment une équipe complice.

Voilà une famille qui a le bon goût dans le sang, chérit les matières nobles, les fruits du marché, le poisson jeté du chalutier, la tape amicale dans le dos des braves. Voilà une team unie qui porte haut les valeurs d’authenticité, d’équité, d’optimisme. Les Moreau – c’est leur nom – ne perdent pas une miette de leur existence. Ils sont insupportablement vivants.
Et comme le veut l’adage, les chiens ne font pas des chats : Marion et Bastien sont les dignes héritiers de leurs parents. Ils ne les décevront pas.
Pour l’heure, tous les quatre se sont réfugiés le temps du pont du 14 Juillet sur une île de Bretagne. Un coin de paradis si prisé qu’il est impossible d’y séjourner sans passe-droit. Mais, même l’espace d’un week-end, impossible n’est pas Moreau.
Seulement, quand au retour d’une balade Béa, Chris et Bastien trouvent la maison vide, la parenthèse enchantée prend soudain l’allure d’un huis clos angoissant. La petite île, devenue terrain boueux d’une battue sous la pluie pour retrouver Marion, va révéler un autre visage : celui d’une étendue de terre entourée d’eau où vit une poignée d’individus soudés comme des frères et aguerris aux tempêtes.

 

Mon avis : Alors bienvenue en Bretagne : sauvagerie garantie à tous les niveaux…
Un suspense magistral, un presque huis-clos angoissant au possible, machiavélique à souhait. Je l’ai dévoré, pas lâché… totalement happée par l’histoire. Je ne vous en dot pas plus…
Et immédiatement, je me suis fait prêter le précédent par la copine : je replonge dans l’univers de cette jeune romancière française .

Extraits :

Comme les doigts d’une même main, dont les gestes se complétaient, fluides, assurés.

« La seule surconsommation qui ne me dérange pas, déclarait Chris, c’est celle de la culture. »

— Franchement, sur l’échelle du danger, ce type est entre le hamster et le concombre de mer.

Entre les rafales de vent frais, le soleil chauffait la peau.
— Polaire et coups de soleil, de vraies vacances bretonnes.

C’était l’heure blanche, ce moment suspendu avant que le jour ne se retire complètement, où les teintes claires jaillissent du décor, amplifiées par un étrange effet d’optique.

— Bienvenue en Bretagne. Là où il fait beau plusieurs fois par jour.

À deux mètres, la vue se brouillait sous la violence de la pluie. On aurait dit que le ciel s’était posé par terre.

Le Goulet, ben voyons. Pourquoi pas la Pointe du Pendu ou le Pic aux Écorchés ? Pourquoi les coins pourris ont toujours des noms pourris ? Pourquoi on fait pas des camps de torture qui s’appelleraient Aux lilas bleus ? »

il savait que se heurter à ses peurs pouvait marcher. Il s’agissait de volonté.

Ils se regardèrent, et plus rien n’exista. Ils se regardèrent comme si tout en ce monde s’écoulait loin d’eux, comme s’il ne restait sur un radeau perdu dans l’univers que leurs visages tournés l’un vers l’autre.

Ensemble. Cette joie sauvage de s’être trouvés qui battait en eux comme un cœur unique, depuis le début.

Sa bouche devint acide. Elle choisit ses mots avec attention, cobra en équilibre.

Elle piétinait tout sur son passage. Le pouvoir corrosif qui s’écoulait tranquillement hors d’elle, comme un collier de perles rondes et régulières, déchirait tout ce qui pouvait être déchiré, et cela lui procurait un plaisir infini.

On ne soigne pas les sociopathes. On ne leur apprend pas la compassion, l’empathie.

L’eau semblait l’appeler, l’inviter, avec les mouvements souples d’un rideau de velours sombre. Elle l’imaginait tiède et moelleuse, comme un immense oreiller de plumes, comme un sommeil profond. Elle se laissait porter, avec une légèreté d’innocente, savourant pour la première fois l’abandon, ses muscles apaisés.

