Ledig, Agnès «Juste avant le bonheur» (05.2013)

Ledig, Agnès «Juste avant le bonheur» (05.2013)

Auteur : romancière française née en 1973. Mère de trois enfants, elle a commencé l’écriture après le décès de l’un de ses trois fils, atteint d’une leucémie. Pour répondre aux questions que posaient tous ceux qui se préoccupaient de Nathanaël, elle tenait un bulletin hebdomadaire. Un professeur de médecine qui suivait l’enfant lui a révélé son don de transmission et l’a encouragée à écrire. « Marie d’en haut« , a remporté le « coup de cœur des lectrices » de « Femme actuelle ». « Juste avant le bonheur » (Albin Michel, 2013) a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » paraît en 2014, « On regrettera plus tard« , paraît en 2016, et « De tes nouvelles » (la suite) en 2017 aux éditions Albin Michel.  «Dans le murmure des feuilles qui dansent» (2018) toujours aux éditions Albin Michel.

Résumé : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d’en haut, Coup de cœur du grand prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l’existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l’émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu’on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu’ils font du bien !

Mon avis : Un livre qui parle au cœur… La pluie, l’éclaircie, le soleil, la foudre, l’embellie et l’arc en ciel… J’ai essuyé ma petite larme émue, puis j’ai pleuré et enfin j’ai souri avec beaucoup d’émotion. Un livre qui permet de croire en l’être humain.. et qui montre que la lumière existe.. si on veut la voir… Ce livre m’a beaucoup touché. Pas un style flamboyant.. mais  une discussion avec une personne que j’ai ressentie comme « proche » et sensible. J’ai beaucoup aimé.

Je suis très contente de ne pas avoir connu le thème du livre avant de le lire. Peut-être l’aurais-je abordé différemment… Beaucoup de sensibilité, de tendresse, un livre sur des personnes à l’écoute d’elles-mêmes et des autres, avec beaucoup d’humour aussi ( j’adore la description des oignons) . La vie quotidienne, les bonheurs simples de la vie, l’importance de la nature : vagues, orages, étoiles, éclaircies, montagne, en adéquation avec les êtres. Un très joli moment de lecture qui va me pousser à découvrir les deux autres livres de cette romancière (et sage-femme) dans les plus brefs délais.

Extraits (et j’ai fait le tri dans ces jolies phrases ! )

Exergue : Les gens que nous avons aimés ne seront plus jamais où ils étaient, mais ils sont partout où nous sommes. » Alexandre Dumas

Quand c’est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu’on s’était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit

Le privilège de la beauté : atténuer le mauvais caractère. Toujours. On pardonne tout aux jolies femmes, avant même qu’elles n’aient ouvert la bouche

Le SBAM la saoule depuis belle lurette. Sourire – Bonjour – Au revoir – Merci

Et que dire de ces grappes d’assurés sociaux qui viennent réclamer un arrêt de travail parce que leur poil dans la main s’est transformé en baobab ?

Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion. C’était mon impression aujourd’hui… Et ça fait du bien

– Je ne colle pas avec le décor. – On ne vous demande pas de vous accrocher au mur

La tristesse s’est installée au fond de lui sans lui demander son avis. Elle se sent chez elle. Il a beau essayer de se divertir, rien n’y fait, elle est là, tapie dans un coin, prête à resurgir au moindre relâchement. La fumée dans une maison qui se consume, vous ouvrez une porte et elle s’engouffre, s’immisce dans toutes les petites ouvertures, vient piquer les yeux et empêcher de respirer. Quels pompiers appeler pour ce genre d’incendie

Ben oui, morte ! Le contraire de vivante. Comme la nature d’un tableau de maître, dont on a coupé les fleurs, cueilli les fruits, et qui ne garderont leur couleur et leur beauté qu’au travers de la toile du peintre.

C’est un joli sentiment, la tendresse, tu devrais essayer

L’évidence n’a pas besoin de beaucoup de temps pour sauter aux yeux. C’est généralement instantané

La vie est légère comme une plume quand le souffle qui la porte est animé d’amour et de tendresse

En usant d’euphémismes, en ne disant pas les choses comme elles sont, ils s’imaginent qu’elles n’existeront pas tout à fait, que leur réalité s’en trouvera atténuée

il y a chez elle ce truc en plus qu’ont certaines personnes. L’incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois

il vaut mieux avoir de bonnes raisons d’être heureux que de bonnes raisons d’être malheureux.

la poisse, c’est comme la bêtise humaine, elle est inépuisable

L’empathie, c’est tendre la main à celui qui est dans le trou, ce n’est pas sauter dedans pour l’aider à remonter.

