Scerbanenco, Giorgio «Mort sur la lagune» (2007)

Scerbanenco, Giorgio «Mort sur la lagune» (2007)

L’auteur : (Source Wikipédia) Giorgio Scerbanenco, né Volodymyr-Djordjo Chtcherbanenko (en ukrainien : Володимир-Джорджо Щербаненко) à Kiev le 27 juillet 1911 et mort à Milan le 27 octobre 1969, est un écrivain de polar italien. Il est né en Ukraine, à Kiev, de mère italienne et de père ukrainien. Il arrive en Italie, à Rome, avec sa mère à l’âge de six mois. En 1917, lors de la révolution russe, tous deux retournent en Russie pour retrouver leur mari et père, mais celui-ci a été fusillé par les bolcheviques. Il rentre donc avec sa mère en Italie, d’abord à Rome puis, à seize ans, à Milan. Il est alors orphelin. Il arrête très tôt ses études pour des raisons financières. Sans diplôme, il gagne sa vie péniblement en acceptant des emplois mal payés de manœuvre, de balayeur ou de magasinier. Les privations, la malnutrition et une santé très fragile entraînent son hospitalisation dans un sanatorium à Sandrio, près de la frontière suisse. C’est pendant ce repos forcé qu’il se met à l’écriture de plusieurs nouvelles publiées à partir de 1933. Auparavant, il commence à collaborer à des journaux féminins, d’abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l’eau de rose, ainsi qu’au courrier du cœur. Il écrira également des westerns et de la science-fiction.
Il publie son premier roman policier Sei giorni di preavviso en 1940, c’est le premier d’une série qui sera republiée dans Cinque Casi per l’Investigatore Jelling.
En 1943, il se réfugie en Suisse où il restera jusqu’en 1945. Il passe d’abord par le camp de réfugiés de Büsserach puis est accueilli, dans le canton du Tessin, par des amies suisses de son épouse, Teresa. Pendant son exil il écrit un roman Non rimanere soli qui en transpose l’expérience bien qu’il ait dû, comme il l’écrit lui-même dans l’avis au lecteur (al lettore) qui précède le roman, obéir aux prescriptions minutieuses de la police du pays dans lequel il a passé ses années d’exil et se contraindre à une neutralité hypersensible (ipersensibile neutralità) et donc à changer les noms des personnes et des lieux. C’est également en Suisse qu’il écrira Lupa in convento, Annalisa e il passagio a livello, Tecla e Rosellina ainsi qu’un roman de science-fiction — qualifié de sombre (cupo) par sa fille Cecilia dans l’avant-propos du recueil intitulé Annalisa e il passagio a livello contenant la nouvelle de même titre et Tecla e Rosellina, publié en 2007 par Sellerio à Palerme.
La renommée internationale intervient avec la série des Duca Lamberti — quatre romans dont Vénus privée, adapté à l’écran par Yves Boisset sous le titre Cran d’arrêt en 1970. Il y dépeint une Italie des années 1960 difficile, parfois méchante, désireuse de se développer mais désenchantée, loin de l’image édulcorée et brillante de l’Italie du boom économique.
Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968.
Il peut être considéré comme un des maîtres des écrivains italiens de romans noirs à partir des années 1970.
Depuis 1993, le prix Scerbanenco récompense le meilleur roman policier ou noir italien publié l’année précédente. Ce prix est décerné lors du Festival du film noir de Courmayeur.
Depuis 2001, Laurent Lombard (université d’Avignon) a proposé en traduction des textes inédits en France aux éditions Rivages/noir : (La trilogie de la mer : Le Sable ne se souvient pas, Mort sur la lagune, Les Amants du bord de mer) ainsi qu’une nouvelle traduction de la série Duca Lamberti en cours de parution chez le même éditeur.

 

La trilogie de la mer : Né sempre né mai  1974 (2)– Publié en français sous le titre Mort sur la lagune, Paris, Payot & Rivages, Rivages/Noir no 654 septembre 2007 – 240 pages)

Résumé : Marta a quitté Milan pour aller passer quelques jours seule, dans la petite maison de Paolo, non loin d’une lagune déserte en cette saison. Mais le lendemain, elle a la désagréable surprise d’être réveillée par deux policiers qui lui demandent ce qu’elle fait là. Ils lui apprennent que Paolo a été assassiné quatre jours plus tôt dans cette même maison. Marta n’avait pas vu les scellés qui condamnaient la porte. Arrêtée, puis libérée, elle ne rentre pas chez elle. Elle continue en direction de la mer et retrouve deux amis, Rik et sa soeur Rossella. L’ombre du mort plane sur les trois jeunes gens qui, en faisant revenir le passé, ont l’impression de condamner irrémédiablement leur avenir. Dans le décor nostalgique de cette station balnéaire à la fin de l’hiver, les êtres se déchirent… Les vérités enfouies et douloureuses, les destins gâchés, les illusions perdues sont les thèmes de ce troisième roman de la mer du grand maître Italien, porté par une écriture à la fois poignante et lumineuse.