Je ne suis pas un génie, moi, mais pendant l’année, je ne suis pas non plus ici à manger des racines.

Les feuilles des arbres semblaient avoir été tracées par un enlumineur précautionneux, soucieux du détail

 

Indridason, Arnaldur «Le lagon noir» (2016)

 

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est d’abord journaliste et critique de films pour le Morgunbladid, avant de se consacrer à l’écriture. Ses nombreux romans, traduits dans quarante langues, ont fait de lui un des écrivains de polar les plus connus en Islande et dans le monde, avec douze millions de lecteurs. Il a reçu le prix Clef de verre à deux reprises, en 2002 pour La Cité des jarres, et en 2003 pour La Femme en vert (également couronné par le Gold Dagger Award et le Prix des lectrices de Elle), le Prix du Polar européen Le Point en 2008 pour L’Homme du lac, le prix d’honneur du festival les Boréales en 2011, et le prix espagnol rba du roman noir en 2013 pour Passage des Ombres (troisième tome de la Trilogie des Ombres, à paraître en 2018).

Douze de ses romans mettent en scène le personnage d’Erlendur Sveinsson, inspecteur de la police de Reykjavík. Plusieurs autres sont consacrés à des énigmes historiques ou des affaires d’espionnage. Dans la fascinante Trilogie des Ombres, il met en scène un nouveau couple d’enquêteurs, à l’époque de la « Situation », l’occupation américano-britannique de l’Islande à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

(Portrait par Sabrina Champenois, LIBERATION – juillet 2010)

(Point poche 384 pages – 2017)

 

Résumé : Reykjavik, 1979. Le corps d‘un homme est repêché dans ce qui va devenir le lagon bleu. Il s’agit d’un ingénieur employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. Dans l’atmosphère de la guerre froide, l’attention de la police s’oriente vers de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Dans un climat de tension, conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’une jeune femme noire, officier de la base.

Le jeune inspecteur Erlendur vient d’entrer à la brigade d’enquêtes criminelles, il est curieux, passionné par son métier, soucieux des autres, mais il ne cache pas son opposition à la présence américaine sur le sol islandais.

En parallèle, il travaille sur une vieille affaire non résolue. Une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement dans l’île, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine.

Indridason construit un univers particulier, une atmosphère pénétrante et sans nostalgie, un personnage littéraire de plus en plus complexe, et le roman noir, efficace, est transformé par la littérature.

 

Mon avis : C’est le début de la carrière du jeune policier, qui rejoint officiellement l’équipe de Marion Briem, après avoir collaboré pour la première fois avec elle dans « Les Nuits de Reykjavik » (voir commentaire) . Erlendur mène ici deux enquêtes ; l’une officielle sur un meurtre et une autre, officieuse, sur une disparition non élucidée. Ceux qui connaissent le personnage savent qu’il est obsédé par les disparitions… Dans les deux cas, les américains des bases installées en Islande et les Islandais sont concernés : comme la collaboration entre les américains et les autochtones sont tout sauf harmonieuses, les polices sont loin d’être prêtes à coopérer. C’est dans ce climat hostile qu’Erlendur et Marion vont tout faire pour résoudre le meurtre d’un jeune islandais qui aurait semble-t-il été un peu trop curieux, avec l’aide d’une policière américaine qui les aide sans l’aval de sa hiérarchie. Beaucoup aimé cet opus qui nous éclaire sur la jeunesse d’Erlendur, nous permet de découvrir un peu mieux Marion, nous documente sur l’histoire islandaise. Les deux enquêtes sont intéressantes, pas de temps morts, un très bon Indridason.

Extraits :

 

– Ce n’est peut-être pas forcément… peut-être pas uniquement la question de ceux qui meurent ou qui se perdent, mais plutôt…
– Oui ?
– … plutôt de ceux qui restent, ceux qui doivent lutter contre les questions laissées en suspens. C’est peut-être ça qui est le plus intéressant.
– Est-ce que ces histoires parlent aussi de ceux qui restent ?
– Bien trop rarement.
– Si je comprends bien, ce qui t’intéresse, ce sont ceux qui restent et se débattent avec le deuil ?
– Peut-être, avait reconnu Erlendur. Eux aussi, ils sont importants. “Lequel des deux je suis, celui qui survit ou l’autre qui meurt ?” Je me pose parfois la question.

