Kerninon, Julia «Buvard» (2014)

Auteur : Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015. Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016. En 2017 elle publie un court récit « Une activité respectable »

Paru chez Le Rouergue (la brune ) en janvier 2014 / 208 pages

Résumé : Un jeune homme réussit à forcer la porte d’une romancière célèbre, Caroline N. Spacek, réfugiée en solitaire dans la campagne anglaise depuis plusieurs années. Très jeune, elle a connu une gloire littéraire rapide et scandaleuse, après une enfance marquée par la violence et la marge. Il finit par s’installer chez elle et recueillir le récit de sa vie. Premier roman d’une auteure âgée de 25 ans.

Mon avis : Pour un premier roman, c’est juste époustouflant, intense ! J’ai beaucoup aimé. Un livre sur l’amour de l’écriture et la solitude de l’écrivain, sur les mots, en premier lieu. Mais aussi un livre sur l’enfance, sur l’amour, sur l’intégration des expériences dans l’écriture. Un huis-clos entre deux personnages, une femme et un homme qui vont se rencontrer et se comprendre car tous deux ont eu une enfance très difficile et qu’ils n’arrivent pas à intégrer. Entre l’intervieweur, Lou et l’interviewée, Caroline, on finit par ne pas savoir qui se confie… de fait les deux … le passé et le présent des deux personnages est au cœur du livre. Au fil des jours, Caroline va se livrer et Lou va aller de surprise en surprise. Très beau texte, puissant, solide. C’est interessant de voir que dans ce premier roman (pour adulte) Julia Kerninon prend la parole au masculin pour faire parler une femme-écrivain. Ode aux mots, à la création, à la poésie. Une fuite en avant qui s’achève en solitaire… après une traversée de la vie bien difficile. C’est le deuxième livre que je lis d’elle – j’avais commencé par le deuxième (Le dernier amour d’Attila Kiss) et je vais enchainer sur le petit récit « Une activité respectable »

Extraits :

dans ce livre-là et tous les autres que j’avais lus dans la foulée, happé, il y avait quelque chose qui m’avait frappé, frappé comme avec un poing obstinément fermé.

Je commençais à penser que j’avais été présomptueux, que ce n’était pas si facile que ça d’interviewer un écrivain, puisque la vérité n’était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu’ils maîtrisaient si bien la fiction que tout ce qu’ils pouvaient imaginer sonnait vrai.

Elle avait beaucoup plus de souvenirs que ce qu’elle avait proclamé au départ. Elle savait très bien où elle allait parce qu’elle allait à reculons. Elle plongeait la tête en arrière comme une nageuse. Dos crawlé. Jour après jour après jour.

J’imaginais une chaîne de montage, lui qui parlait, moi qui tapais, et les phrases partant bien empaquetées sur un tapis roulant, vers une destination qui m’échappait.

j’étais arrivé là guidé par la musique de ses livres, un chant dont la cadence m’avait été tout de suite douloureusement familière, et quand elle me tenait à distance, en tournoyant furieusement dans le jardin ou en se taisant, je me rassemblais moi aussi, dans un souvenir ou un autre qui me rappelait ce que je faisais ici.

j’avais commencé à comprendre ce qu’il pouvait y avoir derrière ces trois mots de bonheur et de paix, et quand il s’était tourné vers moi pour m’embrasser, ça avait été comme de boire le soleil à la bouteille.

Je l’écoutais parler et il me touchait – avec des mots – moi qui n’avais jusqu’ici été touchée que par des mains.

À côté de lui, j’ai senti quelque chose dans sa phrase me heurter, si légèrement que je n’étais pas sûre d’avoir mal.

Mais qu’est-ce que vous vouliez, vous ?
– Tu crois que j’avais appris à vouloir ?

Je l’écoutais, fasciné, rendre leur profondeur de champ aux feuilles des articles que j’avais lus en diagonale avant de venir. Pour raconter ça, elle retrouvait malgré elle la voix précipitée, pierreuse, que j’avais entendue le premier jour et qui avait semblé disparaître ensuite – cette langue presque étrangère qui était sous sa prose, comme une flaque d’essence indétectable dans l’herbe haute.

Eux, ils n’avaient pas besoin de savoir. Ils avaient besoin de boire.

on pouvait partir d’où on voulait, on arrivait toujours au même endroit.

Jamais je n’avais eu à ce point la sensation que ma vie était entre mes mains et d’avoir les doigts écartés.  J’étais beaucoup ivre. Je n’y pensais pas. Je pensais à la solidité de la poésie et à la vie qui doit continuer même si on a oublié pourquoi.

j’avais détourné ma vie passée comme un fleuve, et j’en avais fait quelque chose.

je ne savais pas encore qu’on écrit des choses d’une façon qu’on croit réaliste pour découvrir que le reste du monde n’en a simplement jamais entendu parler.

l’attaque et le scandale sont les formes de consécration les plus solides.

Et je devais me concentrer pour entendre ma propre voix sous le murmure de son souvenir.

je n’avais pas peur de mourir sans avoir fini parce que je savais que je n’avais rien commencé,

Je n’attendais rien, parce que je m’attendais à tout.

sa beauté me sautait au visage comme un chat quand je ne m’y attendais pas.

