Clerc-Murgier, Hélène «Abbesses» (2013)

Clerc-Murgier, Hélène «Abbesses» (2013)

Enquête dans Le Paris du XVIIème siècle

Auteur : Hélène Clerc-Murgier partage son temps entre l’écriture et la musique. Claveciniste de l’ensemble Les Monts du Reuil, elle écrit et interprète des spectacles et a restitué l’opéra-comique Cendrillon et Le Docteur Sangrado, représentés à travers toute la France. « Abbesses » est son premier roman. « La Rue du Bout-du-Monde », son deuxième roman est paru en 2016.

Résumé : Alors que commence la légende noire de Marie de Médicis, exilée au château de Blois, et que la cour et la ville bruissent de troubles et de conspirations, l’auteur d’un crime mystérieux est condamné à être pendu au gibet de Montfaucon. Avant de mourir, le meurtrier livre au lieutenant criminel Jacques Chevassut un message confus où il est question d’une dalle de pierre sous l’abbaye de Montmartre menant à un trésor. L’enquête est d’abord confiée à Pierre Boivin, qui disparaît tout aussi étrangement que sa femme et son enfant, laissant Chevassut seul devant l’énigme. Sur ses talons, nous découvrons le Paris surpeuplé du XVIIe siècle, du tout nouveau Pont-Neuf où se produit Tabarin aux salons feutrés de l’hôtel de Rambouillet. Mais c’est à l’abbaye de Montmartre, construite près d’un temple de Mercure – dieu des alchimistes –, que conduisent toutes les pistes. Pistes où semblent pulluler les adeptes d’un nouveau courant occulte venu d’Allemagne, celui des rose-croix. Pour infiltrer cette société secrète, Chevassut va s’en remettre aux conseils du père Mersenne, le célèbre mathématicien ami de Descartes, et au grand alchimiste, maître Gonin. Quels secrets dissimulent les abbesses de Montmartre ?

Mon avis : Et me voici de retour au Grand Chatelet, mais en compagnie de nouveaux enquêteurs.

J’ai bien aimé ce livre (recommandé par le blog de la Police parisienne (si si !). Un petit tour aussi par la chambre bleue et les salons chers à Louis Fronsac de Jean D’Aillon. J’ai découvert le Montmartre de cet époque, bien loin de ce que j’imaginais. Une bonne intrigue, du suspense, une enquête bien menée, avec ce qu’il faut de doutes et de frayeurs, un petit gout d’alchimie, de bonnes descriptions historiques, une belle documentation sur les instruments de musique (certainement le fait que l’auteur soit musicienne n’est pas étranger à cela). J’espère que Jacques Chevassut reprendra du service car c’est un personnage qui se dessine fort bien dans ce premier roman ! Paris du début du XVIIe siècle, avec sa justice, ses exécutions… Merci à tous les auteurs qui nous font découvrir le Paris de cette époque dans le respect de l’histoire.

Extraits :

Ils sont rares les moments où l’avenir semble se dessiner, ses contours apparaître, incertains mais déjà presque irrémédiables.

la somptueuse place Dauphine qui, construite comme la place Royale sur le modèle italien, avait l’âge du Pont-Neuf. Ses trente-deux doubles maisons en briques roses filigranées de blanc, avec des chaînes de pierres faites en bossages rustiques, s’élevaient sur deux étages surmontés de lucarne à fronton et d’un toit d’ardoise bleue angevine. Le rez-de-chaussée était à arcade pleine. La forme de la place, triangulaire, épousait parfaitement l’aval de l’île de la Cité, et au milieu du côté longeant la rue Harlay, était percée une monumentale arcade qui permettait d’accéder au Palais de justice ou d’en apercevoir la massive façade. À l’est, elle était agrémentée par le clocher élancé de la Sainte-Chapelle.

Et il y eut non seulement ce sourire, qui eût à lui seul été d’une grande beauté, car il faisait naître à la commissure de ses lèvres deux charmantes et furtives fossettes, mais également les milles expressions cachées des yeux, des joues, du front qui semblèrent éclairer le visage tout entier, lui offrant ce halo de douce lumière qui émane des êtres aimants.

On a rarement l’occasion de se rendre compte à quel point on peut aimer un lieu, un paysage, à quel point son existence vous est devenue indispensable. En voyant Paris à ses pieds et ses environs verdoyants, une émotion intense le submergea plus qu’il n’aurait pu l’imaginer. Et ce jour-là, il comprit que, quel que dût être son destin, sa vie serait toujours attachée à ces lieux.

Une fois dans l’enceinte, le bruit de la ville se fit plus intense. Un chasse-marée apportant du poisson dans la ville le précédait, suivi d’un oublayeur qui, une lanterne encore éteinte sur le dos et un corbillon d’osier rempli des précieuses pâtisseries à chaque bras, allait courir les rues et les tavernes pour vendre ses oublies jusqu’à la nuit tombée. Plusieurs regrattiers se succédaient dans la rue Montmartre, débitant du sel, de la bière, de la viande cuite ou des fruits frais.

Alors, comme pris par le mouvement de la ville, par son bruit et son agitation, il accéléra le pas, sans en avoir véritablement conscience, car les grandes villes ont cela de particulier qu’elles entraînent toujours le passant dans une sorte de frénésie qui empêche la flânerie.

Car tout se vivait dans la rue et tout se criait dans Paris, la mort-au-rat ou les chansons à boire, les onguents pour le corps ou les épingles à cheveux, le lait et les savonnettes de Boulogne, les poires et les melons, les gazettes et la rave nouvelle.

On est toujours sûr de rencontrer sur le Pont-Neuf à n’importe quelle heure : un moine, un cheval blanc et une putain.

Le nom ancien de Montmartre n’était-il pas Mont de Mercure ou Mont de Mars, puis plus tard Mont des Martyrs, l’étymologie variant selon les intérêts ou les croyances de chacun ?

Au-delà des événements que vous vivez en ce moment, et dont je devine qu’ils sont fort troubles, vous devrez, quelle que soit la vie que vous aurez, quels que soient les faits auxquels vous serez confrontés, rester constamment attaché à l’Histoire, à la mémoire, pour que survive en vous tout ce qui sera, pour le bien ou pour le mal, détruit ou abîmé par les autres. Car vous verrez que les hommes, même les plus honnêtes, ont la fâcheuse tendance à vouloir nettoyer le passé de toutes les aspérités qui peuvent nuire à l’image qu’ils se veulent donner d’eux-mêmes.

Son regard était noir, sa voix blanche.

Avez-vous remarqué que souvent les étrangers ayant appris notre langue dans les livres l’utilisent avec un soin littéraire particulier ? Et un amour que nous-mêmes n’avons peut-être pas assez cultivé pour notre langue française ?

Photo : emprunt au blog cité ci-dessous.

Pour en savoir davantage : Blog : Montmartre au XVIIème

 

 

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