McDonald, Ian «Le temps fut» (2020)

McDonald, Ian «Le temps fut» (2020)

Auteur : Ian McDonald est né le 31 mars 1960 à Manchester d’une mère irlandaise et d’un père écossais. En 1965, il s’installe avec sa famille en Irlande du Nord. Il vit aujourd’hui à Belfast.
Ses romans et nouvelles sont imprégnés des conflits d’Irlande du Nord, décrivant souvent des tensions entre différents groupes de population qui se distinguent par leurs origines ou par leurs pratiques religieuses. Parmi les thèmes qu’il aborde dans son œuvre, on trouve les nanotechnologies, le postcyberpunk et l’impact de progrès technologiques rapides sur des sociétés non-occidentales.

Editeur Belial (poche) – 13.02.2020 – 140 pages (Prix British Science-Fiction 2018)

Résumé : Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d’un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s’avère vite d’une qualité littéraire au mieux médiocre… En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c’est la lettre manuscrite qu’il découvre glissée entre les pages de l’ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre.
Il se trouve ici en présence d’une lettre d’amour qu’un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre — et vieux papiers — afin d’identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l’âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas… Du tout.

Mon avis : Merci à mon ami Kochka de m’avoir fait découvrir ce petit livre. S’il ne me l’avait pas mis dans les mains, jamais je n’aurais eu l’idée de lire ce court roman, ou plutôt cette longue nouvelle. Un peu déboussolée, un peu perdue après cette parenthèse en compagnie des voyageurs du temps. Pourtant entre la série « Sleepy hollow » et la saga « Outlander », je devrais commencer à être habituée… mais là, il s’agit de suivre le traces, le jeu de piste, une chasse aux indices et au trésor dans le monde des livres, et au final j’ai beaucoup aimé cette histoire atypique.
Je me suis donc attachée aux pas d’un bouquiniste en-ligne qui récupère les stocks des librairies qui ferment et les propose sur Internet. Ils sont un petit nombre à se partager les stocks en fonction des domaines. Quand une librairie anglaise ferme, il tombe sur un petit livre de poèmes dans lequel il va découvrir un trésor : une lettre.  Et pas n’importe quelle lettre : une lettre d’amour entre deux hommes…qui n’est pas le sujet principal du livre mais est son fil rouge.  Et s’en est suivie une chasse aux livres, au livre devrais-je dire, et même aux lettres entre les pages de ce livre… J’ai voyagé… Alexandrie, Londres, Nankin, Rome, Saint-Pétersbourg, Crimée, Saïgon.. J’ai traversé le XIXe et le XXe siècles
Et j’ai entrepris un voyage temporel, un voyage dans le temps :  en compagnie d’immortels ? d’amortels ? d’émortels ? de voyageurs temporels ?
J’ai aimé ce voyage au pays des livres, des bouquinistes. Le personnage d’Emmett est à mon avis le plus intéressant, bien plus que les deux amants Ben et Tom. Cela donne envie de faire un tour chez les bouquinistes, de feuilleter des livres, à la recherche de messages qui nous viennent du passé. Le coté science-fiction est présent, mais juste ce qu’il faut, mélangé au coté historique, à l’amour des livres, à la poésie, à la relation entre des deux hommes. Merci encore à Kochka pour la découverte.

Extraits :

je préemptais tout ce qui touchait à la guerre. C’était ma spécialité, la Seconde Guerre mondiale. Il faut se spécialiser. Il y a trop de livres dans le monde. Le grand Lionel traquait les vieux poches de SF, de préférence illustrés par Chris Foss. Louisa en Louboutin s’occupait de policiers, le plus bas de gamme possible. Moi, c’était les livres de guerre sous couverture rigide. Il y aura toujours un marché pour la guerre.

On devient tellement paresseux, quand on est amoureux. Mais l’amour est paresse, don de son temps à l’autre pour qu’il le dilapide ou l’investisse.

Une lettre d’amour. Une guerre provoque toujours une véritable révolution sexuelle. Les mœurs sont bouleversées, les normes renversées.

Cela m’agréerait-il de venir consulter ces parties-là de ses archives ?
Cela m’agréerait-il de  ? Au lieu de Voulez-vous ?
Je suis de ceux qui trouvent un charme fou aux tournures pittoresques.

C’était le rêve de tous les revendeurs de livres, de tous les bibliophiles : une histoire en dehors du livre. « Tu crois que c’était un genre d’espion ? »

Les émotions n’ont pas d’autre définition qu’elles-mêmes. Elles sont irréductibles, ce sont les atomes des sensations. Tout art écrit est une tentative de communiquer ce qu’est de sentir, de poser la terrifiante question : toi et moi éprouvons-nous la même chose ? Terrifiante parce qu’on ne peut jamais avoir de certitude. On espère, on prend le risque.

On parlait de poèmes. De poésie. De poètes. De livres. Des mots, de leur force, de la facilité et de l’agilité avec lesquelles ils s’échappent, de leur manière de ne dire jamais vraiment la chose telle qu’elle est. De la langue et de la manière dont elle se rapproche de la vérité, de la distance dont elle s’en trouve. De ce qu’elle peut ou non dire. Du sentiment : son irréductibilité, l’impossibilité de le réduire en quelque chose de plus simple ou de plus explicable.

J’ai imaginé les émortels, toujours parmi nous, toujours à part, toujours méfiants à l’égard des innombrables mortels qui, s’ils apprenaient un jour leur existence, ne reculeraient devant rien pour leur arracher leurs secrets.

Des piles dans les couloirs, des escaliers bordés de livres au point qu’il fallait monter de biais en prenant garde à ne pas déclencher d’avalanche, des pièces reliées comme des synapses. Un rangement idiosyncrasique, par couleur de jaquette plutôt que par sujet, par thème poétique, par localisation géographique de l’auteur.

Les secrets partagés deviennent des folies partagées. Qui elles-mêmes se transforment en cancers lents.

Les librairies – comme les collectionneurs et revendeurs de livres – sont des êtres stables, conservateurs, bien ancrés. Modes et tendances glissent sur eux ; les quartiers changent, leurs populations vont et viennent, mais les librairies et leur contenu s’accrochent, tiennent bon.

Les meilleurs bouquins sont ceux qu’il me reste à acheter, ceux dont je ferai l’acquisition dans l’histoire. Des livres bon marché que le temps a rendus précieux.

Ma sacoche de voyageur temporel contient des choses que je n’y ai pas mises, qui s’y sont invitées. La peur. Le déracinement. L’aventure. L’espoir.

Info : Tour Martello (wikipedia

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