Appanah Nathacha «Petit éloge des fantômes» (2016)

Appanah Nathacha «Petit éloge des fantômes» (2016)

Auteur : Ayant le créole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d’« engagés » indiens immigrés à Maurice, écrit en français. Elle travaille d’abord à l’île Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s’installe en 1998 en France, où elle poursuit sa carrière de journaliste dans la presse écrite et en radio. Ses articles sont publiés dans Géo Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture.
Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, publié en 2003 aux Éditions Gallimard raconte l’épopée des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre à l’île Maurice. Son deuxième roman Blue Bay Palace (Gallimard, 2004) donne à voir la schizophrénie d’une île Maurice entre l’image de la carte postale et une société très marquée par les classes, les castes et les préjugés.
Dans La Noce d’Anna, publié en 2005 aux éditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journée du mariage de sa fille, Anna, s’interroge sur la transmission entre mère et fille.
Le Dernier Frère, publié en 2007, aux éditions de l’Olivier, raconte l’histoire de Raj, un garçon mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enfermé à la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Frère a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L’Express 2008, le prix de la Fondation France-Israël. Il a été traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de En attendant demain (Gallimard 2105)
Paru en 2016, son roman Tropique de la violence est issu de l’expérience de son séjour à Mayotte où elle découvre une jeunesse à la dérive (source Wikipedia). Et toujours en 2016, «Petit éloge des fantômes» , 7 petites nouvelles.

 

Résumé : « Oh, je sais que Lili n’est pas vraiment là, que c’est mon esprit qui me « joue des tours » comme le dit le docteur C., mais pourquoi devrais-je arrêter ce réchauffement du corps, cet afflux de sang au cerveau, ce boum boum du cœur, ce fourmillement agréable dans les doigts, ce « ah te voilà » que je lui lance avec ma voix d’avant, ma voix claire de sœur ? Pourquoi devrais-je refuser cette vie-là, que les autres appellent délire, fantômes, hallucinations mais qui est ma version à- moi du vivant, du présent, du palpable, du survivable ?» (Collection Folio 2 € – 112 pages – (n° 6179), Gallimard 25-08-2016)

 

Mon avis : J’aime bien cette petite collection « Petit éloge ». J’avais déjà lu « Petit éloge de la nuit » d’Ingrid Astier  et « Petit éloge des souvenirs » de Mohammed Aïssaoui (2014). Je continue sur ma lancée « Appanah »  ( et de 4) et je  suis de plus en plus sous le charme. Sept petits textes personnels sur sa vie, sa grand-mère, les croyances et divinités indoues, sur l’Ile Maurice, sur l’absence, la disparition, la présence des êtres qui ne sont plus… Pas sur les fantômes qui font peur et qui angoissent..  Lisez ce petit opus plein de douceur et d’amour. Nos disparus qui nous entourent et qui sont là…

Extraits des sept récits :

  1. Mes fantômes bien-aimés:

« C’était comme si elle s’adressait à un fantôme, cet autre moi qui avait disparu. C’était une impression étrange et culpabilisante. »

« Les mots doux existaient encore quelque part en moi mais je ne les ai pas trouvés, par ce jour-là en tous cas. »

« N’y avait-il personne autour de moi pour savoir que l’oralité a des limites, que les souvenirs s’envolent et finissent par disparaître ? »

« Je ne sais comment prendre tout ça dans mes mains, le coudre ensemble et en faire une vie. Ils sont au-dessus de mon épaule, ils sont présents et impalpables à la fois, ils refusent d’être mis sur le papier, décrits, imprimés, ils refusent d’être autre chose que mes fantômes bien-aimés. »

  1. Hollanda:

« Parfois le vent hurlait avec un cri tellement humain que ça me donnait la chair de poule »

« Il me disait que c’était la peur du noir qui faisait cela ; qu’il avait lu des essais sur ce peurs-là, sur ces sentiments enfouis et qui nous ramènent à l’enfant que nous étions. »

  1. La traversée:

« Il m’a appris que lors de l’incinération d’un corps sur le bucher le crâne doit éclater sous l’effet du feu pour que ce rite de purification de l’âme et de destruction du corps matériel soit accompli. Ainsi Agni, le dieu du Feu, peut transporter l’âme au dieu de la Mort. L’âme existera alors sous la forme d’un fantôme pendant plusieurs jours avant de se réincarner ou pas. Si le crâne n’éclate pas, il doit être brisé par un prêtre funéraire. Un hindou dont le crâne serait resté intact après la cérémonie errera à jamais sous la forme d’un fantôme »

« Chaque hindou a un dharma, un devoir à accomplir de son vivant. »

« Comment savoir quel est son devoir ? Est-il de se battre ? Est-il de se soumettre ? Est-il de lâcher prise ? »

  1. Le sommeil:

« […] simplement un ami qui aurait le courage de lui révéler ce qu’elle a effacé de sa mémoire mais qui la réveille toutes les nuits à la même heure, comme un fantôme qui n’aurait pas terminé son travail »

  1. Partir :

« […] et tu feras exactement ce que t’a dit la voix non mon vieux c’est ta voix c’est toi qui parles le vrai toi l’ancien toi mais »

  1. Les jonquilles:

« Tu n’avais, toi, aucune photo de ta famille, aucune de toi enfant, aucun objet que tu trainais de maison en maison. Tu étais neuf, tu me fascinais. »

« Tu refusais la glu des secrets partagés, de confidences, de l’enfance »

  1. La vague:

« […] et je me mets à courir pour empêcher que les pensées, les souvenirs et toutes ces choses brouillées ne fondent sur moi comme des oiseaux de proie. »

« […] je sais aller dans un endroit vide, au fond de moi, ou plus rien n’existe, pas de pensées, pas de passé, pas de présent, pas de futur, juste ça, cet endroit et moi. »

« Découvrir que la mémoire n’est pas faite d’images dans la tête uniquement. »

« Pourquoi devrais-je refuser cette vie-là, que les autres appellent délire, fantômes, hallucinations mais qui est ma version à moi du vivant, du présent, du palpable, du survivable ? »

 

 

 

 

 

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