Grebe, Camilla & Träff, Åsa, «Ça aurait pu être le paradis» (2010)

Grebe, Camilla & Träff, Åsa, «Ça aurait pu être le paradis» (2010)

Auteur : Détentrice d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École d’économie de Stockholm, elle fonde la maison d’éditions Storyside, spécialisée dans le livre audio. Elle y cumule les fonctions de directrice du marketing et de directrice générale, puis dirige une société de conseil.

En 2009, elle écrit, en collaboration avec sa sœur Åsa Träff, une psychiatre, « Ça aurait pu être le paradis » un roman policier qui se déroule dans le milieu des cliniques psychiatriques.

« Un cri sous la glace » son premier roman en solo sort en 2017 ; en 2018 elle publie « Le Journal de ma disparition »

Editions du Rocher – 25.05.2010 – 376 pages

Résumé : Siri est psychiatre. Elle travaille dans un cabinet qu’elle a fondé avec ses collègues et amis Sven et Aina. Ses patients ne sont pas très nombreux, mais plus  » fous  » les uns que les autres : Sara Matteus, ex-prostituée, toxicomane, suicidaire. Peter Carlsson qui souffre d’un délire obsessionnel où il se voit tuer sa petite amie. Charlotte Mimer qui cherche désespérément à tout contrôler, à tout maîtriser, et qui fait régulièrement des crises de boulimie. Siri elle-même ne va pas trop bien non plus. Elle a peur du noir, s’endort toujours la lumière allumée, et n’a pas encore digéré la mort apparemment accidentelle de son mari Stefan… Voici le début de ce nouveau polar suédois écrit à quatre mains par deux sœurs, dont l’une est… psychiatre. Fausses pistes et suspense s’enchaînent à un rythme haletant. Un premier roman très maîtrisé par ces jolies sœurs, déjà saluées comme les nouvelles voix du polar scandinave.

Mon avis : Bienvenue chez les Psychologues de profession… Après avoir lu les romans de Camilla Grèbe, j’ai eu la curiosité de lire le premier roman à quatre mains des deux sœurs. Le moins que je puisse dire c’est que je me suis sacrément accrochée le premier tiers du livre… Après cela a été nettement plus intéressant à lire. Mais le premier tiers… lent, lent… : alors je veux bien qu’il y ait un rendez-vous Entretien d’évaluation quand on va chez un psychologue pour la première fois mais ici la présentation est sacrément longuette… et l’écriture est pas topissime non plus. Sinon, une fois le début passé, on entre dans le monde des psy. On partage le quotidien d’une femme, Siri, qui travaille dasn un cabinet de trois psychologues et qui se trouve au centre d’une scène de crime. Cette brave psychologue est très mal dans sa peau (veuve, solitaire, angoissée, alcoolique) et elle retrouve vite totalement encerclée par ses peurs. La police (et elle) en vient à enquêter sur toutes les personnes qui l’entourent. En effet il y a bien eu une victime, mais était-ce la personne visée ? Ses collègues, ses patients, sa famille, ses amis, les connaissances de toutes ces personnes. : tout le monde pourrait-etre le suspect. Ajoutons à cela qu’elle habite seule dans une maison isolée au bord de la mer et que c’est l’hiver… Il y a de quoi ne pas se sentir tranquille…

Une étude intéressante du milieu des psy … et au final l’angoisse qui se distille goutte à goutte et fausse piste après fausse piste… Dommage que le personnage principal ( et les autres) ne soit pas particulièrement attachant.

Au final je ne pense pas que j’en garderais un souvenir impérissable mais je ne regrette pas d’avoir été jusqu’au bout non plus. Et j’en sais un peu plus sur la pathologie « borderline ». 2018 a été placée sous le signe de l’ exploration « polaristique » des pathologies psychiatriques et les troubles du comportement… et je pense poursuivre sur cette lignée en 2019.

Extraits :

« N’aie pas peur du noir, la lumière y repose.
N’aie pas peur du noir, car dans son cœur il porte la lumière. »
Erik Blomberg (Poète suédois)

Elle sait que les blessures, l’alcool ou la multiplication des conquêtes sexuelles ne sont qu’une échappatoire, et que le mépris pour elle-même et la douleur reviennent ensuite avec une violence redoublée. Ses tentatives désespérées de faire taire ses angoisses semblent seulement les renforcer.