Je crois que les gens qui ont vécu un deuil traumatisant ont l’impression d’être eux-mêmes un peu morts, il m’est difficile d’être plus clair.

Il était si facile de déstabiliser cet ermite, de profiter de la détresse qu’il avait lue dans son regard. De la pâleur de ce visage dénué de relief et de vie. De l’isolement dans lequel il vivait et dont il ne concevait pas de sortir un jour.

Il y a des endroits que les gens veulent parfois oublier. Des lieux dont ils refusent de se souvenir.

 

Info : les bases américaines en Islande : L’Islande fait partie de l’OTAN et participe également à son état-major. La défense de l’île était auparavant assurée par une présence des forces armées des États-Unis qui, depuis 1951, était sur la base de Keflavik. En 2006 toutefois, le gouvernement des États-Unis a fait part au gouvernement islandais de son intention de réduire de façon très importante sa présence militaire en Islande : en effet, depuis la fin de la Guerre froide, l’île n’a plus la même valeur stratégique. Le 30 septembre 2006 le dernier soldat américain quitte la base de Keflavik. (Wikipedia) Quand à Camp Knox, c’est bein le nom des installations de la marine américaine en Islande.

Voir : Indriðason, Arnaldur : Série « Erlendur Sveinsson »

Calmel, Mireille «Les Lionnes de Venise» (2017)

Tome 1 – Paru chez XO mai 2017 – 352 pages

Auteur : française, Née à Martigues , le 08/12/1964

Romans : Le Lit d’Aliénor, 2001 – Les tréteaux de l’enfance, 2003 – Le Bal des louves, 2003 (la chambre maudite – la vengeance d’Isabeau) – Lady Pirate, 2005 (les valets du roi – la parade des ombres) – La Rivière des âmes, 2007 – Le Chant des sorcières, 2008-2009: 3 tomes – La Reine de lumière, 2009-2010 (Elora – Terra Incognita) – Aliénor, le règne des Lions, 2011 – Aliénor, l’alliance brisée, 2012 – Richard Cœur de Lion (l’ombre de Saladin, 2013 – Les Chevaliers du Graal, 2014) – Aliénor, un dernier baiser avant le silence, 2015 – La marquise, 2014 (roman libertin sur la marquise de Sade) – Les Lionnes de Venise (2017)

Résumé : Quand désir et pouvoir côtoient le plus intrigant des mystères.

Venise, campo Santa Fosca, octobre 1627. Lucia, jeune et espiègle Vénitienne, se retrouve au milieu des flammes qui dévastent la modeste imprimerie familiale. Sous ses yeux, son père est enlevé par trois hommes armés. Qui donc se cache derrière ce crime ? La veille, la magnifique Isabella Rosselli, la plus rouée des espionnes de la cité des Doges, est venue faire reproduire une étrange gravure.
Lucia est décidée à percer cette énigme et à sauver son père. Dans une quête effrénée, elle s’immisce parmi les puissants, se mêle au bal des faux-semblants du carnaval, s’enfonce dans les arrière-cours des palais. Une Venise fascinante, oppressante, où le pouvoir se confond avec l’amour, où les étreintes succèdent aux duels et les baisers aux complots.
Dans ces bas-fonds de la cité lacustre, amis et ennemis avancent masqués. Lucia joue de ses charmes, de son épée, de son poignard aussi qu’elle porte au mollet. Elle ruse, croise le fer avec Giorgio Cornaro, le fils du doge, homme corrompu et dangereux, prête à tout pour découvrir la vérité sur cette gravure dont tous, à Venise, sont convaincus qu’elle recèle le secret du pouvoir absolu.
Après le succès de sa série sur Aliénor d’Aquitaine, Mireille Calmel nous plonge avec maestria dans la Venise trouble du XVIIe siècle.
Un formidable roman de cape et d’épée qui entraînera le lecteur de la cité des masques aux terres des mousquetaires.

