Kerr, Philip «Hôtel Adlon» (2012)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

6 ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie) Tome 6 : Hôtel Adlon (2012) se déroule en 1934 et 1954

Résumé : Berlin, 1934. Bernie Gunther, chassé de la Kripo, gangrenée par les nazis, en raison de ses sympathies pour la république de Weimar, s’est reconverti : il est maintenant responsable de la sécurité de l’Hôtel Adlon. Alors qu’il s’échine à effacer de sa généalogie un quart de sang juif, le patron d’une entreprise de construction est assassiné dans sa chambre après avoir passé la soirée avec un homme d’affaires américain véreux, ami de hauts dignitaires nazis. Une séduisante journaliste, chargée par le Herald Tribune d’enquêter sur la préparation des Jeux olympiques de Berlin, engage Bernie. Le sort d’un boxeur juif dont le corps a été repêché dans la Spree lui semble le bon moyen pour rendre compte du climat de démence meurtrière et de répression antisémite qui règne sur la capitale allemande.

Mon avis : Toujours retrouvé avec autant de plaisir que d’intérêt mon cher « Bernie ». Cette fois ci on aura le plaisir d’en apprendre un peu plus sur LA Cuba de Fulgencio Batista. Toujours cet humour corrosif et je ne vais pas tarder à enchainer sur le tome 7… Je suis ravie que P. Kerr ait fait mentir le titre de « Trilogie berlinoise »… Moi qui ne suis pas une passionnée de l’histoire du XXème siècle, je lis et apprends avec plaisir en compagnie de Bernie.. Et merci encore à ma chère N@n de m’avoir mis le pied à l’étrier en m’offrant ma première lecture de cette série…

Extraits :

C’est peut-être Dieu qui a inventé le diable, mais c’est l’Autriche qui nous a donné le Führer.

Toute mon expérience de policier me disait de ne pas me fier à elle. Il est vrai que mon expérience récente en tant qu’Allemand me disait de ne me fier à personne.

Je faillis lui répondre qu’avant de perdre son sang-froid encore faudrait-il qu’il soit capable de le garder

Un Berlinois est quelqu’un qui pense qu’il vaut mieux se montrer un tout petit peu moins poli que le commun des mortels ne le juge nécessaire.

Leurs tuniques brunes et leurs brassards rouges les rendaient facilement reconnaissables, ce qui m’incitait à penser que les fonctionnaires nazis et les faisans avaient au moins une chose en commun : il n’était pas nécessaire de les connaître personnellement pour avoir envie de leur tirer dessus.

Le secret, dans ma profession, c’est d’avoir des réponses toutes prêtes aux questions auxquelles les autres n’ont même pas songé. Un air d’omniscience constitue un atout fort utile pour un dieu, ou, de fait, pour un détective.

Je ne suis pas un nazi. Je suis un Allemand. Ce n’est pas la même chose. Un Allemand est un homme qui arrive à surmonter ses pires préjugés. Un nazi, quelqu’un qui les change en lois.

Les Berlinois ne brillent pas par leur sens aigu de l’hospitalité. Mais à présent, on se serait cru à Hamelin après le départ des enfants. On avait toujours les rats, bien sûr.

Le visage des instances et de la bureaucratie totalitaires. Ce visage ne cherche pas à plaire. Il n’est pas là pour vous rendre service. Il se moque que vous viviez ou que vous mourriez. Il ne vous considère pas comme un citoyen, mais comme un objet à trier – direction l’escalier ou la sortie. C’est à ça que ressemble un homme quand il cesse de se comporter comme un être humain pour se transformer en une sorte de robot.

J’avais vu les dégâts provoqués sur un homme par une balle de Mauser. Ce n’est pas le trou qu’elle fait en entrant qui me donna matière à réflexion, mais le trou qu’elle fait en sortant. La même différence qu’entre une cacahuète et une orange.

Plus je vieillis et plus je croirais volontiers que mon propre passé appartient à la vie d’un autre et que je ne suis qu’une âme perdue dans les limbes, une sorte de Hollandais volant condamné à parcourir les mers pour l’éternité.

Les nazis et Hitler. Qu’est-ce que vous en pensez ?
– J’essaie de ne pas y penser. Mais quand ça m’arrive, je me dis que, pendant une courte période, la langue allemande a été une suite de très grands mots allemands formés à partir d’une pensée allemande très petite. »

La plupart des femmes possèdent un cadran de vulnérabilité. Dont elles peuvent faire varier l’intensité comme bon leur semble, et qui agit sur les hommes comme de l’herbe à chat.

