Redondo, Dolorès «Une offrande à la tempête» (2016)

Redondo, Dolorès «Une offrande à la tempête» (2016)

Après «Le gardien invisible» et «De chair et d’os» voici «Une offrande à la tempête» le 3ème et dernier volet de la trilogie du Baztán

Résumé : La mort subite d’une petite fille devient suspecte lorsque le médecin légiste découvre qu’une pression a été appliquée sur le visage du bébé. Très vite, les soupçons se portent sur le père au comportement étrange, qui tente même de dérober le cadavre du nourrisson afin de « terminer ce qui a été commencé ». La grand-mère, elle, est persuadée que ce meurtre est l’acte d’Inguma, créature maléfique issue de la mythologie basque.

Aux yeux de l’inspectrice Amaia Salazar, cette histoire est une énième légende. Mais lorsqu’elle décide de s’intéresser de plus près aux morts subites de nourrisson déclarées dans la vallée de Baztan ces dernières années, Amaia observe pourtant des similitudes troublantes et l’enquête prend une tournure inattendue. Fuyant son rôle d’épouse et de mère, Amaia se consacre entièrement à cette nouvelle affaire qui la mène à l’origine même des événements qui ont frappé la vallée et la confronte bientôt à son passé et à ses propres démons.

Mon avis : Alors je confirme que j’ai adoré cette trilogie. Le troisième tome monte en puissance et le suspense est présent jusqu’au bout. Il n’y a pas que l’enquête dans cette trilogie, il y a le parcours de vie personnel de l’enquêtrice, ses doutes et ses souffrances, ses rapports humains avec les habitants de la région, avec son équipe, il y a sa loyauté, ses espoirs, ses qualités et ses défauts… Il est certes possible de lire les trois livres independamment car chaque livre est une

J’ai adoré les personnages et ressenti de l’empathie aussi pour les « méchants ». J’ai retrouvé le Pays basque, j’ai aimé découvrir les traditions et les légendes. Je connaissais peu la mythologie basque et je suis contente d’en avoir appris davantage. Il faut dire que la mythologie en général me passionne et dans le cas de cette trilogie paysage et croyances sont liées de telle manière qu’il serait impossible que les enquêtes de l’inspectrice se déroulent ailleurs. Même si la trilogie est terminée, j’espère retrouver Amaia et sa famille dans de nouvelles enquêtes…

Extraits :

Mais elle l’avait toujours su : la peur ne s’en va pas, elle ne disparaît pas, elle se retire simplement dans un lieu sombre et humide et reste tapie là, à attendre, aussi faible qu’un petit voyant rouge que l’on aperçoit malgré soi, malgré le déni, parce que autrement on ne peut pas vivre.

L’utilisation de restes humains, en particulier d’enfants, est habituelle dans ce type de pratiques, mais assassiner des nourrissons en sacrifice est la plus grande offrande que l’on puisse faire au mal.

On parle de la vallée de la Baztán qui a, historiquement, une tradition de sorcellerie exceptionnellement riche et dans laquelle on convoque en effet le démon Aker.

Chaque matin, au lever du jour, on célèbre à Rome une messe d’exorcisme. Plusieurs prêtres officient pour demander la libération des âmes possédées, puis reçoivent les demandeurs en consultation.

de tous les droits qu’a un homme, le plus important est celui de se tromper, de le savoir, de le revendiquer et de ne pas le payer toute sa vie.

Elle l’observa en silence. Il n’y avait de toute façon pas grand-chose à dire face à quelqu’un qui ramassait les morceaux épars de sa dignité.

Elle sourit, parce que c’était bon de savoir que certaines choses demeuraient si prévisibles, si merveilleusement prévisibles.

Les anges de la mort se caractérisaient par leur conviction d’accomplir une mission sociale et humanitaire essentielle en assassinant leurs semblables. Ils faisaient généralement partie du personnel médical ou travaillaient comme auxiliaires de vie auprès de personnes âgées psychiquement ou physiquement diminuées, et c’était très souvent des femmes.

Si l’on doit se battre aux côtés d’une personne, que l’on soit d’accord ou non avec ses principes, il est rassurant de savoir qu’elle a un code d’honneur qu’elle ne trahira pas.