Mon avis : Avec ce livre je finis la trilogie de la mer. On ne peut pas dire que ce soit un polar, bien qu’il y ait eu crime. Fin octobre, au bord de la mer, à Lignano (Près d’Udine) une station désertée par les touristes, un « giallo » italien empreint d’amour, de tendresse et de mélancolie. Un jeune homme a été retrouvé mort : c’était le play-boy du coin, qui collectionnait les conquêtes et qui les laissait tomber. Un beau gosse peut-être mais qui laissait sur son passage des jeunes filles au cœur brisé. Dans cette station ou les jeunes d’Udine se retrouvent été après été depuis leur plus jeune âge, tous le connaissent et il a blessé tans les filles que les garçons. Ce roman parle d’amours déçues, d’illusions déçues, de la peur de retomber amoureux. C’est un roman sur la fuite, le mensonge, la peur de reconnaitre ses actes. C’est aussi un roman sur les relations entre les parents et les enfants, sur la peur de se confier et sur les dégâts que peuvent causer les non-dits.

Dans un paysage d’automne balayé par le vent et la tempête, des jeunes essayent de passer de l’âge du premier amour à l’âge adulte.

Et j’apprécie toujours autant la sensibilité de cet auteur.

 

Extraits :

Et bien qu’elle n’y fût plus depuis fort longtemps, ça ne changeait rien : elle n’était plus là, et l’on ne se s’habitue jamais à un manque, à une absence. Et l’absence de sa mère était dans toute la maison. Il semblait que même les meubles, les tableaux, les tapis, les horloges éparpillées un peu partout – un hobby de sa mère – ne se résignaient pas à cette absence définitive et totale.

Il n’y avait de vivant que les taches de soleil qui scintillaient dans de petites flaques. Et l’odeur de la mer, puissante à cet instant, comme la respiration d’un géant, étendu un peu plus loin, au-delà de la pinède.

Ces yeux dans lesquels il savait lire comme dans un livre écrit dans une langue étrangère, difficile, mais qu’il avait étudiée longtemps et qu’il savait plus ou moins déchiffrer. Et là, justement, il ne comprenait pas ce qu’ils disaient, ces yeux.

Elle ne parvenait plus à croire à aucune tendresse, non pas par cynisme ni par amertume, mais seulement par crainte.

Elle avait peur des moments de bonheur. Ils sont comme du cristal très fragile qui peut se briser au moindre contact.

Puis ils se retrouvaient, recommençaient à tisser la toile de tendresse de leurs sentiments, et quand elle était presque terminée, quand ils se sentaient proches à ne plus pouvoir se séparer, un événement les séparait à nouveau, les éloignait. Ils n’arrivaient pas à rester ensemble, pour ainsi dire « ni toujours ni jamais ». Ils ne se séparaient jamais complètement mais ne restaient jamais vraiment ensemble.

La plage avait disparu dans un brouillard, qui n’était pas du brouillard, mais du sable que soulevait le vent. La mer se voyait à peine à travers ce voile jaune-gris. Le soleil aussi en était obscurci.

La colère grondait encore en lui, tel un ressac, mais elle était en train de s’éloigner.

Elle ne voulait pas réfléchir, mais on ne peut pas couper le fil de ses pensées.

Il y avait trop de lumière, presque trop de printemps pour avoir peur.

Ses seuls amis étaient la mer, les chevaux, les arbres de la pinède.

Il faut espérer jusqu’au bout, même quand tout espoir semble vain.

Il n’y avait pas de soleil ; de très hauts nuages rendaient tout gris, mais pas triste : la tristesse était en eux.

Il avait devant lui, pour ainsi dire, non pas une femme, mais une bombe d’amour sur le point d’exploser.

 

Info : La bora (en croate, bura, en slovène burja, en bulgare, буря, en turc, poyraz) est un vent catabatique du nord nord-est qui souffle sur la mer Adriatique, la mer Noire, la Grèce et la Turquie. En hiver il est souvent violent, avec une vitesse moyenne de 50 à 80 km/h avec des rafales qui ont été mesurées à 180 km/h sur le golfe de Trieste. Près des villes de Senj, Stara Novalja (en), Karlobag et au sud du tunnel de Sveti Rok (en) en Croatie, la bora peut atteindre 220 km/h et le 15 mars 2006, une rafale à 235 km/h a été mesurée sur le pont de l’île de Pag (hr). Le nom bora provient de Borée, dieu de la mythologie grecque, personnification du vent du nord.

 

 

(livre choisi pour le « challenge j’ai lu 2018 » ) : Un livre se passant au bord de la mer

 

 

 

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