Pastor, Ben « Lumen » (2012)

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

 

Auteur : Ben Pastor, de son vrai nom Maria Verbena Volpi, est née à Rome mais vit depuis trente ans aux USA, mariée et bénéficiant de la double nationalité. Elle enseigne les sciences sociales au Vermont College. Ecrits en anglais, ses romans ont été publiés dans plusieurs pays.

Résumé : Dans la Pologne que l’armée allemande envahit durement en 1939, l’assassinat de la mère Kazimierza, religieuse connue pour ses dons de prophétie, pourrait mettre le feu aux poudres. Un duo improbable enquête : Martin Bora, officier du renseignement allemand, et le père Malecki, américain, prêtre à Chicago, envoyé par le Vatican. Deux hommes honnêtes dans une période de l’histoire où le mépris de l’individu est de rigueur.

Confronté avec horreur au comportement assassin des troupes de son pays, Martin Bora est coincé entre la loyauté et un idéal humaniste, qui l’amène à apprécier la discussion, pas toujours facile, avec le père Malecki. Le couvent abrite-t-il des résistants, les sœurs leur apportent elles de l’aide ? Les prophéties gênaient-elles l’occupant dans sa propagande ?

Et la belle actrice Ewa Kowalska, qui ne laisse pas indifférent un Martin Bora éloigné de son épouse et dont le couple bat de l’aile, quel jeu joue-t-elle exactement ?

“Lumen Christi adjuva nos”, plus que jamais la devise de la mère Kazimierza est de mise. Intrigue politique, thriller psychologique et mystère religieux tout à la fois, ce premier volet des enquêtes de Martin Bora dans les années troubles de la Seconde Guerre mondiale est une réussite incontestable.

 

Mon avis : Alors je suis assez mitigée. Le contexte est très bien rendu, mais j’ai trouvé un peu fouillis et un peu lent. De longs moments d’introspection qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire… Et surtout je n’ai pas d’affection pour les protagonistes, même si Bora, avec ses problèmes de conscience est un personnage intéressant, mais pas sympathique malgré tout.. Ce que j’ai bien aimé c’est l’histoire raconté de différents points de vue .. pas vraiment concordants.

 

Extraits :

Les livres tombaient l’un après l’autre, tantôt ouverts, tantôt fermés. Comme des langues de serpent noires et rouges, les rubans marque-pages jaillissaient de sous les couvertures.

— On se sent puissante, quand on peut reconquérir un homme.

— Mais si vous êtes catholique, vous devez croire aux miracles !

C’était l’un de ces moments où l’on prend parfaitement conscience de tout : du temps, du lieu, des circonstances, comme si l’éternité se révélait au sein de l’instant éphémère.

— Je voudrais seulement qu’on me fasse travailler en plein jour, voyez-vous. Parfois, j’ai l’impression que je vais mourir comme Goethe, en réclamant de la lumière.

À cet instant précis, il n’avait pas envie de ressentir quoi que ce soit. La colère et la honte le rendaient égoïste.

Devant lui, sur une étagère, les vers de Garcia Lorca, ruisselant de sang féminin et de sueur délicate, lui étaient défendus ; mieux valait se diriger vers les classiques grecs alignés à côté de la poésie latine, ou vers la fiction allemande contemporaine.

Puis, d’une petite voix, elle répliqua :
— Oui, il faut être saint pour vivre avec une sainte.

— “Si donc la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes !” Voilà la citation tirée de Matthieu, capitaine.

Le bruissement de sa jupe, avait écrit Garcia Lorca, ressemblait à des couteaux fendant lair.

— C’est une bonne idée de vous avoir transféré au renseignement, je trouve vraiment. Vous aimez creuser. Vous risquez de déterrer un os si vous continuez.

Il évita le pire, mais c’en était fini de l’euphorie et de la détente. On venait de lui remémorer sa condition de mortel, son insécurité suprême.

— Les Allemands et les Russes sont-ils vraiment faits pour s’entendre?

— La carte de la Pologne en est la preuve vivante, commissaire.

— Une preuve pas très vivante, mais vous avez raison.

Je me suis souvenu que, en philosophie, on appelle lumen naturale les pouvoirs cognitifs de l’esprit humain, non aidé par la grâce de Dieu.

Après tout, le mot nonne signifiait autrefois “vieille dame”.

En vérité, il commençait à sentir le poids de cette journée. Comme une charge de pierres qu’on lui aurait soudain attachée au cou, toute cette tension nerveuse le faisait souffrir physiquement.

Que ressentiriez-vous si on vous annonçait que votre maîtresse est aussi votre mère ?
— Je ne prendrais jamais une maîtresse beaucoup plus âgée que moi.

Le bruit de pas résonna dans l’église comme si l’on avait giflé l’espace voûté.

— L’Église m’a appris que le désespoir est un péché mortel.
— Oui, tout comme l’orgueil, mais les hommes ont tendance à ressentir l’un et l’autre dans les situations extrêmes, dans le malheur ou dans le bonheur.

— Si un nègre enfile mon uniforme, ce n’est plus un nègre ? Bien sûr que non. Il reste un nègre.

Les mots se heurtèrent, s’affrontèrent en lui jusqu’à ce qu’il les fasse taire, non sans lassitude, grâce à une maîtrise de soi longuement exercée. Il eut l’habileté d’ouvrir une plaie moins douloureuse pour laisser s’épancher son angoisse.

Les hommes à la moralité solide ne peuvent s’empêcher de désirer ce qu’ils se refusent. Pour ma part, je suis prêt à me montrer très indulgent envers leur frustration.

Comme si les morts passaient les premiers. Comme si notre dette envers les morts l’emportait sur les désirs des vivants.

Un faisceau subtil de lumière nette transperçait la pièce, rendant les ombres plus denses, comme un liquide noir se massant autour d’un filament d’or.

 

“L’esprit, quand on dort, a des yeux perçants.

À la lumière du jour, les choses sont moins visibles aux hommes.”

 

Dans le noir tout le monde devenait aveugle, les préjugés perdaient de leur vigueur. Seul le soupçon restait assez aigu pour découper des formes dans son esprit.

 

Faites votre travail, ouvrez l’œil, prenez des notes mentalement. Surtout, prenez des notes dans votre cœur, car c’est la meilleure place.

 

Des papiers tourbillonnaient dans les airs et tombaient comme des oiseaux abattus.

 

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