Scarpa, Tiziano «Venise est un poisson» (2010)

(Editions Christian Bourgois)

Auteur : Tiziano Scarpa est né à Venise en 1963, où il a étudié la littérature italienne contemporaine. Écrivain, poète et dramaturge, il s’est fait connaître avec la publication de L’œil de vieux, son premier roman, en 1996, suivie de celle de son recueil de nouvelles, Amore , en 1998. En 1997, il a écrit le scénario de Popcorn, une comédie diffusée sur la RAI, récompensée par le prix Italia. Il a aussi consacré des essais à Alberto Savinio et Giorgio Manganelli et publié de nombreux articles sur la littérature italienne contemporaine. En 2009, il a obtenu le prestigieux prix Strega pour son roman Stabat Mater.

Résumé : De son écriture précise et acérée, Tiziano Scarpa propose un guide personnel de Venise, sa ville natale, connue pour attiser les convoitises touristiques. Composant une véritable invitation à la découverte et à l’errance, il ne nous entraîne ni dans une banale excursion, ni dans une navigation rêveuse. Le corps urbain qu’il décortique est de pierre et de sang, avec ses pieux déchaussés enfoncés dans la vase, sur laquelle repose le poisson mirobolant à nul autre pareil. Avec Scarpa, on déambule dans l’intimité viscérale, minérale, aquatique, de la plus mirifique des cités lagunaires, dont les feux et les langueurs n’en finissent pas de brasser l’Orient et l’Occident confondus.
« Court et magnifique essai sur sa ville. La toucher, la sentir, la goûter, la décrire dans ses moindres contours et aspérités, palper et caresser le mythe, tel est le but que semble s’être assigné l’écrivain. » Bruno Corty, Le Figaro

Mon avis : Un grand merci à Laurence de m’avoir permis de découvrir et déguster ce poisson-là, péché à l’ « Aqua Alta » de Venise.
Un petit guide pas comme les autres, une promenade les sens en alerte… D’ailleurs les chapitres sont relatifs aux pieds, jambes, cœur, mains, parties du visage…. Et Venise te parle, Venise est une personne, Venise est une femme…
On en apprend davantage sur les amoureux qui se cachent sous les ports cochères, sur les bateaux et les rames, les gondoliers, les masques, l’absence de vie privée, les Casanovas fauchés (pas de signe ostentatoire comme une belle voiture dans cette ville pédestre), les oiseaux, les dispositifs anti-pipi (typiquement vénitiens), sur les jeux, la nourriture… Sur les poissons, les oiseaux de la cité (les poésies de Pascoli) .
Apprend aussi sur les sestiere ( au nombre de 6 comme le terme l’indique), l’architecture, les noms des ruelles qui sont liés à des activités, des métiers, des faits divers tandis que les places portent le nom des Saints, sur la numérotation des quartiers ( le sestier de Canareggio s’arrête à 6426)
Et au final, place aux artistes, écrivains et quelques textes sur la Sérénissime.
Je ne peux que dire aux amoureux de cette ville à nulle autre pareille de se plonger dans ce moment de flânerie qui vous fera sourire et découvrir bien des choses.
Moi qui aime l’Egypte, j’y ai aussi appris que le monastère de San Lazzaro hébergeait la momie du prince égyptien Nehmekhet…

Extraits :

Venise est un poisson. Regarde-la sur une carte géographique. Elle ressemble à une sole colossale allongée sur le fond. Comment se fait-il que cet animal prodigieux ait remonté l’Adriatique et soit venu se terrer précisément ici ?

Venise est une tortue: sa carapace de pierre est faite de roches grises de trachyte.

Apprends à errer, à vagabonder. Désoriente-toi. Musarde.

Imagine que tu sois un globule rouge qui court dans les veines : suis le battement, laisse-toi pomper par ce cœur invisible

« Se perdre est le seul endroit où il vaille vraiment la peine d’aller»

Venise est incrustée d’imaginaire. Ses pierres craquent sous une impressionnante cascade d’apparitions. Aucun lieu au monde ne serait en mesure de supporter sur ses épaules un tel tonnage visionnaire.

Découverte : les sculptures sur bois de Pianta le Jeune : http://www.e-venise.com/scuole_venise/scuola_grande_san_rocco_venise_12.htm

3 thoughts on “Scarpa, Tiziano «Venise est un poisson» (2010)

  1. Un petit guide touristique pas comme les autres, complètement différent de ce que nous proposent les guides traditionnels mais quel guide !
    J’ai adoré et je le relis toujours avant de partir.
    Et puis ça m’a fait plaisir de chercher L’acqua alta dans le simple but non seulement de visiter cette petite librairie atypique mais aussi de t’y dénicher cette petite perle.
    J’y suis allée en flânant, me suis fait un plaisir d’interpeller des autochtones afin qu’ils m’aident à me rapprocher du Campo Santa Maria Formosa. Une fois sur cette grande place, je savais que je n’étais plus très loin, me suis engagée dans une ruelle et j’ai fini par la trouver, bien cachée dans un petit renfoncement au bord d’un petit canal.
    Un véritable bric à brac de vieux livres qui sentaient l’humidité de la lagune au beau milieu d’ouvrages neufs et moins neufs.
    Et au milieu de tout ça, la petite couverture rouge que je cherchais : Venise est un poisson.
    Allez hop, pour Cathy

    • quel joli cadeau tu m’as fait 😉 non seulement ton amitié mais le fait de penser à moi dans cette ville que j’aime tellement et tu as visé juste..

  2. Un article, Catherine, qui donne bien envie de se procurer ce livre afin de continuer par la lecture une inoubliable visite de Venise.
    Et oui, les sculptures de Pianta sont de vrais chefs-d’œuvre inoubliables…parmi tant d’autres… La momie de NehMekhet sera une bonne excuse pour retourner voir la « Sérénissime » et s’y perdre avec délices…
    Merci !

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