Seung-U, Lee «La Vie rêvée des plantes» (2000/2006)

Seung-U, Lee «La Vie rêvée des plantes» (2000/2006)

Auteur : Lee Seung-U  écrivain sud-coréen né le 21 février 1959 à Jangheung en Corée du Sud.. Après des études au Collège de théologie, il devient journaliste pour une revue protestante, avant de se consacrer pleinement à sa passion. Il enseigne depuis 2001 la littérature coréenne et l’art d’écrire à l’université de Chosun en Corée du Sud. Majeure et unique dans la littérature coréenne contemporaine, sa voix est celle de l’intranquillité.
Sa carrière s’amorce avec la nouvelle Un portrait d’Erysichton (Erijiktonui chosang) qui lui est inspirée par la tentative d’assassinat du Pape Jean-Paul II en 1981. Cette œuvre reçoit le prix du Nouvel écrivain de la part de la revue mensuelle Littérature coréenne2. En 1993, son roman L’Envers de la vie (Saeng-ui imyeon) remporte le prix littéraire Daesan. Il remporte également le Prix de la Littérature d’Asie du Sud-Est pour Je vivrai très longtemps (Naneun aju orae salgeosida). Il a remporté encore bien d’autres prix littéraires avec ses œuvres ultérieures.
Romans : L’Envers de la vie (1993/2000) – La Vie rêvée des plantes (2000/2006) –  Ici comme ailleurs (2001/2012) – La Baignoire (2006/2016) –  Le Regard de midi (2009/2014) – Le Chant de la terre (2012/2017)

Zulma – 1.9.2006 – 300 pages  /Folio – 3.9.2009 – 248 pages-  (Mikyung Choi (Traducteur), Jean-Noël Juttet (Traducteur)

Résumé : Enigmatique et pénétrante, La vie rêvée des plantes irradie d’un mélange déroutant de délicatesse et de violence bestiale. Contraint d’espionner sa propre mère pour un mystérieux commanditaire, Kihyon est confronté à d’obscurs secrets de famille. Par tous les moyens, il tente de réparer les blessures du passé, entre un père réfugié dans la culture des plantes et un grand frère adoré et jalousé, amputé des deux jambes à l’armée. La folle passion de Kihyon pour l’ancienne petite amie de son frère complique la situation… Ecrire un livre, dit Lee Seng-U, c’est  » entrer dans la vase « . Ce récit, cette confession, lourde de culpabilité et d’espoir insensé, nous plonge dans les formes les plus crues et les plus élevées de l’amour.
Ecrire un livre, dit Lee Seng-U, c’est « entrer dans la vase ». Ce récit, cette confession, lourde de culpabilité et d’espoir insensé, nous plonge dans les formes les plus crues et les plus élevées de l’amour.

Mon avis : Conquise par cette écriture. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance en lisant la quatrième de couverture. Et en plus  j’y allais un peu à reculons vers cette lecture « Coréenne », thème qui ne me faisant pas palpiter et me faisait sortir de ma zone de confort mais qui faisait partie du Challenge : « Dégomme ta PAL – L’Eté lisons l’Asie » 2020 Fort bien « vendu » par l’amie qui m’a prêté sa liseuse, j’ai fait confiance . Et ce fut un coup de cœur, un enchantement !
Un livre sur la perception, tant à travers la nature qu’à travers l’œil du photographe.
Sur la fusion des êtres, celle des éléments : Le bois des arbres, les racines qui s’entremêlement, le bois de la guitare aussi… Un livre sur le fondu enchainé des éléments et de la nature : les arbres et les flots s’enlacent pour former un cocon de douceur.
Un livre sur les rapports humains complexes, sur les secrets de famille, sur les difficultés de se comprendre, de se parler. Un livre sur l’amour fou, sur la jalousie : comment un simple acte de méchanceté peut avoir des conséquences dramatiques. Un livre sur la culpabilité, le remords, le souvenir.
Un livre aussi sur le handicap, qui évoque aussi des difficultés de trouver des objets en Corée (du Sud) , comme par exemple un Nikon FM2…
Mais aussi  un livre d’une sensibilité exceptionnelle, sur la communion entre les êtres et la nature, un livre où la magie n’est jamais loin, un livre où l’on voit et vibre avec le cœur, avec les rêves, avec l’œil de l’appareil photo, avec les nymphes et les habitants des forêts …

Extraits :

Il se pourrait bien que pour la plupart des gens (hormis les sophistes qui adorent les complications) tout, dans notre monde, se ramène à des alternatives aussi élémentaires. Hamlet lui-même, qui passe pour le modèle de l’homme réfléchi, n’a-t-il pas, en se posant la question de savoir s’il fallait vivre ou mourir, réduit les interrogations fondamentales à un dilemme simpliste ? En va-t-il ainsi dans la vie ? Et comment peut-on être aussi caricatural ?