L’instant intouchable de la rencontre. Le temps qui ne peut pas passer. Le temps qui reste.

j’essayais de comprendre comment les lignes parfaites de mots que j’écrivais avaient pu si bien être des fils barbelés entre nous

Sa voix était grave, élégante, sur la défensive – la voix qu’aurait pu avoir un lion si les lions parlaient dans des téléphones. Alors, je m’étais enroulé autour du combiné, et j’avais écouté ce que cette voix avait à me dire.

on ne me pliait pas avec de l’organza.

C’était seule que je devais faire face à tout ce que l’écriture avait détruit et construit dans ma vie. J’étais enroulée autour de moi-même, autour de la machine à écrire.

La vie était simplement arrivée – la mort aussi. Je pensais à la faillibilité de l’amour et à ce qu’on en avait appris ensemble, aux excuses parfaites que nous pouvons trouver à nos manquements qui ne les rendent pas moins douloureux à ceux qui les ont subis.

Tu sais, en fait, je déteste voyager. J’aime simplement être loin. Si j’ai tellement bougé, c’était d’abord parce que je ne pouvais pas – je ne savais pas – rester. Je n’avais pas d’endroit où rester.

Quand tu sais que quoi que tu fasses, tu seras une cible, tu préfères être une cible mouvante.

Les peintres semblaient savoir ça d’instinct, que ce qu’ils avaient à faire impérativement c’était atteindre une maîtrise irréprochable, et puis tout oublier. La vraie peinture commençait à ce moment-là.

Elle n’avait fait qu’avancer les yeux fermés, dangereuse comme tous ceux qui ne veulent pas savoir, une scie électrique lancée en l’air.

Tu es – toujours – ce qui me manque – quand je me réveille la nuit pour réaliser que tu n’es pas ici – sans comprendre où tu es – pourquoi – comment c’est arrivé – mais apparemment rien n’est arrivé – tout est parti.

Rien ne vaut une main sur l’autre posée. Jamais je n’oublierai aucun de tes mots. Personne ne pourra séparer ceux qui ont été un seul et vont se retrouver.

 J’ai appris beaucoup de choses sur la route, y compris le fait que tant que je ne fais de mal à personne, je ne vais pas transiger sur mon bonheur.

Je suis solide parce que je ne sais pas faire autrement. Ce n’est pas une bonne chose. 

Gallay, Claudie «Les années cerise» (2004)

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010) , Une part de ciel (2013).

Résumé : A l’école, on l’appelle l’Anéanti. Pas seulement parce qu’il collectionne les zéros : sa maison est menacée d’être engloutie par une falaise qui s’effrite peu à peu. Et alors que tous conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s’accrochent à leur chez-eux.

Mon avis: Une fois encore j’ai beaucoup aimé. J’avais déjà lu « Les déferlantes », « Seule Venise », « Dans l’or du temps ». J’apprécie de plus en plus. Cette fois, une plume totalement différente. C’est un enfant qui parle, un enfant qui a un peu de mal à se fondre avec les autres… un parler simple et vrai. Il n’y a pas que la maison qui est au bord du gouffre… Toute la vie du petit garçon est aussi en train de basculer. Et les rapports avec les parents ne sont pas simples. Problèmes de communication et impression de ne pas être à sa place dans son monde. Un livre empreint d’émotion, de tendresse, de nostalgie. Une fois de plus, le paysage est en complète osmose avec les personnages. L’enfant va-t-il se laisser basculer dans le gouffre ? ou va-t-il être sauvé ? Des personnages simples et une histoire émouvante, au rythme de la nature, des orages, de la terre qui s’effrite sous les pas… Des moments lumineux, l’amour pour ses grands-parents, les animaux, et … la grande sœur de son petit copain…

Un joli roman pour les adolescents aussi …

Extraits :

Elle dit « les produits du terroir », même que pendant longtemps j’ai cru que c’était un pays. Comme les produits du Japon ou du Maghreb.

elle portait un pantalon bleu avec un pull très court pour qu’on lui voie le nombril. Tout le reste était en peau.

Je suis au bord. Impossible d’aller plus loin. Impossible de respirer. J’ai du mal à avaler. Je me mets à trembler des jambes et puis des dents. Il suffirait d’écarter les bras pour devenir un papillon.
Un enfant, ça ne s’envole pas, ça tombe. Ça s’écrase et après ça se met dans un trou.

C’est que du silence. Le silence, c’est quelque chose de grand, de rond, on peut s’enfoncer. Je lui montre avec mes mains. Je n’ai pas besoin de mots.

les fades, c’est comme des petits lutins mais en filles. Elles portent des habits de lumière. Si on attend la nuit, on les voit briller.

Quand on fait quelque chose, il faut comprendre pourquoi on le fait. C’est une question de liberté

Sûr, je suis le préféré, mais parfois d’être le préféré, ça étouffe.

