Tremblay-d’Essiambre, Louise « Les héritiers du fleuve » Intégrale (2013-2014)

Tremblay-d’Essiambre, Louise « Les héritiers du fleuve » Intégrale (2013-2014)

Autrice : née dans la ville de Québec en 1953, est une romancière canadienne (québécoise). Ses romans mettent en vedette des femmes et se déroulent au Québec dans les années 1950 et 1960.
À propos de ses romans, elle déclare : « Ça raconte d’où on vient, c’est souvent l’histoire de femmes inconnues, un peu discrètes. Mais si elles n’avaient pas été là, le Québec ne serait pas ce qu’il est ». Ils s’inscriraient dans le genre « nouveau roman historique », que les critiques littéraires ignorent depuis les années 1980. Selon un critique français, le « plaisir qu’apporte la lecture [de ses sagas] est celui d’une identification à des personnages qui vivent autrement, dans un autre temps. Cette époque étant peu éloignée, l’identification des lecteurs, et surtout des lectrices, à ces personnages se fait facilement ».

Parution initiale
Tome 1 : 1887-1893 – Editeur GUY SAINT-JEAN  (06/09/2013) – 346 pages
Tome 2 : 1898-1914 – Editeur GUY SAINT-JEAN (11/10/2013) – 244 pages
Tome 3 : 1918-1929 – Editeur GUY SAINT-JEAN (04/04/2014) – 273 pages
Tome 4 : 1931-1939 – Editeur GUY SAINT-JEAN  (19/11/2014) – 250 pages

Saga familiale Intégrale (1304 pages)
Intégrale 01 ( tomes 1 et 2 de l’Edition normale) – Pocket – 09.07.2020 – 648 pages
1887 – 1914
Résumé: D’une rive à l’autre du Saint-Laurent, des familles attachantes aux destins entrecroisés voguent entre amitiés et rivalités, drames déchirants et bonheurs intenses. Nous voici au XIXe siècle, en bordure du Saint-Laurent, là où le fleuve se mêle à la mer. Deux rives : celle du nord, aride et majestueuse ; celle du sud, tout en vallons et terres fertiles. Des couples et leur parenté : Alexandrine et Clovis, Albert et Victoire, Emma et Matthieu, ainsi que James O’Connor, Irlandais immigré, seul membre de sa famille ayant survécu à la traversée. À l’aube du XXe siècle, modernité et tradition s’affrontent. Joies, infortunes et espoirs fous ponctuent les jours des témoins de cette ère nouvelle.
Intégrale 02 ( tomes 3 et 4 de l’Edition normale) – Pocket – 08.10.2020 – 656 pages
1918 -1939
Résumé: La guerre, qui ne devait durer que quelques mois, se termine enfin… D’une berge à l’autre du fleuve, la vie suit son cours, inexorablement, à travers les changements à la fois exaltants et inquiétants que la modernité impose. Paul, Célestin, Béatrice, Lionel et leurs familles connaissent autant de moments tendres que d’épisodes bouleversants.
Mais quand la Crise de 1929 frappe le pays, c’est tout le quotidien qu’il faut réinventer alors que les années passent et que le dur labeur laisse des traces, touchant surtout les citadins comme Paul et Réginald, l’implacable réalité entraînera des choix difficiles et des situations précaires.
À l’Anse-aux-Morilles, où les effets économiques de la crise se font moins sentir, Matthieu et Prudence doivent tout de même se réinventer un quotidien. De l’autre côté du fleuve, alors que Gilberte se bâtit doucement une vie sereine avec Célestin et Germain, la tragédie guette; Victoire, Lionel, James et Lysbeth ont beau être bien entourés, reste que les années passent et le dur labeur laisse des traces…

Introduction et contexte :
Victoire, Alexandrine et Emma…
La jeune trentaine, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins, elles vivent à cette époque où la femme n’a ni droits ni âme. Ou si peu. Épouse d’un tel ou fille de cet autre, la femme n’est que l’ombre de celui qui l’a engendrée et un peu plus tard, elle deviendra l’ombre de celui qui l’a choisie pour compagne.
Et des Grands Lacs à l’Atlantique, en passant par le golfe et la Gaspésie, il y a ce fleuve, le Saint-Laurent, ce long ruban indigo parsemé de goélettes, de barques et d’îles. Le Saint-Laurent, ce lien capricieux de vagues et de récifs, de marées et de courants, sinuant entre la ville et la campagne, menant de la campagne à la ville, réunissant les villages entre eux.
Rive nord, rive sud…
Emma au sud, car qui prend mari prend pays ; Alexandrine et Victoire au nord, les deux pieds bien ancrés dans leur terroir et village.

