Williams, Pip « La Collectionneuse de mots oubliés » (2020 traduit en 2022) – 552 pages

Autrice: née le 11 avril 1969, Londres, Royaume-Uni, élevée à Sidney et demeure avec sa famille en Australie-Méridionale. Elle a écrit des articles de voyage et de la poésie.
Romans : La Collectionneuse de mots oubliés (The Dictionary of Lost Words 2020) – La Relieuse d’Oxford (The Bookbinder of Jericho) –
Editions Fleuve – 15.09.2022 – 432 pages / 10/18 -18.04. 2024 – 552 pages – (Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Odile Demange)
Résumé:
En 1901, le mot » bonne à tout faire » est absent du premier dictionnaire d’Oxford. Ce roman est l’histoire de celle qui l’a volé. Esme a grandi entourée de mots, dans le Scriptorium où son père, lexicographe, rassemble des définitions pour constituer le premier dictionnaire d’Oxford. Mais le jour où elle découvre la fiche égarée de bonne-à-tout-faire, la petite fille comprend que tous les mots ne sont pas égaux.
Le plus souvent, les termes triviaux qui ont trait aux femmes et à leur vie quotidienne sont écartés par son père et ses collègues. Elle décide alors de sauver les paroles de ces femmes. Tout en traçant sa voie dans une société encore très étriquée, Esme commence à constituer son propre dictionnaire. Celui des mots oubliés. Situé au moment du mouvement pour le droit de vote des femmes et à l’approche de la Grande Guerre, le Dictionnaire des mots oubliés est un roman original et émouvant, inspiré de faits réels, qui célèbre le pouvoir de la langue à façonner notre monde.
(The Dictionary of Lost Words – 2020)
Mon avis:
Merci aux amies qui ont aimé et m’ont encouragé à continuer après une début un peu laborieux. En effet le premier quart avait de quoi me dissuader de poursuivre la lecture car cela traitait en longueur avec un style qui ne m’a pas trop convaincu… je dis que, je fais, je crois que, j’ai fait ceci, j’ai fait cela, il a fait ceci… lassant au bout de près de cent pages…
Mais passé le cap, Esme commence à agir par elle-même et tout change… Elle s’émancipe tout en restant dans l’ambiance et commence à imprimer sa personnalité et ses idées. Et là cela devient intéressant. J’ai eu le déclic avec la découverte du marché couvert, de femmes comme Mabel, qui viennent d’un milieu différent et qui causent pas correct et abordent avec des mots qu’Esme n’a jamais entendus des sujets qui sont inconvenants…
J’ai aimé la réflexion sur les mots non écrits qui ne sont pas acceptés dans le dictionnaire et ne peuvent être considérés comme des citations alors qu’une invention de Dickens peut y figurer, parce que c’est Dickens…
Et tout le coté historique, non seulement de la création du dictionnaire, mais aussi le coté féministe, les suffragettes, la description de tout ce qui est l’édition (les presses, la typographie..)
Le personnage historique le plus important de ce roman, Edith Thompson (Ditte) . Mais il y en a bien d’autres comme la famille Murray, qui va créer le « Scriptorium » en s’installant à Oxford. Ou Emmeline Pankhurst.
Alors non ce n’est pas le coup de coeur car j’ai trouvé que cela trainait en longueur et que l’action était parfois répétitive et que je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Mais je ne regrette absolument pas cette lecture et cette approche passionnante des mots et de la lexicologie.
Je pense suivre l’autrice avec son prochain roman « La Relieuse d’Oxford » car comme j’ aime les mots et les livres, je suis bien sûr intéressée par la reliure.
Extraits:«
J’ai un secret, lui ai-je dit.
— Et c’est quoi, mon petit chou ?
— Je ne peux pas te le dire ici. Il risquerait de s’envoler. »
— Mais quand nous parlons d’elle, elle redevient vivante.
— N’oublie jamais ça, Esme. Les mots sont nos outils de résurrection. »
Un nouveau mot. J’ai levé les yeux.