Je n’y vois plus rien. C’est les larmes qui font ça. J’en ai plein les yeux. Je renverse la tête pour qu’elles repassent dans mon cerveau. Il y en a trop. Ça fait une épaisseur d’eau qui ne sait plus où aller.

Tant qu’il n’a pas vu de docteur, il allait bien et quand il en a vu un, il est mort.
Maintenant, quand pépé veut lui parler, il va au cimetière.
— Tu parles d’une conversation !

— On a tous quelqu’un… il dit, et il met dans sa voix tellement d’espoir que je commence à réfléchir.

Frappat, Hélène « N’oublie pas de respirer » (2014)

Résumé : Lorsqu’elle traverse les buissons odorants du maquis, en passant par les cuves du lavoir installé sous les arbres, l’odeur verte perd ses pouvoirs. Elle s’affaiblit au contact d’un plus puissant enchantement: la rumeur, toujours égale, toujours renouvelée, des eaux claires et fraîches du fleuve, que l’on écoute, des heures entières, en somnolant, en rêvant, sur les pierres brûlantes et douces, les yeux mi-clos.

Auprès d’une mère inaccessible, visage d’Anna Magnani dissimulé derrière la fumée bleue d’une Gitane, un souvenir est soudain convoqué puis diffracté par celui, lumineux, violent et âpre, granit et ombres bruissantes, de l’été corse. Dans une langue habitée, puissante de tragédie et de modernité mêlées, Hélène Frappat retrouve ici la géographie des origines, l’héritage choisi par les enfants de l’exil.

Paru dans La Collection « Essences » d’Actes Sud – Octobre 2014 – 96 pages

Mon avis : les odeurs et la couleur… les images se mêlent aux parfums pour esquisser les souvenir des passés… le passé gris et le passé multicolore, à l’unisson des sentiments ressentis…D’un côté les tons gris, la fumée, les nuages… De l’autre des couleurs vives. On y ajoute les croyances, les sorcières, les ogres, les légendes, la magie…et même l’enfer de Dante, évoqué au détour du nom de famille, le clan des Lanfranchi… Le noir, ce sont les femmes, le bleu les hommes, le rose les fleurs, le vert les tiges et les mousses, le rouge ce sont les roches… Paris, odeur et couleur de grisaille et de tristesse, même le fleuve est noir et menaçant ; le Sud, que ce soit la Corse ou l’Italie (Fiesole, Florence, Piémont.) c’est le soleil, les nuances, les odeurs de la nature et de la vie (fleurs, forêt…), les aux scintillent…

Et puis moi, si on me parle de Cesare Pavese, (auteur du Métier de vivre), on me cueille par le cœur…

Décidemment, celle collection « Essences » m’enchante… j’espère que de nouveaux contributeurs vont venir y déposer de petits textes… je verrais bien Jeanne Benameur écrire dans cette collection…

Extraits :

C’était l’hiver, ou bien la violence du souvenir interdit les couleurs.

Mon enfance est coupée en deux. La première est tombée dans le puits noir de l’oubli. De l’autre, quelques souvenirs flous s’échappent. La première est en noir en blanc ; l’autre en couleurs.

De l’odeur de la première enfance, je possède des images muettes. Elles ressemblent à des photographies en noir en blanc ; aux instantanés d’une vie à l’arrêt.

L’écran de la mémoire refusait de s’éteindre.

Dans l’air parisien, la fumée de cigarette se confond avec le couvercle protecteur du ciel gris. Elle ponctue les conversations des promeneuses, enveloppe leurs rêveries complices.

La cigarette des jours et des nuits parisiens incarne la jeunesse inconnue de ma mère, une époque qu’au fil du temps j’ai reconstituée à travers le nom des cafés (la Coupole, le Sélect, le Dôme), des peintres (Gen Paul), des luttes (la guerre d’Algérie), des idoles (Sartre, Juliette Gréco, les actrices effrontées de la Nouvelle Vague).

Le maquis était un langage ; la cigarette, un écran de silence opaque.

Elle fait tomber de l’huile d’olive dans une assiette remplie d’eau et, selon les ronds que l’huile dessine, devine si le mal est grave. C’est l’occhiu, l’œil.

Le fusil est une langue sans grammaire, sans liaison.

Le monde des adultes, distinct des créatures errantes, obéit à deux couleurs.

L’odeur bleue est la sueur des hommes, l’odeur de chasse, familière aux chiens, qu’exhalent leurs ventres proéminents, leurs torses aux teintes de terre sèche.

Le noir est l’odeur domestique des pièces où, par les après-midi caniculaires, n’entre jamais la lumière, l’odeur de renfermé des armoires et des buffets, l’air poussiéreux des greniers. C’est le noir sucré des églises, où les bouquets de lys blancs, sur la nappe brodée recouvrant l’autel, face aux bancs où s’entassent les obscures silhouettes, renvoient l’unique lumière.

La pluie douce et grise, les orages violents annonçant la fin de l’été donnent au parfum des eucalyptus une présence insoutenable.