C’était à l’époque de Chusok, la fête de la pleine lune, à l’automne.  (voir info – Wikipedia – en bas d’article)

Le cri a jailli hors du rêve, il a retenti dans le monde réel. Je me suis réveillé.

L’avenir, je veux bien, est imprévisible. C’est d’ailleurs ce qui rend la vie intéressante.

Elle parlait à voix basse. Comme si elle prenait garde de ne pas déranger les objets qui dormaient dans l’obscurité du salon.

Quand la tête perd son équilibre, il paraît qu’on cherche une issue pour ne pas exploser. C’est ce qu’on a refoulé trop longtemps qui surgit dans ces moments-là.

Tu vois ce grand pin au tronc solide et à l’écorce épaisse ? Juste à côté, il y en a un autre, d’une famille de pins complètement différente. Il a l’air de vouloir enserrer le premier de ses branches, il est tout délicatesse, tout élégance, on dirait une femme à la peau douce et hâlée. — De quel arbre parles-tu ?

Mais l’arbre que j’avais sous les yeux me prouvait le contraire. Un arbre effectivement voluptueux, svelte et souple comme un corps de femme. Il enlaçait le pin dans une tendre étreinte. J’imagine que, sous terre, leurs racines s’entremêlaient dans une intimité encore plus scandaleuse.

La photo, c’était, selon lui, un œil objectif qui donne à voir avec une parfaite exactitude ce qui se passe à un moment donné, en un lieu donné. Bien entendu, on ne peut pas ignorer le fait qu’il y ait nécessairement un point de vue particulier, un choix effectué par celui qui fige ces instants. Aucun appareil enregistreur ne peut être totalement objectif, c’est une évidence que personne ne conteste. Tout document reflète nécessairement le point de vue de celui qui l’a élaboré. Le photographe s’exprime à travers l’angle de vue et par la mise au point, il fait toujours des choix. On peut très bien contester ses partis pris.

Pour lui, photographier était une arme, pas un passe-temps ni un art. Il en faisait un vrai sacerdoce.

J’embrassais sa guitare. Le bois était tendre et tiède comme sa peau. Les couplets devenaient ses bras qui m’enveloppaient, la mélodie prolongeait sa langue qui s’insinuait entre mes lèvres. Je m’introduisais dans l’ouverture de sa guitare. L’intérieur était sombre et d’une douceur extraordinaire. Je suivais un labyrinthe et parvenais à une caverne où je me blottissais. Je m’y sentais merveilleusement bien.

Dans ces moments, mon cœur d’abord bondissait comme un cheval lancé à fond de train puis recouvrait son calme et devenait paisible comme un lac immobile et profond par un jour sans vent.

Par l’effet de mes paroles, l’atmosphère devenait de plus en plus lourde. Je n’aime pas devenir grave, pourtant je n’y pouvais rien. Pourquoi certains souvenirs ne finissent-ils pas par s’alléger avec le temps ?

On aurait dit qu’il y avait, dans son corps, une bombe sur le point d’exploser. Ou plutôt, qu’il était une bombe.

J’aurais aimé lui dire, en la tapotant doucement, qu’elle ne devait pas se faire trop de souci, que la vie, ce n’était pas une chose si solennelle ni toujours bien composée, que c’était comme le temps, il fait beau, puis gris, il pleut, et puis, avec le retour du soleil, le beau temps revient.

On eût dit une forêt sauvage écartant soudain les pans de son manteau pour laisser paraître l’immense étendue d’eau. Qu’une forêt sauvage enveloppe la mer dans les pans de son manteau est une image qui ne peut qu’appartenir à un mythe ou à un conte. Toute forêt n’est-elle pas sacrée ? Elle enserre en elle-même la genèse première. Elle est le temple premier des dieux et, dans ce temple, certains arbres sont devenus objets de culte car ils sont habités par les divinités.

