Baudin, Cécile « Dur comme fer » (2025) 416 pages
Autrice: Autrice française née à Lyon le 20 octobre 1972, habite aujourd’hui en Seine-et-Marne.
Après des études scientifiques, a travaillé pendant vingt-cinq ans dans différents métiers de main d’œuvre, comme DRH puis à son compte : transport, BTP, ingénierie, déchets, métallurgie…
Romans : Marques de fabrique (2023) – La constance de la louve (2024) – Dur comme fer (2025) – Deuil de sel (août 2025 France Loisirs – 2026 Presses de la Cité)
Presses de la Cité – 20.03.2025 – 416 pages / 10/18 – 19.03.2026 – 336 pages
Prix Polar Michel Lebrun 2025.
Résumé:
Dur comme fer explore les méandres des mines au coeur de la Lorraine, où les malédictions poursuivent les hommes jusqu’au plus profond des galeries, les poussant à la révolte et au crime… Par l’auteure de Marques de fabrique.
1901. Pour fuir la violence de sa famille mafieuse, Nando Russo choisit l’exil. Il devient mineur en Lorraine et apprend à arracher le fer à la montagne comme nombre de ses compatriotes italiens.
Mais son passé le rattrape et le replonge dans une spirale meurtrière irrépressible. 1913. Antonio Russo arrive à son tour dans la vallée de la Chiers. Huit ans plus tôt, sa mère et lui ont brutalement perdu tout contact avec Nando. Antonio découvre le destin tragique qui a frappé son père et les crimes qu’on lui a imputés. Convaincu de son innocence, le jeune homme reprend une enquête biaisée par l’époque troublée.
Avec l’aide d’un journaliste et d’une prostituée, il va creuser dans les faits et les faux-semblants, comme jadis son père dans les filons ferreux et les tunnels obscurs. Mais la vérité est-elle toujours libératrice ? Ciselé comme un diamant et dur comme le fer : le nouveau suspense de Cécile Baudin.
Informations données par l’autrice:
L’intrigue se situe entre Hussigny, Saulnes et Gouraincourt au moment des grandes grèves de 1905, dans les mines et usines.
L’intrigue nous plonge dans le Pays-Haut du début du 20eme siècle.
Il se trouve que mon premier job, il y a 30 ans, était en Lorraine (je venais de Lyon), entre Longwy et Villerupt (les Rapides de Lorraine, vous connaissez ?). Je ne suis restée que quelques années mais j ai adoré la région, son histoire, son esprit… Et lorsque j ai commencé à écrire des romans il y a 3/4 ans, je savais que je reviendrais dans la vallée de la Chiers.
C’est chose faite avec « Dur comme fer, » où j’essaie (du mieux qu’il m est possible) de rendre hommage à cette terre et à ceux qui l’ont faite, et de contribuer à faire connaître cette histoire au-delà de la Lorraine.
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Coup de coeur pour ce roman historique. D’ailleurs trois romans de Cécile Baudin et trois coup de coeur.
1905. Tout commence en Calabre, sous le signe de la ’Ndrangheta, la mafia calabraise et d’un sort jeté au chef de la Mafia « C’est le fils qui tuera le père ». Pour éviter que son père ne s’en prenne à lui, Nanda n’a qu’une seule option : fuir la Calabre et se réfugier au Nord. Et le Nord le plus éloigné possible : ce sera le Nord de la France, noyé au milieu des centaines d’italiens qui ont émigré pour trouver du travail dans les mines de Lorraine. D’autant plus que Nando a la chance de parler couramment français, car il est marié à une française. Il va changer de nom, et partir seul en laissant sa femme et son fils derrière lui. Mais les traditions calabraises de la ’Ndrangheta ne s’arrêtent pas à la frontière … il devra y faire face…
Après un voyage extrêmement pénible, il va atterrir dans des baraquements sordides, travailler dans les mines, dans des tunnels glaciaux et dangereux et découvrir « en quoi ce travail relève d’une curieuse alchimie entre l’homme et la matière. Étrangement, cela lui plaît. Ça lui rappelle sa communion avec les citrons. » Pour survivre, il aura besoin de recourir à ses sens : le toucher, l’odorat, l’ouïe … Sa connaissance de la langue française va lui permettre de ne pas être logé à la même enseigne que les italiens et collaborer avec des personnes (le Caporal, le médecin) qui lui rendront la vie moins pénible.