Dans l’enfance de ma mère, les routes en terre rouge formaient des lacs de pluie où sautaient les enfants. En mai et juin, les touffes d’œillets sauvages dressaient leurs corolles rose pâle au sommet des tiges vert tendre que l’averse avait lavées de la poussière écarlate des roches de Monte Rosso, sur la route de Zicavo.
Le torrent même avait son odeur, fétide près du lac noir ou de la plage de Fondilugu (tellement isolée du pont qu’à chaque été, les baigneurs la débarrassaient des troncs d’arbres et des fougères), pétillante dans les cascades d’eau transparente que transperce le soleil. Au lavoir, une senteur écœurante de mousse assaillait les enfants. Avec leurs pieds, ils frottaient les bassins escarpés en granit jusqu’à ce que la mousse, et son odeur verte, disparaisse.

 Après la mort de son frère, Romulus construit une ville qu’il baptise roma, en mémoire peut-être du rumon, fleuve en étrusque, berceau d’eau qui protège les enfants.

De mère en fille, la langue de la forêt et du fleuve se transmet.

C’est une langue nocturne, ponctuée par les signaux qu’envoient les astres, et les mises en garde que les rêves prémonitoires adressent aux dormeurs.

Au bord du chemin, les chardons brandissaient leurs corolles menaçantes.

L’image jaune vient du passé. Sur les routes corses, la même fleur se dresse, couronnée de piquants interdisant de la toucher.

En Corse, les incendies réunissent les hommes. Le feu traverse les montagnes, enjambe les torrents et les lacs. Le feu est langue universelle.

Notre forêt est langage. Sans phrases écrites, sans liaisons, elle est la langue qui parle derrière toute phrase, tout silence. Le silence de ma mère était aussi vivant.

Infos :

le peintre Gen Paul : http://www.roussard.com/genpaul2007/actualites/biographie.html

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

Amoz, Claude « La Découronnée » (2017)

 

Auteur : Née en 1955, Claude Amoz, de son vrai nom Anne-Marie Ozanam, est agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure en khâgne et en chartes au Lycée Henri-IV. Elle a notamment participé à l’édition de La Germanie — Vie d’Agricola de Tacite (1998), des Vies parallèles de Plutarque (2002) et des Portraits de philosophes de Lucien de Samosate (2008) aux éditions des Belles Lettres. En tant que romancière, elle a choisi le pseudonyme androgyne de Claude Amoz pour éviter que ses romans ne soient d’emblée qualifiés de « féminins », avec tous les a priori qui accompagnent cette étiquette. Elle ferait volontiers sienne la formule de Flaubert : « L’écrivain ne doit laisser derrière lui que ses œuvres. Sa vie importe peu » Elle écrit des romans noirs dans lesquels les personnages sont confrontés à « un passé qui ne passe pas » et qui a toujours des conséquences plus ou moins graves. Ses thèmes favoris sont les blessures d’un passé douloureux, la fragilité de la mémoire, la recherche d’identité, la vérité, le désir, la famille, l’Histoire. Elle a déjà publié plusieurs romans noirs remarqués dont Bois-Brûlé, prix Mystère de la critique, et Etoiles cannibales, prix du Polar SNCF.

Paru chez  Rivages – 300 pages – Avril 2017 – Sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017

Résumé : Viâtre, une ville au bord du Rhône. Ce sont les vacances d’été, la chaleur est étouffante. Johan et Guy Mesel sont frères mais tout les oppose: Johan est un universitaire brillant et un passionné d’escalade alors que Guy, complexé par sa petite taille et dévoré par l’eczéma, est agent technique dans un lycée professionnel en montagne. Ils décident d’échanger leurs appartements pour la durée des vacances et c’est ainsi que Guy s’installe dans le logement que Johan vient d’acheter à Viâtre, dans la montée de la Découronnée. Il est saisi par l’atmosphère qui y règne et s’aperçoit que les lieux portent encore la trace des précédents occupants, en particulier un coffre à jouets dans une alcôve. Dans la même ville, Habiba est employée aux cuisines d’un foyer pour SDF sur lequel règne un prêtre tyrannique. La fille d’Habiba, Zahra, partage la vie du père de Camille, une adolescente qui a perdu sa mère dix ans plus tôt. La famille habitait dans la montée de la Découronnée et Camille garde en mémoire des souvenirs flous de scènes violentes entre ses parents. Un mystère plane sur les circonstances de la mort de sa mère dont elle a conservé des photos. Il y a aussi la vieille Maïa, qui a élevé les frères Mesel, et un détective privé pas forcément très doué pour les enquêtes. Tous ces personnages semblent liés d’une façon ou d’une autre à la montée de la Découronnée et aux drames qui s’y sont déroulés…

Mon avis : Une magnifique découverte que cet auteur. Du noir dans la touffeur de la canicule, dans une ville imaginaire des bords du Rhône (Viâtre : ce nom est-il en rapport avec le mot latin Viator qui signifie voyageur, celui qui voyage – en philosophie l’être humain comme un être toujours en devenir, « en route vers », tendu vers un idéal ou à la poursuite de ses désirs ?) Des enquêtes qui vont laisser subsister des zones d’ombre, des personnages attachants de par leurs fêlures ou fractures qui ont tous commencé leur vie avec des « blancs » qu’il va s’agir de combler. Il va leur falloir fouiller et affronter des souvenirs enfouis. Tant que le passé ne refait pas surface, il est impossible de vivre.

