Jonquet, Thierry «Mygale» (1984)

Jonquet, Thierry «Mygale» (1984)

Auteur : Né le 19 janvier 1954 à Paris, Thierry Jonquet a une enfance marquée par le cinéma et les livres. Il étudie la philosophie à l’université de Créteil et plus tard l’ergothérapie. Il mène de front pendant longtemps deux activités distinctes : celle de scénariste et celle de romancier. Il écrit de nombreux romans pour la jeunesse et les adultes (publiés notamment dans la collection Folio). Ces derniers sont souvent des romans noirs, habités de faits divers et de satire politique et sociale. Thierry Jonquet s’éteint le 9 août 2009, à Paris, en laissant derrière lui une œuvre conséquente et récompensée de plusieurs prix (notamment le Trophée 813 du meilleur roman à trois reprises).
– Première parution en 1984 – Collection Série Noire (n° 1949), Gallimard (- Nouvelle édition révisée par l’auteur en 1995 – Collection Folio (n° 2684), Gallimard – 160 pages )

Résumé : Ève ? Qui est-elle ? Qui est Richard Lafargue, l’homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l’enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c’est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple…
Quel incompréhensible passé lie ces deux êtres hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ?

Adaptation cinématographique (2011) : « La piel que habito » (signifiant en français « la peau que j’habite ») est un drame espagnol de Pedro Almodóvar, adapté du roman de l’écrivain français Thierry Jonquet, Mygale. Le film est très inspiré du conte Véra tiré des Contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam. Il fait partie de la sélection officielle du 64e festival de Cannes et est sorti le 17 août 2011.

Synopsis du film : Robert Ledgard (Antonio Banderas), un chirurgien esthétique, met au point une peau synthétique, technique révolutionnaire qui conforte sa réputation. Mais il garde le secret sur les tests qu’il a menés sur une femme cobaye, Vera (Elena Anaya), qui vit enfermée dans son manoir dans la région de Tolède. La relation entre le médecin et sa patiente est trouble et mal vue de la seule personne à détenir le secret : Marilia (Marisa Paredes), la fidèle servante du chirurgien.

Mon avis : Dans le cadre du Challenge « J’ai lu » 2018 il fallait choisir : « Un livre dont vous avez vu l’adaptation ciné ». Ayant vu ce film de Pedro Almodóvar et ayant ensuite lu le résumé du livre, j’ai eu l’impression que les deux histoires se ressemblaient un peu.  Si je n’avais pas su que le film était tiré du livre… j’aurais vu une  similitude dans le thème mais je ne pense pas que j’aurais fait le rapprochement… Au final j’ai l’impression que c’est l’adaptation de l’adaptation… « Mygale » étant inspiré de «Véra »  tiré des Contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam (1883) . Le Dr.  Richard Lafargue est devenu Robert Ledgard ; Eva est Vera..

Le film est captivant du point de vue visuel et esthétique. Le livre n’insiste pas du tout sur cet aspect de l’histoire. Jonquet c’est le coté animal et venimeux de la mygale, Almodovar le coté sensuel et esthétique de l’esprit qui habite le corps. Un film dans la droite lignée des films d’Almodovar dans lequel il aborde des thèmes récurrents chez lui. Le film est nettement plus soft, moins angoissant et moins terrifiant que le livre. Personnellement j’ai préféré le film au livre, mais difficile de donner un avis quand on a l’impression de vivre deux histoires différentes, avec d’autres personnages et d’autres points de vues.

( suite à la remarque d’une personne qui a lu le livre et avait trouvé ma chronique trop « spoilante », j’ai relu mon texte et modifié – je tiens l’ancien texte à disposition en privé si quelqu’un souhaite le lire – 13.11.2018)

Extraits :

Au réveil, la soif était là, tapie dans le noir, à t’attendre. Elle avait veillé, patiente, sur ton sommeil. Elle te serrait la gorge, tenace et perverse. Une poussière râpeuse, épaisse, qui tapissait ta bouche, dont les grains crissaient sous tes dents ; non pas une simple envie de boire, non, bien autre chose, que tu n’avais jamais connu et dont le nom, sonore et clair, claquait comme un coup de fouet : la soif.

Elle me provoque, pensa-t-il, elle veut me faire croire qu’elle s’est installée confortablement dans la fange où je la fais vivre, elle veut me faire croire qu’elle prend plaisir à s’avilir…

L’espoir était revenu, insidieusement : le maître tenait à toi…

L’évidence de cette séduction l’emplissait d’une quiétude ambivalente : elle aurait voulu les repousser, les faire fuir, les détacher d’elle, provoquer la répugnance, et pourtant la fascination qu’elle exerçait sans le vouloir était sa seule vengeance ; dérisoire dans son infaillibilité.

 Mygale car il était telle l’araignée, lente et secrète, cruelle et féroce, avide et insaisissable dans ses desseins, caché quelque part dans cette demeure où il te séquestrait depuis des mois, une toile de luxe, un piège doré dont il était le geôlier et toi le détenu.

Nous pouvons lui donner des calmants, l’assommer de neuroleptiques, mais, au fond des choses, nous ne pouvons rien tenter de sérieux, et vous le savez : la psychiatrie n’est pas la chirurgie. Nous ne pouvons pas modifier les apparences. Nous ne disposons pas d’outils « thérapeutiques » aussi précis que les vôtres…

Il a anéanti en toi toute velléité de révolte. Tu es devenu sa chose ! Tu es devenue sa chose ! Tu n’es plus rien !

Comme les chaînes, la cave, les piqûres, l’habitude de ce nouveau corps s’est peu à peu installée, jusqu’à te devenir familière. Et puis, à quoi bon penser ?

Vincent est mort il y a deux ans. Le fantôme qui lui survit n’a pas d’importance.

Ce n’est qu’un fantôme, mais il peut encore souffrir, à l’infini.

 

Le texte de Vera : (Auguste de Villiers de l’Isle-Adam – Vera et autres contes cruels :  texte : https://fr.wikisource.org/wiki/Contes_cruels/Texte_entier

 

 

(livre choisi pour le « challenge j’ai lu 2018 » ) : il pourrait convenir à deux catégories : Un livre dont vous avez vu l’adaptation ciné  / Un livre comportant un personnage LGBTQ+

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