Geste indiciblement doux et tendre. Ce qui en nous est le plus apte à exprimer les sentiments, n’est-ce pas la main ? De cette main, émanaient une tendresse, une affection extrêmes, perceptibles même pour quelqu’un qui regardait à bonne distance. Cette main câline et aimante glissait sur les cheveux de l’homme, ses oreilles, ses yeux, ses lèvres. Et à chacune de ses caresses, le visage s’éclairait, s’illuminait d’or.

Les plantes lisent en nous. On est incapable de l’expliquer, mais elles ont une très grande capacité de perception, qui dépasse celles de nos sens. J’ai lu dans une revue que des chênes tremblent à l’approche des bûcherons. Les plantes ressentent la souffrance, la tristesse, le bonheur. Elles savent d’emblée, instinctivement, si l’homme ment ou s’il parle vrai. Un amour feint les laisse de marbre. Pour être en communion avec elles, il faut être sincère. C’est comme pour les hommes.

Cette nuit-là, j’ai rêvé que mon père se métamorphosait en arbre. Il lui poussait des racines, des branches, des feuilles. Mon père-arbre plongea une racine dans la terre épaisse, laquelle descendit très profond jusqu’au roc, jusqu’à la mer. Elle se lança dans la mer, courut au loin comme pour l’enlacer. Puis elle vira vers le haut, s’élançant dans le ciel. À son extrémité jaillit une branche chargée de feuilles. Un palmier se dressa sur une falaise surplombant la mer. L’ombre de l’arbre courait sans fin jusqu’à l’extrémité de la terre. Couchés sous l’arbre, une femme et un homme unirent leur corps nus. La femme entra dans le corps de l’homme et l’homme entra dans celui de la femme. Ils devinrent un seul et même corps. Une palme chut et vint se poser sur ce corps. Mon rêve s’est achevé avec cette image. J’en suis sorti en repoussant ma couverture à coups de pied.

Je pense que l’adage « La partie dit le tout » correspond bien à la situation dans laquelle elle se trouvait. Laisser paraître au grand jour une infime part de ce qui a été tenu secret revient à dévoiler l’ensemble. Car la partie dissimulée, aussi limitée soit-elle, se révèle toujours plus grande, plus importante qu’on ne l’avait cru.

Finie l’utopie. Le constat s’imposait qu’on ne se soustrait pas au réel, si ce n’est en rêve.

L’absence d’intérêt pour les autres, le principe de non-ingérence mutuelle ne s’étaient pas introduits du jour au lendemain, mais petit à petit, à la manière de la poussière qui, couche après couche, s’épaissit au fil du temps sur les armoires.

Dans la mythologie antique, les arbres sont des nymphes métamorphosées. Pour échapper au désir des dieux, les nymphes abandonnent leur corps et se transforment en arbres. Les dieux sont puissants. Et cupides comme tous les puissants. Quand ils veulent quelque chose, ils l’obtiennent. Le seul moyen de leur échapper est de se métamorphoser. Les nymphes, pour se protéger, se changent donc en arbres. C’est pourquoi en tout arbre se dissimule une histoire d’amour brisé.

La forêt obscure, la nuit, m’a toujours effrayé. La forêt dans la nuit est un lieu qui échappe à la rationalité, un lieu livré aux esprits et aux sorcières. Je n’ai jamais eu l’occasion de m’aventurer seul dans un bois nocturne. Sous le faisceau de ma lampe, la peur n’allait pas disparaître aussi aisément que l’obscurité.

Ceux qui rêvent d’être un arbre sont des êtres qui ont une âme d’arbre, ceux qui ont une âme d’arbre sont déjà arbres.

Il a posé une main sur ma tête. C’était comme si une branche me couvrait.

Info : Le Chuseok, la fête des récoltes, est avec « Seol -Jour de l’An », l’une des plus importantes fêtes traditionnelles coréennes. Fête des récoltes, elle est consacrée à rendre grâce à la générosité de la terre et donne lieu à la confection de gâteaux de riz fourré de haricots ou sésames sucrés (songpyeon [1] [archive]). Chaque famille retourne sur la terre de son origine et célèbre une cérémonie remémorant ses ancêtres (Charae).

Des divertissements traditionnels tels que des concours de lutte Ssirum, des compétitions de Taekkyon, du tir à la corde et des danses (entre autres : des rondes coréennes formées par les femmes et appelées Ganggangsullae (ko) [2] [archive]) sont également organisés.

L’aliboufier est le nom commun du Styrax officinalis, un arbuste de la famille des Styracacées,  poussant sur les sols calcaires et utilisé en parfumerie, comme encens, et pour ses propriétés cicatrisantes et antiseptiques.

 

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