Barde-Cabuçon, Olivier «Humeur noire à Venise» (2015)

Barde-Cabuçon, Olivier «Humeur noire à Venise» (2015)

« Humeur noire à Venise » (2015) Quatrième enquête du Commissaire aux morts étranges

Résumé : Des pendus qui se balancent sous les ponts de Venise comme autant de fleurs au vent, un comte que l’on a fait le pari d’assassiner dans son palazzio. Autant de raisons pour que Volnay, le commissaire aux morts étranges, quitte Paris et réponde à l’appel au secours de Chiara, son ancien amour. Il espère aussi, par ce voyage, chasser l’humeur noire de son assistant, le moine hérétique, plongé dans une profonde dépression. Mais, dans la Venise du XVIIIe siècle qui agonise lentement en s’oubliant dans de splendides fêtes, les rencontres et les événements ruissellent d’imprévus. Une jeune fille travestie en garçon, un auteur de théâtre, un procurateur de Saint-Marc manipulateur et son énigmatique fille entament le plus sombre des bals masqués. Entre rêve et réalité, tragédie et comédie, Volnay et le moine se retrouvent confrontés à des assassins non moins qu’à leurs démons. Avec cette quatrième enquête du commissaire aux morts étranges en forme de parenthèse vénitienne, Olivier Barde-Cabuçon délaisse le temps d’un roman le royaume de l’intrigue pour la ville des masques.

Mon avis : Alors cette fois-ci, je suis attachée pour de bon à Volnay et au moine. J’ai beaucoup aimé l’intrigue, j’ai eu beaucoup de plaisir à parcourir Venise en leur compagnie. Les personnages s’étoffent, s’humanisent et je suis conquise. Il aura fallu plusiers tomes pour être totalement convaincue mais c’est bon !

Extraits : La tristesse imprégnait leur âme d’un voile humide.

L’homme est livré à lui-même dans un monde hostile, seul et désemparé. C’est à lui de trouver quel sens donner à sa vie et quoi faire de son passage sur terre.

sachez que tout espoir n’est jamais perdu avant qu’on ne choisisse d’abandonner.

à Venise, seule la place Saint-Marc portait le nom de piazza, les autres se contentant plus modestement de celui de campo. Quant aux palais, par souci de ne pas se mesurer au palais des Doges, on les nommait “Maison”, soit Ca’, le diminutif de Casa.

Elle avait de grands yeux bleus qui vous effleuraient comme une caresse froide ou un vent glacial.

Autrefois, j’étais gai, j’étais léger. Un fouteur de joie ! Mais comme il se trompe celui qui se juge heureux… Je n’avais pas compris qu’à tout moment le bonheur pouvait aller voir ailleurs.

Trop de comptes à régler avec sa mémoire. Les heures passaient sans qu’il se révolte contre cette triste fatalité de revivre sa vie durant la nuit

On donnait parfois des combats de taureaux place Saint-Marc. Le choc entre les animaux ne devait pas avoir la même intensité que ce curieux et silencieux combat pour assurer sur l’autre sa suprématie. Les adversaires étaient pourtant de force égale car aucun d’eux ne cilla.

Ne dites rien. Je sais que vous compatissez à ma douleur mais les mots n’ont aucun sens lorsque la vie n’est plus. – Sa bouche se contracta douloureusement — Je veux un silence, un silence de mort !

Notre quotidien est le canevas à partir duquel on brode et on improvise la suite à donner.Et nos songes, l’étoffe dont on fait les rêves…

Nos nuits ne reproduisent pas forcément nos jours, elles leur ajoutent tous nos désirs inassouvis, nos angoisses les plus secrètes, celles-là même que nous taisons à nous-mêmes.

La couleur du bonheur, étrange mélange d’eau et de ciel. Tout ce qui n’est pas sur terre se pare de ce bleu. Ici, nous sommes en suspension dans ce bleu changeant d’heure en heure, inaccessible aux ombres. Il me semble que, si je me jetais dans l’eau, j’entrerais dans le ciel.  

on ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ignore sa destination finale.

Les drapés d’une robe de lumière plissaient le ciel de Venise. Je crois qu’avec le bleu, il retrouve l’innocence de l’enfance, l’univers du rêve… Souvenez-vous lorsqu’enfant, nous nous demandions pourquoi le ciel est bleu ?

Néanmoins, votre père a repris vie. — Reste à savoir s’il retrouvera le goût de la vie

Sous le clair de lune, tel Narcisse, Venise contemplait son reflet dans le Grand Canal.

Un silence pesant s’ensuivit, on aurait entendu bâiller une huître.

Mais demander à votre fils de l’amour, c’est demander de la laine à un âne !

Je lui dirai que le cœur des hommes est bien étrange, qu’il s’emballe et prend le galop mal à propos. Il a l’innocence des enfants, la fougue et la foi de la jeunesse mais il repose, somme toute, sur des assises peu solides.

— Je ne fais que vous tendre un miroir. Ce n’est pas moi mais votre reflet qui vous met en colère.

— En ce moment, je me sens comme une éponge qui s’imbibe des sentiments des autres. vous avez bénéficié de beaucoup de chance depuis que nous avons croisé votre route. Mais la chance est féminine et conséquemment sujette à des caprices.

— La vérité, ça ne dure jamais que quelques secondes et ça met tout le monde mal à l’aise.

demander à un Vénitien de dire la vérité, c’est un peu comme ordonner à un torrent de s’arrêter de couler !

Le temps fuit comme une insulte à la vie.

Il gagna l’ombre car elle correspondait plus à son humeur. Les personnes masquées y semblaient des silhouettes à peine esquissées par un peintre trop pressé.

Comment étais-je avant de la connaître ? demanda son cœur éperdu. Amoureux d’une autre, répondit sa mémoire et il baissa la tête.

Je regrette de ne pas l’avoir plus connu. — Ne regrettez rien. Il avait perdu ses cinq esprits : le sens commun, l’imagination, la fantaisie, le jugement et la mémoire…  Sais-tu d’où vient le nom italien de Venise ? Venezia ? En latin veni etiam : “viens à nouveau”. Jusqu’à nos derniers jours, nous serons brûlés par un éternel besoin de retour.

 

Commentaire global :     Olivier Barde-Cabuçon et la série du « commissaire aux morts étranges »

 

** et si vous aimez Venise .. j’ai commenté récemment la série de Frédéric Lenormand « Les mystères de Venise »

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