Penny, Louise « Le beau mystère» (2014)

Penny, Louise « Le beau mystère» (2014)

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 8: « Le beau mystère» (2014)

Résumé : Québec, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups n’admet aucun étranger. Vingt-quatre moines y vivent cloîtrés. Ils cultivent des légumes, élèvent des poules, fabriquent du chocolat et prient. Ironiquement, la communauté qui a fait vœu de silence est devenue mondialement célèbre pour ses chants grégoriens, dont l’effet est si puissant qu’on le nomme « le beau mystère ».
Cette harmonie est rompue par l’assassinat du chef de chœur et l’intrusion de l’inspecteur Armand Gamache et de son adjoint Jean-Guy Beauvoir. Les enquêteurs cherchent l’accroc dans ces vies consacrées à l’amour de Dieu, mais cette retraite forcée les place aussi face à leurs propres failles. Pour trouver le coupable, Gamache devra d’abord contempler le divin, l’humain, et la distance qui les sépare.

Mon Avis :
Cette fois, le duo Gamache-Beauvoir est enfermé dans un huis-clos. Dans un monastère sur une ile. Pas de contacts extérieurs, mis à part quelques textos. La musique et la foi. Les doutes, les murs et les fondations de l’être et de la vie, les convictions ébranlées, la bataille contre les peurs …
Une enquête toute en finesse, un contexte très spécial, le suspense, et toujours les relations humaines au centre du roman.
Toujours aussi enthousiasmée par les enquêtes de l’inspecteur-chef !

Extraits
Jamais des mots ne parviendraient à décrire comment cette musique transcendait la nature humaine et élevait l’homme au niveau du divin.

Faire ce qu’ils faisaient tous les week-ends. Encore et encore. Encore et encore. Jusqu’à sa mort.

Eux aussi iraient à la pêche en espérant trouver des indices, des éléments de preuve, des témoins.

Et quand ils auraient suffisamment d’éléments pour servir d’appâts, ils attraperaient un meurtrier.

Lorsque d’autres s’arrêtaient, l’inspecteur-chef continuait d’avancer et regardait dans les fissures, les crevasses et les cavernes. Là où vivaient des choses sinistres.

L’arôme de bois de santal venait de l’eau de Cologne du chef tandis que l’eau de rose était le parfum de sa femme, qui se retrouvait sur lui quand ils s’étreignaient. Le chef portait le parfum de sa femme, comme une aura. Mélangé au sien.

La mort signifiait toujours une perte. Et une mort violente élargissait le trou. La perte semblait plus grande.

D’après son expérience, quand une personne disait « honnêtement », cela annonçait souvent un mensonge.

Une mort violente ne survenait jamais par hasard. On trouvait invariablement d’autres blessures, moins importantes, des meurtrissures, des sentiments froissés. Des insultes et des rejets.

À court de mots. Il en avait accumulé une multitude au fil des ans. Un entrepôt plein de pensées, d’impressions, d’émotions. De choses non dites.
Mais maintenant qu’il avait besoin de mots, l’entrepôt était vide, sombre et froid.

Il n’y avait pas âme qui vive ici. Mais cela ne voulait pas dire qu’il n’y avait pas d’âmes mortes.
Il repoussa l’image qui était apparue dans sa tête, créée par la petite mais formidable usine à l’intérieur de lui qui produisait des pensées terribles.
Le monstre sous le lit. Le monstre dans le placard. Le monstre dans l’ombre.
Le monstre dans le silence.

En fait, « n’aimait pas » était un euphémisme. Ce qui avait commencé par des divergences d’opinions s’était transformé en antipathie, puis en méfiance. Et les sentiments négatifs ne cessaient de s’amplifier. Pour l’instant, ils s’étaient arrêtés à une aversion réciproque.

La nuit approchait. Et quiconque l’affrontait sans être préparé était un imbécile.

Bien souvent, il faut des années avant qu’une personne se décide à commettre un meurtre. Mais finalement quelque chose ou quelqu’un fait pencher la balance.

Pour la première fois de ma vie, je ne pensais rien. Je ressentais seulement quelque chose.
Les chants remplissaient des espaces que je ne savais pas vides. Ils ont apaisé une solitude dont je n’avais pas conscience. Ils m’ont apporté la joie. Et la liberté.

Le silence était bien plus oppressant et menaçant que des injures hurlées.

Il devait briser cette carapace pour atteindre l’homme à l’intérieur, le centre mou

se vider l’esprit de toute pensée. Je me demande si c’est ça, la liberté.

Vous seriez surpris du nombre de façons qui existent pour faire passer son message, lesquelles sont bien plus efficaces — et plus insultantes — que des mots.

Mais n’était-ce pas justement ça, du bon marketing ? Ne pas mentir, mais choisir quelles vérités dire.

Des millions de gens sont prêts à croire n’importe quoi. Ils voient le Christ dans une crêpe et se mettent à la vénérer.

Les voix des moines semblaient encore plus belles que la veille. Elles étaient maintenant empreintes de tristesse, mais il émanait des notes une légèreté qui remontait le moral. Les chants étaient à la fois solennels et joyeux. Terre à terre et aériens, comme s’ils avaient des ailes et volaient.

Les gens trouvaient toujours quelque chose à garder précieusement. Pour les petits garçons, c’étaient des pointes de flèches et des billes œil de chat ; pour les adolescents, un t-shirt cool et une balle de baseball signée. Et pour les grands garçons ?

Le violoniste fait chanter l’instrument, le violoneux le fait danser.

Cela expliquait-il pourquoi sa grand-mère aimait tant son potager ? Lorsqu’elle se tenait debout, se penchait, s’agenouillait, était-ce une sorte de messe pour elle ? Un acte de dévotion ? Avait-elle trouvé dans son potager la paix et le réconfort qu’elle avait cherchés dans la religion catholique ?

C’était comme s’ils avaient grandi dans la même maison, mais dans des pièces différentes.

Un élan de colère, qu’il réfréna aussitôt. Sa colère était comme les légumes-racines sous leurs pieds : enterrée, mais grandissant encore.

Mais les chants grégoriens ? Ce qui constitue le centre de notre vie ? Eh bien, certaines personnes les connaissent, d’autres les ressentent

C’était ça, le problème, avec la brebis galeuse. Elle contaminait le troupeau petit à petit, insidieusement. Au début, rien ne la distingue des autres, jusqu’à ce que la maladie se manifeste. Et alors, c’est trop tard.

il vivait dans la peur. Pas de ce qui pourrait l’attaquer de l’extérieur, mais de ce qui attendait patiemment à l’intérieur de ses propres murs.

Seul un saint ou un idiot donnerait une promotion à un adversaire.
— Est-ce que ça va ?
— Oui, ça va, je suis bien.
— B.I.E.N. ? Bête, inquiet, emmerdeur et névrosé ?

Les nobles, les administrateurs instruits et les marins avaient peut-être découvert le Nouveau Monde, mais c’étaient les paysans robustes qui l’avaient peuplé. Leurs voix, comme de vieux chênes, s’étaient profondément enracinées dans le Québec. Si bien qu’une historienne parlant avec ces Québécois pourrait avoir l’impression d’être remontée dans le temps jusqu’à l’époque de la France médiévale.

Sur cette figure, un sourire ne paraîtrait jamais tout à fait à sa place, mais il s’y installa confortablement pour quelques instants.

Même si vous laissez votre passé à la porte, ça ne signifie pas qu’il reste là, dit-il. Il finit par s’infiltrer par des fissures.

Les gens meurent petit bout par petit bout, en une série de petites morts. Ils perdent la vue, l’ouïe, leur autonomie. Ça, ce sont les morts physiques. Mais il y en a d’autres, moins évidentes, mais plus fatales. Ils perdent courage. Ils perdent espoir. Ils perdent confiance. Ils se désintéressent de tout. Et, finalement, ils se perdent eux-mêmes.

Il y avait la face extérieure, que tout le monde voyait, et l’autre, derrière, qui était en train de pourrir, de s’effriter.

 

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

3 Replies to “Penny, Louise « Le beau mystère» (2014)”

  1. Grâce à toi j’ai découvert cette auteure et j’ai eu le plaisir de lire la saga du détective Armand Gamache. Malheureusement je les ai tous lus. Mais je crois que je les relirai très bientôt car il me manque déjà. Merci encore pour cette découverte.

    1. heureusement il y en a encore deux en anglais pas traduits.. Comme ça on sait que l’aventure continue…
      Toi au Canada, tu devrais les trouver ..

  2. Un peu moins convaincue par celui-ci… Mais j’admire le travail de recherche effectué par l’auteure !
    Et je peux dire que j’ai appris plein de choses sur les chants grégoriens (j’en ai même écouté pendant la lecture de ce livre)
    Je continue l’aventure avec « La faille en toute chose »

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