Piacentini, Elena «Carrières noires» (2012)

Piacentini, Elena «Carrières noires» (2012)

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

Un flic corse exilé à Lille. Un héros qui m’est extrêmement sympathique. Avec la « famille corse » qui n’est pas bien loin, et une grand-mère corse comme on les imagine.

Enquête 4 : « Carrières noires »

Résumé : Depuis les carrières souterraines et glacées de la petite ville de Lezennes, près de Lille, un homme-ombre surveille. C’est son domaine, son royaume. Il fuit ceux d’en-haut mais connaît tous leurs secrets, entrevus depuis leurs caves. Et de secrets, la ville du Nord n’est pas avare : les sales dossiers que la vieille sénatrice Maes cache dans son coffre-fort, les ambitions présidentielles de son neveu, les rêves de villégiature de sa femme de ménage…

Jusqu’au jour où le commandant Pierre-Arsène Leoni, prêt à quitter définitivement Lille pour rejoindre sa Corse natale, tombe sur le corps sans vie de l’ancienne sénatrice et où la ville secrète se transforme en ville assassine…

« Il y a du Harry Bosch, le héros récurrent de Michael Connelly, ou du Jean-Baptiste Adamsberg, le commissaire cher à Fred Vargas, chez Leoni. Ses aventures ont donné lieu à de bons polars. »Le Monde « La reine du polar. »ELLE (régions)

( réédition chez Pocket en mars 2016)

Mon avis : Je n’avais pas lu le résumé avant de commencer et du coup j’ai hésité un moment en lisant les premiers chapitres. Comme je n’avais croisé aucun des personnages du tome précédent je me suis demandé s’il s’agissait bien des enquêtes du Commandant corse. Et bien oui.. Après une mise en disponibilité suite au décès de sa femme, Le Commandant Leoni est de retour aux affaires… Mais je ne vais pas dire que c’est en parfaite légalité… Il enquête de son côté avec l’aide de sa brigade qui ne peut pas encaisser son remplaçant.

Donc au début nous faisons connaissance avec une belle brochette de personnages hauts en couleur, de tous les horizons et qui sont franchement borderline. Et on a envie d’en savoir un peu plus sur ces allumés, fracassés de la vie ..

De plus le parler des personnages est savoureux ; entre le parler corser et le parler chti’… les phrases détournées… Le pouvoir, la politique, les rêves et les cauchemars de gosses et de moins gosses.. l’enfer et l’espoir est partout.. Venez vous perdre dans les galeries souterraines et suivez en parallèle deux enquêtes … Et comme Leoni n’est pas officiellement aux manettes, son cœur corse va parler…

Ah je m’attache à ce personnage !

Extraits :

 

La démocratie,
c’est deux loups et un agneau votant ce qu’il y aura au dîner.
La liberté, c’est un agneau bien armé qui conteste le scrutin.
Benjamin Franklin

Pour la première fois de son existence, les mots lui avaient fait défaut. Les mots trompeurs aux accents de vérité. Les mots sucrés bardés d’épines. Les mots d’acier plantés à vif.

Mes rêves, je me les fabrique au poil. Je suis qui je veux et je fais ce que je veux. Quand j’ai réussi à attraper un chouette rêve, je le dessine.

Ce n’est pas facile de se fabriquer des larmes d’eau tiède lorsqu’on est sec et glacé à l’intérieur.

Encore l’argent ! Pfff ! Tu seras payé en pouvoir. Une devise qui n’a pas de prix.

– J’ai mes entrées partout. Tu apprendras qu’en politique, il faut aussi prévoir ses sorties.

Tout, dans son physique, depuis son petit gabarit au squelette léger jusqu’à ses yeux noirs en tête d’épingle enfoncés dans un visage pointu, désignait son indéniable parenté avec une fouine.

Dans ses yeux grands ouverts, pétrifiés, s’imprimait le ballet de ses femmes disparues. Le film sépia de sa mère virevoltant dans une robe à fleurs. Une douleur délavée appartenant au passé.

– Les si, u mio fratellu (mon frère), ne changent rien au passé, ils servent juste à nous gâcher le présent. Per un colpu, un casca l’àrburu (Un seul coup ne fait pas tomber l’arbre).

Elle se força à sourire, refusant l’hameçon de la bagarre rituelle que sa sœur agitait avec toute l’expertise d’un pêcheur à la mouche et entra sans un mot.

Dans sa tête, une guitare fredonna un menuet de Bach.

– Quand vous êtes ensemble, ça fait des couacs, comme quand les notes se battent sur une même portée.

Du poing et de toute la force de sa colère, rentrée, pliée et amidonnée depuis tant d’années, elle avait assené un grand coup sur le tableau de bord.

elle avait patiemment espéré assister au spectacle d’une aurore triomphale. De celles qui vous consolent d’avoir laissé vos rêves et vos espoirs traîner trop longtemps dans les caniveaux de la vie. Las ! Puis le jour s’était levé frileusement recouvert d’un châle de brumes sales et humides emprunté à la nuit.

Son rire, surtout. Une portée de grelots toujours accrochée à ses lèvres.

Chapardeur de quignons de pain lorsqu’il était enfant, escamoteur de poules à l’adolescence, cambrioleur de haut vol à l’âge adulte.

Il est à peu près aussi décontracté qu’un garde suisse.

De sa personne toute entière émanait comme un champ de force. Une impérieuse présence trempée de détermination et vibrante de séduction.

Les pupilles dilatées, l’iris poivré d’éclats de mica, il s’amusait.

Un simple rire aurait suffi à l’émietter. Un homme compact dont l’univers tout entier était en train de se désagréger, tous ses ciments internes en passe de se dissoudre.

Un moment simple, fragile et aussi précieux qu’une perle de temps.

« C’gars-là pue le flic à plein nez. Josy, les embrouilles ça vole toujours en espadon. »

Ses yeux se refermèrent sur son noir à elle, infiniment plus rassurant que le noir alentour.

Le monde ne me paraît pas si moche. Il est comme on le regarde,

C’est triste une maison vide. Il paraît qu’elle ne veut pas la vendre. Il y a des lieux qui ne s’abandonnent pas. C’est comme le malheur, ça vous colle à la peau.

 

Image : tirée du Blog de Leoni par Elena Piacentini : http://www.carrieres-noires.com/wordpress/tag/lezennes/

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