Kivirähk , Andrus «Les groseilles de novembre» (2014)

Kivirähk , Andrus «Les groseilles de novembre» (2014)

Auteur : un écrivain estonien né le 17 août 1970 à Tallinn. Véritable phénomène littéraire dans son pays, romancier, journaliste et essayiste, il est l’auteur d’une oeuvre déjà importante qui suscite l’enthousiasme tant de la critique que d’un très large public, qui raffole de ses histoires. Andrus Kivirähk écrit des romans et des nouvelles, des pièces de théâtres, des textes et des scénarios de films d’animation pour enfants.

Œuvre traduite en français : L’Homme qui savait la langue des serpents (2013) Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie Roman étrangerLes Groseilles de novembre (2014) – Le Papillon (2017 ) – Les Secrets (2020)

Le Tripode 09.10.2014 – 265 pages / Tripode poche 02.05.2019 – 290 pages – Antoine Chalvin (Traducteur)

Les groseilles de novembre – (Chronique de quelques détraquements dans la contrée des kratts)

Résumé : Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013 – Grand Prix de l’Imaginaire 2014) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains.
Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, quotidiennement, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles.
A la fois drôle et cruel, le texte relève autant de la farce que de la chronique fantastique. Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Note de l’éditeur : Pour pleinement goûter les charmes de ce roman, il convient de rappeler que l’Estonie a été l’une des dernières régions païennes d’Europe. Elle n’a été conquise et évangélisée qu’au début du XIIIe siècle, dans le cadre d’une croisade menée par des chevaliers allemands. À partir du Moyen Âge, les paysans estoniens sont devenus des serfs au service des grands propriétaires fonciers, les « barons baltes ». Mais, chez Kivirähk, le peuple n’a rien perdu de son espièglerie et de ses croyances. S’alliant parfois avec le diable, cohabitant dans leurs villages avec les esprits et les monstres les plus divers, les paysans façonnent régulièrement des kratts pour satisfaire leurs désirs et duper de piètres seigneurs…

Mon avis :

Novembre a 30 jours, il y a trente chapitres, trente tranches de vie quotidienne dans un village estonien au Moyen-Age, trente historiettes trempées dans la magie qui dépeignent la vie d’habitants particulièrement surprenants … N’oublions pas que Novembre commence par les jours dédiés au souvenir, aux morts, aux âmes… On y rencontre des créatures imaginaires du folklore estonien, comme les Kratt, les quauquemaires, le géant Kalevipoeg, des chaussefroides, on y parle du pouvoir des oreilles des génies… et les habitants du village, qui, s’ils ne sont pas surnaturels se comportent de manière surréaliste…  Il fait froid, les habitants du village ont faim et on ne peut pas leur reprocher de manquer d’inventivité. Ils sont rusés, voleurs, cupides, ont des remèdes bien à eux… la vodka ne guérit-elle pas tout dans ce pays froid ? Et le vol la principale activité des habitants du village… ou plutôt de leurs Kratts…
C’est inventif, humoristique et inspiré des contes et légendes d’Estonie. Il y a la magie qui permet de se transformer en tourbillon maléfique, il y a la louve-garoue, la sorcière, des démons qui hantent la forêt et se font rouler dans la farine par les ruses des paysans. Rusés et naïfs à la fois, affamés au point de voler n’importe quoi pour se nourrir et bouffer du savon…
Et il y a aussi l’amour et la poésie … et oui… et comme c’est le monde de l’étrange, je vous parle ici d’un bonhomme de neige et de la louve-garoue …

Ce livre est un O.L.N.I (Objet Littéraire Non Identifié) ; totalement déjanté et j’ai adoré…Mais ceux qui me connaissent savent que les mythes et légendes, j’adore…

Et en refermant ce livre j’ai encore plus envie de me lancer dans son autre roman « L’Homme qui savait la langue des serpents » (Le Tripode, 2013, Prix de l’Imaginaire 2014 du roman étranger).

Extraits :

— C’est notre malheur à nous, Estoniens : il y a trop d’imbéciles parmi nous. Ils font honte à tout notre peuple.

Ce qui intéressait surtout les ancêtres, c’était de savoir si les richesses qu’ils avaient accumulées pendant leur vie étaient toujours là et en lieu sûr.

Toutes les paroles sacrées et toutes les recettes pour écarter les démons semblaient avoir été effacées de son esprit.

un lynx n’avait traversé la route, le corps couvert de petites clochettes et pourvu d’une bonne centaine de pattes ! Avec un tintement effroyable, il s’éloigna et disparut derrière les vieilles meules de foin.
« Eh bien ! dit Kaarel, stupéfait. C’était certainement un démon. »

— Dans les contes de fées, les gens ne jettent pas n’importe où les biens qu’ils ont amassés à grand-peine, estima le granger. Dans les contes, il est question de renards qui trompent des loups ou qui volent du lait à une vieille femme. Les contes doivent être instructifs, c’est pour cela qu’on les raconte aux enfants.

Il est devenu comme un petit enfant : il croit tout ce que je lui dis. Hier par exemple, je lui ai mis un sac sur la tête et je lui ai dit qu’il était en enfer. Le vieux l’a cru tout de suite : il s’est assis par terre et a commencé à prier. Au bout d’un moment, j’ai enlevé le sac. Alors il s’est réjoui et a expliqué que ses prières l’avaient aidé à sortir de l’enfer. Je m’amuse avec lui comme avec un chat.

Notre vie aussi est volée, et nous devons chaque jour la voler à nouveau en nous aidant de toutes sortes de trucs et d’astuces, afin de rester vivants jusqu’au lendemain. Si nous commencions à payer honnêtement pour tout, que deviendrions-nous ? Nous n’existerions plus

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