L’homme est aussi glissant qu’un ananas coupé en tranches

 

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

Prix Renaudot 2017

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Faut-il lire « la Disparition de Josef Mengele », d’Olivier Guez ? –> Ecoutez

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

McCoy, Sarah «Un goût de cannelle et d’espoir» (2014)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

 

Résumé : Une boulangerie allemande prise dans les tourments de l’histoire., une famille déchirée par les horreurs de la guerre, l’innocence confrontée à un choix terrible… Bouleversant d’émotion, un roman porteur d’une magnifique leçon de vie et de tolérance. Garmisch, 1944. Elsie Schmidt, seize ans, traverse la guerre à l’abri dans la boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi qui la courtise. Mais, quand un petit garçon juif frappe à sa porte, la suppliant de le cacher, la jeune fille doit choisir son camp… Soixante ans plus tard. A El Paso, près de la frontière mexicaine, la journaliste Reba Adams réalise un reportage sur la boulangerie tenue par Elsie. Peu à peu, elle comprend que la vieille dame a beaucoup plus à révéler qu’elle ne veut bien le dire. Comment la jeune Allemande est-elle arrivée au Texas ? Quels drames elle et les siens ont-ils traversés ? Qui a pu être sauvé ?

« Un dilemme passionnant, un roman déchirant à dévorer d’une traite. »ELLE

« Un bijou de roman, aussi beau que déchirant, écrit juste comme je les aime : le passé qui revient hanter le présent, des héroïnes attachantes, une fin lumineuse pleine d’espoir. »Tatiana de Rosnay

 Mon avis : Le vrai page-turner féminin… Sur fond de guerre en Allemagne. Les habitants font ce qu’il faut pour survivre, certains croient en Hitler et en la grandeur de l’Allemagne ou font semblant d’y croire, d’autres font selon leur cœur et leur conscience, en secret et dans la peur.
Au XXIème siècle, ce ne sont pas les juifs qui sont chassés quand ils tentent de quitter l’Allemagne mais les chicanos quand ils essaient de venir en Amérique pour avoir une vie meilleure..
Un roman feministe ; les femmes ont la vedette . Il y a les fortes et les faibles, la solidarité, la peur d’aimer, de se lancer et la question : carrière ou amour ? Le poids des non-dits, des secrets, des mensonges… et pour être heureux.. il faut s’accepter tel qu’on est et accepter les autres tels qu’ils sont.
Jolie histoire avec des personnages attachants sur fond de pâtisserie… A la fin les recettes : je retiens celle du crumble épicé… qui doit être dans mes compétences…

 Extraits:

Tant que le monde tournera, les hommes continueront à se réveiller affamés le matin.

Elle ne reconnut pas les battements de son cœur, comme si quelqu’un d’autre s’était introduit en elle pour marteler cérémonieusement, alors que le reste de son corps gisait inerte et froid.

C’est une ville frontalière, ça, c’est sûr, un endroit de transit, de passage, mais certains y restent pour de bon. Coincés entre là où ils étaient et là où ils se rendaient. Et après quelques années, on ne se souvient plus de sa destination, de toute façon. Alors, on s’installe.

Ce n’est pas parce que vous êtes née quelque part que vous êtes chez vous,

C’était comme se rappeler le goût d’un fruit qu’on aurait vu seulement en peinture, mais jamais mangé.

Ça faisait du bien de faire comme si le monde était merveilleux ; avaler les peurs, engloutir les souvenirs, baisser la garde et profiter, ne serait-ce que l’espace de quelques heures.

La tristesse l’avait frappée de plein fouet ce soir-là, la rongeant de l’intérieur.

Le mensonge semblait pourtant la voie la plus simple vers la réinvention

Elle avait espéré qu’en parlant d’amour elle échapperait à ses démons. Comme ce ne fut pas le cas, elle se mit à se demander si l’amour suffisait.

Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, des choses qui ont été, mais ne sont plus.

Dans l’obscurité, la vapeur de la bouilloire s’éleva tel un fantôme en colère.

Être nazi est un positionnement politique, pas une ethnie. Le fait que je sois allemande ne fait pas de moi une nazie.

Il avait compris qu’on pouvait influencer son prochain par le discours bien plus que par n’importe quelle autre force.

Plus il vieillissait, plus il avait l’impression que tout le monde rajeunissait autour de lui.