Le point de départ : un échange d’appartement entre deux frères pendant les vacances. Une femme qui veut se rapprocher de ses fils adoptifs. Et la quête du passé… un enfant disparu, une mère décédée, des doutes et des soupçons… Les mystères des lieux vont-ils permettre aux images de remonter à la surface ? En s’abritant derrière des prénoms et des déguisements, certains personnages essaient de se protéger pour avancer. Les enquêtes s’apparentent à des fouilles archéologiques et on creuse en profondeur pour ramener à la surface des petits bouts d’informations et faire revivre le passé. Et plus on se penche sur des faits lointains, plus c’est difficile de retrouver des traces… Sensible, émouvant, attachant, profond, bien écrit..

Tout ce que j’aime. Je vous le conseille vivement.

Extraits :

Les vacances d’été, un temps de loisir auquel chacun aspire, mais pour lui, cette année, le mot a retrouvé son sens premier.
Vacances, vacuité, vide.
Un vide dangereux.

les cimes qui enserrent la vallée de l’Arve ne lui inspirent que de l’effroi. De la tristesse aussi, quand le soleil disparaît derrière les parois rocheuses, si tôt. Le ciel est encore bleu, mais d’un bleu glacial, qui serre le cœur.

Ses ambitions se bornent à passer laborieusement d’aujourd’hui à demain, d’une semaine à l’autre.

Encore quelques phrases, puis elle a raccroché, selon l’expression qu’on utilise encore, alors que les appareils ont perdu leur crochet depuis longtemps, avant même d’abandonner leur fil.

« Clair et net » : l’expression le ravit ; il la répète plusieurs fois, d’un ton pénétré. Elle finit par entendre « clarinette ».

Deux vagabonds, chacun aidant l’autre à lancer des racines dans un sol nouveau. Deux boiteux faisant béquille commune. Mais il était impossible d’aller plus loin dans le partage.

cette intuition vient du fait que sa tante ne sait pas lire : elle est ainsi beaucoup plus réceptive aux signes inconscients par lesquels les gens trahissent des vérités qu’ils ignorent parfois eux-mêmes.

Rapetasserun des mots préférés de Sol.
« Réparer, ce serait trop prétentieux. Je les raccommode comme je peux, avec mes outils et mes doigts. Mais elles gardent leurs cicatrices. »

J’ai l’impression que ma mémoire est pleine de trous.
– Vaut mieux pas de souvenirs que des mauvais. »

Tant de choses qu’elle ne peut confier à personne, même à sa propre conscience.

Il dort dans le berceau d’osier qu’on appelle ici un moïse. Et l’histoire de Moïse lui revient.

Cette femme porte une absence en elle, comme une blessure.

Un tesson à côté du tesson qu’il faut, une confidence confrontée à une autre, qui la complète exactement, des rapprochements patients, et la vérité se retrouvera.

Le temps est une illusion, tout dépend de l’intensité avec laquelle tu le vis : quelques minutes peuvent être beaucoup plus riches que des années d’indolence.

la misère a changé de visage. Les pauvres ne sont plus squelettiques, mais boursouflés. Et c’est pareil pour le teint. Autrefois, les riches se protégeaient du soleil tandis que les paysans étaient tannés par les travaux du dehors : maintenant bronzage et minceur sont signes de réussite.

Les choses qu’on essaie d’enfouir finissent toujours par remonter.

Tout fils qui naîtra, jetez-le au fleuve… ordonne Pharaon.
Le Nil… Le Rhône

En hébreu, on ne dit pas la mer Morte, mais la mer de sel. Yam hamelahr.
Le sel, les larmes.

Le jour est levé, mais on dirait qu’il n’y a pas eu de nuit. Les corps ont de plus en plus de mal à supporter cette chaleur qui ne leur laisse aucun répit, même pendant l’obscurité.

Les gens à la dérive ont besoin de croyances, et plus celles-ci sont étranges, plus elles les rassurent.

le pont Noyé. Un symbole de solitude. Ne dit-on pas que les gens qui renoncent à communiquer coupent les ponts ?

Voilà ce qu’elle a gagné à fouiller dans le passé : réveiller les vieilles peurs, se retrouver fragile, nue.

Dehors, la chaleur semble encore plus violente, comme si l’absence du soleil lui conférait une existence autonome.

Ces derniers temps, elle se plaint de voir les objets lui échapper, c’est le mot qu’elle emploie. »

Les choses lui échappent, la vie lui échappe – cette phrase triste qui leur vient à l’esprit à tous deux, aucun ne la prononce.

