Janovjak, Pascal «Le zoo de Rome» (2019)

Janovjak, Pascal «Le zoo de Rome» (2019)

Auteur : Né en 1975 à Bâle en Suisse, écrivain franco-suisse, de mère française et de père slovaque, Pascal Janovjak étudie la littérature comparée et l’histoire de l’art à Strasbourg avant de partir en Jordanie puis au Liban, où il enseigne la littérature à l’université de Tripoli. De 2002 à 2005, il dirige l’Alliance française de Dhaka, au Bangladesh. Puis il s’installe en Palestine, à Ramallah, où il enseigne le français et écrit son premier roman. En 2011, l’obtention d’une résidence d’écriture à l’Institut suisse de Rome le mène en Italie, où il vit désormais.

la Presse : Le Zoo de Rome, une fiction littéraire très documentée qui évoque la création d’un parc animalier au début du 20e siècle dans la ville éternelle. En racontant ce lieu destiné à célébrer la domination de l’homme sur la nature, l’auteur interroge notre étrange rapport au vivant. Une fable cruelle qui nous rappelle que la nature est plus forte que nous. Nous en faisons l’amère expérience. Jean-Marie Félix

Actes Sud – Avril 2019 – 256 pages – Lauréat du Prix du public de la RTS 2020 pour son roman Le Zoo de Rome

Résumé :

Depuis 1911, Rome voit vivre en son cœur, au beau milieu de l’antique, dans la verdure et sur dix-sept hectares, un zoo extraordinaire. Figure principale de ce livre, ce lieu baroque saura attirer, au fil des décennies, un monde de personnalités aussi diverses que Mussolini et sa lionne domestique, le pape, les actrices de Cinecittà ou Salman Rushdie…
Mais l’auteur de ce roman ne se contente pas d’entraîner le lecteur dans la mémoire d’un lieu. Il en réinvente aussi le présent, en suivant les traces de Giovanna, directrice de la communication du zoo, et de Chahine, architecte algérien, l’un par l’autre attirés, l’un et l’autre fascinés par un tamanoir, ultime survivant de son espèce, objet des soins jaloux d’un vétérinaire sans scrupules et d’un gardien en fin de carrière. Tous sont happés par une aventure où s’affrontent en silence la corruption, la mémoire politique de l’Italie et la réalité économique d’un parc démesuré, qui survit loin des itinéraires touristiques.
Pour Pascal Janovjak : “Le zoo est un sanctuaire de l’innocence.” Mais c’est aussi le miroir d’un siècle troublé, le révélateur d’une humanité fabulatrice. Dans cet envoûtant décor romanesque, l’auteur entremêle avec bonheur passé et présent, renommée et décadence, nostalgie et espoir.

Mon Avis : C’est à la fois l’histoire du zoo de Rome, qui est le plus ancien jardin zoologique d’Italie, près de la Villa Borghèse, conçu en 1908 et inauguré en 1911 et les différents stratagèmes employés pour permettre sa survie, l’histoire du dernier des grands zoo italiens, une histoire humaine, une réflexion sur la disparition des espèces, sur le dernier tamandin, sur l’utilité des zoo, sur les conditions de vie des animaux, la surpopulation, la décrépitude des lieux.  En 1930, le zoo est en pleine croissance, les animaux affluent.  En 1935, on rêve de beauté, on construit la Grande Volière. Il y aura ensuite la peste bovine qui va décimer le zoo, la quarantaine (!) . Le livre parle aussi de Cinecittà, de l’importance du cinéma pour le zoo ; on traverse les années 60 à Rome : l’entrée des téléviseurs dans les foyers fait que les gens sortent moins, vont moins au zoo… Un documentaire de Fellini ( le frère de l’autre)  va ébranler le petit monde du zoo … Il y a d’un côté ceux qui voient le zoo comme une Arche de Noé, qui recueille les animaux maltraités et épuisés, de l’autre ceux qui voient les animaux enfermés, devenir fous. Le zoo va ensuite devenir un parc animalier…  le « ParcoNatura » et le bien-être des animaux sacrifié au visuel et au public…  Les grillages sont remplacés par des vitres : certes on voit bien mais c’est pas bon pour les animaux… ( pour savoir pourquoi il faudra lire le livre …)
Le dernier tamandin est un personnage important du roman : les relations entre le zoo de Londres et celui de Rome , le débat sur qui va accueillir le dernier représentant de l’espèce… car en plus du coté scientifique , il ne faut pas oublier la manne financière qu’il représente..

Alors au final je dois dire que je suis mitigée. Niveau documentaire j’ai aimé. Il y a aussi de l’humour. Maintenant coté roman, je n’ai pas eu le coup de foudre :  aucune empathie avec les personnages… Il a manqué un petit quelque chose et je le regrette car c’est bien dommage de ne pas pouvoir l’aimer davantage …

Extraits :

Les animaux n’hésitent pas, eux. Ils se méfient. C’est tout différent.

Les urgences empêchaient toute vision d’ensemble.

On aimerait dire que les animaux commencent, lentement, à affirmer leur présence. Mais les animaux n’affirment rien, pas plus qu’ils ne doutent – c’est là le privilège des humains, et ce sont les humains qui commencent à se douter de quelque chose. Du moins les plus sensibles d’entre eux, les plus attentifs.

Elle roulait les r, arrondissait les u, ce n’est pas que ce soit particulièrement mélodieux, un accent, mais ça vous projette directement dans l’anatomie des sons, l’incurvé d’une langue qui caresse un palais, l’avancée un peu forcée des lèvres, le ressac de la salive – c’est cela qu’on aime, chez les gens qui ont un accent : on entend leur corps. Ainsi Chahine écoutait-il le corps de Giovanna lui raconter comment on avait rètrouvè l’ourson, le brouit des lavabos qu’il arrachait, les touyaux d’eau brisés, l’inonedatsione qui avait suivi, et le gardien enchaînait sur un récit qui concernait, apparemment, son père et une panthère – mais Chahine n’écoutait que la musique des mots, d’ailleurs Giovanna fronçait parfois les sourcils, tout en parlant, elle-même ne semblait pas comprendre tout ce qu’elle traduisait.

Depuis qu’ils avaient sauvé les oryx blancs les Anglais se croyaient capables de faire copuler des lampadaires.

Même pour l’animal humain, le choix amoureux n’était qu’une illusion toute récente, et parfaitement en phase avec le consumérisme ambiant. 

 Et nous tenons tellement à notre petite illusion de liberté, n’est-ce pas. Je n’ai jamais bien compris pourquoi. En réalité, la probabilité d’un accouplement entre deux individus lambda est infiniment plus haute lorsqu’ils se trouvent prisonniers d’un enclos. C’est l’avantage des milieux artificiels…

 La plupart des foyers sont équipés d’un poste de télévision : l’investissement est considérable et les pères de famille décident de le rentabiliser en restant devant. C’est d’autant plus agréable qu’une invention complémentaire s’est répandue en Europe – on la doit à un certain Edward Lowe, habitant du Michigan et désormais multimillionnaire, car l’homme a créé la litière. Celle-ci a permis la prolifération d’une race nouvelle, le chat d’appartement, et le grand avantage de ce dernier est qu’il tient sagement sur les genoux, on peut le caresser à volonté en regardant la télé.

La plupart des espèces s’éteignent en silence, loin des regards et des mots. 

Photo : 5 janvier 1911: naissance du zoo de Rome  ( La Repubblica)

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