de Feydeau, Elisabeth «Le roman des Guerlain – Parfumeurs de Paris» (2017)

de Feydeau, Elisabeth «Le roman des Guerlain – Parfumeurs de Paris» (2017)

Autrice : née le 28 juillet 1966 à Mauriac (Cantal), est une historienne et écrivaine française. Elle est également experte en parfums
Docteur en histoire (université Paris IV-Sorbonne, 1997, thèse De l’hygiène au rêve : l’industrie française du parfum de 1830 à 1945), elle travaille par ailleurs chez Chanel et Bourjois où elle est responsable des affaires culturelles. Elle met en place et gère le conservatoire et y acquiert la connaissance des matières premières de la parfumerie. Forte de cette expérience, elle décide en 1997 de fonder sa propre société de conseil en développement olfactif et culturel7 : Arty Fragrance. Elle est définie comme une historienne «chasseuse d’odeurs » et travaille alors pour des noms prestigieux de la parfumerie française et internationale, tels Jean Paul Gaultier, Chanel, Parfums Christian Dior, L’Oréal ou Guerlain, Coty, L’Artisan Parfumeur ou Al Jazeera Perfumes.
Elle continue ses travaux de recherche fondamentale sur le parfum et écrit des ouvrages principalement sur ce thème, dont Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette (2005), L’Herbier de Marie-Antoinette (2012), Les Parfums, histoire, dictionnaire, anthologie (2011) ou encore Les 101 Mots du parfum (2013), Le Roman des Guerlain (2017) ou encore Dictionnaire Amoureux du Parfum (2021). ( source Wikipédia)

 

Flammarion – 25.01.2017 – 341 pages

Résumé :

Près de deux siècles d’histoires d’amour et de beauté, perlés de tant de parfums imaginés, se sont écoulés depuis qu’un jour de 1828 Pierre-François-Pascal Guerlain (1798-1864), parfumeur-chimiste de son état, ouvrit sa première boutique, rue de Rivoli, non loin du très chic hôtel Meurice, à Paris… Son destin avait été scellé bien des années auparavant, dans ce berceau d’odeurs où s’écoula sa petite enfance à Abbeville.
auprès de son père, marchand d’épices et potier d’étain. Muscade, cannelle, vanille, poivre en us de terres lointaines avaient fait rêver l’enfant et nourri sa mémoire à jamais. Des velléités d’indépendance, le désir, encore fugace, de se réaliser poussèrent sur la route un jeune homme prêt à tout pour conquérir ses rêves, et qui allait se révéler bientôt en créateur visionnaire, doué d’un génie sans égal pour combiner d’heureuses alliances olfactives…
Libre et audacieux, Guerlain suivit son intuition, offrant à une clientèle exigeante des fragrances inoubliables, encloses dans des flacons aussi élégants que raffinés, comme on n’en avait encore jamais vu. Après lui, Aimé, Jacques, Jean-Paul poursuivront l’aventure en la réinventant sans cesse, au point d’incarner le Paris du luxe et de la volupté. Une réussite familiale romanesque, que fait revivre avec talent la plume d’Elisabeth de Feydeau.
Une histoire enfin, où égéries et muses ne manquent pas, qui ont inspiré parmi les grands succès de la Maison – « Jicky », « L’Heure Bleue « , « Mitsouko », « Shalimar »…

Mon avis :

Merveilleuse histoire d’une ascension fulgurante d’une famille qui était au départ marchande d’épices et qui este maintenant l’un des grands noms de la parfumerie. Ce fut avec plaisir et intérêt que j’ai suivi la saga des Guerlain sur plusieurs générations : Pierre-François-Pascal – Aimé, Jacques, Jean-Paul

Il faut dire que je suis tombée dans « Guerlain » quand j’étais toute petite… « Mitsouko » c’était ma grand-mère maternelle, « Après l’Ondée  » ma grand-mère paternelle, « Shalimar » ma Maman et « Vetiver » mon Papa… Quant à moi j’en ai essayé un certain nombre mais je suis « Nahéma » le soir et en hiver, « Insolence » en journée et Aqua Allegoria « Pamplelune » en été.  Comme vous pouvez le voir sur la photo qui illustre l’article, j’ai une petite collection de flacons (et aussi de miniatures) de ce parfumeur… Si j’avais entendu parler de la presque totalité de parfums des Guerlain, j’ai découvert toutefois certains noms inconnus pour moi : Coque d’Or qui ira même jusqu’à détoner « Joy » de Patou du trône du parfum le plus cher au monde… « Cachet Jaune », « Fleur de Feu »

