Grebe, Camilla « L’ombre de la baleine » (RLH2019) 472 pages
Autrice : née le 20 mars 1968 à Älvsjö, est une romancière suédoise. Détentrice d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École d’économie de Stockholm, elle fonde la maison d’éditions Storyside, spécialisée dans le livre audio. Elle y cumule les fonctions de directrice du marketing et de directrice générale, puis dirige une société de conseil.
Série Siri Bergman : En collaboration avec sa sœur Åsa Träff, une psychiatre, « Ça aurait pu être le paradis » un roman policier qui se déroule dans le milieu des cliniques psychiatriques (2009) . Le tome 2 « Plus amère que la mort » (2010) est traduit en 2024.
Série : Les enquêtes de Hanne Lagerlind-Schön « Un cri sous la glace » son premier roman en solo sort en 2017 ; en 2018 elle publie « Le Journal de ma disparition » (Prix du meilleur roman policier suédois en 2017, le Glass Key Award qui couronne le meilleur polar de tous les pays nordiques réunis en 2018 et le Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2019). «L’ombre de la Baleine » parait en 2019 , suivi de « L’Archipel des larmes » qui a lui aussi remporté le Prix du meilleur roman policier suédois en 2019, et plus exceptionnel encore, à nouveau le Glass Key en 2020.
Autres romans: « L’horizon d’une nuit » en 2022 – « L’Enigme de la Stuga » en 2023 (Grand Prix des lectrices de ELLE Policier 2023) – « Les Ténèbres de Mörkret » (2025)
Calmann-Lévy – 27.02.2019 – 448 pages / Livre de Poche – 29.01.2020 – 472 pages (Dvalan (2018) traduit par Anna Postel)
Résumé :
Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma.
En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.
Alors que Samuel trouve une planque idéale sur la petite île de Marholmen, où il est embauché par la jolie Rachel pour devenir l’auxiliaire de vie de son fils Jonas, Malin et Manfred font fausse route. Mais toute leur enquête change de cap le jour où la mère de Samuel signale enfin sa disparition…
Une triple narration redoutable qui confirme à nouveau le talent exceptionnel de Camilla Grebe pour tisser des intrigues complexes. Fausses pistes et retournements incroyables côtoient une réflexion passionnante sur la fragilité de l’adolescence et de la filiation. Un grand cru, pour une grande dame du polar, désormais couronnée du très prestigieux Glass Key Award.
Mon avis: 🩶🩶🩶
Petit conseil : ne désespérez pas ! J’ai trouvé très très long à démarrer mais le dernier tiers du roman tient toutes ses promesses.
Trois voix dans ce roman : Manfred (le flic), Samuel ( un jeune rebelle) et sa mère Pernilla (élevée dans la religion, manipulée par l’autorité religieuse, habitée par la culpabilité, maladroite, sous l’emprise de la peur de désobéir aux hommes, mais désireuse en même temps de se secouer et de venir en aide à son fils) .
Il y a beaucoup de drames familiaux qui touchent les personnages du roman : l’accident de la fille de Manfred qui tombe du balcon et est plongée dans le coma à l’hopital; Jonas, victime d’un accident et lui aussi est cloué au lit, le moins que l’on puisse dire c’est que les relations familiales sont loin d’être simples…
Coté enquêteurs : on y retrouve Malin, Manfred et Hanne. Malin enceinte et qui est malheureusement en retrait dans ce tome dans lequel Manfred occupe le premier plan. Et il y a Led, désagréable au possible.. Quand à Hanne… on peut à peine dire qu’elle est présente… sauf quand il s’agit de réfléchir !
Le reproche que je peux faire est la lenteur au démarrage ( il faut attendre plus de la moitié du livre et les aventures de Samuel pour qu’il se passe quelque chose) …
Sinon on y retrouve ce qui fait l’intérêt de l’autrice : le suspense, le coté humain, quelques problèmes de société comme l’addiction aux réseaux sociaux, la manipulation des femmes, les dangers de l’emprise de la religion . Une fois encore le roman est extrêmement bien pensé et les fausses pistes nous baladent bien. Le message est clair :se méfier des réseaux sociaux, des blogs, de Facebook, de l’addiction aux like…
J’ai malheureusement trouvé que l’émotion n’était pas vraiment au rendez-vous alors que certaines situations sont pour le moins dramatiques, comme la petite Nadja sur son lit d’hôpital…
Juste à la fin l’acharnement de Pernilla à vouloir retrouver son fils m’a touché.
Et comme souvent, il faut s’intéresser aux prénoms ! Rachel est un prénom de l’Ancien Testament qui signifie agneau. Jonas est une forme dérivée du prénom Yonah qui signifie « colombe ». C’est un prénom que l’on retrouve dans la Bible. Samuel. N’est-ce pas ironique que son nom signifie « Dieu a entendu » ?
Et Jonas, qui explique le titre du roman.. Jonas avalé par une baleine et recraché après quelques jours à prier.
C’est le roman de cette autrice que j’ai le moins apprécié mais bien évidemment je vais continuer à la suivre ( D’ailleurs j’ai lu le tome 4 « L’Archipel des larmes » avant et cela avait été un coup de coeur…)
Extraits:
Les jours passent, tels des navires glissant au loin, sur la mer, sans que j’aie la force de réfléchir. Parfois, je me lève le matin et je m’assieds dans le canapé du salon. Les heures se succèdent et soudain je m’aperçois que la nuit commence à tomber.
Le temps a cessé d’exister. Il n’y a que le présent qui s’allonge, infini
Un silence assourdissant qui plonge ses racines dans le vide laissé par un être dont la présence allait de soi – un sentiment de désolation, de regret, qui vous anesthésie.
Car que se passe-t-il lorsqu’on ouvre la boîte du chat de Schrödinger ? Très vite, on sait si l’animal est vivant ou mort. Cet entre-deux étrange, où la bête est à la fois vivante et morte, n’est qu’une construction intellectuelle.
« Dieu a créé la femme à partir de la côte de l’homme pour qu’elle le complète ; pas à partir de la tête pour qu’elle le domine; ni du pied pour qu’elle l’écrase ; non, à partir d’une côte, pour qu’il la protège. Près de son cœur, pour qu’il l’aime. »
Les gens ne se regardent-ils plus ? Sommes-nous obsédés par nos portables et nos selfies au point de ne plus nous intéresser à notre prochain ?
Internet a modifié le contrat social. Celui qui régule le nombre de fois que l’on peut dire : « regarde-moi ». Dans la vie réelle, on ne peut pas recevoir des commentaires positifs sans relâche comme sur Internet. Alors, pourquoi se concentrer sur la vie réelle ?
— Donc Facebook a gagné ?
— Est-ce que ça intéresse les gens de distinguer le vrai du faux ?
Les gens découvrent toujours une manière d’aller de l’avant. Cela ne passe pas forcément par la parole. Moi, j’ai parlé toute ma vie, toute ma carrière, mais on peut aussi écrire. Ce qui ne peut être dit peut sans doute être couché sur papier.
Image : Wikipedia
One Reply to “Grebe, Camilla « L’ombre de la baleine » (RLH2019) 472 pages”
Peut-être un peu trop typique du style polar nordique de l’entremêlement des histoires personnelles des différents personnages à l’affiche avec l’enquête. A force, la recette devient un peu éculée.
472 pages : « Dis, monsieur Cadbury, tu pourrais pas les faire un peu plus courts ? »