Il voyait la vie en noir et blanc, et elle avait toujours trouvé cela rassurant. Qu’il parte explorer les différentes teintes de gris la dérangeait.

— Ce n’est qu’une tempête, l’avait-il rassurée.
— Oui, mais ça me rappelle qu’elles peuvent encore éclater.

  Baisse la tête, fais ce que tu as à faire, ne pose pas de questions et tu seras récompensé au bout du compte

les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson.

la vérité peut être une chose incroyablement difficile à saisir. Elle est embrouillée par le temps et l’humanité, et par la façon dont chacun vit sa propre expérience.

Elle en avait assez de faire semblant de croire ce qu’elle ne croyait pas et d’être ce qu’elle n’était pas.

Sors la tête de l’eau. Souviens-toi de ce que je t’ai dit : lève la tête, ma belle, ou tu vas rater l’arc-en-ciel !

on ne peut pas forcer quelqu’un à voir notre vérité

c’est ma tête qui mentait à mon cœur

Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants.

Elle avait appris que le passé était une mosaïque floue faite de bon et de mauvais. Il fallait admettre sa part dans les deux et s’en souvenir. Si on essayait d’oublier, de fuir ses peurs, ses regrets et ses fautes, ils finissaient par vous retrouver et vous consumer

Vuillard, Eric «L’ordre du jour» (2017)

L’auteur : Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet.

Actes Sud – 160 pages – Prix Goncourt 2017

Résumé : L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » E.V.

Mon avis : 1933- 1938, avant l’Anschluss. Une page d’histoire pas jolie jolie que nous raconte Eric Vuillard. Le livre commence avec la rencontre entre Herman Goering et Adolf Hitler et vingt-quatre dirigeants des plus importantes entreprises allemandes qui vont financer sans moufter la campagne nazie… Il nous raconte la prise du pouvoir par les nazis, la période qui précède la guerre, et la manière dont Hitler a manœuvré et manipulé les gens. Et au final on se rend compte que tout aurait pu être autrement si les grands industrielles (entre autres) n’avaient pas cédé aux manœuvres d’Hitler… La rencontre entre Chamberlain – Ribbentrop est pour moi le clou du roman ! Hallucinant d’apprendre que Ribbentrop était le locataire de Chamberlain ! Description de l’entrée de Hitler en Autriche avec les véhicules allemands tombant en rade, ferveur des autrichiens, rappels des entretiens Goering/ Ribbentrop …

Un livre court, qui éclaire un pan de l’histoire. Un roman historique ? Moi je vois plus cela comme un essai, un récit sur une période spécifique. En effet l’intrigue se suffit à elle-même et c’est de la grande Histoire sans petite pour l’accompagner…

(Rajout)  Il a obtenu  le Prix Goncourt 2017.  J’avoue ne pas comprendre… Le Goncourt de l’essai oui.. mais du roman ? quel roman ? On a l’impression que cette année tant le Goncourt que le Renaudot ( qui est aussi  un essai mais un peu plus romancé ) focalisent sur le thème de la montée du nazisme plus que sur le roman…

Extraits :

La littérature permet tout, dit-on. Je pourrais donc les faire tourner à l’infini dans l’escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l’un et l’autre. Et en réalité, c’est un peu l’effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse. Nos personnages sont dans le palais pour toujours, comme dans un château ensorcelé.

Mais les entreprises ne meurent pas comme les hommes. Ce sont des corps mystiques qui ne périssent jamais.

Une entreprise est une personne dont tout le sang remonte à la tête. On appelle cela une personne morale.

La corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis.

Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du président du Reichstag, ce 20 février, ne sont rien d’autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie ; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer.

Les manœuvres les plus brutales nous laissent sans voix. On n’ose rien dire. Un être trop poli, trop timide, tout au fond de nous, répond à notre place ; il dit le contraire de ce qu’il faudrait dire.

Enfin, dans un élan désespéré, s’accrochant à sa bonne foi comme à une pauvre bouée de sauvetage…

Pourtant, tout a l’air calme. Les fauteuils sont revêtus d’une tapisserie vulgaire, les coussins sont trop mous, les boiseries régulières, les abat-jour cernés par de petits pompons.

À toute vitesse, dans le plus grand désarroi, il fouille les poches des siècles. Mais sa mémoire est vide, le monde est vide…

une norme constitutionnelle, monsieur, vous barre la route aussi puissamment qu’un tronc d’arbre ou un barrage de police !

