Truc, Olivier « Le dernier lapon » (2012)

Truc, Olivier « Le dernier lapon » (2012)

Auteur : journaliste, écrivain et scénariste français né à Dax le 22 novembre 1964. Il habite Stockholm depuis 1994. Journaliste, il est le correspondant du « Monde » et spécialiste des pays nordiques et baltes. Il est aussi documentariste pour la télévision.

Romans : Trilogie : La police des rennes :  Le Dernier Lapon (2012) – Le Détroit du loup (2014) – La Montagne rouge (2016)
Roman indépendant : Le cartographe des Indes boréales (2019)

Métailié Noir  – 13.09.2012 – 453 pages/ Point poche – 12.09.2013 – 570 pages Prix Quai du polar

Trilogie « La police des rennes »  : Deux officiers de la police des rennes,  Klemet et Nina mènent l’enquête dans le Pays Sami (Grand Nord)

 Tome 1

Résumé : Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor. Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami.
La mort d’un éleveur de rennes n’arrange rien à l’affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête longue et déroutante. Mais à Kautokeino, on n’aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en 1939 l’un des guides sami a-t-il confié à l’expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l’air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s’adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d’Aslak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ? Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l’hypermodernité et de la tradition d’un peuple luttant pour sa survie culturelle.
Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

Mon avis :   Tout commence par le vol d’un tambour sami qui venait de revenir sur le sol lapon pour être exposé dans un musée, suivi du meurtre d’un éleveur de rennes. Une patrouille de la Police des rennes, qui est opérationnelle en Laponie norvégienne, suédoise et finlandaise, composée d’un lapon, Klemet, et d’une jeune inspectrice, Nina, venant du Sud est chargé de faire la lumière sur ces deux affaires.

Il est Intéressant de faire plus ample connaissance avec la Laponie (près de quatre cent mille kilomètres carrés) et le peuple Sami, dernière population aborigène d’Europe (50 000 en Norvège et 20 000 en Suède). J’ai lu avec plaisir ce premier tome de la série de romans policiers que l’on pourrait qualifier d’ethnologique qui met en scène la minorité Sami vivant en Laponie.
Un roman sur la transmission, sur les traditions, coutumes et savoirs des lapons, qui se transmettent au fil des siècles, de génération en génération.
Dans ce roman il subsiste encore des éleveurs de rennes, un des métiers les plus dangereux du Grand Nord ; la plupart des éleveurs se sont motorisés en utilisant des scooters des neiges, des quads, voire même des hélicos mais certains continuent de le pratiquer à l’ancienne, à ski.
Un roman qui parle aussi du racisme vis-à-vis des minorités, anti-lapons, anti-sami, les préjugés anti-Sami, les questions de politique et de société sont au cœur du récit. Le principal ennemi du peuple Lapon est l’extrême droite sur le plan politique. Il existe également un conflit de religions pour empêcher les Lapons de revenir à leur ancienne religion, le Mouvement luthérien laestadien. Tous les secteurs de la vie sont gangrenés, et la police ne fait pas exception : l’un des policiers étant particulièrement violent et raciste envers les minorités, les blancs s’en prenant aux locaux et plus particulièrement aux femmes lapones. D’ailleurs, il y a même un « lobby des scooters » qui me fait penser un peu au lobby des chasseurs, un lobby puissant politiquement, et qui voudraient que les montagnes soient leur territoire de loisirs, au mépris de la faune, de la flore et des populations locales.
Un roman entre le blanc et le gris, la corruption et la pureté, la conservation de la nature et l’argent, tant au niveau des paysages que des acteurs. Des personnages attachants, taillés dans du roc ou en retrait mais extrêmement humains derrière leur carapace. J’ai eu un coup de coeur pour le personnage d’Aslak.
La nature est également extrêmement présente ; des randonnées en pleine nature, des paysages à couper le souffle, les aurores boréales, le froid, les tempêtes, le Grand Nord donc … et les richesses du sous-sol… qui nous ramènent à des événements qui se sont passés en 1939, lors d’une expédition française.
Il y a également la partie mythologique qui m’a passionnée : les divinités sami, Madderakka, la divinité soleil « Elle est à l’origine de toutes choses. Elle est l’ancêtre, la femme-chef. Elle reçoit l’âme humaine. Elle a une faculté essentielle puisqu’elle forme dans son corps les enfants à naître. » :

Comme je viens de lire le merveilleux roman de Louise Erdrich « L’Enfant de la prochaine aurore », impossible de ne pas faire le rapprochement entra la manière dont sont traités les Sami et les Indiens d’Amérique : deux peuples autochtones, à qui l’on a tout pris.

Certes au début le rythme peut sembler un peu lent, mais je dois dire que j’ai beaucoup aimé ce roman, cette enquête menée par le lapon Klemet, et sa jeune coéquipière Nina malgré les obstacles qui se dressent sur leur route. Et comme l’auteur aime et connait la Laponie, ce livre est aussi un merveilleux document sur cette culture sami trop peu mise en valeur.
Je me réjouis de retrouver le duo Klemet/Nina dans de prochaines aventures.

Extraits :

Il reconnut, fasciné, terrifié, la voix de gorge d’un chant lapon. Il était le seul ici à pouvoir en saisir les paroles. Le chant, lancinant, guttural, l’emmenait hors de ce monde. Le joïk devenait de plus en plus haché, précipité. Le Lapon condamné aux feux de l’enfer voulait dans un dernier élan transmettre ce qu’il devait transmettre.

Le tambour, ce sont des âmes qui errent, c’est la transe, et ce sont les dérapages qui l’accompagnent, et les moyens utilisés pour entrer en transe, c’est l’alcool, mademoiselle. L’alcool et ses ravages.

Un tambour, c’est le mal qui revient. L’anarchie, les souffrances de l’alcool, les familles éclatées, la fin de tout ce que nous avons bâti ici depuis cent cinquante ans.

Un éleveur n’aurait jamais volé un couteau, lui dit-il. Chez les Sami, tu peux voler un renne, mais jamais ce qu’il y a sur un traîneau. On ne s’en prenait pas aux choses matérielles qui pouvaient vous sauver la vie sur le vidda.

Les gens l’appellent l’Espagnol ici à cause de sa façon de se tenir. Ils disent qu’il a la fesse fière, comme les toreros qu’on voit à la télé. Alors, on l’appelle l’Espagnol.

les Sami n’ont commencé à écrire que depuis un demi-siècle. Avant, tout se transmettait par l’intermédiaire des récits, et des joïks.

La peur ne lui servait à rien. Alors il l’ignorait. Mais il savait reconnaître le danger. Par instinct de survie. Que le danger vienne d’un loup, d’une tempête. Ou d’un homme.

Son credo était simple : la vie n’est qu’une somme de choix. Voilà ce qui l’avait sauvé jusqu’ici. Ne rien laisser au hasard. Tout anticiper. Et assumer ses décisions. Toutes ses décisions.

— D’où viennent ces aurores ?
— Oh, je ne sais pas vraiment. Quelque chose à voir avec le soleil. Chez nous, on disait que c’était les yeux des morts et, à cause de ça, il ne fallait pas les montrer du doigt.

Le loup était bien plus patient que le renard. Le renard se décourageait s’il n’était pas satisfait rapidement. Pas le loup.

La religion sami préchrétienne s’appuyait sur de nombreux dieux de la nature et sur les phénomènes naturels. Pour les Sami, toute chose avait une âme. La nature possédait une âme, elle était vivante. Et la puissance qui s’exprimait à travers les phénomènes naturels faisait l’objet d’un culte particulier.

 

 

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