 

Interview de l’auteur et les avis de la Presse : http://www.xoeditions.com/livres/les-lionnes-de-venise/

Mon avis : Je renoue avec plaisir avec cette romancière. J’avais lu les premiers : Le lit d’Aliénor Le Bal des louves (la chambre maudite-la vengeance d’Isabeau) – Lady Pirate (tomes 1 et 2) et ensuite je l’avais un peu oubliée ( mais je vais combler mes lacunes) ; je redécouvre son écriture fluide et agréable, et je découvre avec plaisir une flamboyante aventurière à Venise, Lucia (en lieu et place de retrouver la charmante Léonora de Frédéric Lenormand) . Coté historique car ce roman mêle personnages historiques et de fiction, nous côtoyons Giorgio Cornaro (Corner), Camillo Valaresso, Don Giovanni de Médicis et Livia Vernazza, Marco Docciolini (un Maître d’armes réputé), la courtisane Isabella Rosselli, Claude de Mesmes, tous ces noms – plus ou moins connus – qui ont fait l’histoire de Venise. Très bon roman d’évasion, qui nous fait visiter Venise, nous entraine sans aucun temps mort dans une aventure pleine de rebondissements, nous invite dans la Venise du Carnaval et des règlements de compte en faisant aussi un petit tour par Murano (in dialetto veneziano Muran). Une Venise vivante, tant par ses personnages que son climat, qui remue la lagune, comme le Sirocco  précède l’acqua alta. Et ce que j’ai aimé c’est que tous les personnages sont fascinants ou attachants, les principaux comme les secondaires. Palpitant! Vivement le tome 2 !

Extraits :

La langueur amoureuse n’était pas un état à Venise. C’était une règle. Et, à en juger par la sensualité animale qui se dégageait d’elle, cette femme en maîtrisait toutes les nuances.

Parfois de petits objets peuvent prendre beaucoup de place

aux armes préférer la ruse, dirait papa. Espérons que ce soit assez.

 Voici donc où elle se trouvait : dans un de ces couvents où l’on recueillait des orphelines, des veuves et où des hommes comme Cornaro venaient s’en satisfaire en échange d’une participation à leur entretien.

— Tu ignores donc qui je suis ?
— Sûrement une grande dame pour avoir autant d’or et d’ennemis.

Situé à son extrémité sud-est, le quartier des pêcheurs s’enroulait autour de l’église Santa Marta, la plus sobre de la Sérénissime.

Ils se quittèrent sur un regard. D’un fils à un père et d’un père à un fils. Même si les liens du sang n’existaient pas.

Comme un rongeur remonté dans ses entrailles, le doute grignotait sa raison.

Il n’avait pas prononcé un mot. Elle avait gardé les siens.
Par respect.

Muran n’était pas une île, mais une étoile de mer à quatre branches traversée par une artère palpitante et fourchue. Chacun de ses bras semblait autonome, mais, telle que son modèle, elle n’existait que par son cœur, le quartier des maîtres verriers, chassés de Venise en 1201 par le Sénat à cause des nombreux incendies que leurs fours provoquaient.

elle se contenta d’écarter son mantel et d’accrocher un rayon de lune à ses lames, pour les décourager d’attaquer.

Venise était devenue oppressante, tableau de poussière mouvante, ondulante, poudrant les silhouettes des bâtisses sous le halo des quelques lampions restants.

Le vent transformait les ruelles en instruments. Leurs bouches s’ouvraient de chaque côté de la frêle embarcation. Le sable frappait en continu les cloches des églises, arrachant des harmoniques là où seule aurait dû monter une complainte hurlante.

l’annonce du jour ramenait sur cette eau tranquille des reflets apaisants, comme si après avoir voulu avaler la cité, elle ne songeait plus qu’à la répercuter à l’infini dans son miroitement.