Le fait accompli n’est-il pas le plus solide des droits ?

Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas.

Info :

L’escalier de Penrose : un objet impossible prenant la forme d’un escalier. Il a été conçu en 1958 par le généticien britannique Lionel Penrose, en se basant sur le triangle de Penrose créé par son fils, le mathématicien et physicien Roger Penrose. L’escalier de Penrose est une représentation en deux dimensions d’un escalier faisant quatre virages à angle droit, revenant ainsi à son point de départ ; selon la perception commune, les marches forment une boucle, constituant une perpétuelle montée (ou descente, selon le sens de rotation) ; en d’autres termes, il semble n’y avoir ni point le plus haut, ni point le plus bas. (Wikipedia)

 

Image : 15 mars 1938

Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

5ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48

La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

Résumé : 1950. À la fin de La Mort, entre autres, embarqué sous un faux nom pour l’Argentine avec Adolf Eichman, Bernie Gunther va y retrouver le gratin des criminels nazis en exil. Ayant révélé sa véritable identité au chef de la police de Buenos Aires, il constate que sa réputation de détective l’y a précédé. Une jeune fille est assassinée dans des circonstances atroces, et Bernie se dit que cette affaire ressemble étrangement à une enquête non élucidée qui lui avait été confiée lorsqu’il était flic à Berlin sous la république de Weimar. Soupçonnant l’un des très nombreux nazis réfugiés dans sa ville, le chef de la police, sollicite l’aide de Bernie qui accepte sans grand enthousiasme. Une série de flash-backs nous ramènent à Berlin en 1932, éclairant les progrès de ses investigations, qui posent d’embarrassantes questions sur les rapports entre le gouvernement de Perón et les nazis.

Mon avis : Bienvenue à Buenos-Aires ! Dans l’Argentine de Juan et Evita Perón. On continue notre périple en compagnie de Bernie. On se retrouve en Argentine et Bernie va mener l’enquête. De fait des crimes qui ressemblent diablement à une enquête non élucidée se produisent. Quel est le criminel qui a traversé les océans pour continuer ses méfaits. Un criminel reste un criminel. Ce n’est pas le fait de changer de nom qui va changer le bonhomme… Et comme c’est la suite du précédent, nous savons bien qu’il a fui l’Allemagne pour l’Argentine en empruntant la filière nazie mais qu’il est loin d’en être un. J’ai beaucoup aimé ce livre qui éclaire à la fois les politiciens argentins et les anciens SS qui ont fui l’Allemagne. Mengele, Adolf Eichmann, Kammler : des hommes qui nous font frémir… Bernie lui est pareil à lui-même, il ne change pas beaucoup avec les années… toujours aussi incisif, caustique, attachant, et imprévisible ( j’ai halluciné en lisant la scène de la bagarre au concombre…) Historiquement parlant, l’auteur est toujours aussi intéressant à lire. Décidemment j’aime revivre l’histoire avec Bernie. Et comme en fin de livre il quitte l’Argentine, je me réjouis de visiter d’autres pays en sa compagnie…

Extraits :

Quelque part au fond du fleuve, près de Montevideo, gisait l’épave du Graf Spee, un cuirassé de poche invinciblement sabordé par son capitaine en décembre 1939 pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Britanniques. À ma connaissance, c’était la seule et unique incursion de la guerre en Argentine.

Pour pratiquer la langue de Gœthe et de Schiller, vous avez intérêt à aiguiser vos voyelles avec un taille-crayon.

L’humour n’est pas la qualité première des Argentins. Ils sont beaucoup trop soucieux de leur dignité pour rire de grand-chose, sans parler d’eux-mêmes.

S’il n’avait pas l’air d’un commissariat, il en avait indéniablement l’odeur. Tous les commissariats sentent la merde et la peur.

Un homme ne devient pas un psychopathe rien qu’en endossant un uniforme, par conséquent on peut supposer que beaucoup de psychopathes ont trouvé, dans la SS et la Gestapo, un abri douillet en tant qu’assassins et tortionnaires patentés.

Ils ont de nouveaux noms, de nouveaux visages pour certains. Nouveaux noms, nouveaux visages et amnésie. I

Ses sarcasmes étaient aussi caustiques que de l’acide de batterie et, avec un entourage aux capacités intellectuelles inférieures aux siennes, cela faisait fréquemment des éclaboussures.

Difficile de  persuader un homme de nous parler une fois qu’on lui a tranché la tête !

