Schenkel, Andrea Maria « Finsterau » (2015)

Schenkel, Andrea Maria « Finsterau » (2015)

Résumé : 1947 à Finsterau, un petit village de Bavière. La jeune Afra et son fils de deux ans trouvent une mort sanglante dans le salon de la maison de ses parents, Johann et Theres Zauner, surnommés les “sans-terre” en raison de leur extrême pauvreté. Afra était retournée vivre dans sa misère natale en 1944 après avoir perdu son emploi en ville. Ses parents, très croyants, étaient devenus la honte du village quand elle avait donné naissance au “bâtard” d’un Français en 1945. Son père avait alors fait de sa vie un enfer ; querelles permanentes entre elle et lui, plaintes incessantes à propos du petit Albert. Ces faits connus de tous ainsi que d’autres éléments troublants amènent Johann à se retrouver accusé des meurtres d’Afra et de son petit-fils. Condamné à une peine de dix ans, il sera ensuite interné au vu de son état psychologique très perturbé. L’affaire Zauner est close. Pourtant un soir, dix-huit ans après les faits, un aubergiste se voit confier par un client ivre que le meurtrier court toujours. Il informe alors le procureur de l’époque, qui rouvre l’enquête. Cold Case à la bavaroise, Finsterau superpose deux enquêtes, celle de la police qui entend les témoins, et celle de la romancière qui les écoute. Le commissaire et l’écrivain ne cherchent-ils pas, tous deux, à saisir la vérité des caractères ?

Sélectionné pour Le Grand Prix de Littérature policière 2015 – catégorie roman étranger (17 sélectionnés)

 

Mon avis : 112 petites pages… j’ai bien aimé mais, il ne va pas laisser de traces.. la sélection pour le grand Prix de la Littérature policière c’est un peu trop… Ce livre, j’ai eu envie de le lire après avoir lu le livre de Seigle «Je vous écris dans le noir » ; J’en avais entendu parler et cela me donne envie de lire les autres livres de cet auteur. Même époque, même honte, espoirs déçus … C’est un livre sur la mémoire (ou le manque de mémoire) ; mémoire des lieux, absence de mémoire du coupable désigné, erreur judiciaire par manque d’enquête.. Un monde de misère, une fille mère, un enfant fait avec un français dans l’Allemagne d’après-guerre… Des personnes qui dérangent.. c’est bien pratique de les charger et les ranger dans l’oubli.. de classer.. Un roman tiré d’un fait réel..

Extraits :

Rien n’avait changé ici, et rien ne changerait jamais, le temps s’était arrêté. “Pour les siècles des siècles, amen.”

Si au début elle se souvenait encore des moindres détails, dans sa tête la couleur des images avait passé comme celle de vêtements souvent lavés, avant de se perdre complètement. C’est d’abord son visage qui avait disparu.

Si la mémoire était un récipient rempli à ras bord de tout ce qu’on avait vécu, le sien était comme la bouteille brisée dont il avait écrasé les débris dans la cuisine. Ses souvenirs étaient fragmentaires, et entre ces fragments les blancs ne pouvaient être comblés, certains jours il ne pouvait plus faire la différence entre ce qui s’était réellement passé et ce dont il avait rêvé

Ce n’était pas des morts qu’il fallait se méfier, c’était plutôt des vivants qu’il fallait avoir peur.

C’est peut-être une vision des choses très simpliste, mais l’aveu du crime par le suspect est un acte de purification psychique comparable à la confession. Le coupable reconnaît sa culpabilité, comme le pécheur, ce qui lui apporte le soulagement et la paix de l’âme. Enfin, c’est ce qu’on nous apprenait à l’époque où j’ai fait mes études

Malheureusement, notre interprétation de la vérité est trop souvent fausse ou, de notre point de vue, nous n’en voyons qu’une petite partie. La vérité est un enfant farouche et sa mère, la justice, est souvent aveugle

Il essayait de lutter, il aurait voulu se débarrasser de ces pensées qui le tourmentaient en les couchant sur le papier, mais ses mains ne lui obéissaient plus, alors il se mit à emmagasiner ses souvenirs dans des bouteilles vides, qu’il remplissait à ras bord de mots avant de les refermer soigneusement. Lorsqu’il tenait une de ces bouteilles près de son oreille, il avait l’impression d’entendre sa propre voix. Et s’il ôtait le bouchon, les mots s’échappaient

Il fallait qu’il emprisonne les mots avant qu’ils soient perdus à jamais, car à chaque phrase qu’il prononçait, il semblait oublier davantage de choses

du même auteur :  « La ferme du crime » (2008)

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