Ihimaera, Witi « Le pacte des baleines » (2025) 272 pages


Ihimaera, Witi « Le pacte des baleines » (2025) 272 pages


Auteur: Witi Tame Ihimaera-Smiler est né le 7 février 1944 à Gisborne, non loin de Whangara en Nouvelle-Zélande. D’abord journaliste, puis diplomate, il s’est mis, en parallèle, à imaginer des histoires liées à sa culture, pour le théâtre et pour le cinéma. Il commence par travailler comme diplomate dans les années 1970. Il enseigne depuis 1990 la littérature anglaise à l’université d’Auckland. Il est considéré comme un auteur majeur de la littérature post-coloniale. En 2005, il a reçu la médaille de l’Ordre du mérite en littérature de Nouvelle-Zélande.

Son ascendance tribale est au peuple Te Aitanga-a-Mahaki ; il est également apparenté aux Tuhoe, Te Whanau-a-Apanui, Ngati Kahungunu et Ngai Tamanuhiri il a passé son enfance à se nourrir des histoires liés à ses origines et ses ancêtres.

Versatile et prolifique, premier romancier maori à être édité, Witi Ihimaera a publié douze romans, six recueils de nouvelles, écrit pour le théâtre et pour le cinéma, coproduit des films et documentaires, édité plusieurs livres sur les arts et la culture de Nouvelle-Zélande et enseigné à l’université d’Auckland. Il a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le prix inaugural Star of Oceania de l’université d’Hawaii en 2009, le prix de la Arts Foundation of New Zealand en 2009, le Toi Maori Maui Tiketike Award en 2010 et le Premio Ostana International Award décerné en Italie en 2010.

Romans traduits : Tangi (1973) – Paï  (2003) – Bulibasha, roi des Gitans (2009) – La femme de Parihaka (The Parihaka Woman) – Kahu, fille des baleines – Faux-Semblants -Le Patriarche – La Baleine tatouée (The whale Rider)Le pacte des baleines – Bravoures (The Uncle’s Story)

Editeur Au Vent des Iles – 22.08.2025 – 272 pages – traduit par Mireille Vignol

Résumé :

Il faut le talent, l’humour et la respectabilité irrévérencieuse du grand écrivain mâori Witi Ihimaera pour savamment mêler les mythes créateurs polynésiens à un grand voyage de pirogues traditionnelles et à un défilé de mammifères truculents, humains et marins. Nous retrouvons la baleine tatouée, désormais sénile, que seul le descendant du chevaucheur mythique peut extraire d’Antarctique… De cette quête résulte un roman d’aventures, un conte écologique, un récit édifiant, une navigation aux étoiles qui oscille entre le réel et l’irréel. 

Witi Ihimaera s’amuse – et nous amuse -, car il a l’art d’aborder les grands sujets écologiques et métaphysiques avec humour et, comme il l’avoue, un coup de pouce de I’IA (Intelligence Ancestrale). Suite haletante à La Baleine tatouée, près de quarante ans après la sortie du grand classique néo-zélandais en anglais, le roman est aussi un puissant message d’espoir.

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️

Si ce roman est présenté comme une suite, il peut à mon avis être lu séparément car on n’y retrouve que très rarement les mêmes personnages (dommage !).
Alors toujours aussi envoûtée par les contes et les mythes polynésiens et la culture maori mais j’ai eu plus de mal à lire celui-ci que le précédent (au début car ensuite j’ai plus lâché) . Il y a beaucoup de personnages et de termes maoris et coté noms, je me suis emmêlée les branchies et les nageoires. Par moments, impossible de me souvenir si les noms correspondaient à des humains, des baleines, des divinités… Dommage qu’il n’y ait pas eu de liste (j’en ai fait une mini en bas de l’article) mais cela permet aussi de s’immerger dans la culture maori et dans leur mode de vie et de perception des éléments. Le fait de laisser aussi des mots en maori permet aussi une forte d’immersion.
Nous allons donc écouter ce que disent les anciens et en apprendre plus sur leur vision de la création du monde : le monde a été créé par Ta’aroa; l’émissaire du Dieu en Océanie était Metura’a, la baleine tatouée – maître suprême des mysticètes. Et ne jamais oublier que leur monde est constitué d’humains et de baleines…
En compagnie de Mareva et de ses proches, Teva va découvrir l’île et en apprendre énormément sur le mode de penser des autochtones, les coutumes, les divinités, les mythes créateurs et les légendes (vallée des rois locaux;  l’ancienne capitale de Te Hono; la construction navale – pirogues – ; la navigation aux étoiles; … et bien évidemment sur le  monde des baleines.  

