Besson, Philippe «De Là, on Voit La Mer» (2013)

Besson, Philippe «De Là, on Voit La Mer» (2013)

Auteur : Philippe Besson a publié : En l’absence des hommes, Son frère (adapté par le réalisateur Patrice Chéreau), L’Arrière-saison, Un garçon d’Italie, les jours fragiles, Un instant d’abandon, L’enfant d’octobre, Se résoudre aux adieux, Un homme accidentel, La Trahison de Thomas Spencer, Retour parmi les hommes , Une bonne raison de se tuer, De là, on voit la mer , La Maison atlantique, Un tango en bord de mer , Vivre vite, Les Passants de Lisbonne et « Arrête avec tes mensonges » et est devenu un des auteurs incontournables de sa génération.
S’affirmant aussi comme un scénariste original et très personnel, il a signé le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise Rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Un homme accidentel sera prochainement adapté au cinéma. Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard puis reprise à l’automne 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse.

Résumé : Sur les hauteurs de Toscane, Louise se voue tout entière à l’écriture de son roman. Un exil volontaire qu’elle savoure loin de Paris et du mari qui l’attend, émancipée du monde. Quand Luca, un jeune homme au charme insolent, réveille son désir, elle s’abandonne à la joie d’une liberté sans concession. Jusqu’à ce qu’un grave accident la rappelle au chevet de son mari…

Mon avis : C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis. Pas de doute. J’aime.

Il y a la femme » Louise », l’homme « François », le jeune homme « Luca » et sa mère « Graziella », 4 protagonistes.. en fait il y a plusieurs « couples » Louise et François (mari et femme), Louise et Luca (les amants), Luca et Graziella (fils et mère) Dans le livre les faibles sont les hommes et les deux femmes font peur (la romancière à succès et la mère italienne) bien qu’elles soient fragiles et qu’il soit possible de les déstabiliser même si elles font tout pour le cacher..

Sensuel, violent, étouffant… Un rapport évident avec le film de Sautet, l’accident de voiture qui va changer le cours de la vie… . Louise set partie écrire en Toscane, seule, un livre qui parle de la disparition d’un mari… Le livre et la réalité vont se rejoindre : un accident de voiture, le mari dans le coma… va-t-il revenir ou pas… Puis le combat de l’homme qui veut se relever après l’accident, qui va lutter pour être debout.. mais quelle lutte ? Etre debout physiquement ou mentalement ? Se confrontent l’égoïsme et la cruauté de l’artiste, l’innocence et la cruauté de la jeunesse, la force de l’amour, la peur de perdre, l’angoisse de décevoir, la stupeur. Un livre aussi sur le repli, la solitude, le danger de l’effacement, la torpeur de l’habitude, l’importance de réagir. Et la différence entre les êtres : ceux qui sont attachés au passé et à la douceur des souvenirs et ceux que les souvenirs oppressent… La différence aussi de perception des événements et des sentiments… Vaut-il mieux être quitté pour un autre ou pour personne ? Qu’est ce qui fait le plus mal ?

Extraits :

Elle a appris la facilité du clavier, l’agilité de ses doigts, la fluidité de ça, la facilité de ça. Et puis, surtout, elle a découvert que toutes ses erreurs disparaissaient, qu’elles s’effaçaient d’elles-mêmes. Plus de ratures. Il lui a semblé que l’écriture était moins heurtée, moins hésitante, moins blessée. Ce n’est qu’une illusion, bien entendu, mais l’écriture n’est absolument rien d’autre qu’une affaire d’illusion.

elle n’a pas cette forme de mémoire, et puis elle ne tient pas de comptabilité, cela n’a aucune importance, pour elle le temps accumulé ne signifie rien, ne mesure rien, il ne constitue pas non plus une garantie, il l’indiffère.

Le seul livre qui importe, c’est celui qui est en cours. Les autres se sont effacés

ils appartiennent au passé, ils sont devenus lointains, leurs contours sont flous.

Elle se préfère vagabonde, de maison en maison, sur le bord de mer, multipliant les patrons pour n’en avoir au final aucun, une passante discrète dans la vie des autres, munie de trousseaux de clés, une silhouette parmi les meubles, insaisissable, silencieuse, vite repartie.

Elle sait simplement qu’un jour, ça surgit, c’est là, comme une évidence, comme une certitude. L’instant d’avant, il n’y avait rien, pas la plus petite idée, pas même une prémonition, et puis un déclic se produit, un accident et l’histoire s’impose, il ne reste plus qu’à l’écrire

Parce que le réel ne lui vient pas naturellement. Ce qui lui vient naturellement, c’est le mensonge. Spontanément, elle ne fait pas appel à sa mémoire mais à son imagination.

Le livre n’est pas au-dedans d’elle. Il est au-dehors. C’est au-dehors qu’elle va le chercher. C’est une nouvelle maison qu’elle va habiter

Elle se remémore une phrase des Choses de la vie, qu’elle avait recopiée, un jour, dans un de ses petits carnets : « On ne fait que projeter autour de soi son petit cinéma intime. »

Sur la plage, un sac plastique est entraîné par le vent, il roule, interrompt sa course folle et la reprend, soulevé à nouveau, ballotté, il virevolte, monte haut et chute lourdement, avance précipitamment puis recule brièvement, semble la proie d’un esprit facétieux ou dément.

elle a dit : « Mais on a tout le temps, on n’est pas pressés », il a dit : « Mais si, on est pressés, il faut tout faire dès qu’on le peut, il ne faut pas attendre. Jamais »

C’est quelques heures de leur vie dans un lieu inattendu et finalement accueillant, quelques heures à quoi rien n’a ressemblé avant, à quoi rien ne ressemblera après, une parenthèse, une lubie.

Ah oui, elle a demandé : « Il y a une chance qu’il ne se réveille jamais ? » Le médecin l’a corrigée : « On parle de risque, madame, pas de chance » (et c’était d’une violence inouïe, pour elle, d’être ainsi reprise, remise à sa place, comme ça, à cause d’une expression mal choisie, d’une maladresse).

On cherche une présence, un écho ordinaire et rien, on se heurte à l’invisible, on comprend qu’on est seul désormais, tout à fait seul, que personne ne viendra troubler ce silence qui nous écrabouille

Elle attend quelqu’un (qui attendait-elle ?). C’est le temps suspendu, le temps d’un ennui diffus, avant que ne se produise quelque chose, un incident, un événement, n’importe quoi, pourvu qu’on sorte de ça, cet entre-deux, cet intervalle.

Elle affronte une ombre, la part de son mystère.

Est-ce que je dois me reconnaître dans certains des personnages ? » Elle a dit : « Non, ce n’est jamais toi, jamais entièrement toi, ce sont juste des morceaux, des éclats, des moments de toi, et après j’ajoute, je retranche, je transforme, et à la fin, ce n’est plus toi. »

De toute façon, il est évident que quelque chose plane au-dessus d’eux, qui les menace. Ou bien, et c’est encore plus grave, quelque chose est à l’œuvre, au-dedans, qui les ronge

Au fond, elle n’imaginait pas encore découvrir quelque chose chez lui. Elle se répétait justement qu’un couple fonctionne sur la connaissance parfaite de l’autre, sur l’absence de surprise. Certes, cela signifie, pour le pire, qu’il n’y aura pas de bonne surprise. Mais cela signifie, aussi, pour le meilleur, qu’il n’y en aura pas de mauvaise. Cette sécurité, c’est le ciment. Quand tout se fissure, on ne peut plus se reposer sur les certitudes

La vérité, c’est qu’elle n’avait pas envie de revenir là, sur leurs traces, dans cet endroit qui avait signifié quelque chose pour eux et qui ne signifiait plus rien parce qu’ils avaient vieilli, fait d’autres choix

Toutefois, elle n’a pas réussi à chasser une sensation de désagrément, d’inconfort, comme si elle répugnait à se montrer dans un lieu qui l’avait vue telle qu’elle n’était plus, qui racontait une personne disparue

Il croit qu’on dit l’essentiel avec la

Le passé est un fardeau.

Oui, c’est ça, absolument, elle préfère être seule qu’avec lui. Et les raisons en sont extraordinairement simples : elle ne veut plus de la bienséance, de l’hypocrisie, de leurs faux-semblants, de leurs grimaces rassurantes, elle ne veut plus de leur léthargie, leur langueur fatale, leur petite mort quotidienne

En disant le prénom, elle l’enterre, elle l’envoie dans la mémoire

2 Replies to “Besson, Philippe «De Là, on Voit La Mer» (2013)”

  1. Je viens de découvrir cet auteur avec son tout dernier  » Arrête avec tes mensonges  » et j’ai tellement aimé que je souhaite en découvrir d’autres.
    Je note ce titre Cathy. Ton avis m’a convaincu et le sujet me plait.
    Merci

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