 

Photo : © Michael Kenna 1987

Manzini, Antonio «Maudit printemps» (2017)

Série : Commissaire Rocco Schiavone – tome 3

Auteur : né le 7 août 1964 à Rome, est un acteur, un réalisateur, un scénariste et un écrivain italien. Comme auteur de roman policier, il est notamment connu pour sa série de romans consacrés au commissaire Rocco Schiavone. Antonio Manzini grandit à Rome. Il suit les cours de l’Académie nationale d’art dramatique de la ville et débute comme acteur au théâtre.

À la fin des années 1990, après s’être essayé à la réalisation, il prolonge sa carrière d’acteur à la télévision et au cinéma, s’imposant notamment dans plusieurs séries télévisées à succès en Italie. En 2004, il écrit avec Niccolò Ammaniti le scénario du giallo Il siero della vanità d’Alex Infascelli, travail qui marque le début de sa carrière d’écrivain et de scénariste.

Il publie en 2005 son premier roman, Sangue marcio. En 2008, il collabore à nouveau avec Ammaniti pour l’adaptation de son roman Comme Dieu le veut (Come Dio comanda) pour le cinéma qui devient sous la caméra de Gabriele Salvatores le film Come Dio comanda (film) (it). En 2013, il participe à l’écriture du scénario de la comédie I 2 soliti idioti (it) d’Enrico Lando (it). Il signe également plusieurs épisodes de séries télévisées

La même année, il imagine le personnage de Rocco Schiavone dans le roman policier Piste noire (Pista nera). Commissaire (ou sous-préfet) de police à Rome, il est sanctionné et muté à Champoluc, un village de montagne situé dans la vallée d’Aoste. Pour sa première enquête, il doit résoudre le meurtre d’un homme inconnu retrouvé écrasé sous une dameuse. Succès critique et public en Italie, ce livre marque le début de plusieurs romans consacrés aux aventures de Schiavone.

En France, ce premier titre est traduit par les éditions Denoël dans la collection Sueurs froides en 2015.

 

Série : Commissaire Rocco Schiavone

Tome 1(2015) « Piste noire » (Folio policier n° 792- 2016 304 pages) – Tome 2  (2016): « Froid comme la mort » (Folio policier 832, 2017, 304 pages ) – Tome 3 (2017) : «Maudit printemps» – Denoël

Résumé : Chiara Breguet, héritière d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste, étudiante brillante admirée de ses pairs, n’a plus donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours. Persuadé que cette disparition est inquiétante, Rocco Schiavone se lance dans une course contre la montre pour sauver la jeune femme et découvrir ce que dissimule la façade impeccable de ce milieu nanti. Pendant ce temps, la neige tombe sur Aoste en plein mois de mai, et cette météo détraquée ne fait qu’exacerber la mauvaise humeur légendaire de Rocco.

Mon avis : Schiavone s’humanise de plus en plus et devient de plus en plus attachant malgré son sale caractère. Un cœur d’or sous une carapace de brute. De fait son sale caractère s’affine et son intuition est de plus en plus affutée. Il cible les idiots qu’il ne supporte pas avec méchanceté et ne leur en passe pas une. J’ai bien aimé ce troisième opus. Pas de temps morts, des relations qui se stabilisent avec les collègues, une mauvaise foi délicieuse, une description de la météo qui me plait de plus en plus. Humour, ironie et mordant. J’adhère… Les dialogues, les images, les petits phrases assassines… et cette violence qui cache un désespoir abyssal. A travers les flics de sa brigade, on explore aussi les différentes provinces de l’Italie, avec leurs spécificités et leurs spécialités. Il est toujours aussi border-line; sa fidélité en amitié se confirme, ses combines, ces coups pas trop nets et ses coups de main sans en avoir l’air… Merci mon ami K ne m’avoir permis de lire ces trois premières enquêtes de ce flic Romain paumé dans le Val d’Aoste… Maintenant il va falloir attendre l’an prochain (ou les lire en italien 😉)

Extraits :

En mai, le monde est beau. Les premières marguerites éclosent, pointillant les prés de blanc et de jaune, et sur les balcons les fleurs vomissent leurs couleurs tels des tubes de peinture écrasés.

une larme coula d’un œil et se glissa dans une ride comme dans le lit asséché d’un fleuve

Pourquoi ne le laissait-on pas mal vivre les années qui lui restaient avant sa vieillesse esseulée, dans le vide qu’il avait créé autour de lui et que rien n’aurait pu remplir ?

rien n’est plus ridicule que le malheur des autres.