Le « tohorā » c’est la baleine. Et le jeune baleineau Tehani va être envoyé en mission : retrouver le descendant du chevaucheur de baleine – si il existe –  et de le ramener auprès du groupe car lui seul pourrait sauver Metura’a et l’empêcher d’entrainer tout le groupe de baleines mysticètes  vers le royaume des morts, car la saison des glaces vient de débuter et il faut arriver à le décider à quitter l’Antarctique pour des eaux plus chaudes faute de ne pas permettre au groupe de rejoindre les eaux plus chaudes pour pouvoir continuer à vivre et procréer.

De fait chacun a sa mission : Tehani doit retrouver le chevaucheur, le grand-père Tupai et ses 3 pirogues doivent retrouver Metura’a (le roi des baleines), et  Teva doit le remettre sur le chemin de la migration… Teva lui, va donc quitter la France pour découvrir le pays de ces ancêtres et accomplir la mission qui lui est dévolue.
En matière de navigateurs, les conducteurs de pirogues se comparent à ce que nous identifions aux aventures de Jason et des Argonautes.
Coté environnement, le voyage est magique : on baigne dans les lumières australes, on découvre les glaces de l’Antarctique, les icebergs, les manchots Adelie, les phoques, les goélands…sans parler des comportements des baleines, de leur manière de communiquer, de réchauffer l’eau, de se réconforter, de se guider, de se diriger en se guidant avec les étoiles, de prendre soin des humains aussi… En parlant de l’Antarctique j’ai appris que c’était l’une des principales réserves alimentaires du monde et que nous sommes en train de la détruire. Entre la chasse aux cétacés, le réchauffement climatique, les perturbations engendrées par nos habitudes…
Un vrai moment de grâce, de dépaysement, d’évasion …

Petite liste des personnages principaux:
Rai’mana et Odile : les parents de Teva ( vivent en France à Marseille)
Tupai : Père de Rai’mana (avec qui il ne s’entend pas)  Grand-père de Teva (vit à Ruturu)
Teva( signifie infini)  : fils de Rai’mana et Odile,  jeune gymnaste, et chevaucheur de baleine
Jean-Luc : Propriétaire du Cirque du monde, protecteur de Teva.
Vaipoe : femme qui gère la maison de Tupai.
Mareva : fille de Vaipoe
Tatie : grand-mère à peu près aveugle, un peu perchée,  qui vit seule et enseigne l’astronomie qui se définit comme « Je suis à moitié aveugle, un œil tourné vers la lumière et un vers les ténèbres, où je suis parfois plus en sécurité. Ma perception dépend de ce que je veux. »
Metura’a, une baleine millénaire qui est atteinte de sénilité
Ti’a-ari’i : épouse et reine consort de Metura’a
Tehani, : jeune baleineau mâle

Extraits:

Mais il y avait si longtemps que tout cela s’était passé ! Le monde était alors jeune, les dieux côtoyaient les êtres humains, les créatures féeriques et les monstres taniwha. Et les hommes, métamorphes ,pouvaient se transformer en animaux, oiseaux ou poissons. Incroyable, non ? Il suffit d’écouter les pũrākau- les légendes- pour découvrir les possibilités infinies de transcendance qui existaient jadis.

– « Je dois vous accompagner, poursuivit-il. On a toujours besoin de quelqu’un avec mon type d’IA.
— Quoi ? Tu utilises l’intelligence artificielle, toi ? l’interrompit le capitaine avec scepticisme.
— Non, je veux parler d’intelligence ancestrale ! 

L’existence peut parfois basculer en un instant. Une variation de perspective, un changement de perception négative… et quelque chose cède en vous.

Le nez de son grand-père frôla le sien et, en sentant le souffle de son aïeul pénétrer ses narines, il inspira le legs de son passé ancestral.

Le majestueux émissaire de Ta’aroa en Océanie était Metura’a, la baleine tatouée – maître suprême des mysticètes. Tous les rorquals – communs, bleus, boréals ou à bosse – s’inclinaient devant lui. Les cétacés à dents, dont les cachalots, baleines à bec, dauphins et marsouins, avaient leur propre ari’i, mais reconnaissaient aussi l’autorité de Metura’a.