Toucher quelqu’un revient à ouvrir un chemin qui n’existait pas jusque-là, et les chemins peuvent être parcourus dans les deux sens

Tu pars du principe que derrière les portes fermées se trouvent la lumière et la vérité. Que se passera-t-il si la porte que tu ouvres est celle du chaos et des ténèbres ?
— Alors je prendrai le chaos, j’en ferai un gros tas auquel je mettrai le feu pour éclairer les ténèbres, plaisanta-t-elle.

Quand un être cher disparaît, le monde ne s’arrête pas de tourner mais il se reconfigure autour de nous, comme si l’axe de la Terre se tordait légèrement, d’une manière imperceptible pour les autres mais en nous dotant d’une clairvoyance qui nous laisse percevoir des aspects du réel que nous n’aurions jamais imaginés. De spectateurs, nous devenons machinistes ; nous gagnons le douteux honneur d’assister au spectacle depuis les coulisses, où sont relégués ceux qui n’y participent pas.

Les chasse-neige et les épandeuses avaient répandu sur la chaussée le mélange salé qui crépitait sous les roues de l’auto comme une pluie venue du sol. La neige ne tombait plus mais le froid de la nuit préservait les congères au bord de la route et la montagne, habituellement plongée dans les ténèbres, resplendissait de la lumière orangée de la lune qui se reflétait sur le givre et conférait au paysage un halo d’irréalité évoquant la surface d’une planète inconnue.

vous n’êtes aveugle que parce que vous ne voulez pas voir. Prenez du champ. Redémarrez. Reset,

Je n’aime pas ça mais j’aime l’effet que ça me fait, je crois que je comprends les Irlandais et que j’associerai toujours le goût du whisky à la mort. Chaque gorgée amère est comme une communion qui te nettoie et te guérit à l’intérieur.

L’alcool bienfaisant avait tapissé ses blessures d’un voile doux et chaud sous lequel elle sentait que les bêtes furieuses qui lui dévoraient l’âme dormaient tranquillement grâce à l’effet magique de dix-huit années de vieillissement en fût de chêne. Elle savait que le soulagement serait passager et que, lorsque les bêtes se réveilleraient, la douleur redeviendrait insoutenable.

La noix porte la malédiction de la sorcière ou du sorcier à l’intérieur de son petit cerveau

Inguma est le démon qui boit l’âme des enfants pendant qu’ils dorment. Inguma est entré par les fissures de la maison, il s’est assis sur la poitrine de la petite et a bu son âme

Quand elle rentrait particulièrement fatiguée, comme c’était le cas ce jour-là, elle sentait la maison l’envelopper telle une mère, avec cette douce odeur d’encaustique que son cerveau interprétait comme la plus chaleureuse des marques de bienvenue.

la contemplation de la lumière dorée qui illuminait les fenêtres depuis l’intérieur, comme si un petit soleil ou un feu éternel brûlait au cœur de la maison. Elle regarda le ciel entre les nuages ; la nuit commençait à tomber. Il avait fallu laisser les lumières allumées toute la journée mais c’était seulement maintenant que l’obscurité du dehors se faisait évidente, qu’elle apparaissait dans toute sa splendeur.

Le monde s’obscurcit et s’étrécit, ses extrémités se recourbèrent pour transformer le décor de son rêve en un tube dans lequel elle devait avancer

L’hospitalité de Baztán. Cette femme ne voulait pas lui parler, ne voulait pas d’elle dans sa maison, ne reprendrait son souffle que quand elle la verrait sortir de chez elle, mais offrir un café ou quelque chose à manger à un visiteur était une règle sacrée à laquelle elle ne dérogerait pas.

Il aime plus l’argent qu’un cochon les pommes.

Dans la vallée de Baztán, quand quelqu’un mourait, la maîtresse de maison allait au champ jusqu’à l’endroit où se trouvaient les ruches et, par cette formule magique, apprenait la triste nouvelle aux abeilles et leur demandait de produire plus de cire pour les cierges qu’on brûlerait en l’honneur du défunt pendant la veillée funèbre et les obsèques.

 

Photo : site : valledebaztan.com

One Reply to “Redondo, Dolorès «Une offrande à la tempête» (2016)”

  1. Ce troisième livre a vu augmenter le suspense qui sera présent jusque au bout ,l’inspectrice est très attachante ,on aime suivre sa vie et découvrir l’environnement et les gens de cette région . J’ai beaucoup aimé .

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