Tous les journaux sont fascistes par nature, Bernie. Quel que soit le pays. Tous les rédacteurs en chef sont des dictateurs. Tout journalisme est autoritaire. Voilà pourquoi les gens s’en servent pour tapisser les cages à oiseaux. »

Parfois, il vaut mieux ne pas lâcher la proie pour l’ombre. C’est ce qu’on appelle la politique.

Romulus et Rémus ont été abandonnés non pas parce qu’ils étaient malades, mais parce que leur mère était une vestale qui avait violé son vœu de chasteté.

« Qu’est-ce que prétend Hitler ? demandai-je. Que la force réside non dans la défense mais dans l’attaque ? »

Mais je suis du genre optimiste. Il faut ça pour être flic. Et quelquefois, il suffit de suivre son instinct.

« Oh, je ne suis pas un hitlérien fervent, mais je crois en Hermann Gœring. C’est un personnage beaucoup plus imposant que Hitler.
— En diamètre, c’est sûr. » Ce fut à mon tour de sourire de ma petite plaisanterie.

Si je n’étais pas flic, je croirais peut-être aux miracles. Mais je le suis et je n’y crois pas. Dans ce boulot, on rencontre des fainéants, des idiots, des pervers et des je-m’en-foutistes. Hélas, c’est ce qu’on appelle un électorat ! »

Et de vous à moi ? Je n’aime pas les nazis. C’est juste que j’aime les communistes un peu moins.

« Ça ne t’arrive jamais d’avoir mal à la bouche ? Avec toutes les saloperies qui en sortent ?

« Et ce n’est pas que j’adore les Juifs. C’est juste que j’adore les antisémites un petit peu moins. »

Voilà le problème d’être un espion. On a vite fait de se croire espionné soi-même.

En Argentine, il vaut mieux tout savoir plutôt que d’en savoir trop.

J’ai été flic, vous vous souvenez ? Nous faisons tout ce que font les criminels, mais pour beaucoup moins d’argent. Ou même pour rien, dans le cas présent.

Je sais la boucler.
— Tout le monde, répondit Skorzeny. Le truc, c’est de le faire et de rester en vie en même temps. »

Mon espagnol s’était beaucoup amélioré, mais il tombait en pièces comme un costume bon marché dès qu’il affrontait l’argot local.

Mais, alors que Berlin faisait étalage de son vice et de sa corruption, Buenos Aires cachait son goût pour la dépravation comme un vieux prêtre qui dissimule une bouteille de cognac dans sa poche de soutane.

Tout le monde disparaît à un moment ou à un autre en Argentine. C’est un passe-temps national.

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Photo : Argentine – Buenos Aires . Casa Rosada

Kerr, Philip «La mort, entre autres» (2009)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

4ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

 

Résumé : 1949. Munich rasée par les bombardements et occupée par les Américains se reconstruit lentement. Bernie Gunther aussi : redevenu détective privé, il vit une passe difficile. Sa femme meurt, il a peu d’argent et surtout, il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Une cliente affriolante lui demande de vérifier que son mari est bien mort, et le voici embarqué dans une aventure qui le dépasse. Tel Phil Marlowe, et en dépit de son cynisme, Gunther est une proie facile pour les femmes fatales. L’Allemagne d’après-guerre reste le miroir de toutes les facettes du Mal et le vrai problème pour Gunther est bientôt de sauver sa peau en essayant de sauver les apparences de la morale. Atmosphère suffocante, hypocrisies et manipulations, faits historiques avérés façonnés au profit de la fiction : du Philip Kerr en très grande forme.

Mon avis : Après la « Trilogie berlinoise » j’ai retrouvé avec plaisir Bernie. Moi qui ne suis pas une grande amatrice de cette période de l’Histoire (je préfère ce qui va de la Préhistoire à la Belle Epoque) j’apprécie les livres de Philip Kerr et leur contexte historique. Dans ce roman j’en ai beaucoup appris sur les brigades du Nakam, ou brigades de la Vengeance israéliennes, sur le camp de Lemberg-Janowska – où fut interné Simon Wiesenthal – et aussi sur les filières d’exfiltration des nazis. En plus (c’est comme quand j’étais petite devant un film), comme je sais qu’il y a encore plusieurs tomes des enquêtes de Bernie, je suis rassurée sur son sort, même quand il se retrouve dans des situations périlleuses… Cet auteur allie l’humour au sens des descriptions et il nous entraine dans des aventures palpitantes. Je ne vais pas tarder à enchaîner avec le suivant…

Extraits :

Il était souriant, mais ses yeux démentaient ce sourire.