Infos : ( pas trouvé de Fort de Dun en France)

Fort de Dun : Dun Aengus ou Dun Aonghus (Dún Aonghasa en irlandais) se situe sur Inis Mór, une des Îles d’Aran, au nord-ouest de l’Irlande. Dún Aengus est un site archéologique important, qui offre un panorama spectaculaire. Dún Aengus a été appelé « le monument barbare le plus magnifique d’Europe ». Le nom de Dún Aengus signifie « le fort d’Aengus », dun signifie « forteresse » en gaélique. Dans la mythologie celtique irlandaise, Aengus ou Oengus est un dieu solaire fils du Dagda. Ce nom pourrait avoir été celui du chef des Fir Bolg réfugiés dans l’île après leur défaite dans la guerre qui les opposa aux Tuatha Dé Danann selon le Lebor Gabála Érenn.

Stedman, M.L. «Une vie entre deux océans» (2013)

Auteur : M. L. Stedman est née en Australie et vit désormais à Londres. Une vie entre deux océans est son premier roman, plébiscité dans le monde entier.

Paru chez Stock en 2013 et au livre de poche en 2014 ( Un film en a été tiré mais j’ai tellement aimé le livre que je ne vais pas regarder le film)

Résumé : Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.

Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…

Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du cœur et du sang.

Mon avis : une lecture qui touche au cœur.. Sur la détresse de perdre un enfant, sur l’amour maternel, sur les liens du sang… Un premier roman qui se déroule en dehors du monde… sur une île avec un gardien de phare. Simple et complexe, un livre dominé par les éléments et la nature… La rencontre entre deux océans, entre un homme et une femme entre le bien et le mal, entre la solitude et l’attachement, entre le devoir et le mensonge, entre la culpabilité et le sacrifice… Le contraste aussi entre la vie rude et belle dans l’île et la vie à terre. La vie va basculer plusieurs fois, au gré des éléments, des rencontres. Sauvagerie des humains, éléments déchainés, violence et douceur, amour et trahison : un livre magnifique. Un amour finira par triompher… mais lequel ? Un gros coup de cœur qui m’a fait penser à bien des égards au livre d’Emily Brontë « Les Hauts de Hurlevent »…

Extraits :

elle était la plus haute d’une chaîne de montagnes sous-marines qui s’étaient élevées du fond de l’océan comme des dents sur une mâchoire déchiquetée, prêtes à dévorer tout navire égaré en quête de refuge

Les nouvelles du monde extérieur arrivaient comme la pluie tombe des arbres, quelques bribes par-ci, quelques rumeurs par-là.

Elle avait le visage aussi dur que le fer dont se servaient les lads pour clouer les fers aux sabots des chevaux, et le cœur à l’avenant.

Londres… Eh bien ! je dois dire que j’ai trouvé ça plutôt sinistre, pendant mes permissions. C’est gris, lugubre et froid comme un cadavre.

Quelquefois, c’est mieux de laisser le passé à sa place.
– Mais la famille ne fait jamais partie du passé. Vous l’emportez partout avec vous, où que vous alliez.
– C’est bien dommage. »

Il y avait chez lui une part de mystère – comme s’il se réfugiait loin derrière son sourire

« Tu sais que le mot “janvier” vient de Janus ? Ce mois tient son nom du même dieu que cette île. Il a deux visages, dos à dos. Un gars plutôt moche.
– C’est le dieu de quoi ?
– Des seuils. Il regarde toujours des deux côtés, il est écartelé entre deux façons de voir les choses. Janvier regarde en avant vers la nouvelle année, mais aussi en arrière vers celle qui vient de s’écouler. Il voit le passé et l’avenir. Tout comme l’île donne sur deux océans, vers le pôle Sud et vers l’équateur.

Le simple fait de penser au travail qui l’attendait lui demandait plus d’énergie qu’elle pourrait en mobiliser pour l’accomplir.

Je pourrais écrire un livre sur les choses qui finissent par se retrouver dans un piano, même si je suis incapable de dire comment elles arrivent là.

Et au-delà de tout cela, bourdonnait encore la sombre douleur du vide.

Le simple fait que le bébé n’exige rien de lui éveillait en son for intérieur une sorte de respect, qui ne semblait pas motivé par quelque chose que la raison pourrait appréhender.

Une fois installé sur un phare en pleine mer, vous pouvez vivre l’histoire que vous choisissez de vous raconter et personne ne vous dira que cela n’a aucun sens, ni les mouettes, ni les prismes, ni le vent.

Mais si un parent perdait un enfant, il n’y avait pas de mot spécifique pour ce chagrin-là. Ils étaient encore un père ou une mère, même s’ils n’avaient plus de fils ou de fille.

La ville tire un voile sur certains événements. C’est une petite communauté où chacun sait que la promesse d’oubli est parfois aussi importante que celle du souvenir.