« C’est quand on fait revenir quelque chose,
Les mots changent avec le temps, tu sais. Leur aspect, leur prononciation ; parfois leur sens lui-même évolue. Ils ont leur propre histoire.
— J’me sens comme un pissenlit juste avant que le vent souffle. »
Six mois en Écosse, et il me semble que te voilà acclimatée à l’humidité glacée et aux espaces infinis. Je me demande si « le déferlement des collines vers un ciel chargé et les profondeurs insondables du loch » te manquent.
La curiosité est une qualité fondamentale des savants et des esprits de progrès, a toujours affirmé mon père.
J’ai senti les mots avant de pouvoir les voir, et les souvenirs ont culbuté les uns sur les autres ; autrefois, j’avais cru être ici à l’intérieur de la lampe d’un génie.
La logique étymologique doit être primordiale et doit l’emporter sur toutes autres considérations.
Tous les mots ne sont pas égaux (et à l’instant même où j’écris, je pense comprendre ta préoccupation avec plus de clarté : si les mots d’un groupe social sont tenus pour plus dignes d’être préservés que ceux d’un autre… eh bien, tu m’auras donné matière à réflexion).
J’ai pensé à ce que Ditte avait dit de la nécessité que les mots aient une histoire textuelle. Léthargique en avait une, indéniablement. La toute première citation provenait d’un livre datant de 1328, donc il était assuré d’être inclus. Pourtant, il n’était pas aussi intéressant, et de loin, que le mot de Lizzie, flapi. Je n’avais pas entendu Lizzie dire une seule fois qu’elle se sentait léthargique, mais elle était tout le temps flapie.
Je pense que parfois les mots corrects ne sont pas tout à fait exacts, alors les gens en inventent d’autres, ou utilisent d’anciens mots différemment.
Penses-tu qu’il y a des mots que seules les femmes utilisent, ou qui s’appliquent uniquement aux femmes ?
Les mots sont comme les histoires, vous ne trouvez pas, M. Sweatman ? Ils se transforment en passant de bouche en bouche ; leur sens s’étire ou se rétracte pour s’adapter à ce qui doit être dit. Le Dictionnaire ne peut évidemment pas restituer toutes les variations possibles, d’autant plus qu’il y en a tant qui n’ont jamais été écrites…
Un mot vulgaire, bien placé et prononcé avec juste ce qu’il faut de vigueur, peut exprimer bien davantage que son équivalent policé.
Le Dictionnaire est un livre d’histoire, Esme. S’il m’a appris une chose, c’est que ce que nous pensons aujourd’hui évoluera certainement. Dans quel sens ?
Si vous voulez qu’un roman ait un peu de piment, il faut que la peau s’empourpre et que le pouls se précipite – ceux des personnages, et des lecteurs aussi, me semble-t-il.
« Certains mots sont plus que des lettres sur une page, tu ne crois pas ? » a-t-elle poursuivi, nouant la ceinture autour de ma taille de son mieux. « Ils ont une forme et une texture. Ils sont comme des balles de fusil, pleins d’énergie et quand tu les prononces, tu peux sentir leur bord tranchant contre tes lèvres.
L’histoire de certains mots était si ancienne que la compréhension actuelle que nous en avions n’était qu’un écho de l’original, une distorsion.
le silence n’est qu’un vide rempli d’inquiétudes.
Dans sa concentration et dans la fluidité de ses mouvements, il m’a fait penser à un peintre ou à un compositeur, disposant ses caractères aussi délibérément que des notes sur une partition.
Tu as toujours dit qu’un mot n’a pas forcément le même sens, en fonction de celui qui l’utilise.
es mots nous définissent, ils nous expliquent et, à l’occasion, ils permettent de nous contrôler ou de nous isoler. Mais qu’arrive-t-il lorsque des mots qui sont dits ne sont pas écrits ? Quel effet cette absence exerce-t-elle sur celui qui les prononce ?
Info:
L’Oxford English Dictionary a été commencé en 1857. L’année 1928 sera l’année de la publication du 12ème et dernier volume de ce dictionnaire.