Dans ce bâtiment, et entouré de tous ces uniformes noirs, il avait l’air d’un enfant de chœur essayant de se lier d’amitié avec une meute de hyènes.

La petite bouche se crispa sur un sourire qui n’était que lèvres, sans les dents, telle une cicatrice que l’on vient de recoudre.

Je n’avais guère d’autre choix que le désastre ou l’inacceptable.

Le Caire était le diamant serti sur le manche de l’éventail du delta du Nil.

 Là, la quasi-totalité des bâtiments me renvoyaient à ma propre personne – seule leur façade était encore debout, si bien que, dans son aspect général, la rue semblait à peu près intacte, alors qu’en réalité tout était endommagé en profondeur, ravagé par les incendies. Il était grand temps de procéder à quelques réparations.

Il s’exprimait à la cadence d’un canon, c’étaient des salves de mots, courtes et virulentes, comme s’il avait appris comment se comporter envers les malades aux commandes d’un Messerschmitt 109.

Elle donnait autant l’impression d’avoir besoin d’aide que Venise de pluie.

Certaines personnes fument pour se détendre. D’autres pour stimuler leur imagination ou pour se concentrer. Dans mon cas, c’était un mélange des trois.

Son visage évoquait moins Jésus que Ponce Pilate. Les sourcils épais et noirs étaient ses seuls ornements pileux. Le crâne ressemblait au dôme rotatif de l’observatoire de Gôttingen, et chaque oreille privée de lobe à l’aile du démon.

C’était le jour. La lumière se déversait par les fenêtres. Des grains de poussière flottaient au milieu d’éclatantes barres de lumière obliques, comme de minuscules personnages issus de je ne sais quel projecteur de cinéma céleste. Il ne s’agissait peut-être que d’angelots envoyés pour me conduire vers une version possible du paradis. Ou de petits filaments de mon âme, impatients d’accéder à la gloire, partis en éclaireurs sur la route des étoiles avant le reste de ma personne, tâchant de devancer la ruée.

Henkell était de la taille d’un réverbère, avec des cheveux gris-Wehrmacht et un nez en forme d’épaulette de général français. Ses yeux étaient d’un bleu laiteux, avec des iris de la taille d’une pointe de pinceau. Ils ressemblaient à deux petits tas de caviar dans leur soucoupe en porcelaine de Meissen. Son front était creusé d’une ride aussi profonde qu’une tranchée de chemin de fer, et une fossette prêtait à son menton le relief d’un insigne de Volkswagen.

Tu sais, moi, j’ai une théorie : l’amour n’est qu’une forme temporaire de maladie mentale. Une fois qu’on l’a compris, ça se traite. Ça se traite avec des médicaments.

Quelle était la réplique de Sherlock Holmes au docteur Watson ? Vous voyez, mais vous n’observez pas.

Les gens du cru sont à peu près aussi affables qu’une fourche aux dents froides.
— En réalité, ils sont tout à fait amicaux quand vous apprenez à les connaître.
— C’est drôle. Les gens vous disent la même chose quand leur chien vient de vous mordre.

Je suis allemand, et je ne peux rien y changer. Pour l’heure, c’est un peu comme d’avoir sur soi la marque de Caïn.

Je me sentais comme un tableau de grand maître de très petit format, cerné, piégé dans un énorme cadre doré – le genre de cadre qui est censé mettre en valeur l’importance de la toile. Piégé.

il y avait un vieux dicton : ce qui compte, ce n’est pas avec quoi tu tires, mais où tu vises.

Image : Janowska était un camp de travail Nazi, un camp de transit à la périphérie de Lwów (alors en Pologne, actuellement partie de l’Ukraine) créé en septembre 1941. Le camp est appelé Janowska en raison de la rue proche ulica quand la ville a été intégrée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Le camp est détruit en novembre 1943. Selon le Procureur Soviétique au Procès de Nuremberg, Yanov aurait été un camp d’extermination qui aurait fait 200 000 victimes.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Legardinier, Gilles «Le premier miracle» (10.2016)