Les océans n’ont pas de limites. Ils ne connaissent ni début ni fin. Le vent ne s’arrête jamais. Il lui arrive de disparaître, mais uniquement pour reprendre des forces ailleurs, et il revient se jeter contre l’île, comme pour signifier quelque chose …

La question n’est pas de savoir ce que tu as dans le crâne, mais dans tes entrailles.

le bien et le mal, ça peut être comme deux foutus serpents : si emmêlés qu’on ne peut les différencier que lorsqu’on les a tués tous les deux et alors il est trop tard.

le meilleur moyen de rendre un gars cinglé, c’est de lui faire revivre sa guerre jusqu’à ce qu’il comprenne

Raccroche-toi au présent. Arrange ce qui peut être arrangé aujourd’hui, et laisse filer les choses du passé. Laisse le reste aux anges, au diable ou à qui en a la charge

À mesure qu’elle apprenait à maîtriser le langage, elle devenait capable de sonder le monde autour d’elle, tissant son histoire personnelle.

Dans l’eau, elle sait faire la différence entre l’aileron d’un gentil dauphin, qui monte et qui descend, de celui d’un requin, qui reste au-dessus de la surface quand il fend l’eau.

Alors qu’elle errait parmi ces souvenirs, dont elle tirait du réconfort comme un nectar d’une fleur mourante, elle avait conscience de l’ombre qui planait derrière elle, et qu’elle aurait été incapable de regarder. Cette ombre la visitait dans ses rêves, aussi floue que terrifiante

Il suffit de pardonner une fois. Tandis que la rancune, il faut l’entretenir à longueur de journée, et recommencer tous les jours.

Les années rongent le sens des choses jusqu’à ce que ne reste plus qu’un passé blanc comme l’os, dépourvu de tout sentiment et de tout sens.

Je ne vais pas te dire au revoir, au cas où Dieu m’entende et pense que je suis prête à partir.

Les cicatrices ne sont que des souvenirs d’un autre genre.

Bientôt, les jours se refermeront sur leurs existences, l’herbe poussera sur leurs tombes, jusqu’à ce que leur histoire se résume à quelques mots gravés sur une stèle que l’on ne vient jamais voir.

 

Bussi, Michel «Maman a tort» (2015)

Auteur : Michel Bussi a commencé à écrire dans les années 1990. Alors jeune professeur de géographie à l’université de Rouen, il écrit un premier roman, situé à l’époque du Débarquement de Normandie. Ce dernier est refusé par l’ensemble des maisons d’édition. Il écrit quelques nouvelles, s’attelle à l’exercice de l’écriture de scénarios mais sans parvenir à les faire publier. Il attendra dix ans pour que l’idée d’un roman, inspiré d’un voyage à Rome au moment du pic de popularité du Da Vinci Code de Dan Brown, s’impose. Ce succès d’édition international, ainsi que la lecture d’une réédition de Maurice Leblanc pour le centenaire d’Arsène Lupin, le poussent à se lancer dans un travail d’enquêteur. De retour à Rouen, équipé de ses cartes de l’IGN, il noircit des carnets jusqu’à pouvoir proposer, en 2006, un manuscrit intitulé Code Lupin à un éditeur régional et universitaire, les éditions des Falaises. Ce premier roman sera réédité neuf fois.

Plusieurs années seront nécessaires pour que les ouvrages de Michel Bussi, qui paraissent au rythme d’un par an, tel Mourir sur Seine en 2008, ou Nymphéas Noirs en 2011, voient leurs ventes s’envoler. Après une série de récompenses locales, grâce à ses premières éditions en livre de poche, mais surtout grâce à la sortie en rayon polar de son ouvrage maître Un avion sans elle, l’auteur géographe est propulsé sur le devant de la scène.

Une des particularités de son travail est de situer la majorité de ses romans en Normandie. Son roman N’oublier jamais, sorti en mai 2014, met « plus que jamais6 » la Normandie au cœur de son intrigue, tout comme Maman a tort (qui se déroule au Havre), sorti en mai 2015. Son dernier roman cependant, Le temps est assassin, sorti en mai 2016, se déroule en Corse.

Ses romans : Code Lupin (2006) – Omaha crimes /Gravé dans le sable (20067/2014) – Mourir sur Seine (2008) – Sang famille (2009 épuisé) –Nymphéas noirs (2011) – Un avion sans ailes (2012) – Ne lâche pas ma main (2013) – N’oublier jamais (2014) – Maman a tort (2015) – Le temps est assassin (2016) –

Résumé : Mardi 2 novembre 2015. Lorsque Vasile, psychologue scolaire, se rend au commissariat du Havre pour rencontrer la commandante Marianne Augresse, il sait qu’il doit se montrer convaincant. Très convaincant. Si cette fichue affaire du spectaculaire casse de Deauville, avec ses principaux suspects en cavale et son butin introuvable, ne traînait pas autant, Marianne ne l’aurait peut-être pas écouté. Car ce qu’il raconte est invraisemblable : Malone, trois ans et demi, affirme que sa mère n’est pas sa vraie mère.  Sa mémoire, comme celle de tout enfant, est fragile, elle ne tient qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche…  Vasile le croit pourtant. Et pressent le danger.  Jeudi 4 novembre 2015, tout bascule.  Le compte à rebours a commencé.  Qui est Malone ?