Elle possède ce qu’on pourrait nommer un don infaillible, une aptitude presque surhumaine à toujours choisir la pire alternative pour elle, à prendre ce chemin dans la vie qui lui procure le plus de douleur. Elle semble avoir une sorte de boussole Via Dolorosa indestructible incrustée dans le crâne.

Cela fait maintenant plusieurs années que la peur me tenaille et je peux dire sans exagérer que je la connais bien, si bien que je ne m’en rends même plus compte quand elle s’empare de moi à la tombée de la nuit. Je l’accueille, résignée, telle une vieille amie qui n’est pas tout à fait la bienvenue.

Je me souciais tellement d’être parfaite au point d’en oublier pourquoi je voulais être parfaite. Je voulais… être… aimée. Je voulais être aimée.

Mais je pense que je suis parvenue à accepter sa mort. Cette apathie totale et cette sensation terrifiante de solitude m’ont quittée depuis un bon bout de temps pour laisser la place à un deuil doux et nostalgique et un vide presque physique

Je ne sais pas si ce genre d’activités nous rapproche réellement, ou si les autres les considèrent, comme moi, comme des corvées inévitables. Des heures à sacrifier pour faire plaisir aux autres.

Je sais à quel point il est difficile d’arriver à se motiver quand on est seul, dit-il et pendant un instant, il a l’air triste.
Cela me rappelle que nous portons tous une histoire en nous qui a une influence sur nos actes et notre vie.

Dès que les invisibles se montrent dans le métro ou dans les rues, les personnes normales regardent discrètement ailleurs.

Les mots sortent de ma bouche malgré moi. Impossible de les reprendre une fois qu’ils sont partis.

Seuls les prêtres sont soumis au secret professionnel absolu.

Elle parle très vite maintenant. Les mots volent à travers la pièce comme des balles ; imprévisibles, douloureux, impossible de se défendre.

Avant, tout allait bien. Enfin, pas bien, pas du tout, mais c’était supportable. C’était ma vie. Je ne me posais pas mille questions. Je ne me demandais pas si c’était bien ou pas bien. Si ce que je faisais était faux ou juste. Je… vivais tout simplement ma vie. Dans mon univers. Maintenant, je remets tout en question.

Une colère refoulée pendant des années qui remonte comme de l’eau sale d’un égout.

Je lui explique doucement que j’avais peur de trop l’inquiéter. Lui parle de ma volonté de ne pas être un fardeau. De ne pas gêner.

Je me rends compte que c’est ce qui se passe quand on est impliqué dans un crime. Plus rien n’est privé. Rien ne peut rester caché.

Rien ne va bien. Pas en réalité. On saigne toujours quelque part. Sans le remarquer.

Mais selon la loi, on est fou quand on représente un danger pour soi-même ou les autres, et quand on n’est plus maître de ses actes.

J’ai besoin de me reposer de toi et de ta putain de sollicitude. Ta curiosité collante et ton inquiétude. Fiche. Moi. La. Paix.

La faute à personne, ou à tout le monde ? Pour moi, ce qui compte, c’est la volonté, et non la cause. Car la cause est mécanique, la volonté donne une direction, elle a de la force.

 

Info : le syndrome « Borderline »

 

 

2 Replies to “Grebe, Camilla & Träff, Åsa, «Ça aurait pu être le paradis» (2010)”

  1. J’ai lu un bon tiers il y a un mois environ et il est tombé tant dans les oubliettes qu’il m’a fallu te lire pour retrouver l’histoire.
    Ce dont je me souviens :
    – c’est une écriture sans intérêt, lisse, insipide.
    – et surtout j’ai encore l’impression qu’elles exploitent des sujets vus et revus pour susciter l’intérêt qui m’a manqué pour poursuivre les autres deux tiers.

  2. Pour ma part, c’était le premier livre de cette auteure que j’avais entre les mains… Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne m’incite pas à en lire d’autres… Je te trouve gentille en parlant d’un tiers qui est longuet, moi j’ai trouvé toute l’histoire loooonnnnngue… mais j’avais envie d’aller jusqu’au bout quand même. Et au final pas du tout surprise du coupable !! En fin de compte, je me demande toujours pourquoi j’ai eu le courage d’aller au bout et non de l’abandonner tout comme CatWoman. Peut-être parce que j’ai mis très longtemps à le lire (malheureusement vraiment pas beaucoup de temps à consacrer la lecture depuis quelque temps) et pas trop pressée d’en attaquer un autre que j’aurais plus de mal à laisser

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