Schenkel, Andrea Maria « La ferme du crime » (2008)

Schenkel, Andrea Maria « La ferme du crime » (2008)

Résumé : Toute une famille fut assassinée, en 1920, à Tannöd, un hameau de Bavière. L’affaire n’a jamais été résolue. Andrea Maria Schenkel, à la manière de Truman Capote dans De sang-froid, par la voix des différents témoins, reprend cette sinistre histoire pour la placer dans les années 1950. Vaches qui s’agitent à l’étable, vent qui balaie les flocons, coins sombres derrière les granges, petite fille qui, la nuit, a peur du loup, brouillard matinal pesant… Tous les ingrédients de l’inquiétude sont là, dans une région catholique très dévote, sur fond d’Allemagne imprégnée de désastre, un pays où les rancœurs sont vives, un impératif : se débrouiller pour trouver de quoi vivre. Un soir, une jeune femme, Barbara, son beau-père, sa mère, et ses deux enfants ont été assassinés sauvagement. Barbara avait été abusée par son beau-père, qui en avait déjà harcelé d’autres. Plusieurs personnes pouvaient avoir envie de le tuer, ou leurs proches de se venger. Et la ferme de Tannöd représente un gros capital, convoité par beaucoup. Encore frissonnant, hanté par les voix des témoins – instituteur, curé, voisins… -, le lecteur referme le livre avec un coupable quasi certain, mais le malaise perdure, parce que là-haut, à Tannöd, les relations n’étaient pas si simples entre les individus et que le monde paysan est fait de secrets, de rancœurs et de non-dits. La Ferme du crime (Tannöd) a été classé meilleur roman criminel du printemps 2006 par les libraires allemands. Une adaptation théâtrale sera mise en scène à Innsbruck (Autriche) puis à Dresde (Allemagne) au printemps 2008.

Mon avis : Deuxième roman – très court – que je lis de cet auteur. Une description et un témoignage de la réalité de l’après-guerre dans les campagnes allemandes. Tout est dans le non-dit. Fort, puissant, dérangeant..

Extraits
:
Je me suis sûrement trompé, et il y avait personne, mais l’ombre, ma voix intérieure, mon impression, je sais pas.

À cause d’une blessure à la jambe, il a été exempté pour invalidité. « Adolf avait besoin d’hommes, pas d’estropiés. Comme ça, il pouvait les estropier lui-même », disait-il avec un rire malicieux en tapotant sa jambe.

Il faut pas dire du mal des morts, c’est pour ça que j’aime pas parler d’eux.

C’est comme ça, quand on a reçu des coups toute sa vie, on les rend là où on peut.

Est-ce que tu peux voir dans les têtes, dans les cœurs ? Moi, je suis resté enfermé toute ma vie, enfermé. Et tout d’un coup, un nouveau monde s’ouvre à moi, une nouvelle vie. Tu sais ce que c’est ?
Je te le dis, on est tout seul toute sa vie. On naît seul et on meurt seul. Et entre les deux, j’étais prisonnier de mon corps, prisonnier de mon désir.
Je te le dis, il y a pas de Dieu dans ce monde, il y a juste l’enfer. Et l’enfer, il est sur terre, dans nos têtes, dans nos cœurs.
Le démon est en chacun de nous et chacun peut le faire sortir à tout moment. »

 

du même auteur : – Schenkel, Andrea Maria « Finsterau » (2015)

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