Mon avis : Toujours un plaisir de lire un livre de Michel Bussi car je sais qu’il va me raconter une histoire et que je vais être à la fois émue et surprise… Un vrai moment de détente, sans prise de tête, quoique.… Une histoire, un suspense, qui va jusqu’à la dernière page et une fois encore je me suis fait balader sur les fausses pistes! Tendre ! Inventif … Faut-il faire confiance à son instinct ? l’intuition est-elle bonne conseillère ? Les enfants invente-ils toujours ? Y-a-t-il du vrai dans ce qu’ils racontent et semble invraisemblable ? Rapport à la maternité, rapport enfant/Maman, petite enfance, rôle de la mère, désir d’enfant, mère de substitution dans une phase ou les pères sont très absents, en retrait. Une sorte de fable, de conte pour enfants (avec les noms qui sont au diapason Augresse, Le Chevalier, Dragonman…) ; Malone, à 3 ans et demi, vit dans un univers poétique et onirique.. mais dans ce livre, les méchants tentent de lui voler sa mémoire… Et on bascule dans le monde de l’enfant… et pas l’inverse.. bien que l’on soit sans cesse à cheval entre le monde des adultes et celui de l’innocence de l’enfant. La logique de l’enfant, qui n’a pas besoin d’être totalement rationnelle, car c’est un enfant… Il y a le passé (le souvenir) et le présent ( le contre la montre de l’enquête)

En arrière-plan la problématique des jeunes qui grandissent dans les coins ou il n’y a pas de travail…

J’en ai aussi appris sur la construction des mémoires… C’est vrai que c’est important de savoir comment cela fonctionne.. et Bussi nous donne des pistes.. Souvent il y a la problématique de l’amnésie dans les polars… et ici on se rend compte que nos premiers souvenirs sont très flous… et d’où viennent-ils ? comment restent-ils ? Le psy du roman tente de nous donner certaines bases psychologiques.

Petit à petit je les lis tous… et je me fais toujours prendre dans les univers à la Bussi…

Fan de Renaud ? Il cite: «le temps est assassin…» est extrait d’une chanson de Renaud – Mistral gagnant. –  la même chanson est le titre de son prochain roman  – Le prénom Malone est le prénom du fils de Renaud –

Extraits :

L’eau, une fois qu’elle est tombée du ciel, elle n’est plus dangereuse, parce qu’elle meurt quand elle s’écrase par terre.

Certains parents sont méfiants, hostiles, agressifs même, dès qu’ils entrent dans une cour d’école ; mais c’est seulement de la peur. Une peur qui remonte à l’enfance.

Le temps de conservation d’un souvenir, pour un enfant, augmente avec son âge. Si vous prenez un bébé de trois mois, ses souvenirs vont durer environ une semaine. Un jeu, une musique, un goût… Un bébé de six mois possédera une mémoire de trois semaines, un bébé de dix-huit mois une mémoire d’environ trois mois, à trente-six mois d’environ six mois…

La mémoire d’un enfant de moins de trois ans fonctionne de façon différente. Tous les souvenirs qui ne seront pas réactivés par la suite s’effaceront, inévitablement.

Les valeurs, les goûts, la personnalité… Tout se joue dans les premières années de notre existence. Tout est gravé à jamais ! Mais par contre, du point de vue strict de la mémoire directe des faits… rien !

le déni d’un traumatisme est une forme de protection qui ne règle rien ! Pour vivre avec un traumatisme, il faut l’affronter, le verbaliser, l’accepter. C’est la fameuse résilience popularisée par Boris Cyrulnik.

Colombine n’avait pas le choix, si elle voulait avoir son Polichinelle à elle, elle devait illico trouver le bon Pierrot.

Galets à l’infini, ferrys d’outre-Manche voguant au loin… c’était à se demander comment Nice avait pu voler au Havre le label de « promenade des Anglais », et avec lui la réputation de plus beau front de mer urbain.

Elle adorait ces instants-là, ils lui faisaient toujours penser aux paroles de la chanson de Renaud, qu’elle écoutait en boucle ensuite, pour graver à jamais ces petits moments dans sa tête. Les chansons servent à ça, se disait-elle, même les plus idiotes, à se souvenir des émotions toutes bêtes.
Et entendre ton rire s’envoler aussi haut que s’envolent les cris des oiseaux.
Ces paroles et d’autres de la même chanson, les derniers mots avant les dernières notes de piano, quand Renaud dit que le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants.

la différence fondamentale entre la réalité et la perception de cette réalité

De toute façon, ça ne sert à rien de pleurer quand les grandes personnes ne sont pas là pour vous voir.

Elle considérait l’amour comme une arnaque pour les gogos, exactement comme les tickets de la Française des Jeux qu’elle vendait aux clients. On ne gagnait jamais, ou alors des petites sommes, juste assez pour vous inciter à rejouer, à y croire, mais jamais la cagnotte qui vous mettrait à l’abri jusqu’à la tombe.

Comme dans le désert des Tartares ils ont attendu l’ennemi pendant des années, sans jamais voir arriver le moindre cosaque ou sous-marin rouge, vous vous en doutez.

 

(Comme je crois que le livre qui m’a le plus marqué pendant ma jeunesse est « Le désert des Tartares de Dino Buzzati, je ne peux que le citer 😉 )