J’ai adoré suivre leur destinée, Rue de Rivoli, Rue de la Paix et ailleurs…

Et le parfum n’est pas le seul à l’honneur dans ce siècle des lumières…Avec lui cheminent les autres arts .. la musique, la littérature, l’art Déco ( Alfons Mucha) … Jamais je n’avais fait le rapprochement entre Pierre-François-Pascal Guerlain et le César Birotteau de la Comédie Humaine de Balzac… C’est aussi Baudelaire « qui chante la beauté des femmes et l’enchantement de leurs parfums ». C’est Maupassant, Marcel Proust, Huysmans…

Guerlain , ce n’est pas que la création et la vente des parfums ; ce sont les savons , les cosmétiques, l’importance des soins de la peau, l’élégance, le luxe, le conseil à la clientèle. C’est toute la fabrication, l’industrialisation du produit, le marketing, les senteurs et le flaconnage qui va avec…
Et avec le fil rouge de la famille, on suit aussi l’Histoire en toile de fond, depuis Louis XVIII… Les drames, les guerres, les joies et les peines de la dynastie Guerlain

Beaucoup aimé aussi le carnet de photos qui illustre les cinq générations que couvre le roman des Guerlain. L’affiche de la publicité pour « Shalimar » est superbe, le flacon de « Ode » est d’une élégance rare.

Dommage que quelques années plus tard Jean-Paul Guerlain ait eu un comportement raciste. C’est plus qu’une fausse note … mais cela ne fait pas partie du roman ; entre-temps Guerlain avait été vendu au groupe LVMH qui va prendre ses distances avec ce « nez exceptionnel »  et mettre fin à leur collaboration.

Extraits :

Chez les Guerlain, on vend malgré tout de la muscade, des clous de girofle, de la vanille ou de la cannelle, autant d’arômes qui flottent dans l’air de la maison, emplissent l’arrière-boutique familiale et éveillent les sens du petit Pierre-François-Pascal.

Le métier de parfumeur renaît lentement de ses cendres après que la Révolution française l’a menacé de disparition.

l’Angleterre est considérée comme le pays des premiers parfumeurs du monde. Guerlain est décidé à leur ravir cette réputation.

Comme ses contemporains, il va d’abord utiliser, dans son travail, les six bases à sa disposition : la rose, le jasmin, la fleur d’oranger, la cassie, la tubéreuse, la violette. À quoi sont venues s’ajouter la jonquille, le narcisse, le réséda, le lilas et l’aubépine. Avec elles, un parfumeur pouvait, en jouant sur les essences et les infusions, imiter à peu près toutes les senteurs florales.

À l’image du musicien, le parfumeur doit donc, selon lui, composer des bouquets comme on compose des accords, selon les lois de l’harmonie. « Il y a des odeurs, précise-t-il, qui n’admettent ni dièses ni bémols, et il y en a d’autres qui feraient presque une gamme à elles seules, grâce à leurs diverses nuances […] Lorsqu’un parfumeur veut faire un bouquet d’odeurs primitives, il doit prendre des odeurs qui s’accordent ensemble ; le parfum sera alors harmonieux […] Quand on fait un bouquet de plusieurs parfums, il faut les mélanger pour que, rapprochés, ils fassent un contraste. »

Il se reconnut dans cette esthétique fin de siècle initiée par J.K. Huysmans. Qu’une création olfactive élevée ainsi au rang d’œuvre d’art soit ainsi appréciée par celui dont l’odorat a été éduqué au point de ne plus pouvoir « confondre au premier abord un bouquet créé par un sincère artiste avec un pot-pourri fabriqué par un industriel » ne pouvait qu’enchanter Guerlain.

Que ce soit chez Maupassant ou chez Proust, la vie tout entière est baignée de parfums : les arbres, les fleurs, le sol, l’eau mais aussi les choses mortes auxquelles la vie a communiqué de mystérieux effluves, le vieux livre aux feuillets jaunis, la soie fanée d’une robe, les gants oubliés, toutes ces choses qui ont conservé, dans leur matière même, l’odeur du passé.

Chez Jacques, ce thème du parfum souvenir s’impose de façon mystérieuse. Tout fait alors écho en lui et se transforme en formules qui, telles des partitions musicales, finiront par écrire une symphonie, un opéra de senteurs.

« Nahéma », qui sort en 1979, est construit sur la structure du Boléro de Ravel, tout entier dévoué à la rose. Il a été créé en l’honneur de Catherine Deneuve, que Jean-Paul considère comme l’une des plus belles femmes du monde.
Le nom était tiré d’un conte oriental relatant l’histoire de deux princesses, Nahéma, la passionnée, et Mahane, la douce, dont le secret de la destinée était enfermé dans un coffre…

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