Gallay, Claudie «Les années cerise» (2004)

Gallay, Claudie «Les années cerise» (2004)

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2005, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010), Une part de ciel (2013)Détails d’Opalka (2014), La Beauté des jours (2017)

Résumé : A l’école, on l’appelle l’Anéanti. Pas seulement parce qu’il collectionne les zéros : sa maison est menacée d’être engloutie par une falaise qui s’effrite peu à peu. Et alors que tous conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s’accrochent à leur chez-eux.

Mon avis: Une fois encore j’ai beaucoup aimé. J’avais déjà lu « Les déferlantes », « Seule Venise », « Dans l’or du temps ». J’apprécie de plus en plus. Cette fois, une plume totalement différente. C’est un enfant qui parle, un enfant qui a un peu de mal à se fondre avec les autres… un parler simple et vrai. Il n’y a pas que la maison qui est au bord du gouffre… Toute la vie du petit garçon est aussi en train de basculer. Et les rapports avec les parents ne sont pas simples. Problèmes de communication et impression de ne pas être à sa place dans son monde. Un livre empreint d’émotion, de tendresse, de nostalgie. Une fois de plus, le paysage est en complète osmose avec les personnages. L’enfant va-t-il se laisser basculer dans le gouffre ? ou va-t-il être sauvé ? Des personnages simples et une histoire émouvante, au rythme de la nature, des orages, de la terre qui s’effrite sous les pas… Des moments lumineux, l’amour pour ses grands-parents, les animaux, et … la grande sœur de son petit copain…

Un joli roman pour les adolescents aussi …

Extraits :

Elle dit « les produits du terroir », même que pendant longtemps j’ai cru que c’était un pays. Comme les produits du Japon ou du Maghreb.

elle portait un pantalon bleu avec un pull très court pour qu’on lui voie le nombril. Tout le reste était en peau.

Je suis au bord. Impossible d’aller plus loin. Impossible de respirer. J’ai du mal à avaler. Je me mets à trembler des jambes et puis des dents. Il suffirait d’écarter les bras pour devenir un papillon.
Un enfant, ça ne s’envole pas, ça tombe. Ça s’écrase et après ça se met dans un trou.

C’est que du silence. Le silence, c’est quelque chose de grand, de rond, on peut s’enfoncer. Je lui montre avec mes mains. Je n’ai pas besoin de mots.

les fades, c’est comme des petits lutins mais en filles. Elles portent des habits de lumière. Si on attend la nuit, on les voit briller.

Quand on fait quelque chose, il faut comprendre pourquoi on le fait. C’est une question de liberté

Sûr, je suis le préféré, mais parfois d’être le préféré, ça étouffe.

Je n’y vois plus rien. C’est les larmes qui font ça. J’en ai plein les yeux. Je renverse la tête pour qu’elles repassent dans mon cerveau. Il y en a trop. Ça fait une épaisseur d’eau qui ne sait plus où aller.

Tant qu’il n’a pas vu de docteur, il allait bien et quand il en a vu un, il est mort.
Maintenant, quand pépé veut lui parler, il va au cimetière.
— Tu parles d’une conversation !

— On a tous quelqu’un… il dit, et il met dans sa voix tellement d’espoir que je commence à réfléchir.

5 Replies to “Gallay, Claudie «Les années cerise» (2004)”

    1. Mais oui je l’avais lu… Mais avant l’existence du blog… ( je le dis au tout début de mon avis..)
      Mon commentaire de l’époque : Un livre que je n’ai pas lâché. Des personnages tout en nuances, une ambiance prenante, un mystère, une écriture que j’ai aimé… un de mes gros coup de cœur…..
      Le Cotentin est aussi un des personnages du roman; un livre sur la dissimulation, sur l’amour possible et impossible, sur la difficulté de vivre après ou avec les coups durs de la vie. Une météo en adéquation avec le récit, avec des tempêtes et des brumes, des personnages torturés et mystérieux… une nature et des personnages sauvages…….

  1. Voilà pourquoi je ne le trouvais pas. Merci de l’avoir ajouté. Je suis en train de le lire et j’apprécie beaucoup l’ambiance, le mystère autour de l’histoire. Je suis à une centaine de pages.
    Je n’ai pas lu ton avis sur celui ci et les autres non plus. D’ailleurs je ne lis tes avis en totalité qu’une fois que je l’ai terminé moi aussi. Et pour des idées, je m’inspire en lisant quelques mots par ci par là, jamais la totalité pour ne pas être influencée, ne pas en savoir trop de l’histoire.

  2. Je me permets de te donner mon avis sur les déferlantes ici.

    L’écriture de Claudie Gallay me touche, les silences qu’elle exprime révèle bien plus qu’un caractère qui serait disséqué, détaillé. Elle fait vivre ses personnages avec une telle justesse qu’ils en deviennent intenses rien qu’en les posant dans une situation : une main qui frôle, un regard qui se détourne, une mèche réajustée…
    Les personnages sont authentiques, on les apprivoise, Claudie Gallay nous laisse le temps de faire connaissance. Et puis l’art de cette auteure c’est de traduire l’indicible en nous parlant de la difficulté du deuil, quand l’être perdu s’est imprimé dans votre chaire. J’ai trouvé ce livre sur ce point parfait, c’est difficile de parler du deuil, de la perte, de ce qui ne sera plus. Et là chapeau bas Mme Gallay, quelle profondeur elle exprime à travers son personnage principale ornithologiste, quelle profondeur elle exprime dans les tourments du sculpteur, quelle profondeur elle exprime dans la « supposé » légèreté de sa sœur, quelle profondeur elle exprime dans les secrets pesants de ce village où s’entremêlent la rancœur, la haine mais surtout l’amour.
    Un livre hypnotique, subtil et fort. Un coup de cœur énorme.

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