Taïa, Abdellah « Infidèles » (2012)

Taïa, Abdellah « Infidèles » (2012)

Résumé de l’éditeur : Slima est une prostituée marocaine. Son fils Jallal est très attaché à elle. Il l’aide à attraper les hommes, les clients, les soldats d’une base militaire. Il parle et se bat à sa place. Ensemble, ils découvrent à la télévision Marilyn Monroe, en tombent amoureux et en font leur déesse protectrice. Des années 80 à la fin des années 90, nous suivons leurs deux destins en parallèle, de la ville de Salé jusqu’au Caire, de Bruxelles à Casablanca. Purs et impurs, cette mère et son fils réinventent continuellement le sens profond de leur vie mouvementée et de leur attachement pour le Maroc, fait d’amour et de haine. Étape après étape, ils redécouvrent leur religion, l’islam, et la vivent d’une manière inédite. Ils iront jusqu’au bout de cette voie. La tombe du prophète Mohamed à Médine pour elle. L’explosion sublime pour lui.

Mon avis : Un livre coup de poing, un auteur qui dénonce. La mère de Slima est une « introductrice », une race spéciale de prostituée. Elle assiste les couples lors de leur nuit de noce et fait en sorte que tout se passe bien. Et elle en est fière. Mais l’étiquette de « sale » est collée à sa peau. Elle qui apporte son corps et soulage les âmes. Elle transmet sa science à sa fille. Ce livre parle de la prostitution, de la torture, de l’homosexualité, de l’islam et de sa récupération par le terrorisme. C’est aussi le roman de l’absence, du manque, de la lutte pour la survie.
Une mère et son fils. Eux et les autres. Une bulle d’amour et de complicité entre deux êtres et tout autour d’eux … les autres. Les autres c’est le fanatisme, l’intransigeance, la violence. Eux la tolérance, la paix, l’islam généreux et altruiste. L’amour et la paix face à la haine et la contrainte. Un très beau plaidoyer pour une religion d’amour et une description des dégâts produits par les ennemis de la liberté. C’est aussi la dénonciation de la condition de la femme dans la société marocaine.Extraits :p. 20 « Nos vêtements, tu me l’as dit un jour, ce sont nos âmes, toutes nos âmes successives, les jeunes comme les vieilles. »

p. 20 « Regarde le ciel. Il est noir, mais seulement en apparence. Le ciel n’est pas noir. C’est nous qui voyons noir. »

p. 32 « La nuit n’est pas faite pour les rêves. La nuit, c’est pour enfin trouver la vérité. Tout décider. Tout exécuter. Aller seule à son destin. En revenir la même, mais autre. »

p. 51 « Un arbre vient d’être coupé de la terre. Et du ciel. Sa chute a provoqué un tremblement des signes et des étoiles. C’est invisible. On l’imagine. Et c’est bien vrai. »

p. 69 « Je comprenais cette identification. Il n’y a pas que le sang qui lie les êtres. Les âmes se rencontrent, se reconnaissent et se parlent même quand les mers, les océans les séparent. Elles dépassent ces barrières insignifiantes. Elles marchent sur les eaux. Volent au ciel. Discutent avec les prophètes. Récitent soudain, sans jamais les avoir appris auparavant, des poèmes sacrés, soufis, écrits il y a des siècles et des siècles. Psalmodient le Coran, la Bible et Les Mille et Une Nuits. »

p. 151 « Le vieil homme dormait presque tout le temps. Mourait chaque jour un peu plus. Il avait l’air en paix. Il avait accepté l’idée de la fin. Partir. Traverser le ciel. »

Mon conseil : écouter la  superbe interview : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-deux-romanciers-nous-parlent-du-maroc-mathias-enard-et-Abdellahet lire en parallèle : Mathias ENARD, auteur de Rue des voleurs (éd. Actes Sud) – commenté également ici : http://www.cathjack.ch/wordpress/?p=288

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