Auteur : Né en 1965, Gilles Legardinier travaille sur les plateaux de cinéma américains et anglais, notamment comme pyrotechnicien. Il réalise également des films publicitaires, des bandes-annonces et des documentaires sur plusieurs blockbusters. Il se consacre aujourd’hui à la communication pour le cinéma pour de grandes sociétés de production, ainsi qu’à l’écriture de scénarios de bandes dessinées et de romans. Alternant des genres très variés, il s’illustre en livres pour les enfants et la jeunesse avec, notamment, Le Sceau des Maîtres (2002), mais aussi dans le thriller avec L’Exil des Anges (Prix SNCF du polar 2010) et Nous étions les hommes (2011), et, plus récemment, dans le roman humoristique, ce qui lui vaut un succès international avec Demain j’arrête ! (2011), Complètement cramé ! (2012), Et soudain tout change (2013) , Ca peut pas rater! (2014) , Quelqu’un pour qui trembler (2015). Le Premier miracle (2016) est un thriller.

 

Résumé : Karen Holt est agent d’un service de renseignements très particulier. Benjamin Horwood est un universitaire qui ne sait plus où il en est. Elle enquête sur une spectaculaire série de vols d’objets historiques à travers le monde. Lui passe ses vacances en France sur les traces d’un amour perdu. Lorsque le vénérable historien qui aidait Karen à traquer les voleurs hors norme meurt dans d’étranges circonstances, elle n’a d’autre choix que de recruter Ben, quitte à l’obliger.

Ce qu’ils vont vivre va les bouleverser. Ce qu’ils vont découvrir va les fasciner. Ce qu’ils vont affronter peut facilement les détruire… Avec ce nouveau roman, Gilles Legardinier allie pour la première fois tous les talents qui ont fait de lui un exceptionnel auteur de best-sellers. Aventure, intrigue fascinante et humour nous entraînent aux confins des mystères de la science et de l’Histoire.

Mon avis : Toujours sympa à lire Legardinier … Alors sorti pendant la Rentrée Littéraire, certes, mais il ne fait pas partie de la RL2016 … Et surprise de taille… C’est un thriller, un roman d’aventure, et pas une petite comédie …. Entre Indiana Jones et le 5ème élément, j’ai passé un super moment : les personnages sont attachants, le rythme soutenu, le suspense au rendez-vous. L’humour aussi qui cache les fêlures des êtres humains. Je ne vous raconte pas car ce serait dommage de dévoiler l’intrigue mais sachez que vous allez voyager… Si vous aimez les romans de Dos Santos ( en moins touffu au niveau des connaissances scientifiques), si vous avez envie d’aller faire un petit tour en Egypte ancienne… Le super roman de vacances aussi 😉 et avec des parties extrêmement bien documentées ( D’ailleurs si vous souhaitez approfondir plusieurs époques ou faits historiques, vous avez en fin de livre une liste de livres à lire)

Extraits :

en affaires comme dans la vie, il faut savoir se positionner et attendre le bon moment.

Approcher le miracle qui transforme une touche de couleur parfaitement placée en une émotion véritable, jusqu’à sublimer une réalité matérielle en un souffle de sentiment.

Certains hommes dépassent les autres, et ce qu’ils offrent à ce monde nous élève tous.

Alors que notre monde court à sa perte, trouvez-vous qu’il soit digne de consacrer le génie de nos civilisations à la création de vernis à ongles fluo ou d’applications pour gâcher son temps avec un téléphone ?

Par quelle malédiction les mécréants ont-ils asservi l’intelligence au commerce plutôt qu’à la progression et à la survie de notre espèce ? Pourquoi les rêves ont-ils été confisqués au service de pitoyables petits intérêts ? Pourquoi faudrait-il accepter ce monde inféodé à l’argent, à l’immédiat et au vulgaire ?

Comme un pantin désarticulé, il dut s’appuyer contre l’arbre pour se retrouver maladroitement sur ses deux jambes. En quelques secondes, il offrit un parfait condensé de l’évolution de la larve primaire jusqu’à l’Homo erectus.

— Dormir debout, c’est déjà dormir…

Les archéologues ne disent-ils pas que tout ce qui est important est enterré ?

Et vous savez ce que le fait de ne pas comprendre déclenchait chez lui : il ne pensait plus à rien d’autre !

La dérision peut-elle servir de bouclier contre la vie ?

Depuis son plus jeune âge, se retrouver dans la forêt en pleine nuit lui avait toujours donné la chair de poule. Beaucoup d’adultes prétendent que ces peurs disparaissent en grandissant. La plupart mentent.

Les services secrets n’ont pas la moitié des pouvoirs qu’on leur prête. Mais ça les arrange bien que tout le monde le croie.