Mon avis global sur la saga :
Au départ il y a trois amies d’enfance qui vont donner 3 couples et viendra s’ajouter au trio un autre couple, (celui de l’Irlandais) et leur descendance..
Il y a Alexandrine et Clovis : leurs enfants, dont Joseph, Paul, Anna, Léopold,
Clovis, amoureux fou du fleuve et des bateaux… qui se croit invincible dès qu’il est sur les flots.. Un couple amoureux, qui se serre les coudes, affronte drame sur drame et que l’adversité unit au fil des ans.
Il y a Emma et Matthieu Bouchard : leurs enfants, Lionel,  Gilberte, les jumelles,  les jumeaux Antonin et Célestin. Matthieu, qui se croit seul maître après Dieu, libre d’imposer ses décisions à sa famille, sans que personne ne discute… Mathieu, le despote, qui va faire exploser sa famille… Matthieu qui est pétri de jalousie et qui entend que tout le monde lui obéisse et son épouse Emma, qui est amoureuse folle de son mari mais finira par déchanter…  Et il y a aussi Prudence, la sœur d’Emma, qui ne lui ressemble pas et arrive à amadouer et apprivoiser Matthieu et il y a Constance, Fernande, Jean-Baptiste Victoire et Alfred : et la petite Béatrice… Alfred, deux fois veuf avant d’épouser Victoire ; Alfred le forgeron ; Victoire, qui est la reine des pâtisseries …
Il y a James, Irlandais, orphelin à cinq ans, parti d’Irlande avec ses parents, qui a perdu ses parents entre le moment où il a quitté l’Irlande et son arrivée au Canada, en l’an 1862. Et Lisbeth, Johnny Boy

Il y a les peurs, les hantises : celle de la mer qui ronge Alexandrine, celle de l’âge de son mari qui inquiète Victoire. Et il y a Dieu, l’emprise de la religion…
Des vies difficiles, des mentalités et des époques qui changent, la vie en ville et dans des petits villages, les réactions vis-à-vis de l’éducation, les malheurs de la vie, les choix à prendre, la difficulté de communiquer, les difficultés à avoir des enfants, la joie et la peine qu’ils causent, la différence (enfant attardé, mongolien, enfant décidant de vivre cloitré, l’homosexualité, les différences d’âges dans les couples, handicap)
Une saga avec des personnages plus attachants les uns que les autres, par leur sourire, leur caractère, leur force, leurs doutes, leurs faiblesses… Au final je dois dire que ma préférée est Alexandrine et mon coup de cœur va à Célestin … mais tous ont leurs atouts séduction, même le Père Matthieu, si infirme dans le domaine de la communication…
Et un Docteur Gamache qui fait une brève apparition (est-ce un clin d’œil à mon Inspecteur préféré ? Armand ?)

Ah j’ai adoré la Saga. L’influence et le rôle des femmes des femmes est prépondérant et met en valeur la condition féminine.   La preuve je l’ai commencée et pas lâchée… J’ai avalé les 1304 pages en moins d’une semaine, en traversant le fleuve au gré des événements, en traversant aussi les années (1887 – 1939) en suivant l’évolution du monde au travers celle des familles ; J’ai ainsi visité Pointe-à-la-Truite (rivière Saint-Augustin – Pointe à la Truite, Côte-Nord, est un point et a une altitude de 1 mètre. Pointe à la Truite est proche de l’Île Driscoll) et sur la rive sud,  l’Anse-aux-Morilles.
Et maintenant je voudrais bien la suite !!!!

Extraits :

Tome 1 : 1887-1893

Que lui donnerait de languir après un ailleurs qui n’était pas le sien ? Ça lui ferait inutilement mal.

Quand on a le cœur gros, quand on a du ressentiment, c’est de sa famille dont on a besoin, pas des étrangers.

Emma jeta un regard désolé par la fenêtre de sa chambre où la pluie jouait des castagnettes en dessinant des rigoles.

Quand on sème de l’avoine, Matthieu, on peut pas s’imaginer récolter du blé !

Un retour à ses origines pour espérer s’en détacher suffisamment afin de regarder sereinement l’avenir. Sans renier sa patrie, Irlandais il était et Irlandais il resterait, il voulait oublier la tristesse qui y était rattachée.

Les bateaux, leur capacité de flotter et leur maniement le fascinaient. Depuis que son père lui avait apporté de la ville un gros livre qui parlait des navires marchands et des navires de guerre, des bateaux à voiles et de ceux qui fonctionnaient à la vapeur, avec quelques dessins à l’appui, le jeune garçon passait tout son temps libre à feuilleter son livre, à le lire et le relire.
— Un jour, c’est moi qui vas dessiner les bateaux de toute la famille, disait-il, le regard rempli d’espoir et de fierté anticipée. Ceux de papa, c’est ben certain, mais ceux de Joseph, aussi.