« Attrape une étoile filante, glisse-la dans ta poche et garde-la pour un mauvais jour… »

« La douleur provient seulement de la peur. C’est ce qui te donne envie de résister. Accueille la peur en toi. Le monde qui attend ta venue ne t’appartiendra pas sans cela. »

L’univers des anciens était à la fois naturel et surnaturel, réel et irréel. Le rationnel se mêlait à l’irrationnel, la physique à la métaphysique. Mais quand vint le temps d’Après, le système de connaissance holistique des tribus fut renié. Des distinctions s’établirent entre ce qui était scientifique et ce qui ne l’était pas, entre ce qui constituait l’histoire et le reste, entre le monde soi-disant civilisé et le soi-disant païen.

C’est le problème avec l’esprit rationnel européen. Il vous faut systématiquement trouver une raison aux phénomènes qui n’ont pas d’explication scientifique.

Dans un monde arrogant peuplé d’êtres qui pensaient tout savoir et agissaient à leur guise – alors même qu’ils se précipitaient vers la destruction de leur propre environnement – , l’impossible restait-il à portée de main de l’humanité ?

— L’astuce, c’est de ne pas regarder en arrière, mais toujours devant. Bien sûr, j’imagine qu’on peut nous comparer à des allumettes, c’est une question de perspective. Tu es habitué à un univers moderne et citadin, alors que nous, marins de Rurutu et frères d’Aotearoa, nous sommes issus du peuple mā’ohi accoutumé à naviguer en eau profonde. La mer coule dans nos veines.

« Oh non, je ne peux pas…
— Arrête de dire non à l’avenir, et apprends à dire oui ! 

L’Antarctique est l’une des plus importantes zones d’alimentation du monde. Toutes sortes d’espèces y mangent tout l’été, migrent au nord pour l’hiver, puis reviennent l’année suivante. C’est leur kapeta kai – leur grenier… mais nous sommes en train de détruire les capacités de stockage du réfrigérateur.

Ils entendirent alors un rugissement, comme le grognement distant d’un monstre gigantesque.
N’allez pas plus loin.
« Quel est ce bruit ? demanda Teva à son grand-père.
— C’est l’Antarctique. »

Mais ce que j’essaie de dire, c’est qu’il faut toujours admettre la possibilité d’un monde d’Avant. Et que le fantastique continue à exister… jusqu’à aujourd’hui »,

Les Māori disent que le temps a pour habitude de se déplier ou de se replier.

Note de l’auteur:
Nous avons choisi la langue de Rurutu, le reo tuha’a pae (également connu sous le nom de tubuai rurutu ou tupuai rurutu) ; la langue des baleines est aussi du reo tuha’a pae. Toutefois, quand le récit relate le point de vue de personnages néo-zélandais, la graphie et les conventions de la langue māori, le reo māori, prennent le dessus (par exemple, Tangaroa à la place de Ta’aroa). C’est aussi le cas pour les légendes et la mythologie māori.

Informations : (Source wikipedia)
Les mysticètes (Mysticeti) ou cétacés à fanons, ou encore vraies baleines, forment un micro-ordre de cétacés. Ce groupe est caractérisé par la possession de fanons (contrairement aux dents des odontocètes, ou cétacés à dents). Le terme mysticète vient du grec ancien « mystax » (lèvre supérieure) qui a donné « moustache ».
Les baleines à fanons vivent dans tous les océans. La plupart, telles les baleines grises, effectuent des migrations.
Durant l’été, elles affluent dans les zones polaires où elles engloutissent d’importantes quantités de plancton ou de poissons, bénéficiant de la fonte des glaces libérant le phytoplancton, lui-même mangé par le zooplancton que mangent les poissons et les baleines. On parle de saison d’alimentation. Les eaux froides sont très oxygénées et sont donc bien fournies en proies, ce qui permet de satisfaire l’appétit des baleines.
En hiver, les baleines rejoignent des zones plus chaudes afin de se reproduire. On parle alors de saison de reproduction. Les eaux chaudes sont pauvres en nourriture, ce qui oblige les baleines à vivre sur leurs réserves de graisse accumulées durant l’été

Les Maohis (en tahitien : Māʻohi ; en français « autochtone, du pays ») sont les ancêtres des peuples polynésiens.

One Reply to “Ihimaera, Witi « Le pacte des baleines » (2025) 272 pages
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  1. Les extraits sont très intéressants. Une autre culture et d’autres mythes. Peut-être suis-je peu objectif, tant je me sens fasciné par les mythes en général et ceux du Pacifique en particulier, même si j’ai une peur bleue des requins et une attraction pour les baleines et cachalots.

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