Vous devriez vous méfier des profils, ça vous enferme dans une vision stéréotypée des gens. Vous feriez mieux de les regarder en face

Il se replonge dans sa lecture, préférant être happé par une histoire plutôt que de ressasser la sienne.

Au temps des sorcières, les larmes d’homme devaient être très recherchées. C’est rare comme la bave de crapaud

Il faut savoir pleurer quand c’est vraiment nécessaire. Pour un oignon, je ne vois pas trop la raison, à moins d’avoir une tendresse particulière pour ce légume et ne pas supporter de le couper en deux

Même s’il sait que ce n’est pas gagné, qu’il faudra encore du temps, la seule chose qui compte, c’est de remonter vers la surface. Quel que soit l’angle ou la vitesse d’ascension. La surface. Rien que de ressentir qu’elle existe encore lui met du baume au cœur.

Tu peux tendre la main à quelqu’un, mais tu ne peux pas le sortir du trou dans lequel il s’enfonce s’il ne prend pas la main que tu lui tends. À moins d’y tomber avec lui, ce qui ne résout pas les choses. On est à deux au fond du trou, mais on est quand même au fond du trou

« Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle. » Ce proverbe arabe, je l’applique depuis des années

Parce que la méchanceté est son oxygène quotidien.

La petite lampe du salon est faible, mais suffisante. Trop de lumière éblouirait les mots

Le désespoir et la tristesse n’ont jamais aidé personne à combattre les épreuves

– Si vous mettez la barre trop haut, aucun homme ne sera assez grand pour la franchir. Ils passeront tous en dessous. – Vous mesurez combien ?

Et vous verrez, il y a un moment où vous allez rire de bon cœur et où vous culpabiliserez de le faire. Quand on vit un grand malheur dans sa vie, on a l’impression que le regard des autres ne nous autorise pas à être joyeux, alors que tout au fond de soi, on sent que c’est cela qui permet de se maintenir en vie

C’est vrai, c’est ridicule, un homme qui se confie. C’est pour ça qu’ils ne le font pas. Les femmes ont juste compris que le ridicule ne tue pas. Et que parfois même, ça fait du bien. Pas d’être ridicule, de dire ce qu’on a sur le cœur. Les hommes en ont un aussi, non ?

Discret sourire sur des lèvres de femme. Celui d’un compliment qui la touche. Et du rose aux joues. Comme deux pétales qui seraient venus se poser là

Ses derniers petits morceaux d’espoir se détachent les uns après les autres, comme une banquise qui se morcelle et qui part fondre dans la mer devenue trop chaude

Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l’âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait

Et puis quand on quitte le long fleuve tranquille de l’existence, on découvre des voies parallèles, certes plus difficiles à naviguer, mais plus intéressantes, plus riches que celles du flot commun qu’on emprunte par facilité

Deux heures qu’ils marchent, deux heures de silence, toujours, juste les montagnes qui parlent, des ruisseaux porte-parole et des bruissements de feuillage en émissaires

Ce qui compte, c’est d’avoir ouvert la serrure d’une porte souvent fermée à double tour.

Le soleil scintille sur cet épais manteau blanc, à la manière d’une interminable guirlande de Noël qui s’allumerait en plein jour. Et quand on enfonce les doigts dans la neige, il y a une minuscule couche de glace qui se brise à la surface, comme une immense crème brûlée

Ce n’est pas volontaire de la part des gens, mais pour beaucoup, vous incarnez la mort et la tristesse, et la mort fait peur. C’est humain, c’est normal. Vous ne pouvez compter que sur vous-même pour vous reconstruire. Ça ne vous empêche pas d’avoir des amis. Et ceux qui restent sont les bons.

Ce n’est pas de la faute des gens. Ils ne se fient qu’aux apparences. Il faut gratter pour voir ce qu’il y a au fond. Si vous jetez une grosse pierre dans une mare, elle va faire des remous à la surface. Des gros remous d’abord, qui vont gifler les rives, et puis des remous plus petits, qui vont finir par disparaître. Peu à peu, la surface redevient lisse et paisible. Mais la grosse pierre est quand même au fond.

La vie s’apparente à la mer. Il y a le bruit des vagues, quand elles s’abattent sur la plage, et puis le silence d’après, quand elles se retirent

Elle va. Des hauts et des bas. Des pas très hauts et des très bas, mais elle tient le coup

Le temps n’aide pas à oublier mais à s’habituer. Comme les yeux qui s’accoutument au noir.

On s’en sort parce qu’on n’a pas le choix

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