Piacentini, Elena «Le Cimetière des chimères» (2013)

Piacentini, Elena «Le Cimetière des chimères» (2013)

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

5ème enquête

Auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia. Elle est la créatrice de Pierre-Arsène Leoni, un Corse, commandant de police à la PJ de Lille, capitale du Nord dans laquelle l’auteure vit aujourd’hui. Dans les enquêtes de ce meneur d’hommes soudé à son équipe, ses amis, sa famille, Elena Piacentini orchestre avec psychologie une humanité hétéroclite et malmenée, entre l’ombre et la lumière. Le Cimetière des chimères est son cinquième roman.

Résumé : Devant la tombe encore ouverte de Franck Bracco – jeune self-made-man en vue – une assemblée de notables, la mère et la compagne du mort se tiennent sous la neige qui recouvre Lille. Des coups de feu retentissent : le rédacteur en chef des Échos du Nord est tué, un ponte de l’immobilier blessé. Leoni et son équipe vont devoir fouiller la couche épaisse des affaires brassées par des hommes qui, en vertu de la tradition de leur caste, avancent en se serrant les coudes… Du moins lorsque tout va bien. Et l’illusion que le monde tourne rond est parfaite pour ceux qui considèrent leurs congénères comme des variables d’ajustement… Mais ce n’est pas le cas du Corse, ni des femmes qui l’entourent dans cette enquête, la légiste de son cœur et mémé Angèle en tête. Au prix de quels sacrifices, offrandes ou hécatombes, chacun des personnages de cette histoire pourra-t-il sauver ce qu’il a de plus cher ? Depuis le cimetière de l’Est, territoire d’un gardien singulier, Leoni se lance dans une traque aux faux-semblants haletante. Ce qui n’apaise pas se propres fantômes… (prix Calibre 47 []et prix Soleil noir 2014)

Mon avis : Alors j’avais bien aimé les précédents mais là, la romancière est passée à la vitesse supérieure. Pas un temps mort ; quand ce n’est pas l’action ou les descriptions imagées et percutantes, c’est l’analyse des personnages et des caractères. Je me suis régalée.

 

Extraits :

Rien n’imprime si vivement quelque chose à notre souvenance  que le désir de l’oublier. Montaigne

À l’étage, une fenêtre lança un couinement bref avant de s’ouvrir en crachant des bribes de peinture écaillée.

Le ciel gris cendre virait lentement au gris plomb. Depuis le matin, déjà, il crachotait de minuscules grains de neige.

Des invitations à dévider les pelotes de l’âme humaine, à marcher sur le fil des grandes salissures, des petites lâchetés, des illusions tranchées.

L’essentiel était là, dans ce geste miraculeusement intact, preuve que ses morts à elle revivaient de ces petits riens.

À son extrémité, une basket en fin de vie dont la semelle baillait à en gober les nuages. Elle reprit :

– Chaque fin de mois, mes parents, ils sont aussi usés que mes godasses.

 

– C’est un grand chat avec une toison grise, presque bleue. Et de grands yeux jaune orangé. Il est de la race des seigneurs.

La femme, elle, semblait pour l’heure imperméable à tout autre sentiment que celui de son propre désespoir.

J’ai tout prévu, vous savez. C’est fait pour ça les mères : prévoir et s’inquiéter de ce qu’elles ont oublié de prévoir.

– Le monde est tel qu’il est, mon ami. Il contient toutes les solutions. Si nous n’en avons qu’une poignée à notre disposition, c’est tout simplement que nous refusons de les voir toutes.

« Ce n’est pas le chemin que tu parcours qui compte, u mio figliolu, c’est comment tu observes ce qui t’entoure à chacun de tes pas. C’est comme ça que tu apprendras à connaître les bons endroits. »

si tu as quelque chose sur le cœur, autant le cracher tout de suite. Et moi, maintenant, je veux savoir parce que, ce que tu n’as pas dit, ça m’empoisonne déjà.

– J’ai l’impression que tu as pitié. Voilà. Et la pitié, c’est pire qu’une gifle !

Les mots furent expulsés dans un souffle, portés par un filet de voix.

C’est pas d’où tu viens qui compte, mais où tu veux aller. Et avec qui.

– Si la compétence était le critère principal d’avancement dans les entreprises, ça se saurait, non ? On y préférera toujours quelqu’un d’obéissant à quelqu’un d’intelligent.

à part des milliers de photos, ce type ne cachait rien d’autre chez lui que du vide et de la solitude.

Les pièges les plus sournois sont souvent ceux que l’on tisse avec le fil de ses propres illusions.

La vie de ce gus était d’une monotonie à faire pâlir de jalousie un moine bouddhiste.

– Je suis corse, pas suisse. Les demi-vérités ne sont rien d’autre que des demi-mensonges.

Quand tu n’es pas là, je suis comme de l’écume perdue dans le vent. Tu es ma vague et mon mouvement.

– Bah, les mots, ça n’est souvent que du bruit pour masquer l’essentiel.

On ne bâtit pas un temple avec des planches pourries au prétexte de le construire plus haut !

 

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