Le cadre historique est fascinant : les aciéries de Longwy, les haut-fourneaux, les mines de Saulnes, les grèves. Mais il n’y a pas que cela! Il y a le destin, l’amour, les meurtres… Tout cela porté par des personnages extrêmement bien campés et ò combien attachants!
Cette lecture fait écho au roman de Sorj Chalandon « Le jour d’après » et au livre de Silvia Avallone « D’acier » lu récemment qui parle de sidérurgie et des usines de Piombino, même s’ils ne se déroulent pas à la même époque.
Extraits:
Ici, au fond, on partage tout. L’air, la lumière, le minerai, les risques, et la croûte.
Dans les mines de fer, il n’y a pas de grisou, mais bien d’autres dangers. Et la mortalité y est trois fois plus élevée que dans les mines de charbon.
Une habitude, c’est comme un pli : on ne revient pas dessus.
Parce que je ne fais pas que cultiver les fruits. Je cultive aussi la confiance. La confiance, c’est comme un arbre. Ça prend du temps, ça s’entretient, ça s’arrose, ça se taille. Et si c’est bien traité, ça grandit et ça produit de bons fruits…
La vie à la mine ne lui déplaisait pas. Il s’était habitué à l’obscurité, qui offrait certains avantages : lorsque tout est sombre, noir ou gris, les sens autres que la vue sont promus. Ouïe, odorat, toucher, autant de qualités qui avaient particulièrement profité à Nando.
Les personnes qu’il a aidées ne sont pas en mesure de lui rendre la pareille aujourd’hui. Au contraire, même. Il faut se méfier d’un individu qui a su se montrer utile auprès de ses compatriotes : immigré et malin, voilà une combinaison bien suspecte !
L’Italien a tourné le regard vers l’usine, et c’est une ville entière qui lui est apparue. Une cité d’un autre temps, d’un temps futur, qu’on pouvait croire d’une autre planète. Et si l’on devinait qu’en pleine nuit elle fonctionnait au ralenti, elle ne dormait pas pour autant. Tant de cheminées y étaient concentrées qu’on ne pouvait les compter. On aurait dit une forêt d’arbres aux branches arrachées dont subsisteraient les troncs.
Car ce que les hommes ressentent n’a rien de rationnel. La force qui les anime est si puissante qu’ils tendent à se croire invincibles. Nando a beau faire appel à la raison, ils détricotent ses arguments avec le cœur. Ils évoquent l’absence d’espoir, leur dignité bafouée, l’humiliation permanente de s’échiner pour rembourser des patrons, des économats, des logeurs, de ne pouvoir vivre décemment de ce qui leur reste. Eux aussi aimeraient envisager une perspective, un progrès, une lumière au bout de la route. Mais leur existence est comme cette mine : sombre, déjà tracée sur des rails têtus, n’avançant que dans un sens – celui de l’obscurité et du manque d’oxygène, dos tourné à la lumière.
— Acier, fonte, quelle est la différence ?
— La fonte est alourdie par le carbone. Si dense qu’elle est difficile à ouvrager. Il faut la chauffer pour la délester de son carbone et espérer purifier le fer. L’acier, c’est du fer, mais sans carbone. Léger, souple, malléable.
Remuer le passé, c’est comme remuer la vase : ça rend aveugle et ça pue.
Informations:
Sidney Gilchrist Thomas : un ingénieur britannique, connu pour la mise au point du procédé Thomas-Gilchrist de traitement des fontes issues des minerais phosphoreux, les plus courants, pour les convertir en acier. (Invention en 1877)
Photo: Site web Image’Est – Hussigny-Godbrange (Auteur Daniel Delboy)