Certains individus ne comprendront jamais pourquoi jeter des détritus est mauvais pour la collectivité. Ils ne se soucient que de leurs petits intérêts et se moquent de celui d’une société dont ils bénéficient pourtant. Rien ne compte, hormis eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux se croient plus malins, supérieurs. En face, d’autres préfèrent passer leur vie à se taper la corvée plutôt que de voir la rue disparaître sous un chaos d’immondices. C’est une question de nature. Vous êtes volontaire pour assumer, ou simplement bon à profiter. Vous vous montrez responsable ou pas. Pour quelles causes sommes-nous prêts à nous baisser pour ramasser ? Pour quels enjeux sommes-nous décidés à nous lever pour nous battre ? Je vois cette rue comme une version miniature de notre monde.

Le moins démonstratif n’est pas nécessairement le moins attaché.

Je suis convaincu qu’il est impossible de tenter de comprendre l’histoire si nous ne tenons pas compte des rêves et des espoirs de ceux qui l’écrivent. On dit souvent que la foi soulève des montagnes. Je serais tenté d’ajouter qu’à mon sens, il n’y a qu’elle qui en soit capable.

Aucun des apprentis sorciers avides de nous vendre leurs prétendues prouesses ne pourra surpasser le plus humble des potiers, qui en mélangeant la glaise et l’eau, puis en exposant le tout au feu, obtient un résultat capable de résister à l’eau comme au feu.

Aux alentours de l’an 2330 avant notre ère, le pharaon Ounas, dernier de la Ve dynastie, entreprit un long voyage dont il ne révéla la destination à personne.

L’histoire se réécrit sans cesse au fil de ce que nous acceptons d’apprendre chaque jour.

À trois secondes de claquer, il hésitera encore à se confier à Dieu parce qu’il le soupçonnera de travailler pour le camp adverse.

En étudiant le passé, vous ne courez aucun risque. Aucune décision à prendre, aucun choix cornélien, aucune urgence. Tous les dilemmes sont résolus depuis longtemps. Plus rien à sauver ou à condamner. Uniquement des leçons à tirer, en restant bien au chaud, sur la berge, à l’abri du torrent de la vie.

À force d’étudier la vie des autres, le plus souvent à travers les seuls progrès de la science, il en avait un peu oublié de faire sa propre expérience et de fréquenter les vivants.

— C’est juste. Pardonnez-moi. Quand je suis épuisé, je dis n’importe quoi.
— Cela vous arrive aussi quand vous êtes bien reposé.

Chaque existence est un fil dont est tissée l’étoffe du monde. Comparables à des fibres, les vies coulent et ondulent entre hauts et bas, se plient, s’accrochent, résistent et s’usent parfois jusqu’à se déchirer. Tous les êtres vivent dans cet entrelacs sans fin où les destins se croisent, se nouent, liés les uns aux autres par un métier qui s’active depuis la nuit des temps, ajoutant sans cesse son œuvre du jour à l’infinie tapisserie de notre histoire. Tantôt rugueux, tantôt de soie, ce tissu universel et sacré s’avère plus fort que la mort elle-même.

Certains futurs ne tiennent qu’à un fil, et nul ne sait ce qui lui donnera la force de résister ou le fera rompre.

Si la vie n’a pas de prise sur nous, c’est pour une raison toute simple : nous n’attendons plus rien d’elle. Nous avons trop peu à perdre et trop peu à gagner.

Lorsque tout ce qui compte vous échappe, vous n’avez plus envie de rien. Se détacher de tout constitue peut-être la seule voie vers la liberté. L’absence d’intérêt personnel vous épargne les partis pris. Puisque plus rien n’a d’importance, vous ne faites jamais semblant et vous osez réagir à ce que le monde tente de vous imposer. Comme un prisonnier qu’aucune grâce ne viendra sauver et qui peut se permettre de hurler la vérité.

Faites-moi confiance et arrêtez d’appuyer sur la pédale de frein qui n’existe pas sous votre pied. Pour la conduite, je vous rappelle que j’ai la formation…

— Chaque homme a son prix, c’est ça ?
— Je préfère considérer que chaque homme a ses raisons. L’argent n’est jamais une fin en soi – sauf pour les imbéciles, ce que vous n’êtes pas.

 

Image : une photo prise par moi à Abou-Simbel ( pas pu résister de remettre un chat en couverture d’un Legardinier 😉 )