Ammaniti, Niccolò «Anna» (2016)

Ammaniti, Niccolò «Anna» (2016)

Auteur : Niccolò Ammaniti (né le 25 septembre 1966 à Rome) est un écrivain italien et un réalisateur contemporain. Il est notamment le créateur et le réalisateur de la série télévisée Il miracolo. Étudiant en sciences biologiques, Niccolò Ammaniti abandonne ses études peu avant ses examens. La légende veut que les esquisses de sa thèse se soient transformées en Branchies, son premier roman (1994). Il est considéré par la critique comme le chef de file du mouvement cannibale, apparu dans les années 1990.
Il a publié : Branchies, Éditions du Félin, 1999 ((it) Branchie, Ediesse, 1994) – Anche il sole fa schifo, Rai Eri, 1997, 91 p. – Et je t’emmène, Grasset, 2001 ((it) Ti prendo e ti porto via, Mondadori, 1999) – Je n’ai pas peur, Grasset, 2002 ((it) Io non ho paura, Einaudi, 2001Prix Viareggio 2001 – Comme Dieu le veut, Grasset, 2008 ((it) Come Dio comanda, Mondadori, 2006), Prix Strega 2007 – La Fête du siècle, Laffont, 2011 ((it) Che la festa cominci, Einaudi, 2009) – Moi et toi, Laffont, 2012 ((it) Io e te, Einaudi, 2010) – Anna, Grasset, 2016 ((it) Anna, Einaudi, 2015)

Editions Grasset – 14.09 2016 – pages – trad. Myriem Bouzaher

Résumé :
Sicile, 2020. Un virus mortel, « la Rouge », a déferlé sur l’Europe quatre ans auparavant et décimé la population adulte ; les jeunes, eux, sont protégés jusqu’à l’âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de quatre ans.
Elle doit affronter le monde extérieur avec ses cadavres, ses charognards, ses chiens errants et affamés, l’odeur pestilentielle, pour trouver, quand il en reste, des médicaments, des bougies, des piles, des boîtes de conserve, avec comme unique guide dans cette lutte pour la survie, le cahier d’instructions que lui a légué leur mère avant d’être emportée par la maladie.
Lorsqu’Astor disparaît, Anna part à sa recherche, prête à défier les bandes d’enfants sauvages qui errent à travers les rues désertes, les centres commerciaux et les bois. Mais l’ordre appartient au passé et les règles d’autrefois ont été oubliées. Pour réussir à sauver Astor, Anna va devoir en inventer de nouvelles, parcourant ce monde à l’abandon où la nature a repris ses droits, ne laissant que les vestiges d’une civilisation qui a couru à sa propre perte.
Une véritable odyssée des temps modernes où s’entremêlent lumière et ténèbres, un duel permanent entre la vie et la mort.

Aparté : En cette période de confinement, ce livre a été suggéré par Victor del Arbol lors d’une conversation dans lequel il suggérait aussi la lecture d’autres romans « confinement » tels que Mort à Venise de Thomas Mann, Le Décaméron de Boccace, Une vie de Gabriel García Márquez, La Peste de Camus.
Je rajoute à sa liste le classique de Alessandro Manzoni Les Fiancés (en italien I promessi sposi) et La Quarantaine de J. M. G. Le Clezio

Mon avis : En 2020, en Italie, un virus qui a pour nom « la rouge » s’attaque aux voies respiratoires des plus de 14 ans.  Ce virus qui épargne les enfants et qui ne tue que les adultes. Seuls les jeunes survivent et dans ce monde sans adultes, ils démontrent d’une faculté d’adaptation surprenante. Le livre a été écrit avant la pandémie qui touche le monde entier actuellement mais comme nous le savons, il y a dejà eu des virus qui ressemblent en 2003 et 2012.   Tout comme le Covid19, je trouve plutôt rassurant qu’une épidémie épargne d’une certaine façon les jeunes (enfin les enfants dans cette dystopie).
Le roman nous parle d’enfance et d’adolescence (de moins de 14 ans) dans un monde sans adultes. C’est un roman sur la volonté de survie, sur l’espoir, sur l’envie de vivre, de fuir le foyer infectieux pour arriver là ou le virus n’est pas présent et avoir sa vie devant soi…  Il nous raconte le parcours d’Anna, jeune fille de 13 ans, et de son petit frère Astor.  Nous sommes dans une Sicile dévastée, et Anna se retrouve involontairement à devoir jouer le rôle de mère et s’occuper de son petit frère. C’est un livre qui a pour thème l’espoir. Ce qui magnifique dans le personnage d’Ana c’est qu’elle ne se laisse pas abattre, qu’elle croit en l’avenir, malgré ce terrible virus.
Le genre humain adulte dans son ensemble a disparu de l’univers d’Anna. Le virus est en effet mortel pour les plus de 14 ans et c’est lui le véritable ennemi dans ce roman, même si Anna et son frère vont faire des rencontres peu amicales. Il tue, et on a beau tout faire pour lui échapper, rien n’y fait. Le seul remède serait de ne jamais atteindre la puberté, ce qui est bien évidemment impossible. Accompagnée d’un chien « Berger de Maremme » qui va s’attacher à Anna, la jeune fille va traverser la Sicile à la poursuite d’un futur hypothétique qui existerait hors des frontières. C’est un roman sur l’adolescence, sur une fillette qui n’a pour guide qu’un petit cahier laissé par sa mère disparue, petit cahier auquel elle va s’accrocher. Le cahier en question a un autre objectif : que la jeune fille apprenne à lire à son petit frère Astor.
Pour survivre (et s’occuper de son petit frère) elle va devoir affronter le monde en ruine et trouver toute seule les réponses à ses questions. Mais les choses vont se compliquer car le petit frère en question va être enlevé alors qu’elle est sortie pour essayer de trouver des médicaments pour le soigner. Elle va partir à sa recherche en compagnie d’un jeune qui l’accompagnera dans son périple.  Ce qui est frappant aussi c’est de se rendre compte qu’à l’âge de 14 ans elle se retrouve parmi les « vieux » alors qu’elle devrait normalement commencer à faire ses premiers pas dans la vie d’adulte.

