Eugène «Le mammouth et le virus» (RL2020)

Eugène «Le mammouth et le virus» (RL2020)

Auteur : Eugène publie des romans, des nouvelles et des fables depuis 1994. Il est notamment l’auteur de La Vallée de la jeunesse (La Joie de Lire, 2007), du Renard et la Faucheuse (L’Aire, 2013), du Livre des débuts (L’Âge d’Homme, 2015). Chez Slatkine, il a publié Ganda en 2018. En 2020 «Le mammouth et le virus» (Slatkine)

 Slatkine – 18.08.2020 – 176 pages

Résumé : Durant le confinement, mon épouse, notre garçon de trois ans et demi et moi nous nous sommes réfugiés dans un chalet. Là-haut, j’ai chassé le mammouth au salon ; j’ai couru sur les sentiers de montagne avec mon fils en criant que nous étions des lynx ; j’ai acheté dix millions de barils de pétrole au moment où il valait -37 dollars (j’ai donc gagné 370 millions de dollars). J’ai fait en sorte que la peur n’envahisse pas l’imaginaire de mon garçon. Peine perdue : le virus défie l’imagination. Il était là bien avant les hommes et sera encore là après…
Le mammouth et le virus est mon journal de confinement. Autodérision, ironie et tendresse sont des armes de destruction massive contre la déprime. Alors, armons-nous !

Mon avis : Mais quelle jolie découverte que ce livre qui m’a été envoyé par les Editions Slatkine et que je remercie.
C’est le deuxième livre « confinement » que je lis, écrit lui aussi par un auteur suisse. Le premier était le polar du confinement de Nicolas Feuz « Restez chez vous » (Slatkine).

Mais revenons au journal d’Eugène qui commence le jour de la catastrophe mondiale annoncée, le 13 mars 2020. Le jour où personne n’imagine encore ce qui nous attend. Le jour présent qui devient jour frontière entre le monde d’avant et le monde d’après. Eugène a décidé d’observer et de coucher ses observations sur le papier. Observer… oui mais quoi ? le silence ?
Du jour au lendemain on vit dans le présent, le passé s’éloigne et le futur aussi… Les écrans prennent le pouvoir, les humains sont des bombes à retardement : la vie sociale est à l’arrêt mais la vie continue et il s’agit de tout réinventer, pour soi-même, pour ceux qui nous entourent… surtout quand il y a des enfants: il s’agit non seulement de les occuper mais aussi leur faire passer ce moment sans les plonger dans l’angoisse. Alors place à l’imaginaire dans une période qui navigue entre une situation post apocalyptique, le monde du silence et le passage des fantômes.
L’auteur réussit l’amalgame de relater les faits marquants qui ont marqué la vie courante – principalement en Suisse mais aussi ailleurs -, sa vie privée et le monde extérieur. Les hommes redécouvrent la nature, l’imaginaire reprend du galon, les arbres, les animaux et les promenades relèguent l’ordinateur au second plan et on prend du temps, on passe du temps ensemble, on découvre et on se découvre, on regarde autour de soi, on écoute. On fait tout pour dissocier l’imaginaire de l’actualité, sans toutefois occulter totalement la réalité.
L’auteur, dans l’œil du Corona, pose un regard acéré sur ceux qui se transforment en délateurs, sur les oubliés de la société, sur nos politiciens (à relever des citations bien choisies comme l’incontournable phrase de notre Conseiller Fédéral Alain Berset  » Nous souhaitons agir aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire ») . Le tout avec beaucoup d’humour . J’ai été enchantée de ma lecture et je recommande vivement ce petit livre plein de tendresse.

Extraits :

Mon garçon m’offre désormais des livres invisibles. On s’est constitué une jolie bibliothèque dans le chalet.

Un livre ne vient jamais seul. Aucun roman n’est le premier, et aucun ne sera le dernier. Les romans se reflètent, dialoguent, se critiquent, se citent, se déforment, se piquent la place ou se rendent hommage.

À moi tout seul, je suis l’incarnation parfaite du sapiens humain 2020. La tête dans l’écran, les pieds dans le néant.

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