Le sourire de la logeuse eut alors l’intensité d’un rayon de soleil entre deux cumulus, et la longue inspiration qui gonfla sa poitrine fut l’arc-en-ciel qui domine les nuages, chargé de promesses joyeuses.

Mais il m’a répondu que toute sa vie reposait dans les mains de Dieu et que c’est Lui qui prenait ce genre de décisions-là.

Tome 2 : 1898-1914

Règle générale, elle ne perdait pas son temps en réminiscences inutiles. L’avenir lui avait toujours semblé plus attrayant que le passé et le présent suffisamment essoufflant pour y consacrer la majeure partie de ses pensées.

Comme si la profonde tristesse ressentie de part et d’autre n’était qu’une formidable et unique émotion qui les avait avalés de but en blanc, tous les deux ensemble.

l’inquiétude palpitait sourdement en elle au rythme des battements de son cœur.

Une famille sans mère ne peut être tout à fait la même, puisque le cœur n’est plus là.

Une famille grâce à laquelle il avait compris, un peu surpris, agréablement surpris, que le rire, les blagues et la musique étaient autant de vertus pour l’âme qu’une pilule pour le corps.

Il travaillait jusqu’à épuisement et jamais sa famille n’avait manqué de nourriture. Leur maison, bien que modeste, était confortable et personne n’avait eu froid quand venait l’hiver. N’était-ce pas là son devoir de père et de mari, de s’occuper du confort des siens ?

Dans chacun des scénarios conçus, analysés et rejetés jusqu’à ce que l’effet de surprise l’emporte, il n’avait pris en compte que la réaction de ses enfants, se répétant jusqu’à s’en convaincre qu’il était le seul à décider et qu’eux n’avaient qu’à obéir.

Les choix faits par dépit ne sont jamais les bons.

Quand j’ai envie de quelque chose, je prends les moyens pour l’avoir. La vie est trop courte pour se faire des complications avec des riens.

Chez Matthieu Bouchard, on ne discutait pas les décisions du père ou celles du curé, cela aussi, tout le monde autour de lui le savait depuis fort longtemps.

— Ah oui ? Eh ben… Drôle de temps pis de moment pour réfléchir. Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais il fait froid ce matin. Très froid. Si tu restes planté dans la cour plus longtemps, tu vas virer en glaçon, mon homme ! Pis moi, vois-tu, je tiens trop à mon mari pour être obligée d’attendre jusqu’au printemps pour qu’il dégèle !

Le temps ! Manquer de temps, gagner du temps, ménager son temps…

Que ce soit par le fleuve, le cloître, la ville ou la guerre, ses enfants lui étaient arrachés, les uns après les autres, et elle avait mal. Très mal.

Tome 3 : 1918-1929

— On a jamais vu ça, une épidémie comme celle-là. J’ai lu dans le journal de la semaine dernière que ça tombe par centaines, certains jours.

Longtemps, très longtemps, jusqu’à ce que leurs chagrins se mélangent à ne devenir plus qu’un, ils se dévorèrent des yeux.

Mais avant d’en arriver à ce point bien précis de sa rêverie, alors que Paul allait ouvrir les yeux, une voix le rejoignit dans son monde onirique.

Sa bravoure et son courage étaient restés sur les champs de bataille, entre un trou d’obus et un tir de mitrailleuse et, aujourd’hui, il tremblait devant la vie qui s’offrait à lui.

Ses nuits étaient désormais peuplées de cauchemars et ses propres cris l’éveillaient. Il attendait alors l’aube en se berçant nerveusement comme un vieillard insomniaque, le nom d’anciens camarades encombrant son esprit comme autant de stèles militaires blanches impeccablement alignées.

Qu’est-ce que tu veux que je te réponde d’autre ? De toute façon, c’est pas à ça que ça sert, un père ? À essayer de mener ses enfants à bon port ? […] J’ai toujours pensé qu’on était pas là pour nos enfants juste par temps clair. En ce moment, il y a peut-être quelques nuages sur l’horizon, c’est vrai, mais c’est pas ça qui va m’empêcher de faire ce que je dois faire.

Mis devant le fait, ses parents accepteraient probablement qu’il laisse tomber les études car, à leurs yeux, et ils l’avaient souvent répété : dans la vie, il était important, voire essentiel, de faire un métier qui nous plaisait.

Comme quoi, quand on le veut vraiment, le bonheur peut être à la portée de tout le monde.