À une fréquence bihebdomadaire, il devait supporter la sérénade de Rocco Schiavone pour voix et nostalgie.

— Article 3 de la Constitution ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— La Constitution romaine. Tu veux que je te dise les deux premiers ? Le premier dit : ne pas casser les couilles. Le deuxième : ne jamais passer en voiture sur le Lungotevere le samedi soir. Et le troisième : le tramezzino repose sous un torchon humide.

La poêle frémit. J’y jette le contenu du sachet. La fumée s’élève. Avec le parfum chimique de la carbonara. Même si ce truc jaunâtre est à la carbonara ce qu’un tracteur est à une Ferrari. Je la fais bien, la carbonara.

C’est l’absence qui fait mal ? Non. C’est la perte qui fait mal. C’est autre chose que l’absence. La perte sait ce qu’elle a perdu. L’absence, ça peut être une sensation vague, une émotion sans corps et sans son de quelque chose qui me manque, que je n’ai pas, mais je ne sais pas ce que c’est. La perte, c’est ce que j’éprouve, parce que je sais. Et c’est pire que l’absence.

Qu’est-ce que vous faites au bureau à cette heure-là ? Vous n’arrivez pas à dormir ?
— Non. Et comme je ne dors pas, personne d’autre ne dort.

une femme de première classe. Avec la douceur d’une mère et la perfidie d’une grande sœur.

Mais là, il ressemblait à un chiffon à poussière.

Il voulait sonner menaçant. Et menaçant il sonna.

Puis-je vous offrir un café, de l’eau…
— De l’eau, non merci, celle qui tombe dehors me suffit.

la femme d’un ami devenait automatiquement un homme.

On a réfléchi.
— Ça, c’est la grande nouvelle de la journée,

On ne montre pas les couleurs des fleurs, l’herbe verte. On n’envoie pas les parfums dans l’air pour ensuite refermer la boîte avec des nuages et revenir en arrière. Ça ne se fait pas.

Et que vas-tu faire de beau ?
— Du yoga.
— Ce truc où tu te fais des nœuds et après il faut la scientifique pour te décoincer ?
— Quand on sera vieux, que je serai agile et huilé et que tu ne pourras même pas te baisser pour ramasser tes clés, on en reparlera.

Je ne deviendrai pas vieux.
— Sombre et solitaire. Comme il sied à un véritable policier.

Dans les villages, on ne dit jamais le nom des rues. On dit : j’habite à côté du glacier, après la banque, ou à côté de chez Mimì. On ne dit pas comme à Rome : j’habite au 15, via Treviso.

« Comment ronflent les marins soviétiques ? demanda Rocco, amusé.
— Comme des URSS ! » Et elle se mit à rire.

Comment viennent les intuitions ? Souvent à l’improviste. Souvent, ce sont des choses que l’on sait déjà qui apparaissent soudain, comme les lucioles en juin. Parfois, elles peuvent ressembler à des ampoules que l’on croyait grillées mais qui se rallument par miracle.

Quand un chien te trouve, tu dois le garder. On n’en croise jamais un par hasard dans la vie.

« Les souvenirs s’en vont, mon amour. Jour après jour. Tu ne t’en aperçois peut-être pas, mais ils s’en vont. Les beaux comme les terribles. La nuit les avale, et ils vont se mélanger aux souvenirs des autres. Tu ne les retrouves plus, même si tu essaies. Jusqu’à ce que tu deviennes toi-même un souvenir. 

image : Un « raccard » de la Vallée d’Aoste