Grebe, Camilla «Le Journal de ma disparition» (2018)

Grebe, Camilla «Le Journal de ma disparition» (2018)

 Auteur : Détentrice d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École d’économie de Stockholm, elle fonde la maison d’éditions Storyside, spécialisée dans le livre audio. Elle y cumule les fonctions de directrice du marketing et de directrice générale, puis dirige une société de conseil.

En 2009, elle écrit, en collaboration avec sa sœur Åsa Träff, une psychiatre, « Ça aurait pu être le paradis » un roman policier qui se déroule dans le milieu des cliniques psychiatriques.

« Un cri sous la glace » son premier roman en solo sort en 2017 ; en 2018 elle publie « Le Journal de ma disparition »

Calmann-Lévy – 07.03.2018 – 424 pages

Résumé : Il y a huit ans, la jeune Malin, alors adolescente, a découvert une fillette enterrée dans la forêt de Ormberg, une ville suédoise isolée. On n’a jamais pu identifier la petite victime. Devenue une jeune flic ambitieuse, Malin est affectée auprès de Hanne, la célèbre profiteuse, et de l’inspecteur Peter Lindgren, qui reprennent l’affaire. Mais Peter disparaît du jour au lendemain, et Hanne est retrouvée blessée et hagarde dans la forêt.
Le seul témoin est un adolescent qui aime errer dans les bois enneigés, la nuit. Sans le dire à personne, il récupère le journal que Hanne a laissé tomber et se met à le lire, fasciné… Désormais seule dans son enquête, Malin est appelée sur les lieux du tout premier crime : une nouvelle victime a été découverte. Et si tous ces faits étaient tragiquement liés ?

Mon avis : Changement de registre par rapport au précédent. Qui dit polar nordique dit souvent rythme lent ; c’est le cas.

Enquête classique, moins de psychologie, ou plutôt pas la même N’empêche que j’ai bien aimé. Hanne et Jake sont des caractères attachants, Malin m’a nettement moins enthousiasmée. Donc nous retrouvons certains acteurs de son roman précédent (voir article : « Un cri sous la glace ») et en particulier Hanne, cette profileuse hors pair qui perd la mémoire mais refuse d’en faire état.

On aborde en trame de fond la maladie d’Alzheimer et la manière qu’à Hanne de vivre avec.

Deux meurtres (l’un ancien et l’autre récent) et une disparition… Le tout dans un minuscule village suédois, au bout de nulle part… Seule particularité : un centre de migrants… Et le racisme ou devrais-je dire la peur de l’étranger qui va avec. Comment pourrait-on imaginer un seul instant que les coupables sont des suédois, et encore plus aberrant des locaux ? Alors qu’il y a des étrangers qui habitent le village…

J’ai beaucoup aimé la manière dont Jake se rapproche de Hanne par la lecture du journal jusqu’à se sentir de moins en moins seul et incompris. Et la relativisation de la mémoire … certes la mémoire est importante mais l’intelligence et la faculté de ressentir les choses intuitivement est toujours là, même quand les souvenirs font défaut. Une pensée à toujours garder à l’esprit quand les personnes qui nous entourent perdent petit à petit certaines de leurs facultés.

Extraits :

Des générations d’Inuits y ont vécu sans laisser de traces, à la différence de nous, les hommes modernes, qui ne laissons dans notre sillage que dévastation.

Pourtant, il y a pire que la déchéance du corps : celle de la mémoire.

Son regard a flâné sur son corps comme sur une terre inexplorée. Un nouveau continent irrésistible sur lequel il projetait d’émigrer.

Dans ce genre de hameau, on est toujours nu face aux autres. Et face à soi.

Tous les fils ténus qui me rattachent à ce patelin, ces milliers de petits cordons ombilicaux, seront coupés.

Lorsqu’on est l’objet d’une enquête policière, plus rien ne reste caché. Que vous soyez coupable ou victime, on va remuer votre linge sale et exposer aux quatre vents vos secrets les plus honteux.

Ces coups d’œil qui me collaient à la peau comme du chewing-gum me mettaient mal à l’aise sans que je comprenne vraiment pourquoi.

C’est un paysage de carte postale, d’une beauté silencieuse, comme si la forêt elle-même dormait.

Dehors, l’obscurité se presse à la fenêtre telle une bête noire. Je crains que la vitre n’explose. Que la nuit hivernale fasse irruption dans la pièce comme de l’eau froide dans un navire en train de sombrer.

J’ai l’impression qu’elle me parle à voix basse depuis le carnet, comme si elle m’appelait à l’aide.

N’est-ce pas le propre des idées noires ? Elles ne se voient pas de l’extérieur, elles n’existent qu’en nous, dans ce cagibi obscur, fermé par une lourde porte, qui peut contenir à la fois des pulsions suicidaires et le mal qui me ronge.

Jamais je ne l’ai entendue exprimer le désir de se trouver ailleurs qu’ici. Le centre du monde ou le bout du monde, selon le point de vue.

Si tu fuis, assure-toi que tu n’essaies pas d’échapper à toi-même.

J’ai l’impression de me désagréger peu à peu en minuscules bribes qui partent dans tous les sens comme des feuilles d’automne sur la rivière noire et froide

On doit savoir, c’est comme ça que ça marche. Quand on a été dépossédé de tout le reste, la connaissance est la seule chose qui nous aide à aller de l’avant.

Le voilà à nouveau, ce mot, « PROBLÈME ». Comme si le gros problème d’Ormberg était les réfugiés et non le chômage, l’exode rural et la pyramide démographique inversée.

Je crois que je me mets en colère en avance, car je SAIS ce qui va se passer.

Sympathique, ouvert. Comme le sont souvent les pédophiles. Il faut de bonnes compétences sociales pour approcher les victimes.

La solitude est manifestement un ciment plus fort que l’amour.

Hanne est une flèche, mais n’oublions pas qu’elle est désorientée

Je m’ingénie à ravaler cette idée, mais elle s’impose à moi comme un invité trop pressant qui refuse de partir, bien qu’on lui ait offert le vin, le café et le digestif.

Vieillir. Ne plus se souvenir de rien. Avoir la vie derrière soi comme une longue traîne. Comme cela doit sembler étrange ! La vie peut s’achever n’importe quand, même si on est en train de réaliser quelque chose d’important – devenir adulte, écrire un livre, découvrir un remède contre le cancer. La mort peut frapper les vieux comme les jeunes…

Les gens ne peuvent pas être des monstres sans que cela se voie, n’est-ce pas ?

Le feu crépite en s’emparant des pages sèches ; les flammes lèchent le papier et, l’espace d’un instant, on dirait que les mots prennent leur essor, libérés du papier ondulé, semblable à un parchemin.

2 Replies to “Grebe, Camilla «Le Journal de ma disparition» (2018)”

  1. Bonsoir
    Tu as lu les Camilla Lackberg ? Ça semble un peu ressemblant
    Ça me tente j’aime bien les personnages récurrents

    1. Oui j’ai lu tous les Camilla Lackberg. J’ai commenté les derniers . va sous l’onglets auteurs (par ordre alphabétique) et tu trouveras mes chroniques.

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