Tome 4 : 1931-1939

On parlait attelage, chevaux et politique du temps d’Albert. On parle moteur, pneus et politique avec Julien et Johnny Boy qui, curieusement, a retrouvé son surnom depuis que la forge chauffe son âtre pour modeler ses œuvres d’art.

une mauvaise nouvelle ne pouvait être qu’un décès. Le reste, tout le reste de négatif dans une vie, elle avait appris à y faire face avec détermination. […]. Ne pas se laisser abattre et tenter de trouver une solution. Du moins, si une solution était possible.

La magie et la facilité des années folles venaient de disparaître abruptement.

L’eau pouvait être si belle quand le soleil y déposait sa dentelle de diamants.

Il avait si longtemps porté le fardeau de la culpabilité sur ses fragiles épaules d’enfant que, durant des années, c’était devenu comme une seconde nature pour lui de marcher les épaules courbées et le regard au sol.

Faire le point sur le passé, mais aussi sur le présent en espérant que les parents sauront comprendre.

Clovis Tremblay n’était pas un homme de beaucoup de mots, même si tous savaient qu’il était un homme d’émotion.

Quand on avait la chance d’avoir eu une vie comme la sienne, une vie bien remplie dans laquelle elle avait mordu à belles dents sans restriction, on n’avait qu’une envie et c’était celle de continuer.
Encore et encore…

— Quand on n’a pas de réponse à apporter, vaut mieux ne pas trop se questionner, ronchonna-t-elle. Ça rend marabout !

elle parlait souvent ainsi à voix haute, sans interlocuteur, pour le simple plaisir d’entendre un peu de bruit briser le silence de son appartement.

Mais dire qu’elle était heureuse quand quelqu’un venait leur rendre visite aurait été un euphémisme ! Elle espérait les visites comme le bourgeon doit espérer le printemps.

 

Vocabulaire : (Quebec)

chouenneuse : Chouenne: sans doute un des plus beaux mots du parler populaire de Charlevoix. Le cinéaste-poète Pierre Perrault en a fait le titre d’un de ses recueils de poèmes. La chouenne est une histoire compliquée ou longue. Elle peut aussi qualifier une personne qui a du bagout ou qui conte des histoires « un chouenneux » ou une « chouenneuse ». Plus spécifiquement, une chouenne est une affirmation qui risque d’être fausse ou peu crédible « compter des chouennes».

Au boutte/au boute : Variante du français au bout. En québécois, le mot  est parfois orthographié au boute ou au boutte. L’expression au boute veut dire que c’est vraiment bien, génial, super, excellent, incroyable, merveilleux. On le trouve parfois (rarement) orthographié « au bout » mais bien prononcé « au boutte ».

La tarte à la farlouche ou ferlouche est une pâtisserie sucrée du Québec. Les origines de la tarte à la farlouche se situent vers 1660. Elle est connue aussi sous le nom de « tarte au mincemeat » puisque ce plat quasi-identique britannique a été introduit au XVIIIe siècle après que la Nouvelle-France (ancien nom du Québec) ait été transférée de la France à la Grande-Bretagne (traité de Paris 1763).

magané, maganée : .  (De l’ancien français mehaignier, issu du vieux-francique *maidhanian, (« estropier ») (Familier) .
Au Canada, se dit de ce qui est détérioré, usé  ou de quelqu’un qui est fatigué, épuisé ou malade (Qualifie l’aspect physique d’une pers., dans son ensemble ou dans l’un de ses éléments : Marqué (par l’âge)
– le verbe  signifie – Traiter quelqu’un avec rudesse, brutalité, maltraiter, malmener ; Tourmenter quelqu’un avec insistance, le tracasser ; Fatiguer, affaiblir en exigeant un travail, des efforts excessifs ; Mettre quelque chose en mauvais état; lui causer du dommage, des dégâts.

4 Replies to “Tremblay-d’Essiambre, Louise « Les héritiers du fleuve » Intégrale (2013-2014)”

  1. Un p’tit coucou et en même temps je viens chercher l’inspiration pour ma prochaine lecture
    Je vais donc remonter ce fleuve pendant les vacances
    Envie d’une belle saga en lisant ton avis
    Et j’aime ces destins de femmes
    Je reviendrai te dire ce que j’en ai pensé à mon tour
    Merci pour ton blog

  2. Quel plaisir !! J’ai immédiatement plongé dans le fleuve
    Des dialogues savoureux, des femmes qui portent ce petit monde, de l’amour sous toutes ces formes qui panse les plaies de la vie
    Je retiens particulièrement Victoire et Gilberte avec leur cœur énorme
    Célestin avec sa perception des choses tellement ….. personnelle
    On vit l’intimité de ces familles et à travers elles la société qui change
    J’ai adoré également les petites intro de l’auteure qui nous ouvre la porte de chaque tome
    J’en veux encore !!!!

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