Merle, Claude «L’ange sanglant» (2014)

Merle, Claude «L’ange sanglant» (2014)

239 pages

Résumé : Hollande, XVIe siècle. Dans la petite ville d’Hertogenbosch, une jeune fille est découverte morte, assassinée de la pire manière. Le bailli chargé de l’enquête ne tarde pas à découvrir qu’il s’agit de Katje, la servante de Jacob, chirurgien et alchimiste. D’autres meurtres sont commis par celui que l’on surnomme désormais l’Ange sanglant. Ses mises en scène macabres semblent tout droit sorties des tableaux de Jérôme Bosch, peintre réputé et célébrité locale, dont les œuvres énigmatiques fascinent et interrogent. Qui se cache derrière l’Ange sanglant, son imitateur démoniaque ? Jérôme Bosch lui-même ? L’un de ses ennemis envieux de son génie ? Ou bien encore Jacob qui, en approchant de la vérité, va subir le vertige du mal ?

Mon avis : Nous sommes à l’aube du XVIe siècle. Bienvenue dans un roman policier médiéval, à la poursuite d’un tueur en série (et oui déjà) dans le monde de l’art… Belle idée d’associer les visions démoniaques de Jérôme Bosch à la traque d’un monstre… Soulevons le voile de la création du Jardin des délices… une vision de ce que le monde pourrait être, s’il n’avait été corrompu par le mal. Nous sommes au Moyen Age, la religion joue un rôle prépondérant dans l’œuvre du peintre. Jacob, le « docteur » est un personnage qui est quelque peu en marge, suspect, qui inquiète la population car il est en avance sur son époque. Le bailli chargé de l’enquête est quant à lui tiraillé entre son amitié de base pour le docteur et sa suspicion. Il va falloir aller au-delà des apparences, décoder les symboles, pour mener l’enquête. Le roman est aussi violent que l’œuvre de Bosch, mais les personnages sont bien campés et attachants ou intéressants. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le monde torturé des artistes de l’époque.

Extraits :

Il imaginait déjà des tableaux représentant l’éventration de la servante, la sodomisation du chevalier. Des visions infernales.

Tu ne chercheras pas le plaisir comme le frelon qui se pose sur la fleur des orties ou sur celle du chardon… Saint Augustin. L’ortie, brûlante, évoque le plaisir charnel. La fleur du chardon, éphémère, symbolise la recherche des biens terrestres, illusoires et périssables.

Les lésions se refermeront sans laisser de traces. Vous verrez : la peau oublie plus vite que la mémoire.

Tout, dans ce personnage, évoquait un serpent : les paupières lourdes, les lèvres étroites et allongées, jusqu’au sifflement qui accompagnait ses paroles.

Je crois même qu’ils tourmentent leurs victimes pour les peindre au paroxysme de leurs souffrances.

un homme capable d’associer son art à ces scènes sanglantes. Un peintre.
— Oui, mais lequel ?
— Le génie qui peint si bien l’abomination des enfers : Jérôme Bosch.
— Tu veux dire Jérôme Van Aken ?

j’ai reconnu aussitôt les bêtes fantastiques de Van Aken : le poisson-scorpion de La Tentation, l’oiseau chauve, le rat féroce aux dents d’acier…

La huppe est un animal magnifique et répugnant.
— Pourquoi cet oiseau ?
— C’est un symbole, celui de l’impureté. La huppe passe pour être conçue et couvée dans la merde. […]
La huppe. Il l’a représentée dans le triptyque du Jardin des délices.
— Ce n’est pas une preuve !
— J’en conviens, mais cet oiseau personnifie ce que nous regardons. Il n’a pas été choisi au hasard. Il ne manque que sa puanteur.

Vos représentations me fascinent, cette splendeur, cette laideur. Le bien et le mal qui se mêlent l’un à l’autre insidieusement comme nos propres pensées.

Il y a de la démesure dans ses tableaux, une démesure qui me met quelquefois mal à l’aise, je le confesse. Je l’admire et j’ai peur de ce qu’il révèle en moi…

— Sais-tu ce qui distingue Bosch de tous les peintres des Flandres ? Non ? Les autres peignent les êtres tels qu’on les voit. Bosch, lui, les peint tels qu’ils sont en profondeur.

Il est plus facile d’imiter que de créer.

Une fois que le patient sera débarrassé de ce qui l’obsède, cette folie pesante comme un caillou, ses pensées seront innocentes, ou bien il mourra, ce qui revient au même. Dans son cas, la mort représente la guérison suprême.

Il avait besoin d’elle comme d’une drogue qui apaise la souffrance, sa fleur de pavot. Il mourait du manque.

Il voulait me brimer. Quelle erreur ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le laisse galoper en liberté, on ne l’enferme pas à l’écurie !

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