Tout au long de ce roman, on n’a pas vraiment l’impression que les jeunes ont besoin des adultes… Anna avance, poussée par l’urgence et l’espoir, elle va vers son futur en traversant un monde fini et mort. Le présent a beau être sans espoir et totalement mort, pour Anna l’avenir existe et il faut aller le chercher là où il est. Il n’y a qu’une chose à faire pour survivre et elle ne se pose pas de questions… elle avance.

Extraits :

Ils se disputaient parfois, mais en général chacun respectait les intérêts de l’autre tout en ne les comprenant pas.
Et peu à peu ces mêmes différences qui les avaient poussés à se chercher se transformèrent en une lézarde qui chaque jour les séparait un peu plus. Sans se le dire, ils la laissèrent s’élargir, certains qu’aucun des deux ne serait capable de la refermer.

 Souvent les souvenirs s’entremêlent avec les choses écrites et les rêves, et même ceux dont elle était certaine, avec le temps, se décoloraient comme une aquarelle dans un verre d’eau.

Cette chose-là, ça n’était pas sa mère. Devant ces restes, la fillette pressentit que la vie est un ensemble d’attentes. Parfois si brèves qu’on n’a pas le temps de s’en rendre compte, parfois si longues qu’elles semblent infinies, mais avec ou sans patience, elles ont toutes une fin.

Ses pensées lentement s’effilochaient d’un écheveau embrouillé, se perdant en route.

Sans électricité le temps s’allongea. Les heures s’enchaînaient les unes aux autres dans des jours qui se traînaient avec une lenteur exaspérante. Tous les bruits avaient disparu. Le tintement précis des cloches de l’église du village. Les sonneries des portables. Le vrombissement des avions. Les ronflements du camion poubelle.

Les arbres s’agrippaient les uns aux autres comme s’ils avaient peur de s’écrouler vers l’aval. Le lierre enserrait les chênes, retombait en grappes et transformait le terrain, parsemé de trous et de roches, en un enchevêtrement vert et plein d’embûches.

Après la mort de ses parents, elle avait plongé dans une solitude si insondable et si obtuse qu’elle en fut hébétée pendant des mois, mais pas une fois, pas une seconde, l’idée d’en finir ne l’avait effleurée, car elle pressentait que la vie est plus forte que tout. La vie ne nous appartient pas, elle nous traverse.

C’est cela notre devoir, c’est cela qui est écrit dans notre chair. Il faut aller de l’avant, sans regarder derrière soi, car l’énergie qui nous envahit, nous ne pouvons la contrôler, et même désespérés, amoindris, aveugles, nous continuons à nous nourrir, à dormir, à nager en luttant contre le tourbillon qui nous tire vers le bas.

Le petit point solaire fondit comme du beurre dans une poêle noire, s’élargit en une coupole orange, quitta les collines en teignant le ciel d’écumes violacées et poussa ses rayons jusqu’à l’hôtel. 

« À la fin, ce qui compte c’est pas combien de temps dure la vie, mais comment tu la vis. Si tu la vis bien, à fond, une vie courte vaut autant qu’une vie longue. Tu crois pas ? »

L’espoir, laisse-le aux désespérés. Il existe les questions et il existe les réponses. Les êtres humains sont capables de transformer un problème en solution.

Parler avec lui était difficile, les mots étaient trop lourds pour être prononcés.

One Reply to “Ammaniti, Niccolò «Anna» (2016)”

  1. J’adore cet auteur. J’ai tout lu de lui sauf celui-là.
    Justement parce que c’était un roman d’anticipation. Mon préféré de lui est «  comme dieu le veut »

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