Haenel Yannick : « les renards pâles » (2013)

Haenel Yannick : « les renards pâles » (2013)

Résumé : A Paris, rencontre entre un homme qui a choisi de vivre dans sa voiture et un groupe de sans-papiers masqués. Se faisant appeler les renards pâles, du nom du dieu anarchiste des Dogon du Mali, ils défient la France. Comme l’homme solitaire, ils attendent la révolution.

Un homme choisit de vivre dans sa voiture. À travers d’étranges inscriptions qui apparaissent sur les murs de Paris, il pressent l’annonce d’une révolution. Le Renard pâle est le dieu anarchiste des Dogon du Mali ; un groupe de sans-papiers masqués porte son nom et défie la France. Qui est ce solitaire en attente d’un bouleversement politique ? Qui sont les Renards pâles ? Leur rencontre est l’objet de ce livre ; elle a lieu aujourd’hui.

Mon avis : Assez mitigée.. Alors oui, sans contexte l’écriture est belle et poétique. La première partie du roman : une belle analyse sur la solitude du chômeur, sur la solitude tout court. L’homme élit domicile dans son break, garé dans une rue ou le stationnement est illimité et il nous raconte comment il occupe ses jours et ses nuits… Dans cette première partie du roman, de très belles phrases qui permettent de s’évader par la beauté des mots et des lieux.. Jusqu’à « la rencontre » avec un dessin sur un mur.. Et la deuxième partie … le combat des sans-papiers, la vie des exclus, l’exploitation des noirs par les blancs, la justification des voitures brûlées … Le combat politique et social… La liberté qu’il nous reste est de ne pas être fichés par la société… pour y arriver, il faut bruler ses papiers, se cacher derrière un masque, cesser d’exister dans la société. C’est à cette condition qu’on sera libre d’exister et de vivre libre… Tous les exclus du système, unissez-vous… par-delà la couleur et la race… Ceux qui n’ont plus rien à perdre sont unis par la solidarité et cette force silencieuse et invisible fera la révolution… Que valent les biens et la société face à l’exclusion humaine…

« Les Dogons croient en un dieu unique, Amma. Il créa la terre et en fit son épouse qui lui donna un fils, Yurugu ou le « Renard pâle ». C’était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. » (Wikipedia)

L’un des intérêts de ce roman est de nous donner envie d’en connaître davantage sur les Dogons et leur culture, sur l’importance des masques, sur leur conception de la responsabilité des humains sur les désordres du monde.. Certes le roman est dérangeant et porte sur un sujet de société très actuel. Mais je n’ai pas été convaincue. La politique prime sur l’histoire et ce qui aurait dû être un roman est plus ressenti par moi comme une dénonciation de la société.

Extraits :

Ce coin n’avait rien de particulier, mais une lumière y venait vers 17 heures, une lumière spéciale qui me rendait heureux, une sorte de halo rouge, orange, jaune qui avançait au fil des heures le long du mur jusqu’à ma tête, qu’il finissait par couronner.

j’étais soulagé d’en avoir fini avec cette période. J’aime bien les nouveaux chapitres : la fraîcheur vient avec la vie nouvelle, on dirait qu’elle vous aide.

la fraîcheur vient avec la vie nouvelle, on dirait qu’elle vous aide. Même si j’ignorais ce que j’allais faire, ma vie se dégageait, elle s’ouvrait de mieux en mieux — c’était ça l’important.

Chaque fois que le soleil se couche, je ne désire qu’une chose : mettre fin au monde sensé. Je veux glisser vers ce fond d’étoiles qui rient dans le ciel et s’enivrent des épaisseurs du crépuscule. Je veux boire jusqu’au néant ces éclats rouges et noirs. Seule l’ivresse des étoiles m’arrache à la pesanteur du globe.

Lorsqu’on est soudain exposé à sa solitude, on découvre une géographie. La solitude est un pays qui brûle. Ses flammes vous ouvrent les yeux, avec une transparence qui fait miroiter les journées.

Le désœuvrement vous fait entrevoir que rien n’est utile, et que sans doute l’utilité n’existe pas.

… moi aussi, une fin d’après-midi, j’ai ouvert une fenêtre et je me suis jeté. Mais, en sautant, je ne suis pas tombé : j’ai glissé à l’intérieur d’un vide — dans cet étrange intervalle d’où je vous parle.

Je l’ai dit : l’absence, chez moi, est une seconde nature. J’ai passé ma vie à m’absenter. Au cœur de l’absence rayonne une vérité que la vie quotidienne récuse, parce qu’elle est cruelle.

le bonheur trouve sa perfection dans une simplicité qui chasse l’angoisse.

Le Griot me parla du Renard pâle. C’était un dieu qui n’était pas tendre avec les humains ; il habitait au cœur de la destruction, ce qui lui donnait un savoir sur celle qui ravage aujourd’hui notre monde.

Il suffit que l’invivable affecte quelques-uns pour que le vivable n’existe plus pour personne.

Les larmes aussi sont une parole, la plus vivante sans doute, parce qu’elles arrosent nos corps asséchés comme si elles leur prodiguaient la fertilité.

Faire le deuil est un combat où se rejouent les conquêtes et les hantises d’une vie ; certains d’entre nous portent vissés sous leur aisselle un tambour en forme de sablier sur lequel ils frappent en cadence afin que nos pas se changent en trépignements.

Il a raison : seule la clarté est insaisissable.

Chacun est libre d’être là ou de ne pas être là. D’aimer ou de ne pas aimer. D’affirmer ou de se taire. De trouver des raisons de vivre ou de vivre sans raison.

Notre solitude n’a jamais été aussi belle que cette nuit. À travers la multiplicité, elle s’ouvre à toutes les solitudes : celle de la chance qui salue leurs croisements, du jeu qui les unit un instant, de l’étrangeté qui les sépare et rend possible leur entente.

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