Le Callet Blandine « La ballade de Lila K » (2010)

Le Callet Blandine « La ballade de Lila K » (2010)

Résumé de l’éditeur : Une jeune femme, Lila K., fragile et volontaire, raconte son histoire. Un jour, des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge. Surdouée, asociale, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Son obsession : retrouver sa mère, recouvrer sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, aseptisé, où les livres n’ont plus droit de cité…

Plus qu’un récit d’apprentissage aux allures orwelliennes, un roman émouvant sur la force du lien et du pardon. Christine Rousseau, Le Monde des livres.
Ce roman, qui mêle histoire d’amour et critique d’une politique sécuritaire à tout prix, se voit drôlement rattrapé par l’actualité. Pascale Frey, Elle.
Mon avis : Certains lui reprochent de s’inspirer fortement de Lisbeth Salander de la trilogie « Millenium ; Bien sûr il y a des ressemblances, mais cela ne m’a pas frappé. Et dans ce cas, ce serait plus proche de « Globalia » de Jean-Christophe Rufin. J’ai été touchée par le roman, je me suis passionnée par la recherche identitaire de Lila. J’ai aimé la description des deux mondes parallèles, les humains et les robots, ceux qui pensent et font bien, ce formatage nécessaire pour vivre, la négation de la différence qui fait peur et rend indésirable. Le côté futuriste ? certes.. Mais aussi la scission de la société : les « bien comme il faut » et les autres (la zone) … Et les efforts à faire pour pouvoir passer « le mur »… la marginalisation… Il y a des pays où le contrôle des naissances existe.. ou il est interdit d’avoir plusieurs enfants.. alors futuriste ? faut voir… Le passage du Mur avec le check-point … futuriste ? Pas sûr! et les personnes qui souhaitent vivre « libres », et pas sous le regard des caméras de surveillance, comme les chats … La dangerosité des livres.. pas futuriste non plus… Le contrôle de la presse, la dissimulation d’infos. moi j’ai l’impression qu’on est en plein dedans..  Et cette manière qu’à l’héroïne de se raccrocher au bon des souvenirs…en occultant le mauvais. Je l’ai pris un peu comme un coup de poing dans la figure et je le recommande. au fait.. si vous me suivez dans l’aventure… le début est peu accrocheur… alors accrochez vous un peu.. cela vaut la peine ensuite!
Extraits  :
p. 11 « Dans la vie, il y a toujours un avant, un après, vous avez remarqué ? Avec entre les deux une cassure franche et nette, heureuse ou malheureuse -c’est une question de chance. Elle ne peut pas sourire à tout le monde, évidemment. je suis sûre que personne n’y échappe. »
p. 54 « J’ai soudain vu le livre s’ouvrir entre ses mains, éclater en feuillets, minces, souples et mobiles. C’était comme une fleur brutalement éclose, un oiseau qui déploie ses ailes. »
p. 54 «  – Laisse-moi t’expliquer: tu vois, avec un grammabook, on n’a qu’un écran vierge sur lequel vient s’inscrire le texte de ton choix. Un livre, lui, est composé de pages imprimés. Une fois que le texte est là, on ne peut plus rien changer. Les mots sont incrustés à la surface. Tiens, touche.
J’ai posé la main sur la feuille. J’ai palpé, puis j’ai gratté les lettres, légèrement, de l’index. M.Kauffmann disait vrai: elles étaient comme prise dans la matière.
– ça ne peut pas s’effacer?
– Non, c’est inamovible. Indélébile. Là réside tout l’intérêt: avec le livre, tu possèdes le texte. Tu le possèdes vraiment. Il reste avec toi, sans que personne ne puisse le modifier à ton insu. Par les temps qui courent, ce n’est pas un mince avantage, crois-moi, a-t-il ajouté à voix basse. Ex-libris veritas, fillette. La vérité sort des livres. Souviens-toi de ça: ex-libris veritas. »
p. 185 « J’aime bien les points communs. Ca rapproche les gens, et par les temps qui courent, ça n’est pas si courant, que les gens se rapprochent. Vous pouvez pas savoir comme ça me fait plaisir ! »
p. 199 « J’aime le noir : l’espace qui s’annule, les objets qui s’effacent, et cette douceur qui tombe sur les yeux, les apaise, les nettoie des scories de lumière que le jour y dépose. »
p. 238 : « On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller: derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait. Ils perdent consistance, s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande, pour finir, s’ils existaient vraiment. »
p. 239 : « Le plus difficile pour moi, au bout du compte, a été de m’abandonner. Accepter l’errance, la surprise, l’inattendu. Me laisser aller. Jamais mon existence n’avait laissé de place à l’improvisation, et je me rendais compte que cette liberté était plus compliquée, plus angoissante aussi, que toutes les contraintes au milieu desquelles j’avais vécu jusqu’ici. »
p. 261 « C’était comme si le monde s’était brusquement arrêté, vidé de sa substance au seuil du cimetière. Il n’y avait plus ni matière, ni couleur, ni sens. Que des ombres mêlées à du silence, les lignes des allées tordues entre les ifs, et le ciel qui bavait sur les tombes. Ma douleur avait tout envahi. »
p. 343 « Le rapport du légiste précise: cœur 376 g (…). C’est étrange qu’ils se soient intéressés au poids de ses organes. Lorsqu’elle était en vie, jamais ils ne s’étaient souciés de savoir si elle avait le cœur lourd. »
p. 348 « C’est cela, sans doute, faire son deuil : accepter que le monde continue, inchangé, alors même qu’un être essentiel à sa marche en a été chassé. Accepter que les lignes restent droites et les couleurs intenses. Accepter l’évidence de sa propre survie »
p. 350 « Je ne dis pas qu’elle n’a eu aucun tort ; je dis qu’elle a fait ce qu’elle a pu. Il n’y a que cela qui compte »
p. « Cela faisait si longtemps que rien n’avait bougé dans sa vie; forcement, il ne supportait pas qu’il se passe quelque chose dans celle des autres. »
p. « Mon arbre généalogique ne ressemble pas à grand-chose, il faut bien le reconnaître. Deux rameaux coupés courts. Le destin a eu la main lourde, côté sécateur. »
p. « La culpabilité, il n’y a que ça de vrai. Arrangez-vous pour que les autres se sentent toujours un peu coupables à votre égard, et vous obtiendrez tout ce que vous voulez. »
p. « Parfois c’est le hasard qui décide pour nous .Ensuite, selon les conséquences, on appelle ça la chance, ou le mauvais sort. Ou les deux à la fois. »
p. « Le mal, c’est toujours ce qui reste, vous avez remarqué ? Même quand ça n’est pas vrai, c’est ce qu’on retient le mieux. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *